CHAPITRE V
L'intervention du roi Pierre II. — Entente du pape et de l'Aragonais pour clore la croisade. — Les légats encore désavoués. — La solution du pape et le référendum languedocien. — Le concile de Lavaur. — Plaidoyer de Pierre II et réplique du légat. — Pression du parti intransigeant : volte-face d'Innocent HT. — La bataille de Muret et ses conséquences immédiates. — Nouveau revirement du pape : la légation de Pierre de Bénévent. — Le pèlerinage du prince Louis de France. — Simon de Montfort et Arnaut-Âmalric en concurrence à Narbonne. — Les débats du concile de Latran. — Dénouement du drame albigeois.
Dès que les consciences commencèrent à regretter l'allure profane que prenait cette œuvre de Dieu, une réaction se produisit. Les modérés pen- , saicnt qu'on avait versé assez de sang et gagné assez de terre. Philippe Auguste se plaignit qu'on disposât, sans son aveu, de cette province française qui était son fief. Il rappela au pape que le souverain de la France entière pouvait seul, en cas de con*
D, régler le sort d'uL^ aussi vaste baronnie. Qt dut le rassurer, affirmer qu'il avait donné ats <( des instructions propres à sauvegarder ur et les intérêts du royaume ». Mais déjà loliques du Midi eux-mêmes trouvaient le e l'invasion bien lourd, remier symptôme inquiétant pour les chefs *oisade fut l'émeute de Narbonne, « le crime rbonnais », comme l'appelle le moine de dont l'indignation se donne carrière. Hostile
cité cosmopolite où synagogues et mose dressaient comme pour braver les églises, ) les gens de Narbonne de « scélérats », i pessimi. a Au fond, dit-il, ils n'ont jamais flaire du Christ. » Que s'était-il donc passé? ur, le frère de Simon, Gui de Montfort, et le le du conquérant, Âmauri, arrivent à Nar- Ce dernier, un enfant, eut la curiosité de entrer dans le palais du vicomte Aimeri, t très vieux et presque inhabité. Comme il d'ouvrir une fenêtre, les volets, vermoulus, t sous sa main et tombèrent. Eff'rayé, revint vite dans la maison des Templiers, reait. Au même moment, son oncle Gui se
dans l'archevêché, formidable demeure norme donjon carré, flanqué de tourelles tre angles, domine encore aujourd'hui la >ut à coup un tumulte s'élève, le peuple
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s'assemble, le bruit court que le* fils de Simon de Montfort a voulu forcer la demeure vicomtale^ violer la liberté de la commune. Les bourgeois armés s'apprêtent à envahir la maison du Temple ; Âmauri se retranche au fond d'une tour; on l'y assiège. D'autres Narbonnais massacrent les Français qu'ils trouvent dans les rues : deux écuyers de Montfort sont égorgés. Gui n'osait plus sortir du palais de l'archevêque. Cependant un bourgeois ayant fait honte à ses concitoyens de s'acharner après un enfant^ l'émeute s'apaisa et le fils de Simon put sain et sauf rejoindre son père. Mais
^'incident prouve que les grandes communes du Midi supportaient à peine les envahisseurs et que
\ les haines de race persistaient.
On devine quels sentiments animaient les villes qui, comme Toulouse, avaient jusqu'ici échappé au conquérant. C'est alors (1212) que les Toulousains adressèrent à Pierre II le long récit de leurs tribulations et implorèrent son secours. Ils le supplient d'ajouter foi à leur témoignage et de ne pas prêter l'oreille aux calomnies de leurs adversaires. Ils sont prêts à satisfaire T Eglise pour tout ce qui est conforme au droit. Ce qu'on a fait déjà contre le comte Raimon et sa capitale, et ce qu'on projette encore, est une menace directe aux autres princes et aux autres cités du Languedoc : le même sort, et bien pire, les attend tous. Et l'appel des Toulousains,
de la Rome des Césars, se termine par une cence classique : « Nam tua res agituVy cum proximus ardet ». L'intervention de aais auprès du pape, auprès des légats et, d'insuccès, sa déclaration de guerre aux telle était, pour le parti de l'indépendance, ! chance de salut. Raimon YI alla la cher- Aragon.
