L ACTION FEMININE DANS LES FAUBOURGS ET LES « RESIDENCES SOCIALES
Au faubourg d'Isle à Saint-Quentin. — Ce que des chrétiennes ont su faire en quelques mois. — Syndicats féminins. — Une école ménagère et un dispensaire. — II. L'isolement moral du pauvre. — L'œuvre des dames du Secrétariat du peuple. — Pour venir à bout des formalités légales. — La maison des œuvres féminines. — Un déménagement qui n'est pas banal. — III. Ce que l'on entend par résidence sociale. — Une brochure de M"* de Gourlet. — But et méthode des • résidents sociaux ». — Offrir son amitié sincère, sans arrière-pensée. — IV. Résultats obtenus. — Les résidences sociales à Paris.
C'est admirable ce qu'une femme de cœur — qui est en même temps une femme de tête — peut faire de bien et organiserd'œuvres pratiques en quelques mois, je dirai même en quelques semaines. J'en ai été récemment le témoin étonné et charmé. Vous l'avoueraije? Je ne l'eusse peut-être pas cru, si je ne l'avais vu, de mes propres yeux vu. En tout cas, j'eusse pour le moins crié à l'exagération... méridionale. Et je serais, il est vrai, tombé bien à faux puisque la chose s'est passée dans le nord delà France.
Que mes lecteurs me croient cependant sur parole, ou, s'ils doutaient un tantinet de l'exactitude de mes
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dires, qu'ils fassent le voyage de Saint- Quentin. Dans cette vieille cité, il n'y a pas que les pastels de Latour, qui soient dignes d'admiration. J'y ai aperçu des chréliennes dont l'activité, discrètement dévouée, a su réaliser, en ces derniers temps, de vraies merveilles dans l'ordre social !
A Saint-Quentin, les tissages occupent une partie notable de la population féminine. Là comme ailleurs, la vie d'usine produit ses redoutables conséquences, morales et familiales. C'est dire que le champ était vaste qui s'ouvrait devant le zèle des quelques âmes d'élite, voulant faire le bien pour le bien, sans aucune arrière-pensée de conquête politique, voire même d'immédiate propagande confessionnelle, au sens étroit du mot ; sans doute, elles ne cachent pas leurs convictions; dans les locaux de leurs œuvres, le crucifix occupe la place d'honneur, mais elles ne prêchent point directement la religion, elles préfèrent la suggérer en la faisant aimer en leurs personnes. N'est-ce pas encore, dans les milieux populaires, la meilleure des apologétiques?
La première chose qu'elles résolurent de faire, ce fut d'amener les ouvrières à constituer des syndicats nettement et exclusivement professionnels. On ne se contenta pas de grouper les travailleuses de l'usine, mais on jugea également opportun d'associer entre elles les employées de commerce, ainsi que toutes les femmes vivant de leur aiguille. Ces trois syndicats ont à peine un an d'existence, et, en ces douze mois, ils ont dépassé le chiffre de trois cents adhérentes, ayant régulièrement payé la cotisation mensuelle. Ces résultats paraîtront des plus encourageants à quiconque connaît le monde du travail et sait l'hostilité, presque instinctive, de l'élément féminin contre tout groupe-
ment syndical. Ajoutons que ces associations n'existent pas seulement sur le papier. Nous le disons parce que nous avons pu constater leur vitalité, ils se réunissent tous les mois, en des séances intimes, où l'on discute, en toute liberté, questions et intérêts professionnels; car je me hâte de dire que ce sont des groupements exclusivement composés de salariées, décidées à respecter l'autorité et les droits légitimes des patrons, mais non moins fermement résolues à faire respecter la dignité et les droits, également légitimes, des travailleurs. Cette attitude est une des raisons de leur force et de leurs progrès rapides.
Toutes les Saint-Quentinoises du faubourg d'Isle ne sont pas ouvrières de fabrique ou employées de magasins : les syndicats professionnels ne les intéressent donc pas toutes, mais, toutes, ou à peu près toutes, elles sont ou seront des ménagères : il y aurait donc prolit, pour elles, à faire l'apprentissage de leur métier de mère et d'épouse, ou bien à s'y perfectionner. C'est ce qu'ont pensé les chrétiennes délite qui se sont promis à elles-mêmes de venir en aide à cette population faubourienne.
