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Initiation à la philosophie de la liberté

COUP-DOEIl RÉTROSPECTIF SUR Lt'NITÉ DE LA CAUSE UNIVERSELLE « SA CODISTITUTIOJN ET SES ATTRIRUTS.

La nécessité de mettre de Tordre dans nos idées et de les classer le plus méthodiquement possible , pour éviter la confusion dans un sujet aussi vaste que celui que nous avons entrepris de traiter , nous a forcé de diviser notre ouvrage en deux parties : Tune dans laquelle nous avons dû nous occuper principalement des phénomènes du monde physique , l'autre dans laquelle nous nous sommes réservé de traiter les questions qui appartiennent plus spécialement à Tordre intellectuel et moral.

La première partie de notre tâche étant accomplie, il nous reste maintenant, après avoir reconnu, dans les atomes élémentaires, les principes générateurs de Tunivers, et après avoir analysé les lois nécessaires qui président à l'existence de ce phénomène , manifestation éternelle II 1

et toujours changeante de la toute -puissance inûnie des causes , à déterminer la place que rhomme occupe dans la création , en sa qualité d*étre libre, intelligent, moral et social. Pour concevoir son existence, son rôle et sa mission dans le monde des êtres contingents et le rapport de ses facultés avec le milieu dans lequel il existe , il ne suffit pas , en effet , d'avoir reconnu le lieu de la scène où le drame de la vie humaine doit s'accomplir, il ne suffit pas de connaître les lois générales auxquelles sont soumis tous les acteurs qui apparaissent sur ce grand théâtre où la mort succède à la vie , les larmes à la joie, où Thomme est appelé à déployer les plus hautes et les plus nobles facultés dans sa lutte fatale avec le monde physique et avec luimême , pour arriver à sa perfection ; il faut encore trouver , dans les attributs de la substance dont il est formé, la source des facultés intellectuelles et morales qu'il possède et qui sont e^i rapport logique avec les lois générales du monde et avec sa destinée particulière. Il faut enfin, après avoir reconnu, comme nous l'avons fait, les conditions extérieures de la liberté dans les lois fatales de la vie et de la mort, en d'autres termes, dans l'existence du bien et du mal, que nous trouvions en lui , dans la substance même

de son être e^ dans les propriétés de cette substance, le principe de son activité spontanée» activité directe, immédiate, personnelle, sans laquelle sa liberté n'existerait pas. Car ce n'est pas assez, pour résoudre le problème de la liberté, d'en trouver extérieurement la raison nécessaire dans les lois qui régissent le monde, il faut encore en découvrir le titre dans Thomme lui-même ; il faut pouvoir assigner à ses actions et à sa volonté une source indépendante de tout pouvoir étranger. Sans la condition d'une spontanéité personnelle, réelle et complète, la liberté serait un fait impossible, inintelligible; Thomme ne serait pas libre, il serait le vassal, rinstrument passif et le jouet d'un pouvoir supérieur; il n'aurait pas en lui, dans sa propre nature , un titre légitime par lequel il pût constater son droit à la liberté, attribut qui, dans Tétre libre, implique nécessairement la souveraineté de lui-même.

Trouver dans la théorie que nous avons précédemment exposée , sur la cause de l'univers , l'explication des phénomènes intellectuels et moraux , le principe de l'action directe , personnelle et spontanée de l'homme, le titre de sa souveraineté sur lui-même , souveraineté de laquelle dérivent ses droits dans l'ordre naturel et

dans Vordre social, droits qui sont en même temps la source de ses devoirs : tel est le problème complexe que nous nous proposons de résoudre dans cette seconde partie.

Avant de mettre le pied sur le seuil du monde intellectuel et moral , il est essentiel que nous revenions sur nos pas et que nous reproduisions avec de nouveaux développements les vérités fondamentales que nous avons déjà exposées sur la nature de la cause universelle , sa constitution et ses attributs, au nombre desquels figurent principalement la science et Fétendue.

La réunion dans le même sujet de ces deux attributs «st le point capital , la clé de voûte de la vraie philosophie. Sans cette réduction du principe universel à l'unité, il est impossible de résoudre aucun problème, soit physique, soit moral.

