‹ Innocent III: la croisade des AlbigeoisChapitre 10 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le programme pacifique d'Innocent III. — Les légations du Languedoc. — Raimon VI et Pierre de Castelnau. — Les barons orthodoxes du Midi : Guillaume YIII de Montpellier et Pierre II d'Aragon. — Conflits des légats avec les bourgeois et les éyéques. — Les apôtres d'Espagne, Diego et Dominique. — Les colloques et la campagne de prédication. — Les miracles dominicains. — Les Pauvres catholiques^ première ébauche de Tordre des Frères prêcheurs.

Trois mois après son élection, le 1®' avril 1198, Innocent III écrivait à Tarchevêque d'Auch pour le mettre en garde contre le péril cathare et l'inviter à recourir au bras séculier. Cette invitation était de style. Elle ne prouve pas qu'il ait eu, dès lors, l'idée de commencer par la fin, c'est-àdire piar la proscription en masse des sectaires et de leurs protecteurs. Avec les tendances qu'on lui connaît, la croisade des Albigeois ne devait être pour lui qu'une de ces mesures extrêmes aux-

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Ces délégués de Rome arrivent avec les pou^ les plus étendus. Ils ont le droit de requérir co l'hérésie toutes les autorités de l'Église e1 siècle et de les excommunier si elles refu d'agir. Archevêques et évêques reçoivent l'ordi les seconder et de faire exécuter leurs ar Bientôt Innocent III estime que ses agents ne pas suffisamment armés. En 1204, il enlève évêques, pour la donner aux légats, la juridic ordinaire en matière d'hérésie, première esqi du procédé d'où sortira l'Inquisition. Il cor même à ses mandataires le droit de dépouiller bénéfices d'Église ceux qui leur paraîtra indignes et de leur substituer des remplaç sans délai ni appel. C'était décréter l'autoci des légats romains. Ils pouvaient à leur gré chai le personnel religieux, bouleverser les situai acquises et révolutionner le pays.

Mais qu'importe une autorité sans borne l'exercice en est impraticable? Les légats ren traient partout de telles résistances que l'intré Pierre de Castelnau écrivit au pape, en 1204, lettre découragée où il avouait son insuccès ( désir de reprendre la vie calme du clo i< L'action vaut mieux que la contemplai riposte aussitôt Innocent, c'est dans les diffici

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oipalités, avec leurs consulats déjà puissants, n'obéissaient à personne. L'anarchie s'aggravait encore de ce fait qu'un souverain étranger, le roi I d'Aragon, comte de Roussillon et de Catalogne, \ disputait par intermittence au Toulousain sa suzetraineté nominale et travaillait à assujettir les deux versants des Pyrénées. Mais lui-même n'était pas maître de ces insaisissables roitelets de montagnes, les comtes de Foix, de Comminges, et le vicomte de Béarn. Ceux-ci ne reconnaissaient, en fait, d'autre supériorité que la force. Le pape n'avait sur eux aucune prise. En 1200, Innocent III menace de ses foudres Bernard V de Comminges, coupable d'avoir répudié sa femme légitime pour l'unique raison qu'elle avait cessé de plaire. Il n'obtint jamais satisfaction.

Avec le chef du Languedoc, le comte de Toulouse, Raimon VI, Rome pouvait avoir des rapports plus fréquents et, en apparence, plus faciles. Comme la solution du problème albigeois dépendait en partie de ce personnage, Innocent essaye tout d'abord de le gagner par la douceur. Célestin III l'avait excommunié, non comme fauteur d'hérésie, mais comme persécuteur de moines. Le nouveau pape donne, à son légat Tordre de l'absoudre, s'il déclare se soumettre aux justes exigences de l'Église. Raimon promet ce qu'on lui demande : l'excommunication est levée, et Innocent

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les hérétiques et leurs fauteurs? Mais ils remplissaient la ville de Toulouse et tout le comté. Aucun des légats qui se succédèrent en Languedoc ne réussit à convaincre Raimon VI de la nécessité de se désarmer et de proscrire lui-même ses sujets. Quand les mandataires du pape invitaient Tarchevêque de Narbonne ou l'évèque de Béziers à se joindre à eux pour tenter, en ce sens, une démarche pressante auprès du comte, les prélats se dérobaient. Ils pensaient sans doute qu'il était bien inutile de se déranger.

En 1205, pourtant, de nouvelles sommations et des menaces plus directes semblèrent produire un meilleur effet. Pierre de Castelnau parvint à rejoindre Raimon et à l'effrayer. Le comte j s'engagea formellement à se débarrasser de ses routiers et à poursuivre lui-même les cathares. Ilî ne fit ni l'un ni l'autre : ce n'était qu'un simulacre de soumission, une façon de gagner du temps. Presque à la même époque, il laissait les consuls de Toulouse édicter un règlement qui défendait d'accuser quelqu'un d'hérésie après sa mort, « à moins qu'on n'eût la preuve certaine qu'il avait été inculpé pendant sa vie ou qu'il était mort administré par des hérétiques », mesure qui dut singugulièrement déplaire aux intransigeants de l'orthodoxie.

Le légat fit, en 1207, un dernier et décisif effort.

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munie, leur écrivit le pape, pour avoir soldé des routiers qu'il emploie à ravager le pays; pour avoir violé la paix du carême, des jours de fêtes et des Quatre-Temps, refusé de rendre la justice à ses adversaires, confié aux juifs des charges publiques^ persécuté des abbayes, armé des églises en forteresses, augmenté les péages à un degré intolérable, dépouillé de ses biens l'évêque de Carpentras, refusé de signer la paix de Provence; enfin parce qu'il protège les hérétiques, les reçoit chez lui et qu'au mépris de ses serments réitérés, il est devenu hérétique lui-même. » Innocent III affirme ce dernier fait sur la foi de ses légats : plus tard il sera obligé de reconnaître que l'hérésie du comte de Toulouse n'a jamais pu être prouvée.

