CHAPITRE PREMIER LES PHILOSOPHES
OUVRIERS DE LA RAISON, ILS PRÉPARENT l'ÉLÉMENT RATIONNEL DANS l'cEUVRE DE SAINT THOMAS
La
LA philosophie est l'amour de la sagesse. Elle est proprement l'occupation des sages. Et le phiiosopide. sage est par excellence la personnification de l'ordre. L'ordre règne d'abord dans les actes de sa raison. Le sage conçoit, juge, raisonne bien. En accomplissant comme il convient ces actes de sa raison, il se met en état d'atteindre l'ordre des choses tel qu'il est au dehors, dans les choses elles-mêmes. Et, dans la mesure où il atteint l'ordre des choses qui ne dépendent pas de lui, mais desquelles il dépend, il peut arriver ensuite à établir l'ordre qui convient dans les choses qui dépendent de lui, soit comme homme privé,
Les
AVANT SAINT THOMAS
soil comme membre ou chef de la société familiale OTa politique à laquelle il appartient.
Cette occupation des sages, qu'est la philosophilosophcs. phie, ne doit pas être conçue comme le privilège d'une caste fermée parmi les hommes. Bien qu'à des degrés divers, il faut qu'elle convienne à tous; car tout être doué de raison est destiné, par définition, à être un sage.
En fait, cependant, la grande majorité des hommes est en défaut par rapport à la sagesse. Ils manquent d'ordre dans les actes de leur raison. Et, comme suite fatale de ce manque d'ordre dans ce qui est l'outil de leurs recherches ou de leurs observations, ils ne saisissent point l'ordre des choses, sur lequel doit être réglé l'ordre de leurs actions. D'où il résulte enfin, à côté d'autres causes, que la vie humaine ellemême n'est plus une vie d'ordre, mais une vie de désordre.
De tout temps, il s'est trouvé des individualités puissantes qui se sont préoccupé de remédier à ce mal essentiel parmi les hommes. Tous ceux qui s'y sont appliqués ont mérité le beau nom de philosophes.
^^^^^^ Les premiers dont l'histoire profane nous ait
Les premiers *^ , . . ■ i . «
sages conserve le souvenir, qui dussent mfluer sur la d« la Grèce, pensée de saint Thomas, sont les sages de la Grèce. A leur tête paraît le fameux Thaïes de Milet, chef de l'école ionienne. Il a vécu de 6a4 à 546 avant J.-C. L'objet de son étude fut l'ordre des choses. Il devait l'être aussi des autres philosophes qui suivirent jusqu'à l'époque des
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LES PHILOSOPHES
sophistes. Les principaux s'appellent Anaximène, Heraclite, Anaximandre, Anaxagore, Empédocle, Pythagore, Parménide, Zenon et Démocrite, sans oublier Diogène.
Tous ces philosophes ont été absorbés par les questions relatives à la nature des choses, très spécialement des choses sensibles qui constituent le monde des corps. Ils ont eu là-dessus des idées ou donné des explications qui paraissent souvent étranges, qui sont toujours incomplètes, mais où se manifeste un réel effort de la pensée et qui devaient être reprises avec un appareil ou des allures plus scientifiques par bon nombre de philosophes modernes venus après saint Thomas. De telle sorte qu'en découvrant et en signalant ce qu'il y avait d'erroné ou d'imparfait en eux, saint Thomas aura pu, du même coup, réfuter ou corriger par avance les erreurs ou les systèmes imparfaits qui devaient être renouvelés de ces anciens philosophes.
Les recherches des premiers philosophes touchant la nature des choses n'avaient abouti qu'à sophistes. des résultats très imparfaits ; mais leur effort avait été sérieux et leur travail sincère. I ls s'é- *?lÊBLyïâi2L®Pî-5PPlHués à connaître et. A définir la nature des choses ou l'ordre du monde sensible. A leur suite, vinrent des hommes qui firent profession de tout savoir, mais uniquement en vue de paraître. Leur spécialité fut surtout le maniement du raisonnement, qu'ils s'appliquaient à faire le plus captieux possible pour se donner le luxe d'avoir toujours raison, même