Cette réunion des deux attributs de la science et de l'étendue dans le même sujet , d'où résulte l'unité de la cause de l'univers , n'est point une hypothèse nouvelle «t nous n'avons pas le droit de la revendiquer comme nous appartenant; elle a été proposée avant nous par Spinosa qui l'a formulée dans ces termes : Dieu est la substance étendue, Dieu est la substance pensante. Deus est res cogitans, Deus est res extensa. Nous nous empres-

sons donc ici de rendre hommage à la mémoire de ce grand homme qui, le premier, a conçu et produit dans le monde philosophique cette haute synthèse , mais en même temps que nous reconnaissons son droit à la priorité de cette conception, nous devons dire que, si nous nous sommes rencontré avec lui sur le point capital de Vunité de la substance cause, ce n'est point à lui que nous avons emprunté l'idée fondamentale qui nous a servi de point de départ, et que ce n'est point par la synthèse , mais par l'analyse que nous sommes arrivé à reconnaitre à la fois la nécessité et la réalité de l'unité de l'être cause, unité qui existe indépendamment de la variété de ses attributs.

Parfaitement d'accord avec Spînosa dans les termes généraux de sa formule , sous la réserve de ne donner au mot cogitans d'autre valeur que celle d'exprimer l'attribut de la science directe et nécessaire, et non le mode humain de la pensée réfléchie que ce philosophe semble confondre par cette expression avec la science absolue et immédiate de la cause éternelle , nous nous séparons complètement de sa doctrine sous le rapport de la constitution dç la substance ou de l'être cause, qu'il a conçu comme un, simple et indivisible, en confondant l'idée de l'unité

avec celle de la simplicité. Préoccupé du besoin de ramener la substance cause à Funité et do« miné par la conception synthétique qui est le point de départ de son système, il n'a pas aperçu la différence immense qui existe entre Tunité et la simplicité. Il n'a pas compris que Tunité implique le concours, Tharmonie et, par conséquent, le nombre, et qu'en confondant l'unité avec la simplicité et en faisant Dieu simple et indivisible pour le faire un , il le ren^ dait logiquement incapable de toute action , de toute génération des êtres finis , il n'a pas aperçu que la simplicité et l'indivisibilité constitutionnelles qu'il donnait à Dieu ne permettaient plus de trouver en lui la raison ni le moyen de l'existence des individualités distinctes qui constituent, sous toutes les formes, le phénomène de l'univers*

Ce n'était donc pas assez d'avoir reconnu l'unité de la substance , et l'existence des attributs de la science et de l'étendue dans le même sujet, il fallait encore pénétrer le secret de la constitution de ce sujet, pour trouver dans cette constitution elle-même la raison de ses manifestations variées , successives et finies dans l'ordre physique comme dans l'ordre moral.

L'étendue infinie et la science infinie étant

données comme attributs nécessaires de la substance cause, synthétiquement conçue, le problème de la constitution de cette substance cause restait donc à résoudre. Est-elle simple ou multiple? Si elle est simple, comme le suppose Spinosa , par quel moyen , par quelle action , par quelle loi , peut-elle passer de son mode d'existence métaphysique au mode d'existence finie et se manifester physiquement par la forme, la variété et la succession dans l'espace et dans le temps, sans se diviser. Là est le nœud de la difficulté. Spinosa ne Ta point résolue et n'a pu la résoudre.

Avec la constitution simple et indivisible donnée à la substance cause,- Dieu, doué d'ailleurs de tous les autres attributs théologiques, n'est, dans le spinosisme, rien autre chose qu'un atome solitaire dont l'étendue est infinie. Cet atôine , infiniment étendu , occupe à lui seul tout l'espace , ou plutôt il n'y a pas d'espace , et l'étendue indivisible de Dieu, dans son infinité, n'est rien autre chose que ce que nous entendons par l'espace.

Or, dans cet être simple et indivisible, dans ce Dieu atome, infini en étendue, la propriété de l'étendue étant indivisible , puisque le sujet qui la possède est simple, il n'est pas possible.

le nombre n'existant pas en lui, de trouver la raison ni le moyen d'une action quelconque par laquelle ce Dieu produise la multitude des êtres étendus et finis qui constituent le phénomène de l'univers ; sa constitution s'y oppose. Gomme il est infini dans son étendue simple et indivisible et qu'il n'y a rien hors de lui, il ne peut y avoir en lui que lui-même, c'est-à-dire un simple atome infini en étendue.