La circulaire pontificale réglait les conditions de l'interdit, a Tant que le comte ne se sera pas soumis, ses sujets et ses vassaux resteront déliés, à son égard, du devoir de fidélité et d'hommage. Excommuniés aussi tous les princes, châtelains, fonctionnaires et chevaliers qui, après la publication de la sentence, se lèveront pour le défendre. Et frappés du même coup tous les juges, avocats ou médecins qui s'aviseraient de le servir, jusqu'au maréchal-f errant qui aura sciemment ferré ses chevaux, ceux de ses gens et de son armée. »

Toutes les précautions sont prises : Castelnau a même voulu contresigner de son sceau les -copies

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même fortement suspect d*y adhérer (ici Innocent n'affirme plus la culpabilité du comte, il la suppose). Quelle folie t'a pris? ïu te crois donc plus sage que tous ceux qui sont fidèles à l'unité de l'Église? Comment peux-tu penser que les hommes qui ont gardé la foi catholique sont damnés, et que les partisans de ces doctrines insensées et fausses sont sauvés? »

Et le pape l'engage à donner entière et prompte satisfaction pour être absous. Autrement il lui enlèvera la terre qu'il tient directement de l'Église romaine (le comté de Melgucil). Et si ce châtiment ne suffit pas, il enjoindra à tous les princes du voisinage de se lever contre lui, l'ennemi du Christ, le persécuteur du clergé, et il donnera à chacun d'eux le droit de garder pour lui ce qu'il aura pu prendre du comté de Toulouse.

Il semble qu'on entende déjà gronder l'orage formidable qui se prépare : mais Innocent pensait bien qu'avec un homme du caractère de Raimon VI, la menace suffirait; et il ne se trompait pas. Sous ce déluge de reproches et d'imprécations le comte se soumit, fit de nouvelles promesses et reçut, à ce prix, l'absolution. Seulement les gens de son entourage n'oublièrent pas les scènes violentes, les lettres outrageuses; ils cédaient, la rage au cœur, en guettant l'occasion d'une vengeance qu'ils n'attendront pas longtemps.

ne pouvait plus en faire l'ouvrier her ailleurs. Or, s'en trouvait que à Rome et à ses r, Guillaume VIII,

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romaine. Lorsque, en 1201, l'évêque d'Agde, Raimon, demande au pape ce qu'il faut faire de huit hérétiques détenus dans ses cachots, Innocent l'engage à les livrer à Guillaume VIII pour que celui-ci les punisse selon la gravité de leurs fautes. Par malheur, ce baron n'avait qu'une puissance médiocre, et il mourut en 1202, juste au moment où la papauté commençait à avoir grand besoin de ses services et de son appui.

Pierre II, l'Aragonais, eût été un bien meilleur auxiliaii'e, s'il avait voulu diriger le mouvement catholique et se dévouer à la bonne cause. Pendant quelques années, on put espérer à Rome qu'il allait prendre l'emploi. Il n'y avait pas, en Europe, de royauté plus étroitement liée au Saint-Siège que celle d'Aragon. Pierre II, couronné à Rome en 1204, prêta l'hommage lige à Innocent III et reconnut, dans cette solennité publique, que son état n'était qu'une principauté vassale et tributaire de Saint-Pierre. L'homme du pape, dans tous les sens de l'expression! N'était-il pas désigné pour combattre les hérétiques du Languedoc? La mission convenait parfaitement à ses visées particulières sur la France pyrénéenne. Et d'ailleurs ce prince catholique et romain avait donné bien d'autres gages de son amour pour la foi. En 1197, dans un édit très sévère, il avait fixé un jour aux Vaudois et aux cathares pour sortir

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rÉglise, entrer en lutte contre Raimon VI, le mari de sa sœur Éléonore : d*autres projets de mariage allaient resserrer encore les liens des deux maisons. On comprit, à Rome, que le roi d'Aragon n'irait jamais attaquer Toulouse. Quand le pape l fit appel à la féodalité de la France du Nord pour ; la lancer sur le Languedoc, c'est qu'il renonçait à f Fespoir d'utiliser le zèle de Pierre IL Celui-ci l refusera de s'associer à une entreprise qui doit enlever le Midi aux Méridionaux pour le donner à rétranger, et Ton aura à la fin le curieux spectacle de ce brûleur d'hérétiques, de cet homme lige de l'Église romaine, combattant les troupes orthodoxes et mourant, entouré d'excommuniés, au service de l'hérésie.

Dépourvu de tout appui dans la féodalité du Languedoc, Innocent III pouvait-il compter sur les bourgeoisies? Elles étaient presque toutes des foyers de catharisme. Pierre de Castelnau débute, dans sa légation de 1203, par un coup d'audace. Il entre à Toulouse, réunit les habitants et exige d'eux qu'ils s'engagent par serment à garder la foi catholique. « Ce serment, ajoute-t-il, n'apportera aucun préjudice à ses libertés. Au nom du pape, nous confirmons vos coutumes et vos privilèges : mais ceux qui refuseront de le prêter seront passsfibles de l'anathème. » Une confirmation, par le chef de la chrétienté, des franchises municipales I

