RÉSERVES DU PAPE SUR LA PAIX
Le 11, Cybo mandait encore à Bonvisi: «Ayant écrit à Bevilacqua de s'abstenir de s'occuper des questions qui sont définies dans le traité de Westpbalie, et le traité de Nimè^rue entre l'empire et la France les ayant, au contraire, inaintenues, le nonce a été en^j^-agé à répéter le^ déclarations de Chigi; et il a exécuté l'ordre reçu. S. S. s'est vivement réjouie dans le consistoire, du succès des négociations et de la fin de la guerre désolatrice. N. S. nourrit l'espoir que maintenant les princes catholiques s'uniront contre le Turc. Le contentement de N. S. a été cependant diminué par le fait qu'il n'a pas vu restituer à l'Eglise les évêchés et les revenus enlevés aux catholiques par la paix de Westphalie, mais, comme la paix de Nimègue n'a pas apporté de nouveaux maux à la religion, et qu'on ne voj^ait pas d^autre manière de mettre un terme à l'horrible guerre, on a cru mieux de dissimuler l'ancienne cicatrice, afin de ne pas ouvrir de nouvelles blessures dans les flancs de l'Eglise. Toutefois Bevilacqua a protesté contre la paix. »
Quant à l'attitude générale de Bonvisi à l'égard du traité, elle fut conforme aux instructions, de réserve et de prudence, que lui donnait son supérieur hiérarchique. « Pour ne pas me mettre en opposition avec la protestation faite par Bevilacqua à propos du traité de paix, je n'ai pas, écrivait-il le 12 à Cybo, montré une grande satisfaction pour la paix; je n'en ai pas sollicité la ratification, après l'erreur qu'on a commise de se séparer des coalisés, qui courent l'un après l'autre pour un arrangement. La panique qui a saisi les plénipotentiaires impériaux, a mis tout en désordre, car s'ils avaient résisté un peu, on aurait aussi conclu quelque ohose à l'avantage des coalisés, dont l'empereur aurait pu obtenir ensuite des avantages en faveur de la religion catholique dans leurs pays; et si l'on avait obtenu leur amitié ils auraient prêté leur concours contre les Turcs, tandis
qu'ils sont furieux contre l'enipereur, et ils a<L^iront en ennemis plutôt qu'en amis ». Et le 16, il écrit à Bevilacqua que S. M. est très contente qu'il reste à Nimè^ue pour voir si la France peut obtenir des Suédois la liberté de conscience polir les catholiques et les revenus pour la reine Cliristine.
Et, le 17, Bevilacqua mande à Cybo qu'il y a des ditïicultés dans les négociations avec Brunswick, car il voudrait obtenir de la Suéde, en outre des pays au delà de l'Oder, aussi Stettin ; mais que la Suède répond que ce serait la même chose que si on lui demandait Stockolm. « Et il se déclare prêt à rester^ mais fait observer qu'après l'échange des ratifications et l'arrangement avec l'évêque de Munster, il n'aurait plus qu'à assister aux négociations des protestants, tandis que pour raison de santé et d'âge, il aurait besoin de quitter Nimègue. »
Le 18, Cybo écrit à Bonvisi qu'il lui envoyait le bref pontifical pour l'empereur au sujet de la conclusion de la paix, avec ordre de ne pas le remettre avant que le traité fût véritablement signé. N. S. en a envoyé aussi au roi de France et d'Espagne, et il regrette beaucoup qu'il y ait séparation entre les deux Maisons d'Autriche et d'Espagne. «Le cardinal ajoute, que l'on craint toujours davantage une guerre en Italie, et qu'on ignore ce que peuvent faire les Français dans le Montferrat. »
Le 24, Bevilacqua assure Cybo qu'il a fait les deux protestations dans le sens de celles de Chigi; et que si S. Em. juge bon d'en faire une autre pour la Suède, il la fera. Et il ajoute, que les Impériaux l'ont prié d'obtenir un délai de six semaines pour la ratification ; qu'il montra de la répugnance à accepter, mais comme il n'y a plus personne, il n'a pas voulu opposer un refus, et que, tout en protestant, il s'en est occupé. »
Le P'^ avril, Cybo annonce à Bonvisi que S. S. avait déjà envoyé un bref au roi de France en faveur de la