SOUS LOUIS XIV. || VERSAILLES, LE BRUN
Eclipse de l'art monarchique, o Depuis François Ier, l'art français est étroitement associé au sort de la monarchie. Quand elle est forte, un style national se constitue au-dessus des diversités régionales ; quand le pouvoir central fléchit, l'« école française » se disperse. Les troubles civils avaient arrêté les grandes entreprises de la Renaissance ; le bref gouvernement de Henri IV n'eut pas le temps de reprendre tous les grands projets, et celui de Richelieu fut occupé d'autres soucis. Durant la première moitié du xvne siècle, l'art français ne reçoit plus son impulsion d'en haut ; il est traversé par les grands courants qui refont la géographie morale de l'Europe.
Renaissance religieuse, o Les ordres religieux raffermissent le catholicisme. C'est alors que furent construites la plupart des églises modernes de Paris et que l'on vit se dresser les coupoles du Val-de- Grâce, de la Sorbonne, puis celle des Invalides. Cette dernière génération d'églises, petites-filles de
Saint-Pierre de Rome, correspond à une nouvelle forme de la foi : le catholicisme philosophique, en face du christianisme médiéval, celui des ogives et des flèches. Elles abritent de pieux tombeaux où l'on retrouve l'honnête naturalisme de nos sculpteurs et des tableaux de « saintetés » où l'on reconnaît surtout l'enseignement des maîtres bolonais.
Apparition de l'art bourgeois, *o La bourgeoisie riche s'installe en des hôtels où les habitudes de chez nous se concilient avec les modes italiennes; la monarchie est naturellement en tête de ce mouvement, avec son Luxembourg et son Louvre. Les châteaux à tourelles, de souvenir féodal, font place à des hôtels de style urbain. Ces hôtels se parent de sculptures à la manière nouvelle et de peintures mythologiques.
Les peintres flamands. *&> Les artistes flamands qui traversent l'Europe peignent pour les églises et les galeries. Rubens est venu décorer le Luxembourg de Marie de Médicis. Pourbus, de Bruges, et Philippe de Champaigne, de Bruxelles, ont été des portraitistes fort employés à la cour et à la ville. Bien que férus d'Italie, beaucoup de ces maîtres conservaient leur robuste naturalisme. Chez nous aussi, des peintres, comme les Le Nain, donnaient des images véridiques du paysan au temps de la Fronde ; leur couleur triste traduit la résignation de la pauvreté. Le graveur Abraham Bosse fait vivre la bourgeoisie parisienne, au temps des précieuses. Callot est un fantaisiste qui a gravé des scènes d'histoire et s'est amusé des bouffonnerie:» des pitres italiens.
LA FRANCE AU XVII* SIÈCLE
L'atelier Vouet. o- Cependant le premier maître de l'école était Simon Vouet, un décorateur facile, rompu à quelques-unes des habiletés de la peinture vénitienne ou bolonaise. De son atelier sont sortis les principaux maîtres de notre école. La plupart achevaient leur éducation à Rome. Le Sueur est le plus original. Sa mythologie est aimable et tendre ; sa peinture religieuse d'une sentimentalité rare à cette date; il n'est point allé à Rome ; l'admiration de Raphaël est pourtant l'âme de son œuvre.
Poussin, o Parmi tous ces artistes entraînés dans le courant vers l'Italie, il en est un, Poussin, dans l'œuvre duquel l'esprit français s'est reconnu. Dans la formation de notre pensée classique, son importance est comparable à celle de ses deux contemporains Descartes et Corneille. Ses premiers tableaux étaient d'un virtuose dont la verve est allée s' atténuant pour céder à des qualités plus réfléchies. Quand il vint à Rome, il peignait comme les plus habiles. Il traduisait, en des compositions brillantes, les récits galants et spirituels de l'Arioste ou du cavalier Marin. Il admirait et pastichait les bacchanales de Titien. Mais, de plus en plus, il fit passer les préoccupations purement pittoresques après les soucis de vérité historique et psychologique. Alors, il enfermait sa « pensée » en de petits drames brefs, joués par des personnages de l'antiquité, et mettait autant de logique dans l'action que de rythme dans les attitudes, autant de vérité morale que d'harmonie plastique. A la fin de sa vie, Poussin, ayant perdu sa légèreté de main, sacrifiait de plus en plus les personnages pour ne montrer que la noble architecture des terrains et des nuages.