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Un siège épiscopal aussi important que celui de Toulouse ne devait ^être confié qu'à des catholiques éprouvés. En 1205, on révoque, comme simoniaque, Févêque Raimon de Rabastens, un féodal, qui passait son temps à guerroyer contre ses vassaux et mettait en gage, pour se procurer des ressources, les champs et les châteaux de son domaine. Le destitué résiste et, pendant quelques mois encore, réussit à garder sa crosse, mais les légats tiennent bon, et en 1206 l'abbé du Thoronet est élu. C'était un personnage déjà célèbre, Folquet ou Foulque de MarseiUe, troubadour converti et orthodoxe fougueux. L'ardeur de ses opinions fut probablement ce qui le désigna. Mais les progrès du catharisme avaient fort endommagé l'évêché : Foulque trouva toutes ses propriétés grevées d'hypothèques et la caisse diocésaine à peu près vide. Refaire le pouvoir et les revenus de son siège, ressaisir l'autorité sur la ville, tâcher de ramener peu à peu les bourgeois à l'ancienne croyance, telle fut l'œuvre de l'habileté et de l'énergie du nouvel évêque. Mais il visait plus haut. Quand se déchaînera la croisade albigeoise, il deviendra l'un des chefs de Tentreprise et, avec Arnaut-Amalric, l'âme du parti dont Simon de Montfort sera le bras.

L'évêque de Béziers, Guillaume de Roquessels, s'était déjà rendu suspect aux légats pour avoir

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de nouveau à 5, s'ils ne renonnet de le faire, du de son office 2 justifier. Coml'ignore : le fait ut assassiné, dit

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on lui nommera d'office un successeur. Mais Bérenger se défend, récrimine à son tour contre ses adversaires, dénonce la partialité de Castelnau et surtout d'Arnaut-Amalric. Ils ont outrepassé leurs pouvoirs et trompé le pape par de fausses accusations. « Je vous récuse absolument, dit^l, comme suspects d'inimitié contre moi. Je renouvelle mon appel au pape* Vos procédures sont illégales. En exigeant des clercs, par serment, la promesse de poursuivre d'autres clercs, vous avez violé les canons. De pareils agissements contrastent, d'une manière absolue, avec les procédés équitables que les autres légats, vos prédécesseurs, ont employés dans ce pays. »

De fait, Bérenger prétexta son grand âge et ses infirmités pour ne pas se rendre à Rome. Quand il eut donné quelques satisfactions, promis de s'amender, de remplir convenablement sa fonction, et même de combattre l'hérésie, le pape, toujours plus conciliant que ses légats, accepta cette soumission apparente (1207). Trois ans après, il fallut recommencer procès et enquête contre l'incorrigible personnage et finir par le déposer.

Rien n'avait pu déterminer la France méridionale à rejeter elle-même l'hérésie : les souverains

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1 200 mètres, où l'on n'arrivait que par des sentiers de chèvres. Non seulement les hérésiarques faisaient toujours des prosélytes mais encore ils se fortifiaient.

Les légats du pape, plus découragés que jamais, parlaient tous de résigner leur office. Si leurs appels au bras séculier et les menaces d'anathèmes ne produisaient rien, au moins devaient-ils poursuivre la campagne de prédication dont la papauté leur faisait un devoir. Innocent III, qui * y voulait (il l'a écrit cent fois) « la conversion des

v\ pécheurs et non leur extermination », n'avait \\jamais cessé de recommander à ses légats ce procédé pacifique. Le 19 novembre 1206, il leur prescrivit des mesures spéciales. « Nous vous ordonnons de choisir des hommes d'une vertu éprouvée, et que vous jugerez capables de réussir dans cet apostolat. Prenant pour modèle la pauvreté du Christ, vêtus humblement, mais pleins d'ardeur pour leur cause, ils iront trouver les hérétiques et, par l'exemple de leur vie comme par leur enseignement, ils tâcheront, avec la grâce de Dieu, de les arracher à l'erreur. » Ces quelques lignes étaient l'expression exacte et précise du courant d'idées qui a produit saint Dominique et créé le premier ordre mendiant.

Ici se place une coïncidence curieuse. Quatre mois avant que le pape envoyât cette lettre, un

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prélat espagnol^ fort employé comme diplomate par le roi de Castille, Diego de Acebes, évêque d'Osma, était de passage à Montpellier, avec un des dignitaires de son chapitre, le sous-prieur Dominique de Gusman. Tous deux revenaient de Rome où ils avaient, sans aucun doute^ conféré avec Innocent III. Ce qui se passa immédiatement après leur retour d'Italie permet de supposer qiie la prescription du 19 novembre fut le résultat de cet entretien. A Castelnau, près de Montpellier, Diego et Dominique rencontrèrent les légats Arnaut-Amalric, Pierre de Castelnau et Raoul, fort abattus et las de l'inutilité de leurs efforts. « L'évéque d'Osma, raconte Pierre des Vaux de Cernai, leur donna alors un conseil salutaire : laisser tout le reste pour se consacrer exclusivement et avec ardeur à la prédication; agir de manière à fermer la bouche aux méchants ; enseigner^ à l'exemple du divin Maître, en toute humilité; aller à pied^ sans attirail fastueux, sans argent, à la manière des apôtres. » Les légats ne voulurent pas prendre d'eux-mêmes l'initiative d'un pareil changement : cette voie nouvelle les effrayait. « Si quelqu'un d'autorisé, dirent-ils, veut nous y précéder, nous le suivrons très volontiers. » Alors l'évéque d'Osma s'offrit pour tentet* l'entreprise avec un seul compagnon (le chroniqueur ne le nomme pas, mais il s'agissait de Dominique); et

suivi de Castelnau et de Raoul, il entre à Montpellier pour commencer de suite la prédication. L'autre légat, Arnaut-Amalric, s'en retourna à Cîteaux tenir son chapitre général, mais décidé à revenir en hâte pour pl*endre part, lui aussi, à l'œuvre de tous. »

