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POUR PROTEGER LES JEUNES FILLES

Un odieux trafic. — La « traite des blanches » et les gouvernements. — Vers l'entente internationale pour la répression internationale. — II. Le rôle de l'initiative privée. — L'Œuvre catholique internationale pour la protection de la jeune fille. — Ce qu'on lit dans les rapports de M""' de Montenach et de M. Marcharville. — III. Remèdes proposés. — Un programme qui se réalise. — Origines et premiers développement de l'CEuvre. — Une promenade en Europe. — L'œuvre en France. — Quelques échos du Congrès de Lyon. — IV. L'Œuvre des Arrivantes aux gares. — Comment cette œuvre est organisée en Bavière.

De temps à autre, à la rubrique des Faits divers^ les journaux signalent l'arrestation d'individus coupables d'avoir pratiqué ce que l'on appelle « la traite des blanches », c'est-à-dire d'avoir abusé de l'ignorance d'une ou de plusieurs jeunes filles pour les faire entrer, de gré ou plutôt de force, dans une maison de débauche.

Nous apprenons fréquemment l'arrestation de pareils gredins : rarement, on nous parle de leur condamnation. Le plus souvent, en effet, ce crime ne peut être atteint en yertu de notre code pénal ^ . Et les tra-

4. Les choses sont en train de changer, depuis le vote de lois ré

Tiquants savent mettre à profit littsufTisance des législations européennes.

De divers côtés, on sest inquiété de cette douloureuse situation. En juin 1899, il s'est tenu à Londres, sous la présidence du duc de Westminster, un congrès international où l'on s'est exclusivement occupé de la question. On y a formulé des vœux qui ont été transmis aux divers gouvernements européens. C'était un premier pas.

On en a fait un second. Sur l'initiative de la France*, s'est réunie, à Paris, du 15 au 20 juillet 1902, une Conférence internationale, composée de délégués officiels de seize gouvernements. Ainsi que le fait très justement remarquer M. Louis Rivière^, les décisions prises marqueront dans Ihistoire du droit international public et privé : elles constituent une étape nouvelle dans le développement de ces ententes entre peuples civilisés qu'avait inaugurées, au siècle dernier, l'abolition de la traite des noirs. Le projet de convention arrêté par la conférence établit un nouveau délit international : le fait de pratiquer l'embauchage des mineures, chaque fois qu'il y aura fraude, menaces, violence ou abus d'autorité. D'autre part le projet organise des mesures de coopération internationale : en pareils cas, l'extradition sera de droit et les magistrats des divers pays se communiqueront les renseignements relatifs aux individus arrêtés.

La conférence n'avait pas le droit de légiférer, son

centes qui permettront de poursuivre plus efiicacement certaines pratiques criminelles.

i. Le gouvernement français a publié un « livre jaune » relatif i cette conférence.

2. Dans le Corresp<yndant du 10 juin 1903, M. Louis Rivière, dont on connait la compétence pour tout ce qui touche aux questions d'assistance, a écrit une étude très documentée sur la Protection de la jeune fille. Nous emprunterons à cet article plusieurs renseignements.

rôle se bornait à faire des propositions aux divers gouvernements qui étaient représentés. Ces propositions ont reçu un commencement d'approbation ; au mois de mai 1904, on a procédé à l'échange des signatures concernant les mesures administratives qui ont pour but de réprimer plus rapidement et plus énergiquement tous les délits qui constituent le trafic odieux auquel on a donné ce nom si expressif de « traite des blanches ».

Mais, si l'action répressive des pouvoirs publics est indispensable pour faire cesser ce monstrueux commerce, elle a néanmoins besoin d'être soutenue et parfois stimulée par l'initiative privée. C'est pourquoi il s'est constitué à Paris, sous la présidence de M. le sénateur Bérenger, une « Association pour la répression de la traite des blanches et la préservation de la jeune fille ^ ». Dans le conseil d'administration, nous avons été heureux de trouver les noms de catholiques marquants. Nous avons également constaté avec plaisir que de nombreuses congrégations et œuvres féminines avaient promis leur généreuse collaboration. Quand il y a du bien à faire — et il y en a certes beaucoup à accomplir dans cette voie — les chrétiens

1. On trouvera dans là Revue philanthropique du 10 janvier 1902, le compte rendu de la séance constitutive de cette association, ainsi que le texte des statuts. Le siège en a été fixé rue Pasquier, 10.

