Même sujet
Autre répétition inachevée, à peu près de même forme que la précédente, et avec de nouvelles modifications dans le geste ou dans l'ajustement des figures.
(Appartient à Mme Ingres.)
(Voyez le même sujet aux Compositions dessinées.)
(1) Le duc d'Orléans adressa en effet à Ingres une lettre de remerciaient ei de félicitation. « Oui, écrit Ingres à M. Gatteaux le 17 décembre J8V0, le due d'Orléans m'a écrit de sa main une lettre dont je jmis faire trophée et que vous connaîtrez. »
4G. Virgile lisant l'Enéide, ou Tu Marée II as eris.
Gravé en 1832, par Pradier. (Musée de Toulouse.) Une note, de la main même d'Ingres, décrit cette composition dans les termes suivants :
« Il y a soirée chez l'empereur Auguste. Le poète Virgile doit y lire le sixième livre de son Enéide. La scène se passe dans une salle dite de Marcellus, où ce jeune homme est représenté par sa statue. Tout est préparé et en ordre : une chaise élevée ou trône pour l'empereur, une chaise pour l'impératrice Livie, précisément au-dessous de la statue, sur le piédestal de laquelle ces mots sont gravés : Divo Marcello. Une grande ombre vengeresse est projetée
sur le mur et s'v dessine comme un fantôme. Octavie a
son siège aux pieds d'Auguste.
«Les acteurs sont, outre l'empereur, l'impératrice et Octavie, Mécène et Agrippa, Virgile se tenant devant eux et lisant. Il a déjà atteint l'endroit où il s'écrie : Tu Marcellus eris; alors l'émotion de tendresse maternelle saisit Octavie, elle tombe à la renverse sur les genoux d'Auguste qui la soutient. Livie se possède, et, froide comme le marbre en face de l'incident qui pourrait la compromettre, elle écoute, immobile, sa coupable conscience, sans même pouvoir porter secours à sa belle-sœur. Cet embarras est l'objet des regards scrutateurs d' Agrippa, qui, en secret, condamne le crime. Quant à Mécène, debout à côté d' Agrippa, il est tout à l'admiration pour son Virgile, qui, quoique ému de l'effet qu'il a produit, jouit délicieusement de sa gloire. Auguste est touché, mais en apparence froid; dans le fond, un jeune esclave témoin de la scène. »
A l'époque où Ingres écrivait cette note, bien des années s'étaient écoulées depuis l'achèvement du tableau, peint à Rome en 1812, pour la décoration d'une chambre à coucher dans la villa Aldobrandini-Miollis : tableau composé en largeur, tout différent par conséquent, quant aux formes générales, de la gravure qui le reproduit, et
non moins différent quant aux détails de l'ordonnance, puisque, entre autres particularités essentielles, on n'y voyait ni les figures d' Agrippa et de Mécène, ni même la statue de Marcellus. La description donnée ici par le maître est donc bien moins celle de la composition primitive qu'elle n'est le programme des améliorations qu'il comptait y introduire, conformément aux travaux et aux changements considérables exécutés sous sa direction par le graveur.
Dans l'espoir de réaliser un jour sur la toile même les modifications tentées sur le cuivre, Ingres, pendant son séjour à Rome comme directeur de l'Académie de France, était rentré en possession du Virgile, qui , après avoir appartenu d'abord au général Miollis, était devenu la propriété d'un des membres de la famille Borghèse ; et le 15 juin 1836 il écrivait à M. Gatteaux : « On vous a dit que je perdais mon temps à retoucher mon tableau de Virgile, qui m'appartient aujourd'hui. Je le retoucherai, mais ce ne sera pas à Rome; je m'en amuserai à Paris; je vous l'enverrai Tannée prochaine pour le mettre en dépôt chez moi. »
Le Virgile fut en effet rapporté à Paris. En attendant que le maître lui-même pût y mettre la main, des élèves d'Ingres commencèrent sous ses yeux à en changer l'ordonnance et l'aspect, suivant les indications fournies par la gravure. Malheureusement tout se borna à ce travail préparatoire. Ingres, occupé ailleurs , se vit forcé d'ajourner d'année en année l'achèvement d'une entreprise à laquelle cependant il attachait une importance d'autant plus grande qu'elle intéressait à la fois un de ses meilleurs titres de gloire et l'un des plus chers sentiments de son cœur. En léguant son œuvre future à cette ville de Toulouse où il se souvenait d'avoir été accueilli tout enfant, le vieux maître comptait bien acquitter généreusement ce qu'il appelait « une dette de gratitude » , et montrer aux descendants de ses plus anciens protecteurs comment son génie
avait tenu ses premières promesses. Il ne put leur en laisser le témoignage qu'à l'état de spécimen imparfait et presque d'intention. La mort vint au moment même où, quitte de toutes ses autres tâches, Ingres allait enfin reprendre, pour ne plus l'abandonner, ce tableau à demi détruit, à demi reconstitué, et dont il est aussi difficile aujourd'hui de démêler, sous les retouches, l'apparence primitive, que de pressentir, au delà de ces changements préalables, les formes qui devaient le compléter.
Parmi les dessins d'Ingres conservés dans la collection de M. Gatteaux se trouvent plusieurs études se rattachant au tableau de Virgile, et, notamment, une admirable figure du poète dessinée à la mine de plomb.