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Innocent III: la croisade des Albigeois

La tolérance des Méridionaux. — L'évêque d'Albi et les sectaires. — La religion yaudoise. — Origines et caractères da catharisme. — Pourquoi on se faisait cathare. — Discrédit du clergé orthodoxe. — La guerre des laïques et des clercs. — L'état d'âme des barons du Midi.

Dans la France ensoleillée, Gascogne, Languedoc et Provence, vivait, au xn* siècle, un peuple aimable, beau parleur, de cœur léger et de mœurs faciles. Sa religion, toute de surface, l'occupait peu. Ses troubadours ne chantaient que leurs intrigues galantes, les divertissements qu'ils quêtaient de seigneurie en seigneurie, les châtelains dont ils provoquaient les largesses. Nobles ou non, les héros de ce monde brillant ne s'intéressaient guère qu'à la poésie, et leur culte préféré était celui de la femme et du plaisir. C'est dans

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ce goût de la nouveauté qui favorisent tous le& changements.

/ Il y avait des ombres au tableau. L'anarchie /politique d'abord : car les comtes de Toulouse, /hauts suzerains de la région, n'avaient pas su y concentrer à leur profit les forces de la féodalité ; puis les guerres des barons entre eux, des villes contre les seigneurs, des laïques contre les clercs, enfin les dévastations des brigands. En 1182, l'évêque Etienne de Tournai, homme de lettres et diplomate chargé d'une mission à Toulouse pour le compte de Philippe Auguste, revenait du Midi fort effrayé. Il n'avait vu partout que « l'image de la mort, des églises en ruines, des villages en cendres, et les habitations humaines devenues des repaires de bêtes fauves ». Il exagérait : le moyen âge abuse des effets oratoires et donne rarement la mesure exacte des choses. Ces fléaux désolaient aussi, plus ou moins, les autres parties de la France : le peuple souffrait partout des

mêmes misères. A tout prendre, le Midi l'emportait sur le Nord par sa culture, sa langue sonore J des usages juridiques où persistait le droit romain, une constitution sociale plus clémente, des villes plus libres, des barrières moins hautes entre les classes, un servage moins rigoureux. De plus, et c'était sa grande originalité, le Midiétait tolérant.

Les Juifs pouvaient y vivre sans être persécutés,! pressurés; on leur permettait d'exercer des fonc-| tiens publiques; les seigneurs, les prélats euxmêmes, leur confiaient volontiers la gestion de leurs finances, l'administration de leurs domaines. Le commerce et l'industrie les enrichissaient au grand jour : Narbonne comptait alors près de trois cents maisons juives, représentées par des succursales à Pise et à Gênes, Presque partout la synagogue se dressait librement à côté de l'église.

Comment s'étonner que l'hérétique bénéficiât de ^ cet état d'esprit des Méridionaux? Les prêcheurs) des doctrines nouvelles faisaient des prosélytes, tenaient des assemblées, défiaient les évêques, sans que la foule protestât, sans que l'autorité intervînt.

Un historien impartial et bien informé, Guillaume de Puylaurens, affirme que les chevaliers du Languedoc pouvaient impunément adhérer à la secte qui leur plaisait. Loin de poursuivre les

ou seigneuriale les exemptait du guet et de la taille. Quand on faisait route avec eux, nulle attaque à redouter : on était couvert par le respect qu'ils inspiraient. Au moment de la mort, beaucoup de propriétaires et de bourgeois léguaient aux ministres qui venaient les assister, leur lit, leurs vêtements, leur argent. L'étiquette religieuse a beau varier : les pratiques ne changent pas.

« Un jour, Tévêque d'Albi est appelé au chevet d'un de ses parents, un châtelain, Guillaume-Pierre de Brens. « Faut-il partager mon héritage entre « mes deux fils ou le laisser indivis ? lui demande le « moribond. — La division vaut mieux, répond le « prélat, comme garantie de paix entre vos héritiers.» L'autre promet de suivre ce conseil ; et l'évêque alors de le questionner pour savoir dans quel monastère il désirait être enseveli, ce Ne vous « inquiétez pas de ceci, répond Brens, mes dispo- « sitions sont prises. — Dites toujours, insiste « l'évêque. — Je veux que mon corps soit transporté « chez les Bonshommes » (c'est-à-dire chez les

LA FRANGE DU MIDI ET L'oPPOSITION RELIGIBU£

hérétiques). Indignation de l'évêque; il dé< qu'il ne le permettra pas. « Ne vous mettez p£ « peine, continua l'autre, si l'on s'opposait à « volontés , j e me traînerais chez eux à quatre patte L'évêque laissa cet homme comme abandonn Dieu, sachant qu'il ne pourrait pas l'empê d'agir comme il lui plaisait. Voilà quelle était, nous, la puissance de l'hérésie. Un évêque n' pas en état de la réprimer, même chez un pai chez un sujet. »

<c A Lombers, près d'Albi, habitait un fan hérésiarque, Sicard le Cellerier. Le même év< d'Albi se trouvait dans ce bourg, lorsque les cl liers et les bourgeois le prièrent d'avoir avec Si un de ces colloques où les représentants des < religions débattaient la vérité de leur docti L'évêque d'abord s'y refusa, prétextant que pécheur endurci ne reconnaîtrait jamais erreur. Mais les habitants d'insister, et Tévê pour n'être pas accusé de fuir la lutte, se rési Au fond, les gens dé Lombers pensaient que la ( fusion serait pour lui, et non pour son adversî

« Sicard, lui dit l'évêque, vous êtes mon « césain : vous résidez sur mon territoire; (c devez donc me rendre compte de votre croya « Aux questions que je vais vous poser répoi

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