Dans ce même numéro (cf. page 301), on lira un très touchant appel de M™« P. Schlumberger. En termes élevés, la petite-fille de Guizot montre • pourquoi les femmes doivent entrer dans l'Association pour la répression de la Traite des blanches et la préservation de la jeune fille ». Il y a là un rôle généreux à remplir et que des scrupules exagérés ne doivent pas faire oublier.

QUELQUES ŒUVRES FÉMIMNES. S81

ne doivent point se laisser devancer par les philanthropes.

i*armi les associations qui ont accepté de prendre part à la croisade, il faut signaler tout particulièrement \ Œuvre catholique internationale pour la protection de la jeune fille.

C'est une anivre de fondation relativement récente, mais comme nous espérons le montrer, elle mérite de très actifs encouragements. « Si lŒuvre de la protection de la jeune lille, lit-on dans un de ses premiers appels, réclame le concours de toutes les œuvres qui procurent le bien matériel, moral et religieux de la jeune fille, elle ne prétond nullement en revendiquer la création, ni la direction. Nous savons fort bien qu'avant notre initiative on pourvoyait déjà à bien des besoins. Nous n'avons rien inventé, nous n'aspirons qu'à unir et à développer ce qui existe. Nous venons simplement demander aux œuvres qui se sont déjà consacrées à la Protection de la jeune lille de se grouper en une vaste association qui leur [)»'rmeltra de décupler leurs forces et de continuer au loin le bien commencé sur place. Nous venons, dans une sphère plus restreinte, offrir nos services aux œuvres spéciales pour les jeunes filles, comme le fait à Paris l'Ofiice central des œuvres de bienfaisance pour tout le domaine de la charité. »

Les œuvres féminines ont surtout pour but — et presque exclusivement — de protéger la jeune fille sédentaire, stable, apprentie ou bien ouvrière. Elles ne s'inquiètent qu'accidentellement, par exception, de la jeune lille qui se déplace pour une raison ou pour une autre. C'est précisément de cette catégorie que s'occupe VOuivre catholique de protection de la jeune fille. On voit donc que la fondation nouvelle ne risque pas de faire double emploi avec les œuvres déjà anciennes.

Bien au contraire. Elle fait même appel à leur concours et leur demande d'être ses principales collaboratrices^

Avant d'exposer le mécanisme de l'œuvre, indiquons le mal auquel celle-ci se propose de remédier.

Les renseignements, nous les emprunterons tout d'abord à un très intéressant rapport présenté au deuxième Congrès international de l'œuvre, tenu à Paris les 8 et 9 juin 1900^. Ce rapport est l'œuvre de M™^ la baronne deMontenach^, dont le zèle aimable et la persévérante activité sont pour beaucoup dans les très heureux résultats déjà obtenus par l'œuvre internationale. Nous puiserons aussi ces renseignements dans l'étude de M. Marcharville sur « l'exploitation de la jeune fille, le mal, le remède », étude qui a été lue à ce même Congrès.

Passant en revue les dangers qui menacent, dans les villes, les jeunes paysannes qui viennent chercher une place, M™^ la baronne de Montenaeh insiste avec juste raison sur le rôle néfaste des bureaux de placement, plus ou moins louches. « Sans doute, écrit-elle, il existe des bureaux de placement honnêtes et recommandables, qui ont à soutenir la concurrence redoutable des autres ; il importe de les connaître et de les appuyer. Cependant, les plus scrupuleux mêmes ne prennent souvent aucun souci des aptitudes de la personne qu'ils placent et ne cherchent pas à l'introduire

4. Dans une brechure sur la diflfusion de ïŒuvre internationale M™» H. Deglin met bien ce caractère en évidence.

2. On peut se procurer le Compte rendu du deuxième Congrès international de l'Œuvre catholique de protection de la jeune fille à la librairie Saint-Paul, Fribourg (Suisse).

3. Nous utiliserons également une conférence donnée à Fribourg en 1902 par M"^ de Montenaeh, sous les auspices de l'Association catholique suisse (section des dames de la ville de Fribourg). Cette conférence a pour titre : Qu'est-ce que l'Œuvre catholique de Protection de la jeune fille? Elle z. éXé publiée à rimprimerie-librairie catholiqae suisse de Fribourg (1902).

