CHAPITRE IV LA HOLLANDE
LE NATURALISME HOLLANDAIS. || PORTRAITISTES. HALS. || PAYSAGISTES, RUYSDAEL, HOBBEMA, POTIER, PEINTRES D'INTÉRIEUR, TERBURG, METSU, PIETER DE HOOCH, VER MEER DE DELFT. || REMBRANDT EST A PART, ISOLÉ PAR SON GÉNIE.
Le naturalisme hollandais, o Au commencement du xvne siècle, les provinces hollandaises, déjà séparées des Flandres par la différence de religion, conquirent leur indépendance. Les Provinces Unies du Nord, restées calvinistes, se détachèrent des Flandres catholiques et espagnoles. Cette scission politique coupa l'ancienne école néerlandaise ; Rubens et Rembrandt, bien que descendants des mêmes ancêtres, s'opposent comme le jour et la nuit.
Le calvinisme interdisait aux Hollandais la peinture d'Église; les circonstances politiques empêchèrent pour longtemps le traditionnel pèlerinage en Italie. Seule de toutes les nations d'Europe, la Hollande se mettait à l'écart du foyer classique et s'isolait dans ses brumes. Plus d' Évangite ni d'Olympe, c'est leur pain quotidien qu'on retirait aux peintres. Mais ils tenaient trop profondément à la civilisation hollandaise pour en mourir. Coupés de leurs relations avec l'étranger, ils remontèrent
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vers leur origine et retrouvèrent leur naturalisme natif. Au temps des Van Eyck, la peinture était déjà le miroir de la vie ; il n'y a que bien peu à changer pour tirer de certains thèmes religieux un portrait de la Hollande. Si, dans l'Annonciation, l'Ange disparaît, il reste un tableau d'intérieur, une intimité ; de la Fuite en Egypte, il est facile d'extraire unpaysage pur. DéjàchezBreughelleVieuxon ne songeait pas toujours à remarquer que ses assemblées de villageois enfermaient un dénombrement à Bethléem ou même une montée au Calvaire. La peinture hollandaise est assez avancée dans l'art de copier la nature pour se passer de tout autre prétexte.
Deux générations ont donc renoncé à tout effort d'imagination pour se contenter de peindre ce qu'ils avaient sous les yeux. La visite d'un musée hollandais continue étrangement et résume une promenade à travers le pays. En nul autre temps, l'art n'a été à ce point une image de la nature et de la société. Aussi n'en est-il pas qui soit plus facile à comprendre.
Les portraitistes. Frans Hais, o Nous reconnaissons les bourgeois de Hollande dans les sages portraits de Miereveit, comme dans la verve étincelante de Frans Hais. Ce peintre de Harlem est un des maîtres les plus doués qui aient jamais manié la brosse. Par sa vivacité amusée, il donne de l'esprit et de l'attrait à ce qui, chez d'autres, est un peu morne : les détails du costume, les accessoires d'un festin. Les visages ont l'animation de la vie et le pinceau alerte esquisse volontiers un rire instantané. Au musée de Harlem se conserve un ensemble de portraits de confréries qui nous font suivre l'ar-
tiste dans toute sa carrière, depuis les débuts un peu sages jusqu'aux témérités de la fin et qui tous donnent d'excellentes leçons de peinture. Van der Helst, qui fut un portraitiste exact et appliqué, plut beaucoup à ses modèles, mais nous amuse beaucoup moins.
Les paysagistes, o Nous reconnaissons partout dans les musées les paysages de Hollande, la plaine plate et l'horizon bas, le ciel immense où montent les nuées grises, le fleuve ou la mer qui portent les lourdes barques aux larges voiles. Salomon Ruysdaël et J. Van Goyen ont peint ce paysage d'eau, de boue et de vapeur, avec une couleur pâle qui est de la terre et de la brume et sur l'eau lourde des estuaires surgissent des rives molles et des villes confuses. Jacob Ruysdaël a été le paysagiste de Harlem, mais il lui fallait une nature plus tourmentée ; il a peint les assauts furieux de la tempête sur les digues, les chemins jaunis par une pauvre lumière, les vieux chênes rompus par l'orage, et même il est allé voir en Scandinavie des sites sauvages, les cascades écumantes sous les sapins noirs. Parmi ces paisibles, Ruysdaël a déjà l'âme orageuse d'un romantique. Parmi ces copistes, il est un rêveur qui compose. Son paysage triste et solitaire est moins à l'image de la Hollande qu'à celle de son propre génie.