Elles décidèrent, en conséquence, d'ouvrir, en plein milieu ouvrier, une école ménagère.
Mais ces femmes de grand zèle sont aussi des femmes d'expérience : elles savent que pareille institution ne s'improvise pas et que le dévouement ne peut remplacer la compétence. Une d'entre elles est donc venue à Paris et a suivi le cours normal ménager professé par M"'' de Dicsbath. Puis, quand elle eut acquis les connaissances techniques nécessaires, elle ouvrit, en octobre dernier, une école dans laquelle, chaque jeudi, elle enseigne aux fillettes du quartier les principes et la pratique de la science ménagère. Les élèves
sont déjà plutôt trop nombreuses et Ton projette de permettre l'entrée de l'école aux mamans.
Tandis que cet enseignement était inauguré, on reconnut que, pour servir les braves et pauvres gens du faubourg, il ne suffisait pas d'apprendre à leurs enfants l'art de composer un repas à trente centimes par tête. Beaucoup d'entre eux sont malades : on s'use et l'on vieillit si vite dans les usines ! 11 y aurait donc grande utilité à organiser un dispensaire : un médecin y donnerait des consultations gratuites, des infirmières de bonne volonté y panseraient les plaies et distribueraient les médicaments prescrits. Ainsi on procurerait aux familles du voisinage, avec un peu de soulagement matériel, un vrai réconfort moral. Quel beau rêve!... Le rêve est devenu une réalité : dans les derniers jours de novembre, on ouvrait le dispensaire. Et à voir les murs aux couleurs claires, les bocaux et les flacons transparents de propreté, les sièges si confortables, on se sent presque l'envie de venir s'y faire « charcuter » un brin...
Mais les plaies du corps ne sont pas toujours les plus douloureuses. Et puis, à la rigueur, il y a l'hôpital. Les souffrances de l'âme, les inquiétudes de l'esprit, les mille difficultés et complications matérielles de l'existence sont parfois, pour le pauvre, bien autrement poignantes. 11 ne sait à qui confier ses peines, il ne sait surtout à quelle compétence désintéressée et sincère demander appui et conseil. C'est l'isolement dans ce qu'il a de plus affreux, avec le sentiment de l'impuissance. Quand on songe aux angoisses qui doivent étreindre certains pères de famille, on est pris d'effroi.
Cet effroi, les chrétiennes, dont nous retraçons les • îaritables exploits, l'ont assurément ressenti. Mais, le liisson passé, elles n'ont pas oublié, comme tant dauires, et leur générosité a cherché le remède. Elle l'a irouvé dans le Secrétariat du peuple.
Chaque dimanche, durant la matinée, deux ou trois d'entre elles se tiennent, au faubourg, à la disposition de tous ceux, hommes ou femmes, catlioliques ou librespenseurs, révolutionnaires ou non, qui désirent un «•onseil ou demandent un secours. Sauf prêter de l'argent, il n'est pas de service que l'on ne rende.
Il y a toujours foule dans l'antichambre qui précède le bureau de consultation. Je demandai à ces dames quel était le genre de collaboration que l'on sollicitait le plus souvent de leur obligeance. Ce sont, paraît-il, les démarches, lettres de toutes sortes et recherches d'actes de l'état civil, imposées à quiconque veut se marier ou régulariser certaine situation regrettable.
Et il me revint alors à la mémoire cette page, si profondément vraie, de Salaires et misères de femmes dans laquelle M. d'Haussonville montre les préoccupations bourgeoises des rédacteurs de notre Code. On nous permettra deciterces lignesquisont d'actualité enun temps où l'on s'inquiète de réviser les lois napoléonniennes : « En rédigeant le litre du mariage, écrit donc M. d'Haussonville ', les auteurs du Code se sont avant tout préoccupés de deux choses : empêcher les mariages clandestins et la bigamie par la multiplicité des publications; prévenir les mariages scandaleux, en exigeant même à toutûgele consentement des parents. Leurpensée exclusive a été de protéger, d'une part, les jeuFies filles de la bourgeoisie contre les trompeurs et, d'autre part, les fils de famille contre les intrigantes. Ils n'ont pas eu
1. cf. Salaires et misères de femmes (CalmaDD-Lévy, éditeur, Paris),
p. XII.
