cf. pages i30 et suivantes
2. Nous signalerons, dans cet ordre d'idées, VŒuvre du trousseau qui se développe surtout dans les écoles primaires et dans les associations d'anciennes élèves (Cf. un article de M. Maurice Dufourmantelle dans le Guide Social pour 1905 édité par l'Action Populaire, p. 2ii;.
Pour cela faire, il nous faudrait des ressources financières que nous n'avons malheureusement pas à notre disposition...
C'est sans doute l'objection que formuleraient, au moins inpetlo, bon nombre des personnes auxquelles on conseillerait d'orp^-aniser pareille œuvre.
Mais cette objection, si péremptoire qu'elle puisse sembler à première vue, est loin cependant d'être décisive. Nous allons l'établir, non point par de longues considérations théoriques, mais bien par àes faits précis et faciles à contrôler.
La chose est très réalisable — puisqu'on l'a exécutée : rien ne tient devant un tel genre de démonstration.
Il y a quelques mois, M. l'abbé Sécheroux, vicaire à la paroisse de St-Salomon-St-Grégoire de Pithiviers, créait une institution de ce genre pour les jeunes filles du patronage qu'il dirige. Cette tentative, dont il a publié un intéressant historique dans La Quinzaine * , a pleinement réussi : elle mérite qu'on y prête attention, car ce qui a été réalisé dans cette jolie petite ville du Loiret peut être tenté en beaucoup d'autres endroits. On va le voir.
La caisse dotale de Pithiviers repose sur un double principe : la jeune ouvrière est invitée à économiser en vue de se constituer une dot, mais elle reçoit un précieux appui matériel et moral de la part des jeunes filles plus aisées de la paroisse ou de la ville.
Examinons un peu. parle détail, comment ces deux principes ont reçu application.
11 est très évident que si l'on veut établir une caisse de ce genre, la première chose à faire est de s'assurer le concours des intéressées elles-mêmes : on doit, au
\. cf. La Quinzaine du 16 juillet 1904. L'article a été tiré en brochure (Pithiviers, Imprimerie Moderne, 1904).
préalable, les convaincre de la nécessité pour elles d'éviter les dépenses exagérées et de ne pas trop céder aux tentations de la coquetterie. C'est ce qu'on a essayé àPithiviers où l'on a montré auxjeunes ouvrières « l'épargne comme une véritable obligation de conscience imposée par le devoir social, puisque par cette épargne seule, elles se trouveront en mesure de bien remplir leurs devoirs de jeunes épouses et qu'elles acquerront ainsi comme la première garantie de leur bonbeur futur « .
A ce propos, M. l'abbé Sécheroux fait une remarque d'une haute importance et dont chacun de nous, en y introduisant quelque variante, peut tirer son profit : «... Ce langage, dit-il, sera toujours compris de la jeune fille sérieuse, intelligente et vraiment chrétienne, à qui Ton donnera ainsi la préoccupation de l'avenir, la notion juste de la vie, le sentiment delà responsabilité, car ce langage lui enseigne quelque chose de réel, de positif. Cela vaudra infiniment mieux que de la reprendre — comme parfois on voudrait que nous le fissions — sur des dépenses exagérées, sur des frais de toilette qui ne conviennent pas à sa situation. Quels que soient les termes employés, on s'exposerait à blesser, on mettrait le pied sur un terrain où, somme toute, chacun conserve sa liberté et peut prier les autres, à qui il ne demande rien et qui ne sont point ses bienfaiteurs, de se mêler de leurs affaires. On échouerait presque infailliblement. Il ne faut pas défendre avec autorité quand on n'en possède pas expressément le droit et quand on n'est pas en mesure de se faire obéir, dans la question toilette encore moins que dans toute autre question... »
Complétant cette remarque, M. l'abbé Sécheroux observe très justement « qu'il ne faut pas de précepte négatif qui défende ou limite la dépense d'un salaire
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gag'nc par l'ouvrière à la sueur de son front et sur lequel, par cons«}quent, elle a un droit exclusif et sacré; il faut un précepte positif qui ordonne l'économie pour un but déterminé. Alors, d'elle-môme, par principe, par raison, par devoir, et aussi — c'est loin d'être défendu— par intérêt, la jeune fille, usant de sa pleine liberté, restreindra ses dépenses, en particulier, modérera, si l'abus existe vraiment chez elle, ses frais de toilette ». Ainsi donc, la première chose à faire, c'est de convaincre la jeune ouvrière de la nécessité de l'éparp^ne : son inttT»H ost ici d'accord avec son devoir.
Mais il ne sutlit pas d'avoir fait naître cette conviction. Pour que la jeune fille soit pratiquement disposée à mettre de côté les quelques indispensables pièces blanches, il faut en outre qu'elle voie ses compagnes en faire autant : elle sera alors entraînée par l'exemple, et, prise dans le salutaire engrenage, elle deviendra économe. De là, l'utilité de créer une petite association, une caisse, qui groupera, dans un patronage ou dans une paroisse, toutes les juvéniles bonnes volontés.