On peut croire (bien que le moine de Cernai ne le dise pas) que Tévêque d'Osma et son compagnon ne firent que communiquer aux trois légats les instructions du chef de l'Église. Des hommes chargés d'une mission officielle, comme l'abbé de Cîteaux et ses collègues, n'auraient pas brusquement transformé leur tactique pour obéir à la suggestion d'un prélat espagnol, sans mandat, rencontré par hasard. Arnaut-Amalric et Castelnau, ennemis fougueux de l'hérésie, très partisans des mesures extrêmes, étaient-ils convaincus, au fond, de l'excellence de cette méthode nouvelle? En tout cas, le pape tenait à faire l'expérience : ses délégués n'eurent qu'à se soumettre. Renforcés bientôt d'un groupe de Cisterciens, parmi lesquels se trouvait Gui, abbé des Vaux de Cernai, l'oncle de l'auteur de la chilonique, ils se mirent à parcourir le Languedoc, les tins, à la suite des deux Espagnols, les autres, répartis par pelotons de trois ou quatre prédicateurs. Et pour se conformer aux ordres du pape, ces apôtres passaient pieds nus, mendiant leur pain, au grand étonnement du

abitué à voir sous un autre aspect les vêques et les puissants abbés de l'Eglise

ors que se multiplièrent les conférences ;oires entre les champions des deux . Le procédé n'était pas nouveau, mais nnaires y recoururent souvent pour faire

supériorité de leur foi, frapper l'imagila foule et obtenir des conversions. Les urs catholiques qui retracent la physio-

ces colloques, ne semblent pas avoir avec exactitude les réponses et les plai- 5 cathares. Ils leurs prêtent volontiers des aises ou ridicules. On est donc mal ren- , d'autre part, la tradition de l'ordre de unique est venue encore embrumer d'une :e de merveilleux la vérité déjà difficile à

an, près de Béziers, village qui du haut z domine l'immense vignoble, la dispute 3UX hérésiarques Baudouin et Thierri de ira toute une semaine. A la fin, Thierri que d'Osma : « Je sais quel esprit vous est l'esprit d'Élie ». A quoi Tévêque « Si je suis venu ici avec l'esprit d'Élie, ispire, toi, c'est celui de l'antechrist ».

*e le moine de Cernai, les missionnaires réussi à détourner de l'erreur les habi-

tants de Servian et à leur faire presque décréter l'expulsion des hérétiques. Mais ils n'allèrent pas jusque-là à cause du châtelain qui les protégeait. Le seul résultat positif obtenu par les représentants du pape, au départ de Servian, fut d'être reconduits en triomphe, pendant près d'une lieue, par la population restée fidèle à l'ancienne foi.

A Béziers, quinze jours de discussion et de prêches : résultat nul; la majorité des habitants est si hostile que l'évêque d'Osma et le légat Raoul conseillent à Pierre de Castelnau, s'il veut échapper à la mort, de quitter la ville et de disparaître pour un temps. A Carcassonne, colloque et prédication prennent encore huit jours. Le chroniqueur n'y enregistre pas de conversions, sans doute parce qu'il ne s'en fit pas. Il rapporte seulement un miracle : des cathares avaient travaillé à la moisson le jour de la Saint- Jean ; les épis qu'ils recueillirent se trouvèrent tout ensanglantés. Plus tard, l'imagination populaire supposa que saint Dominique lui-même avait adressé de vifs reproches aux moissonneurs hérétiques et que l'un d'eux, irrité, ayant fait le geste de frapper le saint, la gerbe qu'il tenait se couvrit de sang.

A Verfeil, localité célèbre par l'accueil défavorable que ses habitants avaient fait, soixante ans plus tôt, aux prédications de saint Bernard, la mission se trouve aux prises avec deux des héré-

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INNOGBNT III

irques les plus en vue, Pons Jordan et Arnaut »rufat. On discute sur l'interprétation d'un texte saint Jean, (c Personne n'est monté au ciel si ce 9st celui qui en est descendu, le Fils de l'homme li est au ciel. » Comment comprenez-vous ce ssage ? » leur demande l'évèque d'Osma. Un des rétiques répond : ce Jean veut dire que Jésus se oclame ici le fils d'un homme qui est au ciel. — >mment! reprend l'évèque, vous pensez donc e le Père de celui qui est monté au ciel, Dieu le Te, est un homme? — Oui », répond l'autre, ors l'évèque continue, en citant ce texte d'Isaïe Dieu dit de lui-même : « Le ciel est mon trône la terre l'escabeau de mes pieds ». « Si Dieu, )ute-t-il, est un homme, qu'il siège au ciel et e ses pieds touchent la terre, il s'ensuit que la igueur de ses jambes équivaut à l'espace qui pare la terre du ciel. Le croyez-vous? — Oui, st bien notre croyance », disent les hérétiques, ors l'évèque ne se tenant plus d'indignation, crie : « Maudits soyez-vous, hérétiques grosrs, je vous aurais cru quelque bon sens ». Ou le roniqueur Guillaume de Puylaurens s'est mal cliqué, ou les missionnaires dopt il reproduit paroles n'ont pas compris ce que leur disaient cathares. Jamais la doctrine albigeoise n'a préité Dieu comme un homme, puisqu'elle n'admet me pas que l'humanité du Fils ait été réelle.

