Nous en avons déjà parlé, cf. p. 132 et suiv
petites et grandes, de quelques-unes de ses familles adhérentes. On réunit un peu d'argent et Ion dirigea la caravane vers les Alpes, au pied du mont Blanc. Les jeunes filles, qui avaient ainsi l'heureuse fortune d'aller remplir leurs poumons dun air vivifiant, eurent le bon esprit de ne pas oublier que, dans leur œuvre parisienne, on leur avait appris la loi chrétienne de la réciproque assistance. Or elles constatèrent vite que lours nouvelles amies savoyardes, si elles savaient les guider admirablement dans leurs excursions, étaient loin de posséder pareille maîtrise dans Tart de diriger un ménage. De cette constatation naquit un échange d'aimables procédés : nos faubouriennes firent profiter leurs compagnes de leurs connaissances ménagères, leur enseignant les mille recettes qu'elles avaient apprises aux leçons de l'œuvre de Charonne. Et je n'ai pas besoin d'ajouter que, de leur côté, les jeunes Savoyardes mirent encore plus d'empressement à organiser les promenades des complaisantes et expertes Parisiennes.
Un beau jour, celles-ci trouvèrent un moyen très pratique de manifester leur science ménagère. Elles ne furent pas longtemps, en effet, sans remarquer que nombre d'excursionnistes suivaient la route au bord de laquelle s'élevait le chalet de YŒuçre du frrand air. Ces braves gens, attirés par les sites merveilleux de la région, marchaient souvent depuis de longues heures : presque tous, ils présentaient les signes évidents de la soif et de la fatigue... On leur viendrait donc en aide en leur offrant des rafraîchissements, mais comme ils avaient généralement la bourse un peu lourde, on les soulagerait — encore une prévenance! — de quelque menue monnaie. Et bientôt, sur un écriteau cloué au bout d'une pique, on put lire ces mots fascinateurs pour quiconque tire la langue :
« Café, thé, chocolat..., au profit de VŒuç>re du grand air. »
L'idée était ingénieuse : elle fut couronnée de succès, puisque, ainsi improvisée, la vente couvrit les plus gros frais de la colonie.
Ce qui a réussi dans une vallée de la Haute-Savoie pourrait réussir dans tout autre site « exploitable ». Avis aux personnes d'initiative qui, tout en humant l'air léger des montagnes, auraient à cœur d'organiser une œuvre de bien ^ ; il ne leur serait pas difficile de trouver les bénéficiaires de leur « colonie » ; elles n'auraient qu'à s'adresser à une association de jeunes filles d'une grande ville ou bien au Comité d'une école qui se ferait un plaisir, j'en suis certain, de leur donner les indications indispensables.
Je ne sais si parmi mes lectrices il s'en trouvera qui auront la liberté d'action nécessaire pour tenter l'entreprise. Mais, je le tiens pour assuré, quelques-unes, en regardant autour d'elles, à la campagne ou sur les bords de la mer, découvriraient assez facilement un logis, plus ou moins grand, que, durant quatre ou cinq semaines, elles pourraient gracieusement mettre QM faire mettre à la disposition d'une œuvre qui enverrait là une jeune colonie féminine. Voyons, Madame, faites une petite inspection, et vous rencontrerez, je le gage, l'abri rêvé qui permettra à de pauvres fillettes de se refaire au grand air du bon Dieu. On ne demande pas un palais, mais une simple demeure. La découverte faite, vite, mettez-vous en relation avec un patronage — il n'en manque pas! — et, dans peu de mois, vous constaterez avec joie le bien dont vous aurez été la cause.
1. A lire, sur les colonies de vacances, les pages pleines de charme, que M°« Goyau-Félix-Faure leur a consacrées dans Femina (15 juillet
QUELQUES ŒUVRES FÉMININES. 36ft
Vous répugnez peut-être à vous « mettre en avant»... Pure modestie, je le veux bien. Mais prenez garde que, sous cette modestie, ne se cache à votre insu l'égoïste désir de ne pas troubler votre quiétude. D'ailleurs, on ne vous demande pas de prendre la direction ou la responsabilité de la colonie, si vous ne vous en sentez ni la volonté, ni la possibilité : on sollicite seulement de votre générosité un modeste a abri n.
