TÉNIERS
Rubens. o La Flandre doit à un homme de remplir encore une fois, au xvne siècle, un des plus beaux chapitres de l'histoire. Rubens est presque à lui seul toute une école, l'école anversoise ; cette terre fertile en peintres ramasse toute sa sève pour en nourrir cette fleur dernière, la plus brillante du génie flamand. Il possède mieux qu'aucun de sa race ce don de la couleur vraie et éclatante, cet art de nous éblouir avec des images exactes. Il a passé dix ans en Italie, pendant lesquels il s'est assimilé le meilleur de la Renaissance: les harmonies ardentes de Venise, la tendre volupté de Corrège, l'énergie forcenée de Michel-Ange. Il porte en se jouant ce riche héritage, et toute cette science si lourde aux épaules des Bolonais. Son œuvre est un jaillissement aisé, abondant ; il crée un univers où les hommes et les choses et même les martyrs et leurs bourreaux manifestent une sorte de joie de vivre ; c'est sa joie de peindre qui éclate dans les pires tragédies. Son Olympe n'est pas habité par de pâles figures de marbre, mais par des athlètes sanguins <ît des
blondes aux chairs opulentes et nacrées. Dans les scènes de la Passion et de martyres, on entend des cris et des sanglots. Il a mis dans son art ses amitiés et ses amours, ses deux femmes, Isabelle et Hélène, et ses enfants ; il est mort en pleine activité et ses derniers tableaux sont les plus frais, les plus ardents et les plus jeunes.
L'atelier Rubens. Van Dyck. o Cette œuvre — un des miracles de la nature — n'est pas celle d'un homme, mais d'un atelier nombreux, admirablement discipliné. Sa pensée dirige toutes les mains, son génie anime tous ces élèves qui sont des maîtres. Snyders, Fyt peignaient les animaux, Van Thulden les paysages... Mais parmi ces excellents praticiens, on vit passer la figure indolente d'un des plus beaux séducteurs de la peinture, Van Dyck, qui déserta bientôt Anvers pour habiter la cour de Charles Ier d'Angleterre ; alors il prêta aux effigies royales la brillante palette anversoise qu'affinaient l'élégance de ses modèles aristocratiques et la distinction tendre et frêle de son propre génie.
Jordaëns. o Au contraire Jordaëns, fidèle à Anvers, y chantait à pleine voix la joie des beuveries et des ripailles. Bien qu'il n'ait pas traversé l'atelier de Rubens, il en reçut la lumière et la chaleur. Mais Rubens allège les pires vulgarités de son puissant lyrisme ; Jordaëns se complaît à ce lourd matérialisme qui fait si bien valoir les beaux exécutants. Les hommes de métier n'ont qu'admiration pour ce Rabelais copieux de la peinture.
Téniers. o Rubens aimait le jeune Téniers et lui avait donné de bons conseils. Mais ce peintre a