PLAINTES DE L'EMPEREUR À CE REFUS
siennes étaient pour sa défense, tandis que celles de France n'ont eu d'autre but que de prendre l'offensive, comme il est arrivé lorsque le roi s'est allié avec l'Angleterre et la Suède, pour commencer la guerre et réduire l'Europe à la misère. Or, l'Angleterre est intolérante envers les catholiques, et en Suède le culte catholique est défendu, tandis qu'en Hollande, et particulièrement à Amsterdam, ce culte de même est public, chez les protestants d'Allemagne règne beaucoup de tolérance et l'on peut espérer davantage pour l'avenir. Du reste il ne s'agit pas d'un cas nouveau, car différents pontifes ont envoyé des brefs d'exhortation. Et jamais l'envoi de ces brefs n'a été plus justifié que maintenant, pour empêcher la Pologne de soutenir les Turcs, qui constamment aidés par les intrigues des Français cherchent à empêcher la maison d'Autriche de s'occuper sérieusement des affaires de Hongrie. L'empereur trouvait aussi étrange que S. S. rejetât ses instances relativement au bref pour la coadjutorerie de Cologne, et toujours avec le prétexte d'éviter de troubler le cours de la médiation. Elle avait permis, au contraire, que pendant longtemps les galères françaises mouillassent à Civitavecchia pour empêcher celles d'Espagne de porter des secours en Sicile; et, par conséquent, si N. S. continuait à user de tant d'égards envers la France, on finirait par payer trop cher sa médiation à Nimègue, où les Français ont déjà pour eux l'aide de l'Angleterre; et enfin on découvre bien les artifices des Français pour faire tomber entre les mains des Turcs le royaume apostolique de Hongrie. S. M., ajoute le nonce, parle toujours, il est vrai, avec prudence quand il s'agit d'affaires graves, mais cette fois j'ai trouvé que ses réponses avaient été étudiées et préméditées. J'ai répondu que Civitavecchia était un port libre; qu'il n'était pas possible de renvoyer les navires qui venaient y mouiller; j'ai répété les motifs regardant Cologne; atfîrmé de nouveau que les ordres avaient été donnés au nonce en
Pologne; que du reste la conversation d'un nonce est toujours j3lus etïîcace que des brefs, qui ne peuvent être rédigés qu'en termes généraux; que même les brefs ne semblaient plus nécessaires à présent, parce que toutes les intrigues en Pologne paraissaient vouloir cesser, que le nonce avait déjà fait des observations au roi de Pologne et que, s'il eût présenté les brefs, le roi se serait irrité en se voyant découvert, tandis que souvent il est mieux de feindre de ne pas connaître ce que l'on sait lorsqu'il n'y a pas urgence. S. M. répondit que cela était bien, mais que pourtant il aurait été bon aussi que le nonce fut en possession des brefs pour l'avenir, dans la crainte que la république, poussée par la France, ne continuât ses intrigues ... Il remercia des sentiments de S. B., espérant qu'elle lui donnera des preuves de son affection à Mmègue. A la fin de la conversation, j'ai présenté à S. M. le bref touchant les attentats de la Chambre de Spire contre l'évêché. S. M. m'a dit: V. S. peut voir que lorsque les affaires intéressent, on écrit des brefs pour appuyer les paroles du nonce; toutefois je me soumets à ce que veut S. B., parce que j'espère qu'elle me reconnaîtra fils plus respectueux que le roi de France: lui, tient le pape par les menaces, tandis que je cherche à le gagner par ma dévotion, sans l'importuner jamais, si ce n'est par de justes demandes. Je me suis étendu un peu en des détails sur le récit de l'audience, conclut Bonvisi, afin que V. Em. puisse prendre les mesures qu'elle croira bon, parce qu'il m'a paru lire dans l'âme de S. M. qu'elle est peinée de cette affaire et je ne sais pas si elle a été complètement rassurée par mes déclarations. »
Le 7 août, Cybo écrit à Bonvisi qu'on dit que les hérétiques de Hongrie dehiandent à l'empereur de pouvoir construire des temples; il l'engage à surveiller et à mettre en garde S. M., parce que, souvent après avoir obtenu le temple, on prétend aussi avoir les biens des catholiques. Et le 29,
