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Initiation à la vie du livre

IL est de plus en plus rare, au xx^ siècle, et dans tous les pays, de débuter dans les lettres sans être au courant de la production littéraire, nationale et étrangère du passé et du temps présent. Il y a un abîme entre le savetier du « Pilgrim's Progrès s » et la couturière de « Marie-Claire ». On a beau citer, avec des soupirs nostalgiques, les beaux temps de l'Empire où la critique des livres l'emportait sur la critique dramatique, c'est à notre époque que la presse quotidienne et périodique, par les soins de ses critiques et de ses courriéristes, fait la plus large part à l'information littéraire. Ses innombrables organes sont même les véhicules préalables des œuvres de tous genres dont les auteurs sont intéressés à tirer deux moutures pour remédier à la modicité de leurs « droits )) qui n'ont pas suivi la courbe ascensionnelle des salaires des musculaires. Les jeujies, qui ont la vocation et qui pensent avoir mené à

bien leur premier ouvrage, connaissent donc les talents avec lesquels ils ont des affinités plus ou moins accusées. Et il leur suffit de s'adresser aux maisons qui ont édité les livres de ceux-ci pour être assurés d'être écoutés avec bienveillance, de voir leurs manuscrits examinés et, s'ils sont retenus, de trouver d'emblée le public susceptible de les mieux comprendre et de collaborer à leur succès.

Pour forcer la porte de l'éditeur utile, il est tout à fait superflu de se munir de la recommandation de quelque aîné. L'œuvre se recommande par elle-même, et sa qualité importe seule. Lorsque nous démonterons les rouages d'une maison d'édition, on verra que ce n'est pas une affirmation gratuite. Depuis la guerre, il n'est pas d'exemple de manuscrit remarquable qui n'ait point trouvé d'asile, fut-ce au plus fort de la légendaire « crise du livre ». Et si quelque reproche pouvait être adressé à l'édition française, ce serait, au contraire, d'avoir été trop accueillante pour une multitude d'oeuvres de seconde zone qui encombrent inutilement la

librairie, surmènent en vain la critique et découragent les lecteurs.

Un manuscrit d'inconnu possède une valeur absolue, — qui est sa qualité d'art, de pensée, d'érudition, que l'on apprécie en dehors de toute préoccupation commerciale, — et une valeur relative, qui réside dans son degré d'accessibilité au public et qui est, à proprement parler, sa valeur marchande.

Certes, la recommandation d'une personnalité autorisée est une indication précieuse, et, jusqu'à un certain point, une garantie pour l'éditeur. Mais elle ne saurait exclure l'examen de ce dernier, quand cette personnalité est étrangère à sa maison et en ignore les ressources et les moyens exacts. N'idéalisons pas en affaires. Une maison d'édition est une entreprise industrielle et commerciale, d'un ordre élevé, sans aucun doute, mais soumise à toutes les lois d'airain de l'industrie et du commerce. Sous peine de faire la culbute, son chef responsable ne peut, pour plaire à un maître ou à un ami, éditer des œuvres invendables. Si, parfois, il déroge à cette règle, c'est qu'il se trouve en présence d'une œuvre exceptionnelle, et qu'il estime élégant à lui de ne point décourager un pur artiste et aussi, en quelque sorte, de se

payer le luxe d'une parure spirituelle qui honorera sa maison. Déclarons, en toute franchise, qu'à notre époque le mérite de ce geste n'a rien d'excessif, car il n'est peut-être plus de chefsd'œuvre qui ne soient accueillis par une élite suffisante pour rembourser à l'éditeur la grosse part des frais exposés pour les publier.

Bref, l'inconnu qui se présente tout seul, son manuscrit sous le bras, est aussi bien placé pour réussir auprès d'un éditeur que celui qui se fait « appuyer par » des parrains influents. Mieux vaut, pour un débutant, ne faire appel à ces protecteurs qu'au moment où paraîtra son livre, car c'est auprès du public que ces répondants peuvent servir efficacement son destin.

Est-il, en renfort de l'information littéraire, des moyens de savoir à quel éditeur tel jeune auteur doit s'adresser de préférence ?

— Nous donnons, plus avant dans ce livre, une nomenclature des principales maisons d'édition groupées par « spécialités ». Mais un tel inventaire ne laisse pas d'être quelque peu arbitraire.

De nos jours, en effet, les éditeurs sont moins nettement spécialisés que par le passé. On compte bien encore des firmes qui se consacrent de façon plus particulière : aux ouvrages de sciences juridiques, politiques, économiques et sociales ; de sciences pures et appliquées ; de philosophie et d'histoire ; de grande érudition ; de beaux-arts et d'arts appliqués ; à la lexicologie et à la librairie d'enseignement public; aux questions militaires; à l'occultisme et à ses succédanés ; aux publications populaires, etc., etc., et il en est même qui conservent ce qu'on est convenu d'appeler « une ligne politique ».

Mais, de règle générale, peu de maisons résistent à la tentation de cumuler tous les genres de production de l'intelligence. En s' « industrialisant » et en se « commercialisant » d'après les techniques modernes, elles ont été entraînées à répondre à tous les besoins spirituels d'un public dont les curiosités sont variées et que, par tous les moyens, elles s'efforcent d'intéresser à la vie des livres. Il n'est plus exceptionnel de voir un même catalogue proposer : des romans de haute tenue littéraire et des romans populaires ; des œuvres poétiques ; des ouvrages de sciences, d'histoire, de philo-

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