Avec la simplicité constitutionnelle de Dieu , condition qui domine nécessairement celui de ses attributs que nous appelions l'étendue, quels que soient d'ailleurs le nombre et la variété des autres attributs que l'on donne à Dieu pour le faire sortir de son inaction et de son impuissance à former de sa propre substance des êtres finis, tous ces attributs , tels que la puissance , la science , l'amour même, ne peuvent servir qu'à constituer des personnifications mythologiques et abstraites, mais ils sont sans efficacité pour générer le plus petit être fini, la plus petite forme , la plus petite personnalité distincte en Dieu ou hors de Dieu, et ils viennent logiquement échouer devant la simplicité et l'indivisibilité de Dieu , être infini et incommensurable sous le rapport de l'étendue.

En regard dcs^effets , Dieu , substance simple

et indivisible, ne peut donc être la cause des êtres finis. Si l'on suppose , pour sortir de cette difficulté, que les autres attributs de Dieu, tels que la puissance et la science , puissent changer sa constitution originelle et diviser ce qui est déclaré être simple et indivisible, c'est tomber dans la contradiction et dire que ce Dieu que Ton a conçu simple, détruit lui-même la condition de son existence.

Tel a été le vice fondamental de la doctrine de Spinosa : pour avoir conçu Dieu comme substance simple et indivisible, il a fait de lui un véritable atome solitaire , infini et en science et en étendue, mais incapable de rien produire en raison de sa simplicité constitutionnelle. Bien que son système reposât en principe sur une vérité incontestable, Tuiiité de la substance, il lui a été impossible d'exposer une théorie plausible fondée à la fois sur le raisonnement et l'expérience , et au moyen de laquelle l'esprit pût passer sans contradiction de l'ordre métaphysique à l'ordre physique; aussi sa doctrine est restée obscure et incompréhensible sur le point le plus capital , la création des êtres finis.

La loi de la genèse des êtres individuels, aussi bien sous le rapport moral que sous le rapport physique, est restée un mystère pour lui, et le phé-

— iO -^

Qomène de Tunivers, qui se compose d'une multitude infinie d'ôtres finis et possédant tous , avec formes distinctes, des propriétés, des instincts, des facultés spéciales, en rapport avec ces formes, est resté un fait contradictoire avec la constitution donnée de leur cause simple. L'effet et la cause n'ont point été mis par lui dans un rapport logique confirmé par l'expérience. Son Dieu, substance simple, atome indivisible dans son étendue, n'a jamais été en puissance, même avec le secours de ses autres attributs, de générer de sa propre substance les êtres finis qui, expérimentalement, rationnellement, sont le produit d'une association d'éléments infiniment petits en étendue , et susceptibles par leur nombre de s'additionner , de se diviser , de se combiner , de s'organiser pour donner naissance à toutes les formes phénoménales.

Si au lieu de procéder par la synthèse à la recherche des attributs de Dieu , Spinosa eût procédé par l'analyse , et s'il se fût rendu compte des conditions indispensables à la production de la forme, il serait arrivé, sans doute, à concevoir la nécessité de la constitution multiple de la substance cause, et l'unité de son Dieu n'eût pas consisté dans la simplicité, mais dans l'identité de nature de ses éléments constitutifs.

C'est en effet du phénomène de la forme qu*il faut partir, pour arriver à une notion vraie de la cause qui la produit, et toute cause qui ne possède pas une constitution et des attributs qui lui permettent de se révéler par la variété infinie de la forme, c'est-à-dire par F univers visible, ne peut jamais être pour Tintelligence une cause réelle, une cause vraie, une cause qui contienne en soi la raison de ses eff'ets*

Comme il n'y a pas d'autre procédé possible que rinduction pour la vraie philosophie, et qu'il faut partir du connu pour arriver à Tinconnu, et que la forme est véritablement la seule chose qui soit connue et incontestable, dans tous les systèmes, elle est nécessairement et doit être la base de toute recherche sur la nature de la cause. A quiconque voudrait nier l'existence de la forme , c'est-à-dire de l'univers phénoménal , il est interdit de raisonner sur la cause de cet univers , et l'arène philosophique est fermée. Nul donc ne peut nier la forme sans renoncer à toute recherche , à toute discussion , et le spiritualiste , tout en niant la réalité des corps , est forcé de reconnaître lui-même l'existence du phénomène de l'univers; il a beau le regarder comme une illusion, comme un rêve, comme une ombre, cette illusion , ce rêve, cette ombre