l'empereur .justifie sa conduite en HONGRIE 441
Bouvisi lui répond: «C'est un point difficile que celui des églises en Hongrie, car on dit que l'empereur a déjà trop forcé les consciences; qu'on a par trop indisposé ces populations et que, par conséquent, il faut être plus coulant; que la constance; le respect et la fidélité de S. M. envers la religion catholique sont très grands, mais il faut aussi penser à aplanir ces discordes, excitées et entretenues par les Turcs. Il est déplorable que l'on puisse dire qu'il y a aussi là dessous la main des Polonais et du chev. Lubomirski qui doit tant à la religion et à S. S. Comme on le sait, il vit des revenus d'une Abbaye et il a été recommandé par N. S. pour l'héritage d'Ostrogota, qu'on devrait ériger en commende (1); qu'on ne peut guère parler d'églises tant que les Polonais continueront à fournir des secours aux révoltés; et qu'il ne suffit pas, pour excuser le roi, de dire qu'on fait tout cela à son insu, car il est le roi, et ici l'on dit qu'il est tellement craint des siens que, s'ils croyaient lui déplaire en secourant les révoltés, ils ne le feraient pas ». îJt, dans une note du même jour, Bonvisi informe le cardinal, que Martelli l'assura d'avoir fait des observations au roi. « Je crois pourtant, écrit-il, qu'il ne s'agit pas de 6000 hommes, mais que les Polonais peuvent être 2000 en Hongrie, à moins qu'il n'y en ait dans quelque centre non découvert, car Lubomirski cherche à cacher ses intrigues ; et les enrôlés partent de Ehenegau et d'autres points du royaume.»
« Je parlerai à S. M., écrit, le 5, Bonvisi à Cybo, aussitôt que j'aurai audience, mais je ne pourrai pas me prévaloir du fait qu'en Pologne soient dissipés les nuages et les soupçons, car ils croissent plus que jamais. Les prétendus arme-
(1) Cependant, le 18 juillet, Bonvisi écrivait à Cybo que l'ardeur de Lubomirski pour les insurgés de la Hongrie s'était un peu modérée, parce qu'on l'avait menacé de lui enlever la croix de Malte.
ments faits par le chev. Lubomirski ne peuvent pas s'attribuer à de simples contraventions, attendu que personne n'oserait s'opposer au roi; mais je dirai à l'empereur que K S. a craint d'irriter le roi de Pologne en laissant voir qu'il avait cru qu'il coopérait à une chose si injuste et contraire à la chrétienté, car on n'aurait réussi qu'à lui faire perdre toute pudeur^ et il aurait fait pire ; tandis qu'en le traitant avec douceur, il peut se faire qu'il désapprouve la conduite de Lubomirski. De cette manière le roi de Pologne aura égard aux observations du nouce et cherchera à y porter remède pour ne pas déplaire à N. S. ». Et le même jour, en clair, il lui annonce qu'il a communiqué à S. M. la réponse touchant la demande pour les brefs au roi de Pologne, l'assurant que N. S. a ordonné à Lubomirski d'en finir avec les enrôlements, lui faisant entendre les peines qu'encourt tout religieux, qui s'unit aux Turcs et aux hérétiques. « J'ai dit aussi, poursuit Bonvisi, que Mgr. Martelli s'en occupait; que Lubomirski avait déclaré au grand général du royaume que les soldats, supposés enrôlés, sont destinés aux frontières delà Voihynie; et tout en comprenant que cela n'est qu'une excuse, j'ai erii bon de la laisser passer, d'autant plus que les Transylvains (1) se retiraient, parce que de Bude était arrivé l'ordre du grand Vizir de cesser cette diversiou, que désirent les Français.» Le 18, Martelli informe Cybo qu'il y a quelques jours, se trouvant
(1) Un avis du 12 septembre de Vienne dit, que;, « à la suite de l'ordre donné par les Turcs aux Transylvains, et prévo3^anl: que les Polonais feront de même, les insurgés hongrois ont renoncé à la prétention de récupérer leurs églises des mains des catholiques, mais réclament simplement l'exercice de leur culte et qu'on supprime les impôts levés malgré les privilèges du royaume. Ces impôts ne dépassent pas 200,000 flor. tandis qu'on en dépense davantage contre les révoltés».