'alors le souverain de Barcelone et de Sara- 'avait fait aux légats et à Montfort qu'une on indirecte, timide, dénuée de franchise, -même, comme pour l'issue de la croisade, plus grave que son apparition décisive sur ; du drame albigeois. Il pouvait sembler que le prince catholique et romain par ce, l'adversaire acharné des Sarrasins d'Es- 'homme qui venait de sauver la chrétienté is tout l'Occident le croyait) à Las Nàvas ia, devînt tout à coup \e complice des héréit le champion des excommuniés. Aussi ;lle insistance la Chronique des comtes de le essaie de justifier Pierre II sur ce point k deux reprises, elle affirme que c'est pour pape et pour empêcher sa sœur et sa fille le et la bru du comte de Toulouse) d'être ées par les croisés, qu'il s'est décidé à se m avant* ce C'est la seule raison qui Ta lé : il n'y en a pas d'autres; il ne voulait
pas le moins du monde venir en aide aux i ou aux ennemis de la religion, car c'était u lique zélé et sans reproche devant Dieu. » 1 niqueur oublie les visées politiques du roi d sur le Languedoc et la Provence. Par ses de famille, de relations et de culture, il défenseur naturel de l'indépendance et de I nalité du Midi. Âllait-il souffrir jusqu'au 1 l'étranger (et au moyen âge, l'étranger, c' nemi) le dépossédât de *ses espérances el droits ?
I Pierre II se rend donc à Toulouse, que Ra Savait placée sous sa protection. Il y éta même un gouverneur, croyant sans doute q soumission de la grande cité à une royautc lique forcerait les croisés à la respectei comme l'essentiel était de gagner le pape et voir l'opposer aux légats, il envoie une am à Rome avec des instructions précises. Ei délégués et les agents de Simon de Montfort s'engage, très vive, devant la curie. Mais 1 nais a choisi l'heure favorable. Innocent I une dette à payer au vainqueur des Almoi 'et d'ailleurs, par conviction ou par calcul^ il ait disposé maintenant à patronner la réacl Vers la fin de y été de 1212, Arnaut-Am l'évêque d'Uzès recevaient une lettre de Rc tendait à remettre toute l'affaire des Albig
Vu moment où les ennemis de Raimon VI toucher au but et saisir la proie, on les à reculer.
>mte de Toulouse, écrivait le pape, s'est faute contre Dieu et contre TÉglise. Il i à nos légats. Ils l'ont excommunié et échu de ses droits, pour voir si la rigueur lent ne le ferait pas rentrer en lui-même, 1 ainsi déjà une grande partie de sa terre.
, il n'a pas encore été convaincu d'hérésie, ticipation au meurtre de Pierre de Casn n'a contre lui que des suspicions graves, irquoi nous avions décrété que s'il était une accusation légale, il serait autorisé à )er dans la forme prescrite par nos ins- » et nous nous réservions le droit de proirrêt définitif. Or, nos mandataires n'ont re procédé à cette justification. Nous ne :
onc pas par quel moyen nous pourrions p son fief a un autre. Si, au sujet de cette i procédure n'a pas été conforme à celle îrivait notre mandement, tout arrêt rendu i, dans ces conditions, devrait être consis le moindre doute, comme nul et non
dire que les opérations des légats à Saint- | Sfarbonne, à Montpellier, n'avaient aucune droit. D'ailleurs, Innocent invoque une
autre considération : <( Nous ne voudrions tout avoir Tair d'extorquer au comte Rairr ruse, les châteaux placés sous notre r garantie de ses promesses. L*Apôtre nous d'éviter le mal et jusqu'aux apparences di
L'argumentation du pape ne condamnait lement les légats : elle contenait un mot, j demment, qui était redoutable pour les p de Montfort. Non content de déclarer que '.
ne pouvait être exproprié de son fief, à m( sa déchéance légale n'eût été prononcée, I ajoute qu'il faudrait aussi qu'on eût publié ses héritiers *. En d'autres termes, l'indi^ personnelle : on peut proscrire le comi pourquoi dépouiller sa dynastie? Rien chait de garder, pour le jeune Raimon terres et le titre féodal qu'avait possédés Rai Le pape affirme donc à Arnaut-Amalricetà seiller, a qu'il n'y a pas encore lieu d'accu demande faite par eux de transférer à un domaine du comte de Toulouse. » Simon d fort pouvait attendre.
La lettre pontificale se termine par def précis. L'affaire de la justification du comi être définitivement réglée : c'est l'évêque et maître Thédise qui ont mission de condu