‹ Injures et Diffamations: envers la mémoire des mortsChapitre 2 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Gloire, jeunesse, orgueil, biens que la tombe emporte 6 L'homme voudrait laisser quelque chose à la porte Mais la mort lui dit non!

Chaque élément retourne où tout doit redescendre - L'air reprend la fumée, et la terre la cendre, ! L’oubli reprend le nom.

(Victor Hugo, Les Chants du Crépuscule, * Napoléon Il.)

En dépit de ces vers, l’oubli ne reprend pas le nom avec la foudroyante rapidité que paraît lui prêter le poète. ‘

Pendant de longues années, voire des siècles, le souvenir persistera de celui qui, disparu de cette terre, y laisse du moins un nom, une œuvre, une réputation. Quoiqu’on en puisse penser, le plus humble mortel comme le plus altier et le plus orgueilleux des conquérants se survivent à eux-mêmes dans la mémoire des hommes. Le souvenir de l’un pourra se transmettre, de génération en génération, à travers les siècles; celui de l’autre ne dépassera pas le cadre étroit de quelques proches et s’éteindra au bout de peu d’an-

nées, mais il demeure que tout homme, quelle que soit sa condition ou son rang social, n’abandonne pas cette terre sans qu’il subsiste de lui un reflet plus . ou moins vivace de son passage parmi les vivants. Cette trace, ce reflet, ce souvenir c’est ce que nous appelons la mémoire des morts.

SÉÉ OT

« Le corps qui, au sein de la terre, s’anéantit tous les jours n’est pas tout ce qui reste de l’homme : il y a encore autre chose, quelque chose de très réel, quelque chose qui occupe une grande place parmi les vivants, quelque chose qui reste au milieu d’eux, qui agit, qui règne sur eux. Après l’homme, il reste ce qu’il a fait; ce résultat, ce résumé de sa vie, c’est sa mémoire et c’est lui encore (1). » 3

Plus simplement on peut définir la mémoire, « la réputation bonne ou mauvaise, qui reste d’une personne après sa mort » (2).

Cette mémoire, tant qu’elle durera, pourra essuyer de vives critiques, être exposée à des dénigrements systématiques, être en butte à de basses attaques diffamatoires.

En présence de cette situation, le problème Vient aussitôt à l’esprit: doit-on la protéger et le peut-on?

Le point de savoir s’il convient, en principe, de défendre la mémoire des morts relève de la philosophie. Cette question liminaire résolue, nous aborderons le problème juridique: est-il possible d'organiser une telle protection ?

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