Montréal, ce belvédère incomparable d*oii le regard embrasse à la fois la montagne et la plaine^ fut le théâtre de la conférence la plus importante (1207). Pour y assister, Pierre de Castelnau était revenu se joindre à la mission. Du côté opposé se trouvaient les prédicateurs les plus connus : Arnaut Oton, Guilabert de Castres, Pons Jordan, Benoît de Termes. La joute religieuse dura quinze jours. A la fin, les propositions de Tune et de l'autre croyance furent rédigées sous forme de mémoires et remises à un tribunal d'arbitres qui devait désigner les vainqueurs. Tout dépendait évidemment du mode d'élection de ce tribuqal. Au dire du moine de Cerns^i, les arbitres nommés auraient été des croyants cathares, affirmation peu vraisemblable : dans tout colloque de ce genre, les arbitres sont élus concurremment par les deux partis. Et c'est ce qu'on fit à Montréal, d'après le témoignage positif de Guillaume de Puylaurens. Des quatre arbitres choisis, deux étaient chevaliers, les deux autres bourgeois : rien n'indique qu'ils fussent de la secte, ni mêm6 favorables à la secte. Puylaurens s'indigne seulement que le tribunal n'ait été composé que de laïques. Mais exclure le clergé des deux religions adverses était le seul moyen de constituer un jury indépendant.

L'iirgumentation des hérétiques parait avoir porté sur deux points principaux. Arnaut Oton, leur

)ord que l'Église de Rome n'était Christ, mais l'Église du diable, et i des démons. Elle est la grande de toutes les fornications, dont se : ce n'est pas Jésus qui l'a it ensuite que ni le Christ ni les t déterminé l'ordre de la messe, lébrait de son temps. On ne sait nse des catholiques, ni ce que visa on.

mt? Il n'y en eut pas. Les arbitres 'e leur arrêt et même de délibérer, t fin sans résultats, a Ils voyaient, Cernai, que la cause de l'hérésie La vérité est que des laïques p de peine à se prononcer et ute les quatre arbitres, partagés raient pu s'entendre. Quant aux sa l'arbitrage, on ne les retrouva s Vaux de Cernai attribue cette it que les arbitres s'empressèrent orthodoxe aux cathares, explication qu'on ne revit jamais non plus la jrétiques. Plusieurs années après, ?uylaurens demanda à l'un des rnard de Villeneuve, ce qu'étaient émoires. « Ils ont été perdus, rd, au moment de l'entrée .des

croisés à Montréal et de la fuite générale des habitants. » Et il ajouta que la conférence de 1207 avait amené la conversion d'à peu près cent cinquante hérétiques. « Je soupçonne, dit le chroniqueur, que certains de ses collègues, notables de la ville, qui favorisaient la secte, avaient fait disparaître tous ces écrits. »

Un de ces prodiges que le moine de Cernai se plaît à raconter marqua le colloque de Montréal, a Un jour que les missionnaires catholiques avaient longuement discuté avec les cathares, Dominique rédigea les arguments et les citations dont il s'était servi lui-même et remit le manusucrit à l'un des hérétiques pour que celui-ci pût connaître ses objections et y répondre. Cette nuit-là, les sectaires s'étaient réunis dans une maison où ils étaient assis près du foyer. Celui auquel le saint avait confié son mémoire le montra à ses compagnons. Ils furent d'avis qu'il fallait le jeter au feu : si le parc^iemin brûlait, la foi des hérétiques serait la vraie, s'il ne brûlaitpas, c'est la religion catholique qui serait la meilleure et Ton devrait s'y rallier. Bref, tout le monde étant d'accord, on jette au feu le mémoire de Dominique : il en sort de lui-même intact, et trois fois cette expérience se renouvelle avec le même résultat. Néanmoins les cathares ne se résignent pas à la défaite : ils se jurent entre eux de ne parler du miracle à personne, pour

que la mission catholique ne puisse s'en prévaloir. Mais, un chevalier qui penchait pour l'orthodoxie, révéla ce qu'il avait vu. »

Là tradition de Tordre des Frères prêcheurs place cette scène àFanjeaux et la présente un peu autrement. Les arbitres n'ayant pu s'accorder, ils ont recours au jugement de Dieu, à l'ordalie. Le mémoire de Dominique et celui des cathares seront jetés dans un brasier : celui des deux qui ne sera pas brûlé prouvera la vérité de la doctrine à laquelle il appartient. Livré au feu, l'écrit hérétique est consumé à l'instant : le manuscrit du saint, rejeté par trois fois dans la fournaise, en sort trois fois avec tant de force qu'il va brûler une poutre placée à quelque distance du foyer. Miracle pour miracle, la critique doit préférer au témoignage des hagiographes dominicains du XIII® siècle celui du moine de Cernai, un contemporain, qui déclare formellement tenir le fait de la bouche même de saint Dominique.

Une dernière conférence eut lieu à Pamiers, chez le comte de Foix, Raimon Roger. L'évêque d'Osma, qui s'en allait retrouver son diocèse, y fut rejoint par Foulque, évêque de Toulouse, et par Navarre, évêque de Couserans. La mission catholique proposa une discussion publique aux Vaudois, très nombreux dans la ville. Le comte de Foix, fidèle à ses habitudes d'éclectisme, héber-

geait à tour de rôle les représentants des deux croyances : il offrit, pour le colloque, la grande salle de son palais. Un seul arbitre, élu par les deux partis, Arnaut de Campranhan, clerc séculier, jugeait les débats. Sur ce qui se passa, on n'a qu'un détail. Une sœur du comte intervint dans la discussion pour soutenir l'hérésie. « Dame, lui cria un des missionnaires, frère Etienne de la Miséricorde, allez donc filer votre quenouille ; ce n'est pas à vous de prendre la parole dans une assemblée comme celle-ci. » L'arbitre se prononça en faveur des catholiques. Un petit nombre de Vaudois, et parmi eux un personnage que nous retrouverons, Durand de Huesca, déclarèrent se rallier à l'Eglise romaine. Mais, en somme, la j conférence de Pamiers n'avait eu, comme les autres, \qu'un succès médiocre. L'évêque d'Osma rentre en Espagne pour y mourir. Un des légats, le moine Raoul, disparaît presque aussitôt. Arnaut Amalric, rappelé par ses affaires dans la France du Nord, laisse à l'abbé Gui des Vaux de Cernai le commandement de la mission décapitée et impuissante.