QUKLQLES ŒLVULS 1 KMIM.NES. i6Z

dans le milieu pour lequel elle est faite. » M"' de Montenach signale ensuite ces bureaux de placement qui logent les jeunes femmes momentanément sans occupation : « Ces pensions de domestiijues, qui tiennent le milieu entre l'hôtel borgne et l'hospice, sont parfois l'antichambre des maisons infâmes et presque toujours un épouvantable caravansérail. On a, dans certains romans, fait la description de ces pensions de domestiques : seuls, ceux qui ne sont pas allés au fond des choses peuvent croire que ce tableau sinistre et navrant ne répond pas à la réalité. M^»" Haal. doyen de la ville de Luxembourg, a démontré par des statistiques, lors de la réunion constitutive de l'Œuvre, que plus du tiers des femmes perdues l'est par des bureaux de placement.

« Mais ces officines malhonnêtes, ajoute M°^ de Montenach, ne sont pas encore, au gré de plusieurs, des agents assez actifs d'exploitation : c'est pourquoi nous voyons de véritables commis voyageurs du vice parcourir les campagnes, favorisant encore l'émigration par d'alléchantes promesses. Le voyage, pour la jeune fille, pour la femme isolée, c'est le péril partout: péril dans les gares, où elle court effarée, ahurie, demandant son chemin, sollicitant des renseignements, en danger de devenir victime d'un adroit exploiteur; péril dans les logis où elle tombe au hasard, où elle est mal nourrie, mal logée et, qui pis est, mal conseillée, placée parfois parle logeur dans les pires conditions. »

De son côté M. Marcharville, recherchant les différents moyens que mettent en œuvre les ignobles trafiquants delà '( traite des blanches », montre dans toute son horreur cette plaie sociale que trop de chrétiens s'obstinent à ne point voir. « L'exploitation de la jeune fille, dit-il, est pratiquée sur une vaste échelle dans le monde dit civilisé. Je ne hasarderai pas une statistique

impossible à établir et dont la précision n'aurait rien que de fantaisiste; mais l'on peut affirmer que des milliers de jeunes filles sont annuellement transportées à l'étranger pour combler les vides de l'armée du vice et en grossir les rangs. Le mal, dans son ampleur, est indéniable. Il est attesté, depuis bien des années déjà, par des poursuites judiciaires, fort rares d'ailleurs, par l'aveu de quelques-unes de ses victimes, par les révélations des fonctionnaires de la police, par certaines enquêtes administratives, enfin par le témoignage des personnes mises au courant de faits isolés. » Quiconque a vu d'un peu près les milieux populaires a pu faire semblable constatation.

Mais il serait insuffisant de découvrir le mal et de se lamenter sur la situation présente. Il faut s'efforcer d'y porter un prompt et énergique remède. C'est ce que se proposèrent les promoteurs de V Œuvre catholique de protection de la jeune fille. Voici, en effet, ce que disait M. Marcharville au Congrès de Paris et ce qui constitue comme le programme de l'Œuvre nouvelle : « On offre à la jeune fille des places de toute sorte, réelles ou fictives, par la voie de la presse : nous la renseignerons sur l'existence et l'honorabilité de ces places. On la guette à l'arrivée des trains et des paquebots, on la poursuit en chemin de fer et sur mer, on spécule sur son inexpérience des voyages, sur son ignorance des langues étrangères, pour l'entraîner dans des lieux où doit se consommer sa perdition : nous l'avertirons par des affiches ostensiblement posées dans les gares, en wagon et en bateau, qu'elle ne doit jamais lier conversation avec des in-

connus, sous peine de courir les plus gravt's dangers; nous irons la recevoir à son arrivée à destination ; nous mettrons sur les paquebots et dans les trains internationaux des agents de confiance qui veilleront sur elle et la protégeront en cas de difficultés imprévues. Nous lui fournirons le logement et le couvert dans des maisons spéciales fondées à son intention, ou dans des établissements connus de nous. Nous l'assisterons dans toutes les démarcbes qui l'exposent à un risque quelconque. Nous faciliterons son rapatriement, s'il y a lieu. Nous lui chercherons une place si elle en manque. Dans les villes qu'elle traversera, nous éviterons de la laisser livrée à elle-même. Nous lui donnerons l'aide matérielle et morale qui lui est nécessaire. Bref, nous ferons tout ce qui sera humainement possible pour l'empêcher de tomber aux mains des exploiteurs. »

Le programme est beau, bien digne de séduire des âmes généreuses. Voyons comment il a été réalisé jusqu'à présent.

