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DÉCADENCE BRILLANTE ENCORE

LA littérature latine n'est guère qu'une branche de la littérature grecque. Elle commence ^" "{àtine bien longtemps après celle-ci, finit avant et a toujours puisé en elle une partie au moins de ses forces vives. La littérature romaine ne commence réellement qu'à partir du moment où les Romains entrèrent en contact avec les Grecs, lurent leurs ouvrages et furent tentés de les imiter et c'est-àdire qu'elle commence au m" siècle avant Jésus- Christ. La première manifestation de cette littérature fut épique. Nasvius et Livius Andronicus firent des épopées. Ils sont sans talent. Ennius en fit une ; il avait du mérite ; ce que les critiques latins ont cité de ses Annales, d'abord est marqué d'un énergique sentiment patriotique qui fait plaisir, ensuite a de l'énergie et quelquefois un certain éclat. Ennius, fit de plus, quelques poèmes didactiqueset satiriques. Pour les Romains

Ennius

Luciltus

La comédie Plante Térence

L'atelUm

INI TIA TION LITTÊRA IRE

Ennius était le grand ancêtre, le père de la \\\U ture latine.

Luciliusfut un satirique. D'après les fragme que nous avons de lui, il fut même un satiric politique très aigu et très pénétrant. Hora malgré son souverain dédain pour tout ce avait précédé son siècle, ne laissait pas de l'estir et convenait qu'il y avait quelque chose à ti et à recueillir de ce « torrent bourbeux ».

La comédie et la tragédie existaient à a époque. Il y a même ceci à remarquer que c plus tard et à la belle époque de la littérat latine qu'elles n'existèrent plus. Plaute s'aviss transporter à Rome des comédies grecques temps de la comédie nouvelle et de les accc moder plus ou moins aux mœurs latines. 11 a-' une verve rude et brutale qui ne manque pas puissance et plus d'une fois notre Molière li fait l'honneur de s'inspirer de lui. Térence, ap lui, ami de Scipion le second Africain et peut-é en collaboration avec lui, très différent de Pla pour ce qui est du genre de talent, tendre, do romanesque, sentimental, souriant plutôt < spirituel, autant qu'on peut le conjecturer ■ directement inspiré de Ménandre, écrivit comédies qui sont très agréables à la lectur< qu'on doute qui aient pu jamais être très goûl au théâtre. Cependant les écrivains romains 1' , beaucoup estimé et il a eu, à une certa époque de notre histoire,, au xvii* siècle, i faveur singulière et unanime.

A la comédie proprement dite, soit qu'( représentât des Romains, soit qu'elle représeï des Grecs, les Romains ajoutèrent l'atellane

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eur venait des Étrusques (A te lia, ville d'Étrurie) t qui était une sorte de farce à personnages onsacrés (le gourmand gras, le gourmand laigre, le vieil avare toujours bafoué, etc.). 'omponius et Nasvius essayèrent d'élever cette écréation populaire à la hauteur d'un genre litiraire et y réussirent. C'était un genre, cette jis, très réellement national. 11 avait beaucoup 'analogie avec la moderne comédie italienne opulaire nous montrant ses Cassandre, ses Panilon et ses Arlequin, sans qu'on puisse dire ue la comédie italienne soit sortie de l'atellane. "atellane eut beaucoup de succès au second siècle vant Jésus-Christ. Elle fut pourtant détrônée par î mime, qui fut le genre de littérature comique raiment national à Rome. Le mime, était une omédie de moeurs populaires et très populaires ; "était une peinture des bas-fonds de la société ris par leurs côtés comiques. Use maintint toujurs, jusqu'à la fin de l'Empire romain, sans e venir plus noble et au contraire. Les noms de uelques auteurs de mimes ont survécu, Publius yrus et Laberius, du temps de César. Ce qu'il y

de curieu.x, c'est que les mimes, si licencieux u'ils fussent et même obscènes, étaient tout parûmes de sentences hautement morales que les rammairiens latins nous ont conservées. On xpUquera ce curieux mélange et ce contraste omme on voudra ; peut-être n'était-ce qu'une abitude prise.

