JOURS DE REPOS HEBDOMADAIRE NON CHOMES
Pay^ des enfants de moins de iS ans.
En 1901 36.766
En 1902 37.969
En 1903 38.910
1. On évalue à 524 millions le nombre total des journées de travail pour les hommes adultes.
Par des filles de plus de 18 ans et par des femmes.
En 1901 123.213
En 1902 i:a.968
En 1903 KkS.ooO
On voit donc qu il y a une tendance croissante à permettre à un plus grand nombre d'industriels d'augmenter la durée de la journée des femmes et des enfants, et à les autoriser à supprimer le repos hebdomadaire. Nous sommes de ceux qui pensent que cette tendance est des plus déplorables et qu'il serait bon de réagir contre elle. Le public — et surtout le public féminin — n'est peut-être pas aussi impuissant en pareille matière qu'on le prétend parfois : demandez plutôt l'avis des fondatrices de la Ligue sociale d'ache" leurs et voyez ce qui a été obtenu aux Etats-Unis.
En dehors des prescriptions ayant pour but d'empêcher le surmenage des enfants et des femmes, la loi de 1892 s'est également préoccupée d'assurer la sécurité et l'hygiène de ce personnel. Des décrets postérieurs sont entrés dans le détail : il en est un particulièrement intéressant, celui du 31 juillet 1894 relatif aux poids exagérés que l'on fait porter ou traîner par des mineurs, garçons ou filles.
La commission du travail publie le tableau suivant des contraventions qui ont été relevées à ce sujet : il fournit des indications qui permettent d'entrevoir à quels dangers de toutes sortes sont exposés les femmes et les enfants dans les ateliers et les usines :
Nature des contraventions. Nombre
des — contrav.
Infractions aux règles générales d'hygiène
et de sécurité prescrites par la loi du 2
novembre 1902 138
Graissage de mécanisme en marche 35
Machines non protégées 904
Emploi d'enfants de moins de 16 ans aux
roues verticales 20
llmploi d'enfants de moins de 16 ans
aux métiers dits à la main 5
Emploi d'enfants de moins de 16 ans aux
scies circulaires 13
Emploi d'enfants de moins de 16 ans au
travail des lames tranchantes mécaniques. 14 Emploi d'enfants de moins de 16 ans sur
des échafaudages volants 1
Surcharges 151
Travail des machines à coudre avant 16
ans 22
Travaux interdits aux enfants, aux filles
mineures et aux femmes 65
Là encore le public, s'il le voulait et s'il y pensait, pourrait, en bien des cas, obtenir une sensible amélioration de la condition des travailleurs. Ainsi rien de plus facile que de signaler, dans la rue, à un sergent de ville un jeune ouvrier ou une apprentie trop pesamment chargés. Nous avons vu des personnes le faire : contravention a été aussitôt dressée contre le patron fautif. Il résulte, en effet, d'une statistique fournie par la préfecture de police que 66 contraventions pour surcharge sur la voie publique ont été constatées par les agents durant l'année 1903.
En ce qui concerne l'hygiène des ateliers et des dépendances, l'action de la clientèle peut être souvent efficace. A défaut d'influence directe sur les patrons, on peut essayer de créer un mouvement d'opinion
piiblique qui, tôt ou tard, finit par triompher des résistances intéressées. C'est sans doute peur répondre à une préoccupation de ce genre qu'une femme. M"' Caroline Milliaud, a écrit, dans la Revue philanthropique *, une étude intéressante, mais navrante dans sa précision, sur « le couchage des ouvrières de la soie » dans une partie du sud-est de la France. Les pauvres filles sont trop souvent reléguées dans un dortoir, mal aéré, glacial en hiver, sale, malsain. Et M"* Milhaud ajoute : a... Les lavabos sont complètement inconnus. Les filles ont l'habitude de se laver dans de grands plats de terre et l'on n'a jusqu'ici trouvé rien de mieux que de jeter ces eaux sales sur le parquet. De la sorte, il se produit par places des flaques d'eau qui répandent une odeur nauséabonde. Les lits consistent en une paillasse posée sur deux ou trois planches mal dressées que supportent deux tréteaux, une paire de draps qu'on change à peine tous les deux mois, et deux ou trois mauvaises couvertures. Les filles couchent deux à deux, ce qui, au point de vue de la moralité et de l'hygiène, laisse beaucoup à désirer... »
Signaler un pareil état de choses, c'est certainement travaillera le faire disparaître. Beaucoup d'entre nous, en contribuant au respect de la législation protectrice des ouvrières, peuvent rendre semblable service à leur prochain ; ils accompliront ainsi un acte de charité dont ils ignoreront, il est vrai, presque toujours les conséquences immédiates, mais qui ne restera certainement pas sans résultats, car, suivant la parole de IJmitation, « tout ce qui se fait par la charité, quelque petit ou quelque vil qu'il soit, produit des fruits abondants ».
i. Revue philanthropique, 10 mai 1904, p. 17.