LE PAPE REFUSE LES BREFS CONTRE LA POLOGNE
à S. M. que Mgr Martelli avait répondu que ce n'étaient que de faux bruits, l'empereur lui répliqua qu'il avait de tous côtés la confirmation que la chose était vraie; que cela l'oblige à augmenter l'effectif des troupes, surtout pour résister aux intrigues françaises. « S. M. sait aussi que Béthune -enrôle des hommes pour aider les révoltés. »
«Le cardinal Pio, écrit Cybo à Bonvisi, le 10 juillet, a présenté au pape une lettre de l'empereur pleine de regrets touchant la révolte qui a éclaté d'une manière imprévue «n Hongrie. Il y est dit que les Turcs, unis à d'autres nations barbares, sont entrés en Hongrie pour exciter les révoltés de ce royaume et tenter d'abattre toute autorité impériale; qu'à ces hordes se seraient joints les soldats réformés de l'armée de Pologne, après la paix du roi avec les Turcs. On prie^ par conséquent, d'intervenir par des brefs adressés soit au roi de Pologne, soit aux sénateurs afin d'empêcher de grands malheurs pour la chrétienté et pour l'Italie. N. S. a répondu au cardinal en exprimant sa vive douleur ^t en donnant l'assurance qu'il ne négligerait -rien pour arriver à amoindrir le tourment de S. M.; mais que cependant il ne trouve pas nécessaire d'envoyer des brefs: 1° parce que les brefs ne donnent pas une force plus grande aux paroles du nonce, et qu'il suffit de lui écrire; 2° parce que, en envoyant des brefs, la chose ferait du bruit et, en donnant h. l'affaire cette forme publique, ou fournirait aux Français l'occasion de s'entremettre, eux, qui prennent une si grande part dans les affaires de Pologne. S'ils n'en sont pas les auteurs, tout au moins peuvent-ils être soupçonnés d'être complices de ces machinations organisées contre la Hongrie pour détourner les armées de César de la guerre en Allemagne. Ils auraient ainsi un prétexte de se plaindre et pourraient accuser de partialité le Saint-Siège, et de favoriser leurs ennemis. Et les Français ne se contenteraient pas de l'expli- <îation que, le pape est obligé de s'opposer à l'envahissement
des Turcs; ils pourraient répondre qu'il a laissé, sans protester, s'organiser les ligues et les alliances des Autrichiens avec les protestants allemands et les calvinistes hollandais, adversaires implacables de l'Eglise. En cela les plaintes des Français ne seraient pas justifiées. Mais S. S. n'ignore pas que les jalousies de la guerre font trouver des ombrages là où ils n'existent pas, et qu'il serait ditficile de les ôter de leur esprit, une fois qu'ils y seraient entrés. De cette façon la médiation pontificale à Nimègue deviendrait suspecte, tandis que N. S. cherche de la maintenir jalousement comme le seul moyen d'arriver à conclure la paix ». Et le même jour, Cybo écrit à Martelli que les nouveaux troubles de Hongrie et les craintes à Vienne qu'ils soient aidés par les milices et les officiers réformés de ce royaume, ont poussé l'empereur à en écrire à S. S. et à lui en faire parler aussi par le cardinal Pio, pour que N. S. ait à envoyer des brefs en Pologne. « Le pape encore une fois, ne veut pas faire usage des brefs, pour ne pas faire trop de bruit. Toutefois V. S. doit en parler aux ministres, mais de manière à ne pas susciter la méfiance des Français. »
A la première de ces deux dépêches Bonvisi répond le 25 : « Ayant exposé à S. M. Ces. les raisons pour lesquelles N. S. ne croit pas opportun d'écrire les brefs pour la Pologne, l'empereur m'a répondu, sur un ton très grave, que ses instances s'appuyaient sur deux raisons: 1"^ que si la Pologne agissait contre lui, comme on s'en doutait, on aggraverait les conflits entre les catholiques; 2"* que les pertes qu'on faisait en Hongrie n'étaient pas à l'avantage des hérétiques, sur lesquels on pourrait récupérer tout ce que l'on aurait perdu, mais bien des Turcs, qui de cette manière feraient un pas en avant dans leur occupation et envahiraient aus-^i l'Italie. . . Les ligues formées par lui, ajoutait l'empereur, avec les hérétiques d'Allemagne et les Hollandais, étaient bien différentes de celles qu'avait faites le roi très-chrétien, car les