Pour ce qui est de la tragédie; elle eut une des- =

née encore plus courte que la comédie, mais ^"^ tragédie lie fut évidemment très brillante et il est à igretter qu'on ne l'ait point conservée. Livius

Andronicus et Nœvius ont écrit des tragédies, mais les trois grands tragiques sont Ennius, son neveu Pacuvius et Attius. Ennius imitait Euripide, Pacuvius Sophocle et Attius Eschyle. Tous trois ont visé au grand, au majestueux et au sublime; tous trois semblent avoir été très sentencieux et tout remplis de maximes; mais il faut se défier : ces auteurs nous étant connus par les citations qu'en ont faites les grammariciens et les grammairiens ayant naturellement cité des traits plutôt que des fragments de dialogues, il se peut que ces auteurs nous paraissent avoir été sentencieux alors qu'ils ne l'ont pas été d'une manière anormale.

- La prose littéraire à Rome parut presque en

La prose « . i , ■ r^- , j

littéraire même temps que la poésie. Ciceron nous donne

des noms de grands orateurs contemporains d'Ennius ; et il y a des historiens et des didactiques en prose du même temps. Caton l'Ancien, le grand censeur, fut historien ; il écrivit un livre, les Origines, qui semble avoir été l'histoire non seulement de Rome, mais de toute l'Italie depuis la fondation de Rome ; il fut didactique ; il écrivit un De re rustica (sur la vie rustique) que nous avons encore et qui est infiniment précieux comme renseignant sur les mœurs des vieux propriétaires romains, sur leur simplicité, su leur dureté, sur leur avarice, toutes qualités que Caton connaissait très bien, pour les avoir.

— Le temps de César fut une grande époque lit- / cTa téraire. Avant tout et presque au-dessus de tout

il y a César lui-même, grand orateur, épistoliefj grammairien et historien. Ses Commentaires, c'est-à-dire ses mémoires, l'histoire de ses cam-

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pagnes, sont admirables de netteté, de précision, d'allure rapide et courante. A côté de lui, Cornélius Nepos a fait un abrégé très clair et d'une sobriété forte de l'histoire universelle sous le nom de Chronica. Varron, sorte d'encyclopédiste, a écrit un De re ruslica et un ouvrage sur la langue latine et des Satires méjiippées, satires en effet, mais mêlées de prose et de vers, et un ouvrage sur la Vie romaine et une foule de petits livres en vérité sur tous les sujets possibles. Cicéron lui dit : « Tu nous as appris toutes les choses divines et humaines. > 11 avait une immense érudition et un esprit violent qui n'est pas sans charme. Il faut se le figurer comme un savant de notre xvi* siècle.

Cicéron est peut-être le plus grand littérateur qui ait été. Il est très visible que tous les goûts à la fois sont entrés dans son àme, comme a dit Voltaire de lui-même, et qu'il les a tous satisfaits. Il est homme politique, avocat, orateur, poète, philosophe, professeur de rhétorique, moraliste, grammairien, écrivain politique, épistolier ; il a fait le tour de toutes les connaissances humaines, s'est mêlé à toutes les choses humaines et il est très grand écrivain. Ce qui nous intéresse le plus aujourd'hui dans son œuvre immense, ce sont ses discours politiques, ses lettres et ses traités de morale. Ses discours politiques sont d'un très honnête homme qui a toujours eu des vues droites et le sentiment des grands intérêts de sa patrie; ses lettres sont d'un homme extrêmement spirituel et d'un excellent ami, ses traités de morale, en particulier son De offtciis (des devoirs) sont d'un esprit très élevé qui subordonne tous

Cicéron

les autres devoirs humains aux obligations envers la patrie. 11 n'a pas toujours été à la hauteur des circonstances ; il était très digne qu'au contraire elles le servissent.

Salluste, personnage qui semble avoir été très méprisable, fut un historien très sagace et un très excellent écrivain. Il a donné une histoire de Catilina et une histoire de Jugurtha. Ce sont des chefs-d'œuvre de lucidité et de vivacité dramatique. Il est admirable dans les maximes bien frappées qui font songer à La Rochefoucauld : « Vouloir les mêmes choses, haïr les mêmes choses, c'est l'amitié. »« L'esprit de faction, c'est l'amitié de coquins », etc.