Et puis, autour de vous, elles commencent à devenir nombreuses les femmes qui n'ont pas craint d'organiser pareille œuvre. Voyez, par exemple, la Ligue des enfants de France, fondée en 1895, avec une perspicace générosité, par M'" Lucie Félix-Faure et qui a créé pour les enfants pauvres cinq centres de villégiature : à la tête de chacun de ces groupes, une jeune femme ou une jeune fille. Voyez encore YŒuvre des colonies de vacances dont la présidente est M°' Franck-Puaux. et la trésorière M"* Alice Delassaux, ou bien VŒuvre du soleil, dirigée par M™® xVnaïs Dumontpallier qui, chaque été, conduit dans la Creuse une trentaine de fillettes et déjeunes filles. Et, de ces initiatives, nous pourrions en citer plusieurs autres...
— J'ai eu beau chercher, chez moi, autour de moi. Monsieur, je n'ai rien trouvé... Mais absolument rien... Pas le moindre hangar... Impossible, dès lors, de m'occuperde vos colonies... J'en suis aux regrets...
— Quant à moi, Monsieur, je passe dix mois de l'année en ville, et les deux autres, je voyage avec mon mari... Vous ne voudriez pourtant pas que je le « laisse en plan » pour aller vivre sous la tente avec une dou-
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zaine de bambines... Avec la meilleure volonté, je ne puis donc rien...
— En êtes-vous bien sûres, Tune et l'autre, Mesdames?... Vos raisons sont sans doute excellentes, mais pour être décisives, il faudrait qu'on ne pût collaborer à Tœuvre des colonies scolaires qu'en prêtant un logis ou en prenant la direction d'un petit groupe juvénile. Or il n'en est rien.
Il y a, en effet, plusieurs autres manières de participer à cette entreprise de bien.
Et d'abord, on peut toujours envoyer son obole : par exemple, la somme équivalente à la dépense nécessitée par le voyage et l'entretien d'un enfant, durant un mois (un à deux francs par jour environ). Il n'est pas un patronage qui n'acceptera avec reconnaissance votre offrande, et n'en fera bon usage. Et puis, pourquoi ne pas imiter ce que l'on fait dans une œuvre protestante? On y a organisé des tirelires où les enfants des familles riches déposent leurs petites pièces de façon à permettre aux enfants des familles pauvres d'aller, eux aussi, s'amuser et se fortifier sur les bords de la mer. Ne pourriez-vous intéresser vos filles et vos fils, vos neveux et vos nièces — sans parler des cousins et cousines — à une pareille œuvre qu'ils comprendront et à laquelle ils s'intéresseront? Pour commencer de la sorte, il n'y a besoin du concours de qui que ce soit.
Mais je suppose — et pour faire cette supposition, il me faut, je vous l'assure, une forte dose de bonne volonté — j'admets que vous ne puissiez envoyer un centime, ni récolter autour de vous la moindre souscription. Vous avez encore un moyen de vous associer utilement à l'œuvre.
Le voici :
Chaque enfant, chaque « colon » emporte avec lui
nn petit trousseau. Ce trousseau est, vous le pensez bien, réduit à ressentiel. Un vêtement de rechange, des bas ou des chaussettes, quelques chemises, une demi-douzaine de mouchoirs de poche, une paire de chaussures : le tout enfermé dans un petit sac de toile, voilà ce qui, d'habitude, est demandé aux parents. Eh bien, il est des familles si pauvres qu'elles ne peuvent fournir au complet et en bon état les pièces réclamées. Pourquoi dès lors ne pas vous entendre avec quelques amies pour confectionner vous-mêmes tout ou pertie de ces trousseaux, et puis examiner les paquets le jour du départ pour les vacances?
Il suffit, vous le voyez, d'un brin d'esprit d'entreprise et d'un peu de persévérance pour avoir sa part dans cette œuvre populaire.
Nous avons indiqué quelques-unes seulement des principales formes de la collaboration que des chrétiennes peuvent apportera l'institution si actuelle des colonies de vacances. Nous n'avons point la sotte prétention d'avoir tout dit. Nous avons voulu simplement su^^gérer des idées, certain d'avance que, parmi nos lectrices, il se trouvera des femmes de tête et de cœur qui compléteront et préciseront, en le réalisant, le plan d'action que nous avons simplement ébauché.