‹ Initiation littéraireChapitre 8 sur 56 · ROMAN DE LA ROSE ». || THEATRE · texte numérisé non relu

ROMAN DE LA ROSE ». || THEATRE

LA littérature du moyen âge s'est dégagée du latin vers le x^ siècle. C'est le moment où commencent d'éclore les grandes épopées que l'on appelle Chansons de geste. La plus célèbre est celle qui a nom Chanson de Roland. C'est le récit du dernier combat qu'a livré Roland en revenant d'Espagne, au défilé de Roncevaux, et de sa mort. La forme de ce poème est un peu sèche et un peu monotone ; mais il y a des parties admirables, comme la bénédiction des mourants par l'évéque Turpin, les adieux de Roland à Olivier, Roland, au moment de la mort, tendant son gant à son Seigneur Dieu, etc.

Les chansons de geste furent nombreuses. Il y en eut qui célébraient Charlemagne et ses compagnons, d'autres qui célébraient Artus, roi de Bretagne et ses fidèles, d'autres, en général moins intéressantes, qui chantaient les héros de l'anti-

Les Chansotts de geste

quité, Troie, Alexandre, mal connus, mais non oubliés. Les Chansons de geste remplirent tout le XI* et tout le xn* siècle.

Au xin*. un historien apparaît, Joinville, ami de saint Louis, qui raconte la croisade qu'il fit en compagnie de son maître. Il a de la naïveté, de la grâce, du naturel et du pittoresque. Villehardouin qui raconte la quatrième croisade à laquelle il prit part ; c'est un réaliste, exact, précis, lumineux, que l'étrangeté et la grandeur des choses qu'il a vues amènent quelquefois à une véritable grandeur, simple encore, mais singulièrement imposante. .

La poésie lyrique en ces siècles n'existait guère qu'au sud de la Loire, en pays latin , chez ces poètes que l'on appelait les Troubadours ; cependant au nord le noble comte Thibautde Champagne, pour ne citer que celui-ci, a des chansons d'une inspiration aimable et d'un joli tour. A côté de lui il faut nommer le très remarquable Rutebeuf, narrateur, élégiaque, orateur lyrique, excellemment doué et à qui, pour être un grand poète, il n'a manqué que de vivre dans un temps plus favorable et d'avoir à sa disposition une langue plus souple, plus abondante et plus fortement élaborée.

Au XIV* siècle les romans de Renart furent extrêmement répandus et se multiplièrent à foison. Chacun était comme une fable de La Fontaine étendue aux proportions d'un poème épique. C'étaient, sous des noms d'animaux, des types humains en action et mêlés à de multiples aventures ; le lion était le roi; Tours, qui s'appelait Brun, était le lourd seigneur terrien ; le renard était le fin bourgeois avisé ; le coq, qui s'appelait Chan-

Les Bibles

MOYEN AGE : FRANCE

tecler, était le héros d'armes et ainsi de suite. Certains romans de Renart sont insipides ; d'autres sont d'une verve satirique et parodique extrêmement divertissante.

Parallèlement, les /ai/idtM.x'amusaientnospères. , , ,,. ~

/^•'i-^j j^j i Les fabliaux

C étaient des anecdotes, des contes en vers, rapportant des aventures bourgeoises pour la plupart, analogues aux contes de La Fontaine. La plupart sont raillards, goguenards et satiriques ; quelquesuns sont touchants et très délicats. Ils sont certainement ce qu'il y a de plus vivant et de plus dru dans notre ancienne littérature.

Le moyen âge, comme du reste l'antiquité, a aimé ramasser en un livre toutes les connaissances qu'il croyait avoir. Ces livres didactiques s'appelaient des Bibles. Il y en eut de célèbres : la Bible de Guyot de Provins, la Bible de Hugues de Berzi. En général, tout en étant savantes selon les ressources du temps, elles étaient satiriques, comme aussi bien la presque totalité de la littérature du moyen âge est satirique.

Le Roma7i de la Rose, qui est de deux auteurs écrivant presqu'à un demi-siècle l'un de l'autre, de la" Rose est en sa première partie, dont l'auteur est Guillame de Lorris, un art d'aimer sous forme de roman en vers; et la seconde partie, qui a pour auteur Jean de Meung, est un peu une continuation à la première partie, mais surtout une œuvre d'érudition et d'enseignement où le poète a versé tout ce qu'il savait et encore ses conceptions philosophiques, lesquelles sont souvent d'une singulière et très inattendue hardiesse. On a comparé très raisonnablement Jean de Meung à Rabelais et il n'est pas étonnant que la vogue de ce poème ait

Le Roman

INI TIA TION LI TTERAIRE

duré plus de deux siècles ni que, selon la nature des esprits, il ait charmé ou irrité nos ancêtres.

L'histoire a pour représentant au xiv* siècle Froissart, chroniqueur très pittoresque, très vivant, toujours plein d'intérêt, quoiqu'il soit incontestable que la critique historique lui ait manqué ; et parmi les orateurs, polémistes et controversistes du temps, il faut au moins citer le passionné et vertueux Gerson, qui dépensa sa vie en luttes incessantes pour sa foi chrétienne.

On lui a longtemps attribué, sans preuves décisives, V Imitation de Jésîts-Christ qu'en tout cas il faut bien signaler, quel qu'en soit l'auteur, comme une des plus pures productions de l'esprit religieux du moyen âge.

Le XV* siècle, du reste assez infertile, a vu cependant un poète très distingué, Charles d'Orléans, gracieux et aimable, et un homme qui s'est élevé quelquefois jusqu'à être presque un grand poète, François Villon, le célèbre auteur de la Ballade des Dames du temps jadis, dont le refrain, plus célèbre encore, est : « Mais où sont les neiges d'antan? »,

Pour parler du théâtre au moyen âge, il faut | remonter plus haut. Sans considérer comme du théâtre les représentations pieuses que le clergé organisait ou tolérait dans l'intérieur même des églises dès le x' siècle et probablement auparavant, au XII' siècle il y a déjà un théâtre populaire, en dehors de l'église et il donne de véritables petits drames tirés des Ecritures saintes ou des légendes des saints. Au xiii" siècle il se développe et aux xiv*^ et xv^ siècles il est prodigue d'immenses poèmes dramatiques qui demandent plusieurs

Farces

MOYEN AGE : FRANCE

jours pour être joués. C'était des Mistcrcs, comme on disait, ou des Miracles, mêlés de tragique et de comique et rapportant un grand fait de l'histoire religieuse, quelquefois d'histoire nationale, comme le Mistcre du siège d'Orléans de Gréban. Le théâtre comique existait également. 11 donnait des farces qui sont de véritables petites 5o//« comédies (la plus célèbre est la Farce de l'avocat Moraltii Pat clin), des soties, qui sont des farces caricaturales d'étudiants et de clercs en bonne humeur, et des moralités qui sont de petits drames sérieux mêlés, du reste, de comique, avec des personnages allégoriques, mêlés aux personnages réels. Le théâtre du moyen âge a été très vivant, très original, sortant du sol et exactement adapté aux sentiments, passions et idées du peuple pour lequel et un peu par lequel il était fait.

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