La poésie n'est pas moins brillante à l'époque de César que la prose. C'est le temps de Lucrèce et de Catulle. Catulle, mondain charmant, voluptueux aimable, amoureux passionné et éloquent, épigrammatiste redoutable, un peu teinté d'alexandrinisme (et à peine, car on a beaucoup exagéré ce trait), est tout près d'être un grand poète. Il a la fougue, l'élan et aussi la grâce et une sensibilité frémissante. Par bien des aspects il fait songer à André Chénier, qui du reste l'a bien connu.

Lucrèce est un très grand poète. Si nous connaissionsÉpi::ure autrement que par des fragments il est très probable que nous serions tentés de dire que Lucrèce n'est qu'un traducteur ; mais d'abord nous n'en savons rien et ensuite la partie didactique du poème de Lucrèce {Sur la Nature) fût-elle une simple adaptation, toute la partie oratoire et toute la partie descriptive resteraient, qui sont ce qu'il y a dans l'œuvre de plus beau. Il

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y a dans ses invocations à Épicure, dans sa prosopopée de la nature à l'homme pour lui commander de se résigner à la mort, dans sa description d'Iphigénie immolée, dans sa description de la vache errant dans les campagnes à la recherche de sa génisse perdue, une largeur, une ampleur, une grandeur épique qui rappelle Homère, qui fait songer à Dante et que Virgile lui-même, beaucoup moins inégal, mais non pas plus grand, n'a pas atteintes.

Le « siècle d'Auguste », qui n'est vraiment très grand que si l'on entend sous ce nom l'époque de César et celle d'Octave et c'est ainsi que l'entendaient nos pères, ne laisse pas, à le prendre liraitativement, de nous présenter des littérateurs d'un très beau génie. C'est Virgile, Horace et Tite-Live. Tite-Live, qui est un des écrivains les plus purs, les plus beaux, et un orateur dans son cabinet d'un séduisant talent, écrivit une histoire romaine faite, en sa première partie, des légendes qui se transmettaient à Rome de génération en génération et où il nous est impossible de distinguer le vrai du faux, faite pour les deux tiers environ des renseignements fort précis que donnaient à l'auteur les historiens antérieurs et les Annales des pontifes. Comme on l'a fait observer, Tite-Live, étant de la Cisalpine, est un Gaulois qui a déjà les qualités françaises, ordre, clarté, développement régulier, style soutenu et surveillé, goûts oratoires. Ardent patriote, républicain au fond de l'âme, traité par Auguste, amicalement du reste, de « pompéien », il écrit l'histoire romaine, d'abord, sans doute, pour la faire connaître, mais surtout pour inspirer aux

Romains de son temps l'admiration, le respect et l'amour des fortes mœurs et des hautes vertus de leurs aïeux. Il a dressé un monument dont une partie malheureusement est détruite, mais où les tragiques modernes ont souvent puisé et que n'ont pas dédaigné, pour s'instruire en leur art, les orateurs.

Virgile est du même pays à peu près. C'était une âme charmante, très tendre, très douce, infiniment capable d'amitié, très pure et blanche, comme a dit Horace, avec tendance à la mélancolie. Les deux sources de son inspiration furent Homère et l'amour de Rome ; ajoutez-y, pour un temps, Théocrite. Amoureux des champs et delà vie rustique, il écrivit d'abord ces charmantes Bucoliques, où il n'ose pas être aussi réaliste que le poète sicilien, mais où il y a une grâce infinie et une sensibilité délicieuse et, toujours en quelques vers, des descriptions admirables qui font songer à celles de La Fontaine ; — amoureux de la terre et voulant, d'accord avec Auguste, ramener les Italiens au goût de l'agriculture, il a écrit les Géorgiqîies, c'est-à-dire les travaux des champs, décrivant ces travaux avec une exactitude, une précision singulières; puis, pour reposer le lecteur, amenant, de temps en temps, un épisode qui est un trait d'histoire ou de légende mythologique. Enfin, voulant attribuer à Rome le plus glorieux passé possible, il a relevé la vieille légende qui voulait que les anciens rois de Rome descendissent des anciens rois de Troie la Grande et il a fait l'Enéide. V Enéide est à la fois une Odyssée et une Iliade. Les cinq premiers livres contenant les aventures d'Énée depuis la prise de Troie

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jusqu'à son arrivée en Italie sont une Odyssée, les six derniers livres contenant les combats d'Enée en Italie pour s'y conquérir une place sont une Iliade. Au milieu, le sixième livre est une descente aux enfers, imitée encore d'Homère, mais toute nouvelle, enrichie qu'elle est de très belles idées philosophiques qu'Homère n'avait pu connaître. Le centre du poème et ce qui en fait l'unité, c'est Rome qui n'existe pas, mais que l'on voit toujours dans l'avenir. Tout le poème y tend et, par des artifices ingénieux, par des prophéties de plus en plus nettes, par la description du bouclier d'Énée, etc., l'histoire romaine elle-même, dans ses grandes lignes, y est tracée.