Dominique seul demeure en scène. Il persiste à circuler parmi les sectaires, faisant quelques conversions isolées, surtout celle des enfants et des femmes. Pendant qu'il parcourt le Languedoc en prêchant, des prodiges continuent d'attester sa

NOCBNT III

Qt a perdu l'usage du somet à Teau et il n'en paraît eux portant ». Sur la route ssonne, il commençait son ^late : « Ne vous éloignez luditeurs, et, d'un signe de mente. Plus tard, on érigea ;it oratoire et l'on constata it jamais ni pluie ni grêle, [uand le tonnerre gronde, irent à l'oratoire et s'y tien-

rédications, un seul témoicontemporain est resté : le >n accordé par Dominique, Pons Roger, de Tré ville en it les conditions de la pénipas douces. Pendant trois e pénitent marchera, le dos qui le frappera de verges, a village jusqu'à l'église. Il mx avec un signe particu- X cousues des deux côtés de ie, sauf à Pâques, à la Penmangera ni chair, ni œufs, ite ces trois jours de fête, a rompu avec l'abstinence par semaine, il s'abstiendra

LlSS PRÉLIMINAIRES DB LA CROISADE lOl

de poisson, d'huile et de vin, sauf le cas de maladie. Trois carêmes pendant l'année. Obligation stricte d'entendre la messe tous les jours. Condamnation à la chasteté perpétuelle. Une fois par mois, il devra montrer sa lettre de pénitence au curé de Tréville, sous la haute surveillance de qui il est placé. En cas de désobéissance, il est excommunié ipso facto comme parjure et comme hérétique. Si la réconciliation avec l'Église entraînait alors les mêmes effets pour tous les convertis, on ne sera peut-être pas très surpris de l'insuccès des convertisseurs.

Le missionnaire espagnol se montra plus habile en fondant, près de Fanjeaux, grâce aux libéralités de quelques donateurs, l'établissement qui allait devenir le célèbre monastère de Prouille. On devait y recueillir et y élever les jeunes filles nouvellement converties, ainsi que celles des familles catholiques dénuées de ressources. L'idée qu'avaient eue les chefs de la secte de prendre les enfants pauvres à leur charge et de les faire instruire par des femmes dévouées et croyantes avait été fort utile aux cathares. Il fallait ressaisir cette jeunesse et appliquer le même procédé pour le plus grand bien de l'orthodoxie. L'acte de la donation du 25 août 1207 stipule expressément qu'elle est faite en faveur de « l'œuvre de la sainte prédication et du seigneur Dominique d'Osma ». Par ce

obtinrent peu de chose ou rien du tout, ils ne tardèrent pas à revenir en France. » — a Je ne sais qu'en dire », s'écrie douloureusement l'auteur de la Chanson de la Croisade, Guillaume de Tudèle. « Puisse Dieu me bénir! Ces gens se soucient de la prédication comme d'une pomme pourrie! Cinq ans ou je ne sais combien, ils se comportèrent de la sorte. Elle ne veut pas se convertir, cette population d'égarés l »

La légende dominicaine du xiii® siècle nous a transmis comme un écho, sinon du découragement, au moins de l'indignation que Dominique aurait ressentie en constatant le peu de succès de sa tentative. Un Prêcheur du temps de saint Louis, Etienne de Salagnac, raconte que le fondateur de son ordre dit un jour à la foule réunie à Prouille : « Depuis plusieurs années, je vous ai fait entendre des paroles de paix. J'ai prêché, j'ai supplié, j'ai pleuré. Mais, comme on dit vulgairement en Espagne : « Là où ne vaut la bénédiction, vaudra « le bâton ». Voici que nous exciterons contre vous les princes et les prélats; et ceux-ci, hélas! convoqueront nations et peuples et un grand nombre périra par le glaive. Les tours seront détruites, les murailles renversées, et vous serez réduits en servitude. C'est ainsi que prévaudra la force, là où la douceur a échoué ».

lant les moyens pacifiques n'étaient pas Il restait à savoir si les âmes qu'indies abus de TÉglise ne trouveraient pas e de vie morale et religieuse où elles pourreposer et atteindre leur idéal, sans sortir Ddoxie. L'esprit de réforme, ou plutôt de la pauvreté chrétienne, dont les ordres ;s seront l'expression la plus complète^ ; alors un peu partout par la fondation de onfréries, ouvertes aux laïques comme aux

importait à la papauté, et Innocent III le à merveille, d'encourager ces associations, vaient de dérivatif au besoin de change-

tourmentait les consciences. On pouvait i opposer utilement aux institutions dégélu catholicisme, à ces congrégations de officielle que l'opinion ne respectait plus, e l'excès de richesse et la décadence des avaient introduit un germe de mort. Ces s orthodoxes devaient recueillir non seuss catholiques impatients de rompre tout avec un clergé disqualifié, mais encore les ^> es convertis, ceux qu'on arrachait à l'er- j [u'il était bon d'employer à la combattre, ent parce qu'ils l'avaient jadis pratiquée.