souci un seul instant des difficultés sans nombre que la multiplicité des formalités exigées par eux créaient pour la jeune fille du peuple, même majeure, qui est orpheline, qui souvent ne sait pas dans quel lieu ses parents ou grands-parents sont morts ou même, tout simplement, pour celle qui n'habite pas avec sa famille, cas, dans les grandes villes, extrêmement fréquent. Pour cette jeune fille et son fiancé, la nécessité de présenter à la mairie des papiers en règle constitue un problème à la fois généalogique, admiaistratif et financier (car tout cela coûte), que beaucoup trouvent plus simple de résoudre en se passant du maire et du curé... » C'est à la solution de ce problème que, maintes et maintes fois, sont sollicitées de travailler les dames du Secrétariat du peuple Saint-Quentinois. Elles le font avec tact, amabilité et habileté. Si, parmi leurs clients et clientes, il s'en trouve qui leur posent des questions dont la réponse exige des connaissances juridiques ou techniques, elles l'adressent, avec un mot, à un homme de loi ou à un spécialiste qui tranche les difficultés. J'ajoute que le secrétariat fonctionne aussi bien durant les vacances que pendant le reste de l'année : la misère ne connaît pas de congé, l'assistance fraternelle et chrétienne ne doit pas en connaître davantage- Ainsi donc, la population ouvrière du faubourg d'Isle trouve à sa portée des institutions qui s'efforcent de répondre à ses principaux besoins, professionnels, économiques ou moraux. Grâce à la générosité d'une de ces chrétiennes dont nous parlions précédemment, mais dont la charité veut rester anonyme, toutes ces œuvres ont trouvé un même et confortable abri dans une maison du quartier, qui sera vraiment la maison des œuvres féminines.
Et, par une dernière délicatesse, cette dame, aban-
donnant l'élr.Lranto liabitalion qu'elle occupait au centre de la ville, vient demeurer en plein faubourg, en face du bureau des syndicats et du dispensaire, près de ces pauvres gens quelle aime de toutes les puissances de son être — et dont elle est aimée. C'est chose faite depuis le 1" janvier lî)05.
Je m'étonnais de cette résolution et j'admirais le dévouement dont elle témoignait :
— Que voulez-vous? me dit-elle. J'ai été véritablement « empoignée » par la lecture d'une brochure de M"' de Gourlet sur la Résidence laïque dans les quartiers populaires; or, le bail de mon appartement touchait à expiration ; je ne l'ai pas renouvelé et nous irons loger, mon mari et moi, dans le milieu que nous préférons... Et puis, ajoutait-elle aussitôt, comme pour atténuer ce que sa décision avait d'admirable, nous y trouverons nos aises, car nous perdrons moins de temps à venir au faubourg... Nous serons tout portés...
Je connaissais la brochure de M"*' de Gourlet *, mais, à peine rentré de Saint-Quentin, je la relus. Et l'exemple vivant, que j'avais eu sous les yeux, illustrant les pages de la collaboratrice de l Action populaire, je sentis plus profondément le bien que peuvent faire ces hommes et ces femmes de condition aisée, qui, abandonnant les quartiers riches, vont prendre logis dans les ruelles misérables etouvrent leur porte hospitalière à tous leurs voisins, en quùle de vrais amis.
La première joie qu'ils apportent, en installant leur « Résidence », c'est d'oiïrir des relations sociales à
1. Colonies sociales; la Hisidence laiquedans les quartiers populaires (collection de ^Action populaire, V. Lecoffre, éditeur, Paris).