Le souverain mérite de Virgile est son sens artiste. D'autres ont été plus puissants ou plus profonds. Aucun homme n'a écrit en vers mieux que lui, sur quelque chose qu'il ait écrit.

Horace était un homme d'infiniment d'esprit et qui connaissait bien les poètes grecs. Avec sa connaissance des poètes il a fait ses odes toutes pleines de souvenirs des Alcée et des Stésichore, minutieusement et finement travaillées, habituant les Romains à retrouver sous des mots romains les phrases musicales des Grecs mais restant du reste froides. Avec son esprit, sa verve, son très vif sens du comique, sa jolie philosophie morale empruntée un peu aux stoïciens et surtout à Épicure, il a fait ses Satires et ses Epîtres qui sont le régal des plus délicats et qui n'ont rien perdu de leur intérêt pour nous, non plus que Montaigne. " C'est un homme charmant. Ce n'est pas un grand poète. C'est le plus spirituel des poètes, c'est lo plus poète des hommes d'esprit.

Hora

Tibulle, Properce et Ovide vinrent tout de suite après lui. Tibulle était un élégiaque tendre et triste, moins passionné et moins puissant que Catulle, gracieux et touchant. Tous les poètes élégiaques et en particulier André Cliénier se sont souvenus de lui. Properce a un grand talent de versification ; mais plus érudit qu'inspiré presque pur Alexandrin, il est plus intéressant pour l'humaniste que pour un homme ordinaire. Ovide, doué d'une facilité et d'une adresse de versificateur prodigieuse, habile descripteur dans ses Métamorphoses^ ingénieux et froid dans son Art d'aimer, a trouvé quelques accents pathétiques dans ses éXégi&s, {Po ni iqum, Tristes) où il pleure, exilé, sur ses propres infortunes.

Avec le second siècle vient le commencement de la décadence. Les rhéteurs, qui sont à Rome ce que les sophistes étaient à Athènes,, mais qui sont beaucoup moins intelligents, dirigent l'esprit public. Ils ne le gâtent point complètement; mais ils ne lui donnent pas de force et les Latins se croyant parvenus au niveau des Grecs semblent moins s'inspirer des éternels modèles.

Cependant la sève latine est forte encore. Quinte-Curce, historien romanesque qui a écrit une histoire d'Alexandre trop hospitalière à la légende, raconte très brillamment et parsème son récit de maximes et d'apophtegmes vigoureusement frappés. C'est un très remarquable écrivain. Pline l'Ancien est un très grand savant et écrivain un peu précieux est un très digne successeur de Varron.

Sénèque, très nourri, lui du moins, de philosophie grecque, prêche le stoïcisme en style

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concis, antithétique, épigrammatique, tout en pointes, très spirituel et qui atteint quelquefois à b force.

Pétrone est un homme de goût très fin , peintre de très mauvaises moeurs. La tragédie essaye de renaître avec Sénèque le Tragique qui est peutêtre le même que le Sénèque moraliste dont nous venons de parler et elle est assez brillante pour que nos tragiques du xvi* siècle et même Racine dans sa Phèdre l'aient souvent suivie. Perse, élève d'Horace pour ce qui est des satires, concis jusqu'à être obscur, a souvent une vigueur et une âpreté qui émeuvent très fortement. Lucain, gâté par un certain goût déclamatoire, est au fond un très grand poète, surtout poète orateur, mais à ce titre souvent admirable. Silius Italiens, Valerius Flaccus, Stace se remettent à l'école de Virgile et montrent au moins du talent de versification. Martial, presque exclusivement épigrammatique, est extrêmement spirituel.