Dès 1201, Innocent III donnait aux Humiliés d'Italie, ou du moins à leur tiers ordre, une règle qui contient déjà le principe et certaines applications de la mutualité moderne. On pouvait y discerner rinfluence des idées et des pratiques mises en honneur par les Vaudois. Elle restreint l'usage du serment, approuve la pauvreté volontaire et le mariage, autorise les frères « d'une foi éprouvée et d'une piété sûre » à prêcher le dimanche et défend même aux évêques de s'opposer à ces sermons laïques, « parce qu'il importe, au dire de l'apôtre, que l'Esprit ne soit pas étouJBTé ». Sans doute, le pape y recommande aussi le paiement de la dîme aux curés et l'obéissance à l'épiscopat ; tout y est ramené soigneusement à l'orthodoxie ; mais il est difficile de ne pas voir dans ce patronage accordé aux Humiliés l'idée de combattre le valdisme avec ses propres armes et d'en arrêter le progrès. En 1210, un ex-cathare allemand, Bernhard Primus, après avoir fait profession, entre les mains du pape, du credo le plus orthodoxe, reçut aussi, pour lui et quelques autres convertis, une règle d'une sévérité assez étroite. Elle l'autorisait à exercer l'apostolat, avec ses compagnons, pour le plus grand bie*n de l'ancienne foi.

Ce qu'il tentait en Italie et en Allemagne, Innocent III l'essaya naturellement dans la France du Midi.

Au début du XIII* siècle, un groupe d'Espagnols et de Languedociens s'étaient donné pour tâche de répandre, par la prédication et par l'exemple, une sorte de réforme intermédiaire entre la tradition catholique et l'hérésie décidée. Durand de Najac, Guillaume de Saint- Antonin, Jean de Narbonne, Ermengaud et Bernard de Béziers, Raimon de Saint-Paul, Ebrin, appartenaient presque tous au cléricat. Durand de Huesca, leur chef, avait le grade d'acolyte. La propagande de ces novateurs réussit surtout sur les deux versants des Pyrénées orientales, dans le Languedoc maritime, sur la côte de Provence, et même en Lombardie. Avant 1208, ils avaient fondé une école à Milan.

Vouloir séparer la religion du clergé, garder la foi en rejetant le prêtre, rester dans l'Église en réprouvant la plupart des institutions qui en avaient altéré le caractère, l'entreprise était difficile, incompréhensible pour la grande masse des catholiques ! Au moment où le conflit devenait aigu entre la religion traditionnelle et ses adversaires, les doctrines de nuances et de moyen terme ne pouvaient avoir un succès durable. Aux yeux de la majorité croyante, tout ce qui n'était pas orthodoxe selon l'ancienne formule était hérétique : il fallait choisir. Vaudois timides et Vaudois radicaux, englobés dans le catharisme, furent assimilés aux ennemis du clergé et du pape. On excommunia donc Durand

de Huesca et son groupe, et l'archevêque de Milan fit détruire l'école qu'ils dirigeaient dans sa cité.

A la suite du colloque de Pamiers, ils se décidèrent k rentrer dans le catholicisme. Innocent III, qui les accueillit à Rome comme pénitents, leur permit de s'organiser en communauté régulière sous le nom de « Pauvres catholiques » et de se vouer à la lutte contre l'hérésie. Pendant quelques années, et même après l'entrée en scène de Simon de Montfort et de ses soldats, il ne cessa de patronner et de défendre cette confrérie, instrument de sa politique religieuse. Il reprenait avec elle la campagne de prédication et de conversion que ses légats n'avaient pu faire aboutir. Le 18 décembre 1208, Durand de Huesca s'engagea par serment à suivre la règle que, d'accord avec le chef de tous les chrétiens, il avait lui-même élaborée.

« Pour l'honneur de Dieu et de son église et pour le salut de nos âmes, nous avons de cœur et de bouche confessé notre croyance en la foi catholique, dans sa pleine intégrité et inviolabilité. Nous renonçons au siècle. Tout ce que nous possédons. Dieu nous a conseillé de le donner aux pauvres. Nous décidons que nous vivrons nous-mêmes dans la pauvreté, sans souci de notre pain du lendemain, sans accepter de personne ni or, ni argent, ni valeur quelconque. Il suffira qu'on nous donne chaque jour de quoi manger et nous vêtir. Suivant lespré-

5S de l'Évangile, nous prierons sept fois aux es canoniques. Comme nous sommes presque clercs et par conséquent lettrés, nous avons u de nous consacrer entièrement à la lecture, prédication, à renseignement et àla discussion, ue de combattre tous les genres d'hérésie.

i observerons scrupuleusement l'obligation de lasteté perpétuelle, celle des deux carêmes et ous les jeûnes. Nous continuerons à porter B habit religieux; seulement, pour qu'on voie ement que nous sommes séparés, de corps me de cœur, de la société des Pauvres de Lyon, i aurons des chaussures ouvertes par-dessus et mées d'une façon spéciale. D'ailleurs, nous vrrons les sacrements de la main des évêques et curés; notre obéissance et notre respect leur ttt acquis. Il est possible que des laïques veuils'associer à nous. En ce cas, nous établissons l'exception de ceux de nos frères qui sont capade prêcher les hérétiques et d'argumenter re eux, tous les autres soient tenus de vivre relisement dans leurs maisons, occupés de travaux uels, et de payer à l'Église les dimes, prémices QTrandes qui lui appartiennent. »

ae congrégation mendiante, consacrée à l'enaement et à la prédication, chargée de comre l'hérésie ; des laïques affiliés à cet institut : ; n'est-ce pas la définition même de l'œuvre de

saint Dominique? Le sous-prieur d'Osma n'a rien créé d'original. Dominicains avant la lettre, les Pauvres catholiques ont ouvert et frayé la voie au puissant ordre des Frères prêcheurs. Seulement, les chefs de cette association étaient des Yaudois convertis; mais qu'importait à Innocent III? Ces anciens hérétiques avaient toute chance de se faire écouter et de réussir : Vaudois et cathares devaient se laisser plus facilement ramener par eux que par des prêtres ou des moines catholiques, toujours suspects. Ils ont donné à Rome, par une profession de foi et un serment solennels, toutes garanties : le pape approuve donc leurs règlements, leur esprit, leurs visées. Dans sa lettre à l'archevêque de Tarragone, non seulement il enjoint de traiter les Pauvres catholiques comme de vrais et bons orthodoxes ; mais il défend de les tenir en suspicion et veut qu'on les aide dans leurs travaux. En même temps il leur prodigue les privilèges, entre autres le droit, pour les laïques affectés à leur ordre, de n'être pas obligés de faire la guerre contre les chrétiens.

