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PROJETS DU ROI CONTRE LES TURCS

suite que j'avais été heureux, parce que, daus cette Diète, où s'étaient présentées tant de difficultés, on avait fini par faire ce que je conseillais. J'ai répondu que ce résultat était

dû à la direction très prudente de S. M J'ai parlé ensuite

des lettres de V. Em. du 11 mars au sujet des démarches de N. S. près des princes chrétiens, des lettres de Bonvisi qui font voir qu'à Vienne on espère beaucoup. Le roi dit, que, vers le mois de juin, Radziv^ill sera à Vienne, et qu'alors tout pourra s'arranger; que si l'empereur, la Pologne et la Moscovie agissent, on ne peut pas douter de la certitude d'une importante victoire. On parla de l'aide que pourrait donner la France sur mer, d'autant plus qu'on entend dire qu'elle fait des préparatifs dans la Méditerranée; elle pourrait inquiéter les Turcs dans l'Archipel, et sa flotte, se présentant devant les Dardanelles, mettrait le désarroi parmi les Turcs et à Constantinople même. Le grand Trésorier, arrivé dernièrement de France et qui retournera à cette Cour, ne désespère pas d'obtenir quelque chose de bon du roi très-chrétien ; c'est des différends entre la Suède et le Brandebourg, que vient l'obstacle à la réussite de ces projets; j'ai cru bien faire d'entretenir le roi à ce sujet, en lui disant que, bien qu'il ne m'appartint pas d'aborder ces questions et de parler d'une guerre entre princes de différentes religions, toutefois j'eusse désiré apprendre la conclusion de la paix entre ces deux princes également; mais que cela ne pourrait s'obtenir qu'en faisant disparaître tout motif de soupçon chez l'électeur, et qu'à cette tin l'empereur serait un bon instrument. A cela le roi répondit que, pour dissiper tout sentiment de jalousie, il avait annoncé à l'ambassadeur de Brandebourg qu'il ferait partir les troupes qu'il tenait en Prusse. Le césarien me dit avoir reçu du roi ces mêmes déclarations et m'annonça, en outre, que l'empereur était décidé à envahir la Hongrie... La reine me confirma la nomination des ambassadeurs. En at-

tendant, d'après ce que les ministres m'ont dit, on désirerait savoir pour quelle somme N. S. entend contribuer, et avant même l'arrivée de Radziwill, à qui on a ordonné de ne pas retarder son départ de Varsovie au delà du 15 mai, de manière à se trouver vers le 7 juillet à Rome (1), en calculant qu'il pourra expédier ses affaires en huit jours à Vienne, où il a l'ordre de faire les offres les plus larges; mais avant qu'il se mette en route, le roi veut encore lui parler ...»

Le même jour, Cybo l'informe que le pape est content d'appi-endre que la conciliation est faite parmi les Lithuaniens ■et que les Moscovites laissent espérer l'union; mais que tout cela a été obscurci par la résolution de la Diète, de nommer une commission pour faire ce qu^on appelle ici une délimitation des pays cédés aux Turcs. « N. S. se plaît à espérer que le roi, si soucieux du bien-être de ses peuples, n'agira plus pour la remise des places, ainsi qu'il en a donné la promesse, et V. S. Illme doit continuer à s'y opposer, protestant aussi s'il le faut. Et il conclut en disant qu'il apprécie beaucoup les déclarations des évêques de Premisilia et de Posnanie, d'après lesquelles ils renonceraient à la moitié de leur revenu en faveur de la guerre » (2).

(1) Le duc de Radziwill ne put arriver à Rome qu'en 1680; il dut s'arrêter à cause de la peste qui sévissait à la frontière italienne.