est encore quelque chose pour lui en tant que rêve, ombre, illusion. Il faut donc, sous peine d'entrer dans une négation absolue de toutes choses, qu'il trouve dans les attributs de la cause une raison, un moyen générateur pour la production de ce phénomène de la forme : car, ne fût-il qu'une illusion, il faut encore une cause rationnelle à cette illusion. Or, même en acceptant la discussion sur ce point et en réduisant l'existence des corps et de ce qu'on appelle la matière, à la condition de pur phénomène (ce qui est refuser à la matière l'existence absolue, concession que nous faisons d'autant plus volontiers qu'elle est un des corollaires de notre propre système sur la nature de la cause), la formé seule étant donnée , comme objet du problème philosophique , comme point de départ obligé de tous les systèmes et comme base de toutes les inductions, il n'y a pas moyen de ne pas arriver, lorsqu'on analyse les conditions de la forme, à reconnaître avec nous, dans la cause de l'univers, la nécessité d'une constitution multiple, en même temps que la nécessité des attributs de la science et de retendue.

Qu'est-ce, en effet, que la forme, sinon la manifestation , la révélation de Vêtre-cause par lo concours de ses attributs, par le mécanisme

de sa constitution, par la loi de sa puissance, en d'autres termes par l'étendue , la science, le nombre et Tassociation de ses éléments.

Si la cause, si la substance éternelle, si Têtre absolu n'était pas étendu, comment trouver en lui le principe, la raison de sa manifestation par la forme? Si la cause n'était pas nécessairement savante, comment concevrait-on la proportion, la régularité, l'harmonie qui se révèlent dans les formes géométriques des minéraux et dans les organisations diverses? EnGn, si la cause n'était pas nombre, si elle n'était pas multiple, comment expliquerait-on l'existence de toutes les formes , variées à l'infini , qui constituent le phénomène de l'univers? Il n'y aurait qu'une étendue infinie, qui serait la négation de toute forme. Il y aurait, par l'absence de tout phénomène, absence de révélation non-seulement de l'attribut de l'étendue, mais de l'attribut de la science; Dieu ne serait point cause. Dieu ne serait point Dieu.

Nous défions tous les philosophes du monde de nier ou d'infirmer la vérité de cette définition générale, qui s'applique à l'univers et à tous les êtres qui le composent. La forme est le produit de l'étendue, de la science et du nombre.

Si l'on refusait à l'être cause l'étendue et le nombre , pour lui donner l'attribut seul de la

science, celle cause sérail impuissante à pro* duire la forme; si ou lui donnait le nombre sans la science et retendue, son impuissance resterait la même. Cette cause serait encore impuissante, si on lui donnait la science et l'étendue sans le nombre. Ainsi donc, de ces trois condi* lions : du nombre, de la science et de retendue» il n'y en a pas une seule qui puisse être supprimée dans Dieu , elles sont toutes trois néces* saires à la production et à l'existence de la forme; Tune ne peut suppléer l'autre : la science ne peut générer l'étendue ni le nombre , le nombre et l'étendue ne peuvent générer la science. Ces trois conditions de la causalité de l'être absolu , de la substance incréée, sont indépendantes l'une de l'autre dans leur mode d'être, comme attributs nécessaires de Dieu , et cependant elles sont liées ensemble d'un nœud fatal , elles sont inséparables de la notion d'une cause productrice de la forme. Sans la science, le nombre et l'étendue, ni l'univers entier dans son infinité, ni aucun des êtres variés qui le constituent, n'auraient de cause logique, de cause possible. L'existence d'une seule forme visible , comme l'existence de toutes les formes, entraîne nécessairement dans leur cause la nécessité des deux attributs de la science et do retendue, et de plus la nécessité

dane constitution multiple, constitution qui d'ailleurs permet à la cause de se manifester sous toutes les formes, sans que son unité soit jamais compromise : car son unité ne consiste pas, comme Ta supposé Spinosa, dans l'indivisibilité et la simplicité de sa substance, mais dans l'identité de nature de tous ses éléments.