Le 19 août 1897 se tenait à Fribourg une réunion à laquelle prenaient part des catlioli(jues marquants des principaux pays d'Europe; l'on y décidait la création d'une Œuvre catholique internationale de pro~ tection de la jeune fille qui devait rivaliser de zèle avec l'Association protestante des Amies de la Jeune fille * et le centre de l'Œuvre était placé dans la ville

i. Fondée il y a plus de S5ans, l'Œuvre des amies de la jeune fille a son centre à Neufchâtel, en Suisse, d'où elle rayonne sur toutes les parties du monde. Le nombre de ses membres est de plus de 7.000. dispersés en '>0 pays divers. Elle compte liuit conntt^s nationaux : ceu\ de France, d'Alletn.iKne, des Pays-Bas, d'AngU'terre. de Suisse, d'Irlande, d'Italie et de la I5t|iublique Argonlino. En France, l'oeuvre a 1.100 membres et étend son action, par83 comités, dans 75 départements. Elle dispose U un budget d'environ 500.000 francs. Il n'est que justice de louer le

même où l'on était réuni. C'est de cette assemblée que rOffice central tient ses pouvoirs : il a pour organe un secrétariat « chargé de rechercher les œuvres existantes, de les mettre en relation les unes avec les autres, de susciter la création de ces institutions là où elles font défaut ; de rédiger un Bulletin mensuel qui porte à chaque comité les nouvelles de l'œuvre; de grouper tous les documents, publications, renseignements pouvant être utiles; de faire connaître l'Œuvre par la presse, par des rapports dans les congrès, par des lettres explicatives envoyées à tous ceux qui désirent être renseignés sur son but et son fonctionnement; de publier des guides (avec indication des homes, hospitaliers) pour les jeunes voyageuses, d'affichej* pour elles des avis dans les gares, etc. » Tel était le but fort complexe que le comité central assignait à ses efforts.

Ce programme a déjà reçu un bon commencement d'exécution : à cette heure, l'Œuvre internationale sert de lien à plus de douze cents institutions locales (bureaux de placement, homes, patronages, écoles ménagères) parmi lesquelles nous tenons à signaler de nombreuses maisons et œuvres de jeunesse dirigées par les congrégations, notamment par les sœurs de Saint- Vincent de Paul, les religieuses de Saint-Charles et les sœurs de la Présentation ^ .

En Allemagne, ses progrès ont été facilités par l'existence d'une œuvre bavaroise déjà très florissante, la Marianischer-Mâdchenschutz{>erein, dirigée par

zèle actif des membres de cette association protestante avec laquelle V Œuvre internationale catholique entretient d'ailleurs de bons rapports. 4. Les communautés religieuses peuvent rendre de grands services à l'Œuvre en acceptant de recevoir, dans des conditions déterminées, les jeunes filles de passage dans la ville où elles sont établies. Pour tous les renseignements écrire à M"* la baronne de Montenach, au secrétariat de l'OEuvre, 22, rue Saint-Pierre, à Fribourg (Suisse) ou au secrétariat pour la France, 53, rue de Vaugirard, à Paris,

M"* la comtesse de Preysing. Elle compte plusieurs centaines de membres actifs et 1.200 adhérents payants. Le bureau de Munich à lui seul place annuellement 1.700 jeunes filles: ce chiffre, joint à celui que nous fournissent les autres offices de placement de la Bavière, porte à 5.000 le nombre des placements faits chaque année par la Marianischer-Màdchenschutzverein; 3.000 livrets-guides ont été distribués par cette association à ses jeunes protégées. Dans les gares et les wagons de la région ont été posées plus de 10.000 affiches donnant aux voyageuses des adresses et des avis utiles. Le secrétariat de Munich écrit en moyenne 1.200 à 1.300 lettres de renseignements par an. Enfin, \ Œuvre des Arrivantes aux gares rend en Bavière des services signalés, ainsi que nous le verrons tout à l'heure avec quelque détail.

GTk(^G-A\di\i\)\i\^(t\aiMarianischer-Màdchenschutzverein, l'Œuvre internationale a pu grouper d'autres importantes organisations régionales de l'Allemagne : l'Œuvre de protection de la jeune fille de Cologne, celle de Stutt^^^ard, celle de Fribourg-en-Brisgau, dirigée par M^'" \\'erthman, président des Charitasvereine. En Alsace-Lorraine s'est fondé un comité admirablement organisé et très actif.

