‹ Innocent III (volume 4)Chapitre 10 sur 12 · Sibi et heredibus suis · texte numérisé non relu

Sibi et heredibus suis

procédure dans les formes prescrites par la cour de Rome. S'il arrive que le comte, par sa faute, ne se justifie pas, il faudra lui déclarer en public que le Saint-Siège prendra les mesures conformes à l'intérêt de la paix et de la foi. Mais Innocent veut que ses légats lui écrivent désormais toute la çérité et rien que la vérité. Dans une lettre spécialement adressée à l'évêque de Riez et à Thédise, il ajoute, pour leur prouver qu'il n'a pas été dupe, ce postscriptum désagréable : « Agissez de façon à ne plus montrer, dans l'exécution de mes ordres, la tiédeur et la lenteur que vous y avez mises, nous a-t-on dit, jusqu'à présent ».

Cependant les ambassadeurs du roi d'Aragon, arrivés à Rome, trouvèrent la curie si bien disposée qu'ils n'eurent pas de peine à exécuter leur mandat. Empêcher la souveraineté et la propriété du fief toulousain d'échoir à Simon de Montfort, prévenir la ruine totale des barons du Midi, arrêter le flot des envahisseurs du Nord, telle fut la triple base de l'entente conclue entre Innocent III et Pierre II.

Le 15 janvier 1213, le pape signifiait au chef militaire de la croisade une première injonction qui était, pour lui, de fâcheux augure. On le rappelait à la légalité, à l'exacte observation de ses devoirs de vassal. « Lorsque sur nos instances, l'illustre roi d'Aragon t'a concédé en fief la

LBS TENTATIVES DE RÉACTION SOl

vicomte de Béziers et de Carcassonne, tu as proposé toi-même avec empressement de t'acqiiilter de tous les services que les vicomtes rendaient d'habitude à leur seigneur. Nous avions en effet l'intention d'obliger le feudataire du roi^ quel qu'il fût, à respecter le contrat féodal. Tu ne dois donc pas te dérober aux charges qu'entraîne pour toi l'acquisition de cette seigneurie. En acceptant la propriété du fief, tu as souscrit d^avance aux obligations dont il est grevé. Nous t'invitons^ par ce mandement apostolique, à servir le roi d'Aragon comme le faisaient tes prédécesseurs. Certes, nous t'aimons beaucoup en Dieu, mais nous ne devons ni ne voulons te favoriser au détriment du roi, Ion suzerain. )>

Le même jour, Innocent III expédiait à l'autre | directeur de la guerre sainte, à l'archevêque de Narbonne, un ordre qui dut profondément surprendre et indigner tout le parti de Faction à outrance. On déclarait close la croisade des Albigeois! Le légat devait cesser de la prêcher et passer à un autre exercice! « Des renards détruis saient dans le Languedoc la vigne du Seigneur; on les a capturés. Par la grâce de Dieu et la vertu des opérations de guerre, l'affaire de la foi a pris fin, en ce pays, avec un succès très suffisant '.

Page 1