Cf. Compte rendu déjà cité, p
4. M. l'abbé Cetty, l'apostolique curé de Mulhouse, donne danslTmvers (17 mars lîH)3) des détails sur le functionnement de l'œuvre à Berlin. Voici ce qu'il écrit : « LOEuvre fonctionne à la gare de Friedrichstrasse. à celle de l'Alexanderplatz et au Schlesischerbahnhof. On espère l'organiser encore prochainement dans deu\ autres gares importantes. Vingt-cinq dames se partagent jusqu'à pnsent le service et se tiennent dans ces gares à l'arrivée des trains. Klles remettent aux jeunes (illes des cartes portant l'indication des églises catholiques, l'adresse des bureaux de placemeat et celle des hôpitaui
quelque chose que nous devrions généraliser en France et qui pourrait rendre de grands services. Lisez plutôt :
c A l'arrivée de chaque train, dit M™^ Ammam, des daines dévouées se trouvent à la gare pour recevoir les jeunes voyageuses, leur indiquer ou un bon hôtel ou, de préférence, une maison d'accueil affiliée à notre Œuvre. On les aide à prendre leur billet, à faire enregistrer leurs bagages, on leur indique le home où elles pourront descendre dans la ville où elles se rendent. En règle générale, on ne donne pas de secours pécuniaires aux jeunes filles.
e Le but principal de V Œuvre des arrivantes est d'empêcher les jeunes filles de tomber entre les mains des agents de ce trafic abominable que l'on a flétri du nom de « traite des blanches ». Ces agents ne sont point rares : un peu d'expérience permet bien vite de les distinguer sous les traits du flâneur qui vient passer à la gare ses heures d'oisiveté, parfois sous ceux du cocher de fiacre, voire même sous ceux du commissionnaire. Il y a peu de temps, à Londres, une jeune fille qu'on avait vue monter dans un fiacre disparaissait, sans qu'aucune recherche permît de la retrouver.
c Nos dames, ajoute M"^ Ammam, se relayent sans interruption à la gare de 9 heures (?a matin à 9 heures du soir. 11 faudrait arriver à y avoir continuellement deux agentes, afin qu'il en restât toujours une sur le quai pendant que l'autre pourrait être obligée d'aller accompagner une jeune fille à son home ou dans sa place. Cette conduite est des plus nécessaires ; car souvent une jeune fille qu'on a laissée
catholiques. Ces cartes portent au verso quelques paroles de bienvenue « Êtes-vous éloignée de vos parents? Êles-vous étrangère dans la
• grande ville? Soyez sans crainte, nous ne vous abandonnerons pas. « Êtes-vous isolée, avez-vous besoin d'un conseil, voulez-vous trouver
• des amies? Allez aux institutions dont nous vous donnons l'adresse < sur cette carte. De même les prêtres que vous trouverez dans les •< églises indiquées sauront vous renseigner et vous dire à qui vous « pouvez vous adresser. • L'œuvre, à peine établie, a déjà publié un rapport qui laisse entrevoir les services déjà rendus. Durant l'année dernière, elle s'est occupée de 366 jeunes filles. Sur ce chiffre, 50 ont été conduites dans les asiles; les autres ont obtenu conseil, aide et protection. »
se rendre seule à l'adresse qui lui a été donnée n'y arrive jamais. Qu'est-elle devenue? Elle a rencontré en chemin de soi-disant amis ; ceux-ci lui ont conseillé un hôtel où t il n'y aura pas de surveillance, qui sera moins cher ». etc. Le plus sûr est donc de ne quitter la voyageuse qu'à la porte du home. De plus, on a, en chemin, une excellente occasion de causer avec sa protégée, on lui donnera de bons conseils, on lui indiquera les heures des messes, des saluts, l'adresse d'un patronage; on provoquera ses confidences, on tâchera de gagner sa confiance, afin de pouvoir lui faire du bien. Ainsi, par V Œuvre des Arrivantes, nous nous mettons en relation directe avec les jeunes filles qui, une fois que leur cœur est gagné, reviennent nous voir, soit à la gare, soit chez nous, et nous considèrent comme des amies. Ce point est très important; car, si les jeunes étrangères se sentent absolument isolées, elles tâchent de nouer des relations avec les personnes de leur pays qui habitent la ville où elles arrivent, et souvent ce sont ces compatriotes qui les entraînent au mal. VŒuvre des Arrivantes aux gares a donc l'immense avantage de nous faire connaître des jeunes filles, de nous gagner leur affection, cette affection qu'on donne volontiers spontanément à la première amie que l'on rencontre en pays étranger.
c Nos agentes dans les gares doivent être des c dames » et non des employées quelconques; des personnes de cœur, de dévouement, de tact et d'éducation. 11 faut que leur santé leur permette d'aller à leur poste par tous les temps, par la pluie, par le froid, par la chaleur. Il faut que leur position soit suffisamment indépendante pour les laisser disposer librement de leur temps, sans que des devoirs de famille, de société ou de quelque autre nature les forcent bientôt à renoncer à l'œuvre qu'elles ont entreprise. Mieux vaut n'avoir que peu de dames à la gare, que de s'exposer à des changements perpétuels.
« A Munich, dit en terminant M™« Ammam, chaque collaboratrice de VŒiivj'e des Aî-rivantes a deux, au plus trois heures de service dans la journée, et cela seulement un ou deux jours par semaine. Plus serait trop fatigant et trop absorbant, moins serait insuffisant. .Mais précisément parce que chacune peut disposer de deux ou trois heures par semaine, nombreuses devraient être nos collaboratrices,
nombreuses les personnes qui s'efforceraient, par cet acte si excellent de charité, d'attirer sur leur famille les bénédictions divines. Si nous avons insisté sur la nécessité d'avoir des dames à la gare, l'expérience nous a cependant appris qu'il serait très utile d'avoir, en outre, une personne rétribuée pour faire les remplacements en cas de maladie et pour attendre les voyageuses aux trains du soir et de la nuit. »
L'insigne de V Œuvre des Arrivantes est, en Bavière, un nœud de ruban blanc et jaune qui se porte sur l'épaule gauche, sur le ruban est écrit : Marianischer-Màdchenschutzverein. A l'arrivée d'un train, la dame protectrice se place sur le quai à un endroit très en vue, attendant les jeunes filles ou allant à elles suivant le cas. Son heure de garde passée, elle inscrit sur un carnet les services rendus, le nom, le pays d'origine, le lieu de destination des voyageuses qui ont été protégées, etc. Le premier jour de chaque mois, ces détails sont envoyés à la direction de TŒuvre, à laquelle ils permettent de dresser des statistiques. Celles-ci indiquent généralement de 3 à 400 asiles de nuit offerts par année aux jeunes filles, et de 6 à 800 services divers rendus à des voyageuses isolées '' .
On voit combien est belle, simple et éminemment sociale cette Œuvre des Arrivantes aux gares. J'admets qu'elle ne préserve point toutes les jeunes voyageuses qui s'adressent à elle, mais cette institution n'en sauverait-elle qu'une seule, parmi des centaines, qu'on devrait encore la louer — et l'imiter.
1. A Munich, à la gare centrale, il y a toujours une dame présente, mais non dans les petites localités de la Bavière, où les membres de YŒuvre des Arrivantes ne se tiennent sur le quai que vers le 1«' et le 15 de chaque mois, époque où les domestiques changent de place.