En Angleterre, s'est constitué un comité national, avec la haute approbation de S. Em. le cardinal Vaughan. En Autriche et en Espagne , l'œuvre est en voie d'établissement. En Suisse, 21 cantons (sur 22) ont un comité; plusieurs ont leurs bureaux de placement et leur maison d'accueil. Un home vient d'être ouvert à Moscou : il y est adjoint un bureau de renseignements et un autre pour les jeunes filles de la colonie étrangère.

En Italie, le comité central a groupé les Œuvres locales de Florence, Gènes, Milan, Messine, Naples,

Palerme, Pise, Rome et Turin. M^*" Radini-Tedeschi a été officiellement chargé d'organiser un secrétariat national italien. Au mois d'avril 1904 ^ l'association italienne a tenu un congrès à Milan, sous la présidence de M"^ la comtesse de Gropello et du professeur Bettazzi^.

En France, après des débuts un peu difficiles, l'œuvre commence à se développer. On a constitué un secrétariat central et un comité national dont le siège est au 53 de la rue de Vaugirard; puis l'on a organisé au mois de mai 1903, un certain nombre de comités régionaux.

Quelques-uns de ces comités ont une activité des plus louables. Ainsi, à Nancy, l'énergique impulsion delà présidente, M™® Henry Deglin, a déjà obtenu d'excellents résultats. Le placement est particulièrement bien compris dans cette ville ; la maison Sainte-Marie, dirigée par les sœurs de Saint-Charles, s'adresse spécialement aux servantes ^ ; deux bureaux répondent, l'un aux de-

1. Cf. Compte rendu à\x Bulletin de l'Association catholique internationale (juin 4904, p. 13;.

2. M. le professeur Bettazzi a publié dans la revue catholique et féminine de Milan, VAzione muliebre,nne importante étudesur laTratta délie blanche (cf. Azione muliebre, iain 4902).

3. M°« Deglin a insisté avec juste raison sur les services que l'Œuvre de la Protection rend aux jeunes filles de la région, et non pas seulement aux étrangères :

« Le rôle le plus actif et le plus fécond de nos Comités, écrit-elle, doit s'exercer précisément en faveur des jeunes filles qui nous touchent de plus près, dont nous connaissons les familles, dont nous suivons pas à pas l'existence laborieuse. Nous accueillons, sur la recommandation de nos associées lointaines, les nouvelles protégées qui nous arrivent du dehors, mais sans délaisser nullement les premières. C'est simplement une nouvelle extension donnée à notre vigilante sollicitude. Comme le fait remarquer très justement M"<= Périer, de Dôle, la protection à accorder à une jeune fille ne saurait être subordonnée comme condition première au nombre de kilomètres qu'elle a parcourus. Il nous parait important d'insister sur ce côté de l'Œuvre qui, bien mis en lumière, nous attirera certainement des sympathies pré-

mandes desouvrières et employées, l'autre à celles des institutrices et gouvernantes. Ces bureaux ont pu se rendre utiles pour le placement d'un grand nombre de religieuses sécularisées.

A Lyon, à Grenoble * , à Chambéry, à Bordeaux, à Angers, à Reims, à Lille et en beaucoup d'autres villes fonctionnent des comités de l'œuvre internaticmale. Mais c'est peut-être à Nice et à Marseille que l'Œuvre rend le plus de services.

Voici, en effet, ce que nous lisons dans le rapport présenté au Congrès de Lyon, en avril 1904, et consacré à l'activité des divers comités régionaux :

... Nous voici sur le littoral. En attendant que Marseille où l'opportunité de la Protection vous sera démontrée tout à l'heure, prenne l'importance à laquelle elle a droit, Nice nous montre une organisation très vivante que vient attester le rapport de sa dévouée secrétaire, M"« Schegg.