Ceci fait, on aura constitué le premier élément de la Caisse dotale — le groupe des bénéficiaires — mais qui, réduit à ses uniques forces, serait le plus souvent impuissant à donner à l'œuvre tout le développement désirable. Il est malheureusement certain, en effet, que la jeune ouvrière ne peut pas, à elle seule, économiser la somme qui lui serait vraiment nécessaire pour entrer en ménage : « Après l'étude à laquelle je me suis livré dans le milieu que je connais, dans le patronage d'ouvrières dont j'ai la direction, écrit M. l'abbé Sécheroux, je suis en mesure dalîirmer qu'en général, le salaire de la jeune fille est insuflisant pour qu'elle puisse amasser, par sa seule épargne, une somme pouvant sufiire à la bonne installation de son ménage, somme qui ne doit pas être inférieure à 500 francs. La
jeune fille doit s'entretenir; presque toujours elle remet à ses parents la plus grande partie de son salaire. Or, de 15 à 20 ans, elle ne gagne pas plus de 1 franc à 1 fr. 25 par jour: de 20 à 25 ans, pas plus de 1 fr. 25 à 1 fr. 50 ; celles qui gagnent 2 francs par jour sont rares ; aussi il lui est extrêmement difficile d'économiser plus de 20 à 30 francs par an ; encore faut-il que ses parents ne soient pas dans la gêne. »
Dès lors, il y a obligation de trouver des ressources supplémentaires. A Pithiviers, on a eu la très heureuse idée d'inviter les jeunes filles de la classe aisée à donner à la caisse dotale l'appoint de leurs économies : excellente leçon de fraternité chrétienne, qui doit avoir pour résultat de rapprocher les unes des autres des femmes appartenant à des milieux différents.
Ainsi donc, la caisse de Pithiviers met en œuvre deux idées essentielles : d'un côté la nécessité, de la part de la jeune ouvrière, de faire un effort personnel vers l'économie, et, d'autre côté, la collaboration de jeunes filles plus fortunées qui prêtent une aide généreuse à leurs sœurs de la classe laborieuse et remplissent ainsi leur devoir social.
Ces principes posés, voyons comment ils ont reçu application : une brève analyse des statuts l'indiquera suffisamment.
La caisse dotale de Pithiviers est fondée uniquement pour les jeunes filles qui fréquentent régulièrement le patronage paroissial. Elle est administrée par un conseil composé du curé et du vicaire, de la présidente et de la directrice du patronage. A côté de ces quatre personnes, se trouve le comité des « jeunes filles
de condition aisée qui, désirant contribuer au relèvement moral et social de la classe laborieuse, sr-ngageront à verser à la caisse dotale, avant le l**" mai de chaque année, une somme de ^in^t francs », Le bureau de ce comité est chargé du recrutement des membres et de la perception des cotisations et offrandes. Chaque année, pour augmenter les ressources, on donne une soirée dramatique qui rapporte environ une centaine de francs.
On peut faire partie de la caisse dotale et effectuer un premier versement, le l*"" mai de Tannée où l'on a 13 ans, c'est-à-dire à 1 âge où Ton peutentrer au Patronage. On n'est pas admis à demander son inscription après la vingtième année. On est obligé de se retirer de la caisse dotale au moment du mariage ou de l'entrée en religion, ou le i"" mai de l'année où Ton atteint l'âge de 26 ans.
Les jeunes filles qui ont adhéré à la caisse dotale doivent verser, chaque année, au moins 5 francs. Le maximum de versement annuel susceptible d'être primé est lixé à 60 francs.
Les versements sont déposés par la secrétaire à la caisse d'épargne ou bien en une seule fois ou bien par fraction de un ou deux francs, au nom de la jeune lille qui les aura effectués. Ainsi donc, l'argent des membres de la caisse dotale ne court aucun risque; jamais il n'y a accumulation de fonds; jamais l'argent n'est entre les mains de qui que ce soit : tout est en dépôt à la caisse d'épargne, ce qui pour des Français est la suprême garantie !
Passons au chapitre des primes accordées pour encourager les jeunes filles prévoyantes et économes. Ces primes sont attribuées, le P"" mai de chaque année, selon les ressources de la caisse, aux membres de la caisse dotale, au prorata des versements effectués dans
le courant de l'année. Ces primes ne sont pas remises immédiatement et directement aux bénéficaires : elles sont déposées à la caisse d'épargne sur un livret pris au nom d'une jeune fille du Comité. Elles sont donc toujours disponibles, toujours prêtes à être données à la sociétaire qui les aura obtenues, le jour où elle quittera régulièrement le Patronage.
La sociétaire reçoit sa dot soit au moment de son mariage ou de son entrée en religion, soit à l'âge de 26 ans si elle est restée célibataire sans être devenue congréganiste.
La dot qu'elle touche alors est ainsi constituée :
1° Tout le capital qu'elle aura versé ;
2° L'intérêt de 3 ^ donné par la caisse d'épargne ;
3° Les primes qui, chaque année, lui auront été allouées selon ses versements ;
4° L'intérêt de ces primes donné par la caisse d'épargne.