Il n'était pas toujours facile d'imposer aux clergés régionaux l'application des idées dont s'inspirait la politique romaine. Les fervents du catholicisme, habitués à détester et à poursuivre Thérésie, ne comprirent pas cette faveur accordée à des hérétiques repentis. Ils se défiaient de Durand de

tenaient les Pauvres catholiques pour une tare ineffaçable. Et puis, faire attasie par des orthodoxes d^aussi fraîche mblait un procédé équivoque et dange- ;ent III, de 1209 à 1212, fut obligé de ' X archevêques de Tarragone, de Milan, le et de Gênes, aux évêques d'Elne, de Carcassonne, de Nîmes, d'Uzès, de Mar- Barcelone, d*Huesca, qu'il garantissait ) de Durand et de ses frères et que leur ait service à la foi. /

les ne désarmèrent pas. Leurs rapports, .ome, furent nettement défavorables. A 3, Durand avait trompé le pape et joué pour échapper aux suites de Texcomet faire croire à une conversion imagi- 3 de la protection pontificale, les Pau- ]ues narguent les autorités du diocèse, ster à leurs offices religieux des Vauement hérétiques. Ils reçoivent dans its et dans leur ordre des moines désertes à leurs vœux. Les personnes qui ffilier à eux et les entendre prêcher, se 1 de fréquenter leur église paroissiale :

soucient plus d*y suivre la messe et prédicateur. Enfin, fait très grave, i tenu leur promesse et renoncé à leurs autrefois : ces prétendus convertis per-

sistent à porter le costume qu'ils avaient avant leur conversion, au grand scandale des catholiques.

En communiquant à Durand et aux autres chefs de la congrégation les griefs et les objections de Fépiscopat, Innocent III les engage doucement à prendre garde. Il faut qu'ils évitent le contact des hérétiques déclarés et impénitents; que les membres de leur ordre fréquentent les églises; que leurs clercs y aillent célébrer les offices aux heures canoniques ; que leurs prédicateurs, au lieu de faire bande à part, se -joignent, pour combattre l'hérésie, à ceux de l'Église officielle. Ils doivent enfin témoigner aux archevêques et aux évêques l'obéissance et le respect qui leur sont dus. Mais en même temps que le pape admoneste ses pro* tégés, il s'efforce de combattre les préventions de ceux qui les accusent.

« Vous affirmez, écrit-il en 1209 aux prélats de la Narbonnaise, que Durand de Huesca et ses complices ne cherchent qu'à décevoir l'Église romaine et à esquiver les obligations de la discipline canonique. S'il en est ainsi, il leur arrivera sûrement ce que dit l'Écriture, que les méchants finiront par être pris à leur propre piège. Mais s'ils agissent en toute sincérité? S'ils font exprès de conserver quelque chose de leurs habitudes et de leur extérieur d'autrefois pour arriver à gagner l'esprit des hérétiques? En ce cas, la prudence veut qu'on

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B, jusqu'à ce qu'on puisse fruits. L'essentiel est que idy ne soit pas douteuse, lit saint Paul aux Corince et je vous ai pris par la i après tout, ils n'auraient ' mt à leur ancien costume?

y surtout dans les choses ne messied pas à l'Église, slui qui s'est fait infirme jui a voulu, et qui veut bommes soient sauvés et érité. Il y a des cas, mes 1 ne faut pas blâmer le e aux instances du malade rendre quelque chose qui on pour lui. Qu'importe, [ner sur cet homme Tinnme toute, à le guérir de

rtunistes choquèrent, sans laient aucune compromisl'ennemi. En 1212 Innoobligé de recommander à très cher fils Durand et } ne font que du bien. Ils )s de se repentir et de al acquise. Ils vivent dans

la chasteté, s'abstiennent de mentir et de jurer, observent des jeûnes rigoureux. Vêtus de blanc ou de gris, ils sont voués au service des misérables ». Et la chancellerie de Latran expédie, cette même année, toute une série de lettres où la cause des Pauvres catholiques est plaidée, une fois de plus, devant Tépiscopat de France et d'Italie. On place sous la protection de saint Pierre, leurs personnes, leurs biens, et « leur pieuse entreprise ».

A partir de cette date, le silence se fait sur eux : ils s'évanouissent de l'histoire presque sans laisser de traces. C'est que saint Dominique occupait la scène, et que, dans l'éclat de sa personnalité et de ses actes, Durand de Huesca et sa création disparurent. L'ordre des Frères prêcheurs leur avait emprunté les règles essentielles de sa discipline : en se développant, il rendit inutiles et fit oublier les institutions similaires. La. statue achevée, à quoi bon conserver l'ébauche? Mais lorsqu'en 1212, le pape s'obstinait encore à favoriser l'œuvre des convertis devenus eux-mêmes ^convertisseurs, il y avait longtemps que la parole n'était plus aux théologiens. Depuis plusieurs ,' années, la lance et le bûcher se chargeaient de soumettre l'hérésie.

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