(2) « Sans perdre de temps, écrit Bonvisi à Cybo, le 16, j'ai parlé au résident de l'électeur de Bavière, en vue d'une aide du roi de France à l'empereur dans la guerre contre les Turcs . . . Mais S. M. Ces. n'a pas beaucoup de confiance, parce que, a-t-elle dit, jamais le roi très-chrétien ne lui donnera sa coopération contre les Turcs, la preuve en est qu'en ce moment même il envoie à Constantinople un nouvel ambassadeur pour conclure une alliance. »

BONVISl TOUJOURS DÉFIANT 525

Le 16, Bonvisi mande à Cybo que jamais l'empereur et les Moscovites ne pourront se fier au roi de Polo^^ne, parce qu'il est trop attaché à la France et, quoique la paix soit conclue, il restera certainement des défiances et des jalousies. Peut-être, écrit-il, pourrait-on obtenir quelque chose par un mariage, mais l'empereur se rend compte qu'il a arrêté trop tôt le mariage de sa fille avec le roi d'Espagne; je crois que l'on fera voir l'archiduchesse à plusieurs, mais sans accorder sa main avant qu'elle soit en âge de se marier.. . «De cette manière on s'assurera du côté de la France, au cas où Don Juan d'Autriche voudrait que l'Espagne devînt adversaire de l'empire. A son tour, Martelli, à la même date, écrit à Bonvisi: on ne s'aperçoit pas des fruits de la paix entre l'empereur et le roi de France; peut-être parce qu'elle n'est pas encore ratifiée. En cette Cour continue le système de grande prodigalité de bonnes paroles, mais non de faits. On soupçonne toujours qu'il existe des accords avec les Suédois contre Brandebourg à propos de la Prusse ducale, que l'on voudrait forcer de se placer, avec Dantzig, sous l'autorité absolue du roi ou du prince son fils, car la discorde entre les habitants de cette ville, au lieu de diminuer, ne fait que croître... Des lettres adressées par des Suédois au roi et à l'ambassadeur de France, sont tombées dans les mains du général Pazzi. Tout laisse soupçonner que, plutôt que de faire la guerre aux Turcs^ on veut simplement en parler en vue d'obtenir des contributions de la part des polonais riches. » Le 23, Bonvisi informe Cybo qu'ayant parlé à l'empereur des décisions de la Diète de Pologne, il tâcha de lui démontrer que la Diète n'avait pas puni ceux qui avaient secouru les révoltés hongrois, parce qu'ils sont nombreux dans la Diète même... S. M. s'est montrée satisfaite, disant qu'elle le sera toujours davantage toutes les fois qu'on remédiera à l'avenir; que cependant

pour préparer les voies à l'union, les Polonais auraient dû donner satisfaction à la reine Eléonore à propos du revenu auquel elle a droit et ils ne l'ont pas fait. Je trouve, conclut le nonce, qu'à présent les Polonais dépenseront en ambassades plus qu'ils ne recevront... Et j'ai écrit à Martelli pour qu'on n'envoie que des ministres (1).

Et, le 29, Cybo prend acte du fait que les Moscovites manquent des pouvoirs nécessaires et que, par conséquent on ne peut pas traiter avec eux pour le rétablissement des rapports avec Rome; mais l'ablégat polonais qui se trouve en Moscovie pourra suivre ces négociations. « Toutefois, le fait que les Moscovites ont voulu que V. S. eût connaissance des négociations, laisse espérer qu'en Moscovie il n'y a pas d'aversion publique contre la Cour de Rome, et qu'on pourra conclure un traité, d'autant plus que N. 8. leur fit déclarer qu'il était disposé à accorder le titre de Czar, ce que par le passé il avait refusé de faire. V. S. doit travailler pour que l'ablégat s'intéresse à la question. »

(1) Et, le 29, Bonvisi félicite le comte Morstein, gr. trésorier de Pologne, des décisions de la Diète pour la guerre contre les Turcs... Il trouve toutefois qu'il vaut mieux que l'on n'envoie pas des ambassadeurs, qui dépensent trop et font beaucoup de bruit, mais simplement des ministres, afin de ne pas donner l'éveil aux Turcs; qu'il était préférable également de ne pas se dévoiler vis-à-vis de la France, dans la crainte de mettre le roi dans l'embarras s'il voulait faire quelque chose en cachette; et que les Vénitiens agissent aussi d'une façon occulte. Le duc de Radziwill rencontrera quand même des dif&cultés pour ses prétentions ; en ces négociations on doit employer des personnes qui n'aient d'autre but que la conclusion de l'affaire pour laquelle elles ont été envoyées, afin que, sans les empêchements du cérémonial, elles puissent s'introduire partout . . .

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