Prenons des chiffres pour bien montrer la portée de cette institution de prévoyance.
Supposons d'abord une adhérente qui aura versé régulièrement 20 francs pendant dix ans. Elle recevra une dot ainsi constituée :
1® Les 200 francs qu'elle aura versés ;
2° Les 35 francs d'intérêts donnés par la caisse d'épargne ;
3° Les primes qui auront été allouées chaque année, au moins 60 francs ;
4° L'intérêt de ces primes, au moins 10 francs.
Ce qui fait un total de 305 francs.
En second lieu, supposons une jeune fille qui, durant le même laps de temps, a versé régulièrement chaque année 60 francs (c'est le maximum du versement annuel susceptible d'être primé). Elle recevra comme dot ;
QUELQUES ŒUVRES FE>fIMNES. 175
1" Les GOO francs qu'elle aura versés;
2" Les intérêts de ce capital, soit 105 francs;
3** Les primes qui seront d'au moins 180 francs.
fk'* L'intérêt de ces primes, c'est-à-dire 30 francs.
(!e qui donne un total de 015 francs.
Dans les deux cas, on le voit donc, le capital versé, franc par franc, par la sociétaire économe aura été augmenté de moitié.
Lnfin, il fallait prendre quelques précautions en cas de retrait des fonds ou de radiation de la titulaire.
Le but de l'œuvre étant uniquement de constituer une dot pour l'époque de l'établissement des jeunes filles, les fonds qui seraient retirés de la caisse d'épargne avant cette époque, sauf le cas de force majeure, perdraient le bénéfice des primes qui leur avaient été allouées.
Une adhérente qui se retire du patronage pour une raison sérieuse (par exemple, départ pour une autre ville^ aura droit, à son départ, à tous les avantages de la caisse dotale. Le Conseil est juge de la raison donnée.
Par contre, une jeune fille qui se retirerait du patronage sans motif légitime ou qui nécessiterait un renvoi à cause de sa conduite, n'aurait droit à aucun des avantages. Elle ne recevrait à sa sortie que le capital versé par elle, plus Tintérôt de 3 ^ qu'il aurait produit à la caisse d'épargne.
Telle est, dans ses grandes lignes, l'organisation ingénieuse de la caisse dotale de Pilhiviers.
Elle a commencé à fonctionner le 17 avril dernier. Au début, il y eut quelque hésitation de la part des jeunes
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ouvrières : c'était nouveau... on ne savait pas... puis, à Pithiviers — comme un peu partout d'ailleurs — on est défiant. Mais on ne tarda point à prendre confiance et aujourd'hui quarante et une jeunes filles font partie de la caisse. 11 a fallu réunir les livrets de caisse d'épargne possédés par ces ouvrières et, à cette occasion, on put constater que très peu d'entre elles, même les plus sérieuses, avaient des économies. La direction de la caisse dotale s'est mise en relation avec Tadminis tration de la caisse d'épargne qui a donné des livrets nouveaux, et depuis six mois, ces quarante jeunes filles ont placé à la caisse d'épargne près de 800 francs, soit une moyenne de 20 francs pour chacune, ce qui, pour la plupart d'entre elles, est une somme supérieure à celle qu'elles avaient pu verser en six ans.
D'autre part, vingt jeunes filles de condition aisée ont consenti à verser annuellement 20 francs et la quête de la séance a rapporté une centaine de francs : il y aura donc, pour cette année, au moins 500 francs de primes à répartir entre les adhérentes.
Tout récemment M. l'abbé Sécheroux me donnait des nouvelles — et d'excellentes — de sa Caisse dotale et il ajoutait : « Sans doute, les jeunes filles ne voient pas l'avantage immédiat de cette caisse puisqu'elles n'auront leurs primes qu'au moment de leur mariage, mais n'importe, elles aiment déjà leur œuvre... C'est quelque chose qui compte dans leur vie et dans leur famille. Et puis... au premier mariage qui se fera, quand on verra la dot de la jeune fille — peut être un millier de francs — alors les autres ouvriront de grands yeux, et leurs parents sans doute encore plus, qui savent mieux la valeur de l'argent. De plus, sur les conseils de M. l'abbé Lemire, il est probable que nous donnerons à nos primes la forme d'une dot terrienne. Ne serait-ce pas une très bonne chose que la
jeune fille, en plus de son argent en espèces qu'elle aura économisé, apportât un terrain propre à une petite construction ou tout au moins un jardin ouvrier y Cela serait plussùr que de l'argent et celaencouragerait mieux à l'économie : cela surtout assurerait davantage le bonheur du jeune ménage, laborieux et prévoyant... il est probable que nous instituerons cela, des l'année prochaine. »
Je laisse nos lectrices sur ces riantes perspectives. Pourquoi, dans le milieu où Dieu les a placées, n'essaieraient-elles pas de faire quelque chose d'analogue pour leurs jeunes sœurs moins fortunées? Vous le savez. Madame, ce que femme veut...
Mais, voilà, il faut que femme veuille.