Au contraire, Hobbema a vu la nature riante et hospitalière telle que l'a faite le travail de l'homme. Van der Neer a toujours peint le même site, thème constant aux variations des heures et des saisons. Paul Potter a été un animalier attentif, et son taureau de La Haye reste dans la mémoire, et tient sa place dans l'histoire, comme un portrait d' illustre
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personnage. Les animaux de Cuyp, ruminants et chevaux, reçoivent une belle lumière dorée.
Fermes et tabagies. «£> Et maintenant entrons dans les villages et dans les villes. Van Ostade est un bourgeois qui peint la vie rustique, d'un pinceau appliqué et qui s'amuse. Ses paysans ont la gaieté de bon aloi d'honnêtes cultivateurs. Mais ceux de Brauwer sont des mauvais sujets qui passent leur temps à jouer aux cartes en des tabagies enfumées et qui se cassent les pots sur la tête quand ils les ont vidés. Jean Steen, qui a moins de verve dans le pinceau que dans l'esprit, mêle des moralités narquoises à ses turbulentes beuveries.
Intérieurs bourgeois. ^>Ala suite de Terburg et de Metsu, nous sommes admis dans la bourgeoisie cossue et les intérieurs luxueux. On s'y agite peu. Les dames portent de belles robes de soie ; elles lisent des lettres, font de la musique, reçoivent des cavaliers et toutes ces images sont d'un métier si habile et si discret que l'on oublie le peintre pour ne s'intéresser qu'à ses modèles. Chez Pierre de Hooch, une admirable lumière dorée joue sur les meubles, éclaire les arrière-cours ; un beau peintre, même quand il ne songe qu'à « faire ressemblant », reste un poète en prose. Cette poésie est plus sensible encore dans la lumière argentée qui se pose si paisible sur les figures et sur les murs, dans les rares tableaux de Ver Meer de Delft.
La peinture hollandaise est morte de ses vertus ; elle s'est endormie sur sa tâche trop minutieuse ; déjà, chez Gérard Dou,la couleur est vernissée; chez
INITIATION ARTISTIQVE ffierisetNetscher.eUeestd'unefroideuren^euse.
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!,l°te Ces Hollandais n'ont rien oublie, dans la £i-cour, comme sur la table de l'office ; > sont toTpeint avecla même conscience scrupu eus usqtfaux mouches qui mangent l-JJ^f™
hors de son pays et de son temps.
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plusieurs êtres d'un même sen ™»tLe PCT on ,^ principal, dans son œuvre, est la lumière no i la clarté pure qui détaille les formes, mais le pauvre iyon qui tombe dans une ombre hum.de e confuse qui le noie et l'éteint. Ce drame du jour ataortegr
la nuit a déjà une valeur ^"^S.
d'émotion les images les plus suuples. Bientôt
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lumière ne semble pas éclairer les choses, mais en émaner, et cette phosphorescence, autour des visages, paraît être le rayonnement de l'âme. Ses admirables eaux-fortes traduisent ces effets aussi bien que sa peinture. Son imagination transforme le réel ; les longues barbes et les souquenilles qu'il voit dans le quartier juif d'Amsterdam lui servent pour évoquer les patriarches et quelques accessoires de brocanteurs suffisent à l'emporter dans un Orient immense et lointain. Étonnante transfiguration qui nous fait reconnaître le vrai et croire au fantastique. Cette imagination se nourrit d'un livre unique : la Bible. Cette Bible de Rembrandt est l'œuvre la plus riche d'humanité qui soit sortie des mains de l'homme ; ces images qui sont de la vie et du rêve nous font mieux entendre ces paroles qui nous parviennent des origines mêmes du monde.
Dans la dernière partie de sa vie, Rembrandt s'était tellement isolé en lui-même qu'il en vint à oublier ses origines hollandaises. Tandis que les petits maîtres perdent leurs meilleures qualités dans une application impersonnelle, Rembrandt devient de plus en plus hardi ; bien qu'il n'ait jamais été un virtuose de la brosse, comme Frans Hais, il peint avec une vivacité brutale, comme s'il se battait contre sa toile et domptait une matière rétive ; et cette bataille du pinceau qui court et glisse ou s'englue dans la pâte ajoute au pathétique de cette oeuvre ; le génie du vieillard se trouvait à l'étroit dans les limites de la peinture.
L'action de Rembrandt n'est pas enfermée dans une école. Il a eu des élèves, Bol, Flinck : de pauvres reflets ; ils n'ont pu dérober une étincelle de la sombre fournaise. Les hommes de son pays et de
INITIA TION A RTISTIQ UË
son temps ne pouvaient pas savoir combien il les dominait. En le considérant de plus loin, nous savons maintenant qu'il a donné à l'humanité un champ nouveau de rêvene.