Juvénal, s'élevant brusquement au-dessus de la foule, est le prince des satiriques de tous les temps. 11 a la passion de l'honnêteté, la verve et l'ampleur ora;toires, une incroyable vigueur de coloriste, le don des vers frappés en médailles, le don aussi des énergiques sonorités métalliques. Victor Hugo, dans la partie satirique de ses œuvres, s'en est non seulement inspiré mais comme imbibé.

Voici qu'est venue l'époque de Trajan. Quintilien, élégamment, finement, avec des grâces un peu apprêtées, enseigne une excellente rhétorique pleine de sens et de goût ; Pline le Jeune,

Juvénal

Tacite

doux et gai, honnête et amusant, plaide en orateur insinuant et, sous prétexte de Lettres à ses amis, écrit des Essais de morale aimable qui font songer à Montaigne.

Tacite est un grand historien psychologue et moraliste. Il est, comme a dit Racine, « le plus grand peintre de l'antiquité » et Racine veut dire le plus grand peintre de portraits. Il a un style tout nouveau, créé par lui, nerveux, musclé, coloré, ramassé, à métaphores courtes, qui sent le poète et le très grand poète, que notre Michelet rappelle, mais avec la différence de la fébrilité à la détente puissante de la force.

Sous Marc-Aurèle, la littérature latine est en baisse. Aulu-Gelle n'est qu'un érudit un peu désordonné ou du moins peu méthodique et écrit faiblement ; Apulée, avec son Ane d'or, n'est qu'un romancier fantaisiste, très complexe, curieux de tout et surtout des singularités, vif, amusant, mystique à ses heures, au total très déconcertant.

Le christianisme est à l'âge adulte. Il a ses écrivains qui comptent et qui, quelquefois, sont de grands écrivains : l'énergique et violent Tertullien que Bossuet a tant aimé ; saint Cyprien plein d'onction, de douceur et de charité, Lactance philosophe chrétien habile, ingénieux et d'une subtilité insinuante; saint Hilaire, polémiste ardent, impétueux et torrentiel ; saint Ambroise élevé, sage, serein, très lettré, très « romain » et qui est comme le Cicéron du christianisme ; saint Jérôme, ardent, passionné, d'une sensibilité très vive, d'une imagination entraînée et entraînante, qui, toute idée de scan-

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dale écartée, fait songer à ce qu'il y a de plus beau et de plus pur dans Jean-Jacques Rousseau ; enfin le grand docteur, le grand philosophe du christianisme, saint Augustin.

Saint Augustin est avant tout un philosophe, un homme qui analyse les idées et qui voit tout ce qu'elles renferment et leur principe premier et leur portée et leurs conséquences dernières. Il est de plus un grand orateur ; il est encore un historien ou plutôt un philosophe de l'histoire dans sa Cité de Dieu, il est enfin un poète du cœur et de la sensibilité la plus exquise dans ses immortelles C<î«/(?55/<97/5.C'estpeut-êtrerhomme le plus extraordinaire du monde antique.

Le christianisme avait même ses poètes : Commodien, Juvencus, le très passionné et très adroit Prudence, saint Paulin de Noie. Aucun ne fut très grand, tous eurent un vif sentiment surtout, dont Chateaubriand se souviendra, de ce qu'il y a de profondément poétique dans le christianisme.

Les derniers poètes profanes furent plus brillants que les poètes chrétiens. Aviénus est charmant d'élégance et de grâce un peu féminine. Il faut noter qu'il est (avec Prudence) le seul poète lyrique romain depuis Horace. Ausone a de la sensibilité et un très remarquable talent descriptif . Claudien, rhéteur en vers, s'élève quelquefois jusqu'à la véritable éloquence et a un éclat continu qui, parce qu'il est continu, est fatigant, mais qui ne laisse pas d'être un défaut merveilleux. Enfin citons Rutilius, d'abord parce qu'il a du talent, ensuite parce qu'au milieu même de l'invasion des Barbares, il a fait de Rome un éloge

Saint Augustù

Poètes chrétiens

Poètes profanes

passionné qui est, involontairement, une oraison funèbre; enfin parce que, ennemi furieux des chrétiens, iL a bien involontairement encore défini le grand et beau changement qui du pnganisme au christianisme s'était produit : « Tune muiahantur corpora, nmtc animi. Jadis on métamorphosait les corps, maintenant ce sont les âmes. :&

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