Après avoir signalé dans la conception de Spinosa le vice qui ne lui a point permis de donner une explication logique de l'existence des êtres finis , et après avoir rendu à la cause universelle sa véritable constitution , nous avons à résoudre dans notre propre système une difficulté qu'on ne manquera pas de soulever. Cette difficulté, la voici : Gomment l'attribut de la science peut-il être possédé dans une proportion infinie par tous les atomes et par chacun d'eux dans son intégrité et indi visiblement , comme il est nécessaire qu'il le soit pour le besoin de l'harmonie universelle , lorsque les mêmes atomes ne possèdent chacun Tattribut de l'étendue que dans une proportion finie? Ce défaut apparent d'équation entre les attributs des éléments de la cause est, dira-t-on, impossible à admettre. Eh bien! non. Il n'y a aucune contradiction, aucune impossibilité logique dans ce fait, et il y a à donner, pour la solution de cette diflieulté apparente.

deux raisons péremptoires : car elles sont tirées de la nature même des choses et de la constitution nécessaire de la substance cause ou de Dieu. La première de ces deux raisons , c'est que dans le système de notre hypothèse, l'atome considéré isolément n'est point la cause universelle et infinie , mais seulement un élément intégrant de cette cause. La seconde résulte d'une distinction qu'il faut faire entre la nature des deux attributs de la science et de l'étendue, qui, réunis dans le même sujet, ne sont point cependant dépendants l'un de l'autlre, et peuvent et doivent exister, dans la substance qui les possède, d'une manière différente, en raison de leur différence même et de la constitution de celte même substance, qui n'est point simple mais multiple, mais composée d'un nombre infini d'éléments qui, tous unis par les rapports nécessaires qui dérivent de leur nature et de l'identité de leurs attributs, ne sont qu'une seule et même cause universelle.

Or donc, la constitution multiple de la cause étant donnée comme nécessaire, et Dieu n'étant plus conçu que comme le nombre infini des éléments constitutifs de cette cause, une par l'identité de tous ses éléments, il résulte de la constitution même de Dieu et de la

nature de ses attributs nécessaires , la science et rétendue , que l'attribut de l'étendue , étant tel de sa nature que deux atomes n'occupent pas la même place dans l'espace, cet attribut ne peut être possédé que d'une manière finie par chacun des éléments constitutifs de Dieu. Il en est autrement de la science qui , par sa nature, n'a rien de commun avec l'attribut de l'étendue et n'occupe point coiûme lui de place dans l'espace, elle est une pure virtualité, qui peut être la même et infinie dans tous, sans que la possession de cet attribut par l'un des éléments de Dieu dans une proportion infinie, nuise à la possession de ce même attributparlesautresdanslamêmeproportion, puisque tous le possèdent non en raison de leur étendue, mais en raison de leur nature. Cest donc par suite de la différence qui existe entre les deux attributs de la science et de l'étendue , qui tous deux appartiennent à la substance cause et ne sont point dans une dépendance l'un de l'autre , de telle sorte que l'étendue soit en raison de la science ou la science en raison de l'étendue , que l'on peut concevoir sans contradiction (la constitution multiple de cette cause étant donnée d'ailleurs comme nécessaire) la possession par l'atome de l'attribut de la science dans son infinité , tandis qu'il ne peut posséder l'attribut de II â

retendue que d'une manière finie. Cette différence dans la manière de posséder les attributs de la science et de Vétendue pour les éléments de la cause, n'offre aucune contradiction , aucune incompatibilité naturelle ; mais elle est même commandée par la nature des choses et ne peut exister autrement : car si un seul atome possédait l'étendue infinie, il existerait seul dans l'espace et il n'y aurait point de place pour les autres , ce qui réduirait la cause à un principe simple, solitaire, indivisible, et la rendrait, comme nous l'avons déjà démontré, incapable d'être cause.

L'attribut de la science n'est pas d'ailleurs le seul attribut qui appartienne à l'atome dans son intégrité et d'une manière infinie ; l'attribut fondamental de l'être, celui de Texistence éternelle, est également commun à tous les atomes, en leur qualité d'éléments de la substance cause, sans que l'éternité de l'un diminue l'éternité de l'autre, car cette éternité n'est pas plus dépendante de la propriété de l'étendue que ne Test de cette dernière l'attribut de la science, et de même que l'on conçoit sans contradiction qu'un atome, si petit qu'il soit, existe éternellement, puisqu'il n'est le produit d'aucun être antérieur à lui , on conçoit qu'il en existe plusieurs , qu'il en existe

un nombre infini , qui tous ont une égale éternité ♦ c'est-à-dire la propriété d'exister eux-mêmes , et d'être, par leur multiplicité, les causes réelles de tous les êtres contingents.

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