PROBABILITÉS DE PAIX ENTRE FRANCE ET ESPAGNE
Le 9, Cybo loue Mellini de ce qu'il a répondu au comte Trascon, ambassadeur impérial, pour conseiller la paix; mais que, toutefois, il aurait dû ajouter qu'on devait accueillir la proposition de S. S. pour la suspension d'armes. . . N. S. étant médiateur ne peut rien faire pour Strasbourg, ni pour le duc de Lorraine, cependant il a cherché à obtenir quelque chose. Que V. S. conseille de faire la paix et que les Espagnols appuient les efforts de S. S. De Constantinople les nouvelles sont mauvaises; mais il est inutile de parler de la ligue avant la conclusion de la paix(l).
Le 15, Tanari informe Cybo que l'envoyé d'Espagne à Londres donne toujours comme certain que, dans le courant du mois, on décidera de la paix ou de la guerre entre la France et l'Angleterre, quoique le roi Charles cherche à faire traîner les choses en longueur; «on est content, conclut-il, que le roi de France ait retardé son départ». Le même jour, Cybo annonce à Bevilacqua : qu'il est à craindre que l'empereur soit mécontent de l'Espagne, voyant qu'elle ne lui faife point part de ses négociations avec l'Angleterre et la Hollande, ce qui prouverait qu'elle veut conclure la paix sans lui. « Y. S. Ill.me cherchera à insinuer aux plénipotentiaires de procéder d'une manière plus circonspecte, afin d'éviter de fâcheuses conséquences. Et il ajoute, qu'on n'a pas confirmation du projet de mariage du roi d'Espagne
(1) Le 17 février, Mellini lui répondit qu'il n'avait pas oublié de répliquer au comte Trascon en relevant la faute commise, et qu'en ayant parlé à Don Juan de nouveau, selon la dépêche du 9 décembre, S. A. avoua l'erreur et donna pour excuse que l'on ne pouvait prévoir les insuccès de l'armée des coalisés, car on la croyait très forte ; et le duc reconnaît aussi les raisons de la Cour de Rome, se montrant reconnaissant pour sa collaboration en faveur de la paix. « Mais dès que S. A. commença à parler de la ligue je l'ai interrompue en lui disant qu'elle est intempestive ».
avec la fille du duc d'Orléans ». Et il écrit à Bonvisi: «il paraît que la Suède, fatiguée de la longue et désastreuse guerre, cherche à conclure la paix même à des conditions désavantageuses, car elle craint d'être attaquée par les Moscovites...». Il en avertit le nonce, notant que la restitution à ce royaume des pays perdus, est considérée à Nimègue comme un des plus grands obstacles à la paix. Et le 21, Bevilacqua écrit à Cybo: «on discute toujours entre lu France et l'Angleterre sur le projet du traité de paix, mais on garde le secret. Les Autrichiens se réunissent aussi, pour délibérer sur ce qu'ils peuvent accepter, mais ils n'arrivent pas à se mettre d'accord; entre autres sujets de difficultés, il y a la coadjutorerie de Cologne, à laquelle ils tiennent tellement qu'ils arrivent à dire que sans elle on ne conclura pas la paix. Et le nonce rapporte que le comte de Yaldenstein a laissé échapper la nouvelle de son remplacement à Londres par le compte Vindischgrâtz, luthérien, qui, à Brème, a admis à prêcher chez lui un prédicateur calviniste».
Mais Cybo, le 22, lui annonce: «que dans la crainte que l'xingleterre ne soit plus médiatrice, le pape a repris l'affaire de Venise ». Et le même jour il mande à Bonvisi: «Les jalousies, qui, plus ou moins excitées par l'Angleterre à Nimègue naissent et peuvent encore naître chaque jour, font craindre la dissolution du Congrès en rendant toujours plus suspecte la médiation anglaise, la seule en faveur des hérétiques et qui a une si grande importance pour les négociations de la paix. N. S. a fait écrire à tous les princes d'ordonner à leurs plénipotentiaires de ne pas quitter Nimègue, les moyens ne manquant pas de remplacer l'Angleterre, et déjà S. S. espère réussir à réconcilier Venise avec l'Espagne; cela étant et si la France, continuant à vouloir la médiation anglaise, refuse Nimègue, alors on choisira une autre ville catholique pour les réunions, sans qu'il soit besoin de recommencer encore une fois les