LA RENAISSANCE EN FRANCE
teurs. Les tailleurs d'images ou «imagiers» parcouraient le royaume pour sculpter des Vierges, des « sépulcres » et des tombeaux ; certaines provinces ont donné naissance à une population de statues qui se présentent à nous comme des portraits véridiques des hommes de Bourgogne, de Champagne ou de Touraine. Le naturalisme parfois brutal du XVe siècle s'atténue et tend vers la beauté ; les dernières Vierges du Moyen Age sont des jeunes filles gracieuses et ingénues. Quand l'élégance raffinée des déesses d'Italie leur fut révélée, les sculpteurs s'empressèrent de l'imiter. Michel Colombe, le Tourangeau, est encore de sa province ; mais Dominique le Florentin, en Champagne, et même Ligier Richier, en Lorraine, sont déjà des élèves de l'Italie. La monarchie, qui concentre auprès d'elle, pour son service, les ressources artistiques du royaume, ne pouvait manquer de hâter la disparition des styles provinciaux au profit d'un style uniforme qui devait nécessairement, à cette date, nous conduire en Italie.
Les Italiens à Fontainebleau, o Nos rois appelaient à leur cour des artistes d'outre-monts; il vint plus de peintres que de sculpteurs. Mais les peintres dits de l'école de Fontainebleau, comme Rosso et Primatice, ont exercé plus d'influence sur nos sculpteurs que sur nos peintres, car nous avions des sculpteurs et nous n'avions guère de peintres.
Jean Goujon. Germain Pilon, o Jean Goujon est un décorateur exquis ; il a sculpté dans le marbre des nymphes longues et souples comme celles de Primatice. Ces figures qui, chez l'Italien, ressen- -tent la fatigue d'une existence déjà longue,
retrouvent fraîcheur et jeunesse chez le sculpteur français. Germain Pilon allie le robuste naturalisme de nos vieux imagiers à l'élégance nerveuse d'un bon élève des Florentins. Ses portraits sont des chefsd'œuvre de vie et ses tombeaux sont parmi les plus beaux monuments décoratifs de l'art classique. En pleine Renaissance et jusqu'au milieu du xviue siècle, la mode ne s'est pas interrompue des magnifiques tombeaux réservés aux rois et aux grands. Mais ils ont changé de signification. Au xve siècle, ils étaient encore des sarcophages sur lesquels dormait un « gisant », autour duquel priaient des « pleurants ». Et maintenant le gisant se tient à genoux et ses «vertus », belles comme des divinités païennes, s^ dressent autour de lui comme pour défendre sa mémoire. L'art funéraire n'est plus une prière, mais un éloge funèbre, avant d'être un éloge profane.
L'école de Fontainebleau, o L'art gothique avait tué la peinture murale. Les châteaux forts préféraient à la fresque la tapisserie qui meuble et qui tient chaud. La mode des palais à l'italienne appela celle de la peinture murale. Et comme la main-d'œuvre française manquait, François Ier et Henri II installèrent à Fontainebleau des artistes italiens, Rosso et Primatice. Ils formèrent des élèves auxquels ils enseignèrent l'art d'agiter de belles nudités et de nobles draperies ; mais parmi ces élèves même, il y eut plus de Flamands que de Français. L'école de Fontainebleau vivra et végétera jusque sous Louis XIII.
Les Clouet. o La mode des portraits régnait à la cour élégante et galante des Valois. Ce sont les