La nature qu'il peint conserve une atmosphère héroïque, une âme mythologique. C'est la nature enchantée des métamorphoses où de la vie mal éteinte palpite encore dans les fontaines, les arbres et les montagnes. Les classiques ont contemplé avec piété ces « paysages historiques ». Ils ont goûté, dans l'art de Poussin, une évocation de l'antiquité et une analyse morale. C'est en s' adressant à leur jugement qu'il leur a donné le goût de la peinture. Poussin, qui n'eut pas d'élève, est le maître de toute notre école classique.
Claude Lorrain, o En même temps que lui, vivait à Rome Claude Gellée, dit le Lorrain, qui fut le peintre du ciel italien. Avec des architectures, de la mer, quelques nuages légers, et le soleil, il a rendu l'immensité et donné l'impression de l'éblouissement.
L'art sous Louis XIV. Versailles, o Au milieu du xviie siècle, quand le jeune Louis XIV prit en main le gouvernement, secondé par de jeunes ministres, les artistes français furent appelés au service du roi. Louis XIV rêva d'abord d'un Louvre qui fût le plus beau palais du monde, puis il quitta Paris pour s'installer à Versailles. C'est à construire le château et son parc, c'est à le peupler de statues, à le décorer de peintures, à le meubler que s'employa l'art français, pendant vingt ans. Mansart fut l'architecte du château et Le Nôtre celui du parc ; Le Brun dirigeait les peintres des galeries, les sculpteurs et les habiles ouvriers qui fabriquaient les meubles à la manufacture des Gobelins. C'est un décorateur inépuisable auquel le règne du grand Roi doit beaucoup de sa magnificence. Le Flamand Van
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der Meulen l'aidait dans les peintures de bataille. Dans les allées du parc, Girardon, Coyzevox et beaucoup d'autres habiles sculpteurs dressaient des divinités de marbre sur les murs de feuillage ou ils étendaient des nymphes de bronze sur les margelles des bassins. Puget envoya de son atelier de Toulon quelques groupes pathétiques où s'exprimait fortement son génie vigoureux et qui détonnaient un peu dans la majestueuse figuration de Versailles. Le palais est devenu le type de la demeure royale ; il a été imité par tous les princes qui ont voulu faire figure de monarques. Encore aujourd'hui, l'immense désert du parc et du château nous sert à mesurer la grandeur de Louis XIV.
Le Brun a régné moins longtemps que Louis XIV. Le style qu'il représente a duré moins que le grand Roi. A la fin du siècle, les peintres n'acceptaient plus son enseignement et les exemples de Poussin ; ils préféraient la peinture brillante de Rubens. Mignard, le rival de Le Brun, appartenait encore à l'influence bolonaise ; mais les grands portraitistes de la génération suivante, Rigaud, Largillière et Desportes, l'animalier, doivent le meilleur de leur manière à Van Dyck et aux élèves de Rubens. Les peintres français qui, jusqu'alors, recherchaient avant tout la noblesse de la forme et la vérité morale, demandent à la couleur des effets plus riches; c'est le xviii6 siècle qui s'annonce.
Le siècle de Louis XIV. o Les artistes de Louis XIV, sous la direction de Le Brun et de Colbert, se sont trompés quand ils ont cru atteindre à la beauté parfaite et qu'ils ont voulu la définir et l'enseigner ; c'était vouloir arrêter le cours du temps. Mais leur immense effort n'a pas été perdu,
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La brillante école qui va suivre doit ses solides qualités aux institutions de Colbert et de Le Brun. Ils ont mis l'art français au rang de la monarchie qu'il devait servir. C'est ainsi qu'il a pris la première place en Europe, et cette place, il l'a, depuis, toujours gardée.