BONVISI EXPOSE LA SITUATION
roi, avec un Conseil, ait des pouvoirs qui le mettent en état de faire disparaître les jalousies intérieures. Four l'union avec les Moscovites, l'argent vaut mieux que des soldats, car on ne peut pas former une armée de deux nationalités. Après la bataille de Saint Gothard en Hongrie, on a dû conclure la paix avec perte. 11 est préférable que les Moscovites fassent une diversion en Crimée. « Montecuccoli m'a dit, continue Bonvisi, qu'il n'y a rien à craindre des Turcs Jorsqu'ils ne sont pas unis avec les Tartares, qui ont l'avantage de ]a vitesse de leurs chevaux (1). Pour le troisième point: l'empereur en Hongrie, il faut bien réfléchir sur l'inconstance des Polonais et des Moscovites, et l'assurer qu'il n'y a pas de stratagème de leur part, comme il y en a eu de la part du Danemark dans les dernières guerres suédoises... Du reste, avant qu'on n'arrête les accords avec le roi, le mois de juin arrivera et l'empereur pourra savoir si la paix a été conclue entre le Danemark et le Brandebourg. En attendant, si l'on donne les pouvoirs au roi pour faire les préparatifs, cela mènera aussi à juin et Montecuccoli dit que, si l'empereur peut lancer l'armée en Hongrie et que la Pologne et la Moscovie prêtent leur concours, le succès est certain. L'empereur ne pourra rester armé longtemps, mais, dans les trois mois, il doit se décider pour la guerre ou pour le désarmement... 11 faut travailler auprès du roi de France, là est le point dominant, non seulement pour faire une diversion, mais encore parce que, si S. M. césarienne est libre de ce côté, les autres n'oseront pas se déclarer et, dans ce but, N. S. s'ingéniera avec son zèle
(1) Et les Tartares ont voulu rappeler leur habileté à l'empereur, car dans un avis de Vienne du 9 avril on lit : « L'ambassadeur tartare est arrivé ; il a apporté un très'^beau cheval à S. M. et quelques mouchoirs pour l'impératrice ; comme il a une suite nombreuse, on leur assigne 20 écus par jour. »
habituel... «Il serait bon, conclut le nonce, que l'on hâtât le retour en France du grand Trésorier de Pologne, pour demander au roi de l'argent, qu'il obtiendra peut-être de sa générosité, car ce monarque en a en abondance, et c'est la seule chose dont aient besoin les Polonais...
A la même date, Martelli informe Cybo « que l'ambassadeur césarien, ayant su qu'à la Diète on est en train de préparer une constitution pour une amnistie en faveur des Polonais qui prirent les armes hors du royaume, il demanda que l'on en exceptât au moins ceux qui avaient facilité les enrôlements. Le roi trouve cela impossible, car ce serait provoquer de nouvelles discussions et discordes, d'autant plus que ceux que l'on accuse de ces enrôlements font partie de la Diète. Et S. M. prie l'empereur de se contenter ainsi. Le P"" avril Cybo lui manifeste l'espoir du pape, que la résolution que prendra la Diète dans ses dernières séances sera en grande majorité pour la reprise de la guerre contre les Turcs, et que le petit nombre des opposants finira par s'y rallier. Du reste la République peut être certaine que N. S. ne cessera point de contribuer à une œuvre aussi sainte et grande, malgré la pauvreté du Trésor apostolique. Et V. S. doit faire observer à ces messieurs, qu'en ne faisant pas l'union avec la Moscovie et en ne se mettant pas de suite en guerre contre les Turcs, on ne pourra obtenir de bons résultats, car les Turcs reprendront de nouveau courage, les Moscovites feront la paix avec eux, et l'aide des princes chrétiens s'en ira en fumée parce que leurs soldats se débanderont. Pour ces raisons N. S. est d'avis qu'il faut proclamer la guerre sainte. »
Le 2, Bonvisi répond à Cybo qu'il avait pris occasion des bonnes dispositions que montraient les Polonais à guerroyer contre les Turcs, pour exciter de nouveau l'empereur à la guerre, du moment qu'il était encore armé. « Mais je