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ces êtres qui, la semaine entière, souvent même le dimanche, restent courbés sous le poids d'une tâche, pénible, absorbante, parfois abrutissante. « Le travailleur, dit excellemment AP^^ de Gourlet, connaît peu les relations sociales ; il a des camaraderies, souvent même des amitiés nées d'une communauté de labeur, d'intérêts ou de souffrances, mais il ignore cette détente qu'est réchange des idées, la causerie sortant du cercle étroit des cancans, les plaisirs de l'esprit goûtés dans une atmosphère sympathique. Ses plaisirs à lui ne sont guère que les interminables séances dans une brasserie ou un estaminet... Partout où des résidents sociaux s'installent, ils commencent par ouvrir leur demeure, par faire et recevoir des visites. Les visites faites gagnent la confiance du voisinage, les visites reçues commencent son affinement. Quand on sort d'un logis trop petit, encombré, mal aéré, situé dans une maison surpeuplée et bruyante, pour être accueilli dans une pièce spacieuse, paisible, décorée avec goût, l'impression de bien-être et de sérénité est inévitable. On demandait à un jeune visiteur d'un settlement de New-York : « Qu'est-ce qui vous plaît le plus ici ? » il répondit sans hésiter : « C'est qu'il y a si peu de meubles ! » La notion de l'ordre et la sobriété du goût venaient de lui naître. Tout, d'ailleurs, contribue à accroître cette impression, depuis le son de voix, la douceur des mouvements et le choix d'expressions des hôtes, jusqu'aux passe-temps que l'on introduit peu à peu dans les heures vécues en commun. »
Les résidents s'efforcent donc de se rapprocher intellectuellement et moralement de ceux qui les entourent : ils veulent les élever jusqu'à eux, initiant leur esprit aux jouissances du savoir et leur âme aux joies d'une conscience droite. Ln agissant ainsi, ils travaillent efficacement à faire disparaître ces effrova-
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bles malentendus et ces réciproques ignorances qui séparent les hommes en deux groupes hostiles. M. lirunetière l'a noté avec un sens social très averti ' : « Tandis qu'ils ne s'en veulent point de ne pas avoir les mômes idées ou les mêmes intérêts, ce que les hommes se pardonnent le moins, c'est de n'avoir pas les mêmes plaisirs, et surtout la même qualité de plaisir. » Eh bien, ce sont ces différences de culture que la « résidence sociale » contribue à atténuer ^, dans des réunions intimes où l'on cause et dans des soirées où l'on offre aux invités des délassements dramatiques ou esthétiques. On ne saurait soupçonner, si l'on n'en a été témoin, le puissant réconfort que peuvent procurer à des gens du peuple la lecture d'une belle page littéraire ou l'exécution d'une œuvre musicale. Je sais des femmes de talent qui, parfois, dans des œuvres populaires, viennent donner à des auditeurs, peutêtre encore un peu frustes, les joies profondes de l'art. Elles ne se doutent pas toujours de la portée de leur charité : pendant une heure ou deux, elles ont fait oublier à de pauvres êtres leurs souffrances et leurs angoisses, les transportant en quelque sorte dans des sphères supérieures de bonheur idéal... Cela ne vaut-il pas bien des aumônes'?
1. CL F. Biunetière, Sur les chemins de la croyance. Première étape : l'utilisation du positivisyne (Perrin, éditeur, Paris, lîKX'i), p. 249. note 1.
î. On a donné de la maison sociale ou SettU'incnt la délinition suivante qui est excellente : • Le setllement est une maison peuplée d'hommes ou de femmes de cœur et d'intelligence, qui so rapprochent des pauvres, non jias comme s'ils venaient d'un mon<ie difTt'reni, pour les visiter simplement mais comme s'ils étaient de h-ur monde, comme s'ils étaient d<s cumpalriotes, des voisins, habitant par choix les mêmes quartiers, les mêmes maisons, etdécidés à frayer avec eux comme avec des amis. » {Conseil des femmes, 15 mai 1903, p. 135.)
jDans le quartier où ils ont élu domicile, les « résidents sociaux » se proposent donc de devenir les soutiens désintéressés de tous ceux qui cherchent un appui, les confidents de tous ceux qui souffrent de ne pouvoir dire ce qui les oppresse, les conseillers sincères et un peu les éducateurs des familles de leur voisinage. Ils rendent service à qui en a besoin, sans s'inquiéter des convictions religieuses, des opinions politiques ou de la vertu plus ou moins grande. Ils gardent les enfants en bas âge, surveillent les devoirs des écoliers, s'occupent de l'apprentissage des jeunes gens, visitent les malades, au besoin même donnent leur avis sur les projets de mariage — et, tout cela, ils le font, non pas en protecteurs bienveillants, mais en vrais amis, obligeant volontiers leurs parents et leurs connaissances.