La maison de famille de la Protection reçoit actuellement une moyenne de 35 jeunes filles à demeure. Les derniers mi)is d'activité du Secrétariat offrent aussi des chiffres imposants : une centaine de lettres échangées avec les différents bureaux des Comités, les œuvres ou des familles. Le placement a porté sur une moyenne de 340 demandes par mois, avec 95 placements. Toutes les nationalités se rencontrent dans cette ville cosmopolite où viennent échouer, hélas! bien des épaves. '2. 0G3 jeunes filles se sont adressées

cieuses et fera tomber certaines préventions. Bien des personnes n'ayant vu dans l'Otuvrc que des services à rendre à de jeunes voyageuses, n'ont pas voulu s'en occuper, sous prt-texle qu'il n'y avait rien à faire dans leur région et que les é Iran, itères n'y passaient jamais; d'autres encore font ressortir les inconviuicnls qu'il y a à multiplier les avantnges offeHsaux personnes du dehors et craignent de favoriser une émigration fAcheuse et déjà trop nombreuse des campagnt's vers les villes. 11 faudrait marcjuer nettement ce double caracttTc d'une action locale à exrrcer très activement sur place d'une façon directe et immédiate, et d'une action extérieure, facilitée par les relations nationales et internationales avec les œuvres similaires, a continuer au loin pour le plus grand bien des jeunes lillcs.

1. A Grenoble, il y a une maison de famille qui pourrait servir de modèle.

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au Secrétariat. Le service des arrivantes en gare, les rapatriements, des démarches de tout genre occupent le dévouement des membres de l'œuvre.

On a ajouté au travail ménager, en usage dans la maison d'accueil, quelques cours professionnels et pratiques tels que : hygiène, soin des malades, comptabilité, économie domestique, cuisine et couture. Inutile d'insister sur l'opportunité primordiale de ce genre d'enseignement dans nos œuvres : nous verrons qu'elles sont actuellement l'objet des vœux de toutes nos régions.

Une société de secours mutuels débute et s'annonce bien.

Le Comité Niçois a eu, par sa situation même, des rapports fréquents avec les consulats et les commissariats de police du littoral pour différentes démarches d'un ordre spécial.

A Marseille, l'action de VŒuçre de la Protection de la jeune fille est plus étroitement liée que nulle part ailleurs à l'action de la Ligue contre la traite des blanches :

Dans ce port d'embarquement où affluent les arrivantes de toute nationalité, les différentes organisations s'adressant aux jeunes filles ont vite compris la nécessité d'une entente commune en ce qui concerne la protection et la préservation. Sur le quai de la gare, dans un kiosque élevé à cet effet, une représentante de notre protection se tient constamment, chargée d'orienter les jeunes filles vers les maisons qui les attendent.

La surveillance du port, des paquebots, au départ et à l'arrivée, est également de première nécessité. Par les soins de la Ligue contre la Traite des Blanches, d'accord avec l'Association catholique, une circulaire, dont le texte nous a été communiqué, a été adressée aux commandants des différents bateaux de messageries, afin d'assurer leur concours efficace à la préservation des jeunes passagères.

Ainsi qu'on a pu le constater au deuxième congrès national français de l'œuvre, qui s'est tenu à Lyon, les 26 et 27 avril 1904, sous la présidence de M. Louis Rivière, la Protection de la jeune fille ipvend en France

QUELQUES (i:UVRtS FKMIM.NES. 391

un grand développement * ; ces progrès ressorlaient notamment du rapport, très applaudi, présenté par M"- Frossard sur la marche générale de l'Association dans notre pays.

Mais il reste encore beaucoup à faire, et parmi les personnes qui nous lisent, plusieurs penseront, nous osons l'espérer, qu'elles pourraient apporter à cette association naissante leur actif et généreux concours. Ce concours, d'ailleurs, peut prendre bien des formes, adaptées à la situation, au goût et aux loisirs de chaque collaboratrice -.

Parmi les diverses œuvres qui sollicitent le dévouement des Dames protectrices, il n'en est peut-être aucune tout à la fois de plus pratique et de plus attachante que l'œuvre, originale et nouvelle, des Arrivantes aux gares.

Cette Œuvre est régulièrement organisée en Allemagne^, à Cologne, à Berlin^ et surtout en Bavière. Pour en donner une juste idée, nous ne croyons mieux faire que de citer largement le rapport très précis présenté par M™° Ammam, de Munich. Il y a là

i. Cf. Bulletin de tŒuvre Internationale, juin 1904, p. 1i et suiv.

J. Pour les renseignements, on peut écrire au secrétariat des 0:nvres, M, rue Saint-Pierre, à Fribourg (Suisse), ou au bureau central français, rue de Vaugirard, 53.

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