En agissant ainsi, ils rendent aimables la haute moralité et les idées religieuses où le vulgaire sent bien qu'ils trouvent la raison de leur dévouement et la source de leur énergie souriante. Et, parmi ceux qu'ils ont obligés, les âmes élevées aspirent cite à les imiter.
Écoutons sur ce point quelqu'un qui parle d'expérience : « ... Si les conversations de tout genre et en toute circonstance, dit M'^' de Gourlet, permettent d'exercer une influence morale, à plus forte raison en est-il ainsi lors d'un conseil ou d'une consultation de^ mandés. Il est souvent très lourd le fardeau des peines, des angoisses, des soucis que les humbles accumulent, et c'est généralement avec une véritable confiance qu'ils viennent l'alléger près de ceux qui ont su gagner leur amitié. Le résident a toutes les qualités d'un bon confident : il n'est pas, et c'est un grand point, du petit
cercle où se meut Taffligé ; son intuition psycholopque et sa compréhension sympathique dépassent de beaucoup ce que ce dernier est liabilué à rencontrer ; puis il aaity et son conseil sera doublé d'un renseignement utile, il indiquera comment sortir d'un mauvais pas, où s'adresser, à qui avoir recours. Dans les premiers temps, le renseignement fera passer l'avis moral, bientôt celui-ci pourra se présenter hardiment et sans chaperon; une conscience de plus aura trouvé son point d appui au settlement... L'influence du settlement ne se borne pas à la morale négative et communique autour d'elle un peu de son activité charitable. Bientôt les résidents ne sont plus seuls à porter secours à leurs voisins, ceux-ci ont appris à se connaître, à s'aimer et prodiguent leur aide mutuelle. « On a pensé, disait « dans son naïf langage un groupe de fillettes à des a résidentes, que la meilleure manière de vous remer- « cier était de vous ressembler, alors on s'occupe de « ceux qui sont pauvres ou malades. » Cet exemple est topique : il nous révèle comment, à la « maison sociale », on apprend à vivre pour les autres.
L'idée des « Maisons sociales » n'est pas d'origine française, au moins sous sa forme laïque. Nous disons : « sous sa forme laïque », car. à tout prendre, les groupes d'oeuvres, établis en pleins quartiers populaires par le clergé et les congrégations, sont de vraies maisons sociales et ressemblent, à bien des points de vue, aux settlements anglais ou américains.
Mais, par ce temps de laïcisation, l'action catholique doit s'adapter aux nécessités : plus que jamais, il serait utile que, dans les faubourgs, il se créât de ces espèces de « postes de secours moraux ». L'idée peut séduire, par son côté généreux et i)resque héroïque, bien des femmes d'élite. Elle en a déjà passionné. A côté de V Union familiale, fondée à Charonne (172, rue
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de Charonne) par M"^ Gahéry et dont nous avons déjà parlé \ nous comptons à Paris, trois autres maisons sociales : à ^lénilmontant (51 et 63 boul. Ménilmontant), à Montrouge (.av-enue d'Orléans) et à Montmartre (rue des Cloys).
L'œuvre de Ménilmontant, plus connue sous le nom d'oeuvre de Popincourt, fut fondée en 1896, sous la direction et avec la collaboration très active de M™* la marquise Costa de Beauregard ^. En 1900, un nouveau comité se forma sous la présidence de M"'^ la baronne Piérard à laquelle M™«Tuck apporta son très dévoué concours. Cette « Maison sociale » de Ménilmontant compte trois résidentes sur lesquelles le Conseil des femmes^ nous donnait récemment quelques détails : « Ce sont, nous disait-on, de toutes jeunes femmes, de beaucoup en deçà de la trentième année, et la classe à laquelle elles appartiennent rend plus admirable encore leur vie de renoncement. L'une est fdle d'un membre de rinstitut, doyen d'une Faculté ; l'autre est celle d'un peintre connu, le père de la troisième est un général français. »Leur vie n'est qu'une suite ininterrompue de services de toutes sortes. Leur dévouement est sans bornes, ainsi l'une d'elles tint récemment, pendant quelques jours, un kiosque de journaux pour conserver sa place à la vieille tenancière malade! Etonnez-vous ensuite que de telles preuves d'affection, vraie, sincère et profonde, touchent et gagnent les sympathies populaires "*.