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LE DUC D'YORK

de lord Clarendoii, grand et fidèle ministre de la restauration, il avait épousé, en secondes noces, la fille de la duchesse de Modène, et embrassé le catholicisme. Ce fut avec lui, qu'Innocent entretint le plus de rapports. Mais ce prince a été aussi un grand ami de Louis XIY, et ce fut peut-être, et surtout à cause de cette amitié que, monté sur le trône à la mort de son frère, il dut en descendre pour le laisser au prince d'Orange, qui avait épousé sa fille Marie, née de son premier mariage.

Les intermédiaires entre le pape et le duc, étaient le carcardinal de Norfolk, résident à Rome, un ami de Mgr Bevilacqua (1) nonce pour la paix à Nimègue, et ensuite

(1) Mgr Bevilacqua, médiateur pour les seuls princes catholiques préoccupé de l'attitude de l'Angleterre envers sa mission à Nimègue, de Cologne, le 28 mars 1677, informe Cybo que, « comme l'Angleterre joue un rôle important dans les négociations, il avait cherché à avoir à Londres une personne qui pût le renseigner sur ce qui se passe; qa'il avait jeté les yeux sur l'abbé Ballati, qui avait accepté, mais qu'à présent son frère le rappelle en Italie parce que son séjour à Londres est trop coûteux; et le nonce recommande l'abbé à la bienveillance de S. S. car il est toujours bien renseigné ». En effet, Mgr Bevilacqua communiquait à Cybo, à son tour, les nouvelles qu'il recevait de l'Angleterre. Mais il pa raît que le cardinal eut la crainte, que le nonce se laissât dominer à l'excès, par ces renseignements, dans son rôle de simple médiateur, car il lui recommanda de ne pas trop s'occuper de ce qui se passait en Angleterre. Et Bevilacqua, le 16 mai, se justifie d''avoir cherché des nouvelles directes de l'Angleterre, parce qu'il est difficile de connaître la vérité à Cologne, surtout que toute décision vient du cabinet du roi. Et Cybo sembla se convaincre de l'opportunité du choix fait par le nonce, car, le 11 décembre, il lui écrit que, du moment que son ami de Londres lui a annoncé qu'il avait contracté une dette de 100 écus, il pourra les lui donner comme acte de libéralité de sa part, mais non de Home ;

M^r Tanari internonce à Bruxelles, lorsque le duc fut obligé de résider en cette ville.

Le 2 avril 1677, Bevilacqua informe Cybo qu'ayant fait remercier le duc d'York de ses expressions de sympathie à son égard, S. A. lui avait mandé, par son ami, que depuis 6 mois il avait écrit au pape, par l'intermédiaire du cardinal Howard, sans en obtenir une réponse ; que sous le dernier pontificat on avait promis de donner, cette année, la Rose d'or à la reine, et l'année dernière c'est la reine de Pologne qui l'a reçue; que, désireux de donner cette consolation à la reine pour sa grande piété, il se voit obligé de réitérer sa demande (1).

Le 19 novembre, le nonce mande au cardinal, qu'à sa dépêche en clair, touchant l'Angleterre, il doit ajouter « que York a été obligé de donner sa fille en mariage au prince d'Orange, de la sacrifier ]30ur la sûreté de sa maison et pour réduire à néant les cabales des adversaires du gouvernement. Le duc se justifie des paroles qu'il a prononcés en Conseil, avec tout autre intention que de s'opposer au catholicisme, et que pour

et que, plus tard, on verra ce qu'il y aura à faire pour qu'il soit satisfait.

(1) Et le 20 juillet, il lui écrivait encore: « Le duc d'York m'a fait écrire, que des vaisseaux anglais sont retournés de la Méditerranée, et qu'un des capitaines l'a prévenu qu'il avait appris que des corsaires turcs projetaient de venir saccager la S. Casa de Loreto; et que, tout en croyant l'entreprise difficile, S. A. m'en avertissait ». Et, le 21 août, Cybo ordonne à Bevilacqua de faire répondre au duc d'York, par le même intermédiaire, dont il a reçu l'avertissement de S. A., que N. S. a été bien content d'apprendre l'intérêt du prince, non seulement envers les trésors de l'Eglise, mais aussi pour les précieux ornements sacrés de l'Italie, et que S. A. peut être sûre que S. S. lui en gardera une affection paternelle.

LE MARIAGE DU PRINCE d'ORANGE 189

cela il ne voulait pas qu'on les publiât sans la déclaration finale; il voudrait, dit-il, manifester davantage son affection envers la religion, et son respect envers N. S.; et il m'a prié de vouloir bien lui en indiquer les moyens. S. A. m'a chargé d'informer Y. Em. que les évêques protestants ont imposé au roi la condition que l'enfant, que la duchesse aura prochainement, soit baptisé par l'un d'eux; qu'il n'aura pas le moyen de l'empêcher ainsi que cela est arrivé déjà pour sa fille, qui fut baptisée deux fois, d'abord catholique, ensuite protestante ... Y. Em. verra par là, combien serait nécessaire dans ce royaume, l'assistance de quelque ministre du Saint-Siège, qui fût dans la confidence du duc, pour tout ce qui peut arriver d'un moment à l'autre, et en tout cas pour ne pas le perdre totalement de vue». Et le nonce ajoute: « que l'occasion du mariage du prince d'Orange avait suggéré au Gr. Trésorier l'idée d'une combinaison qui aurait été très nuisible aux catholiques; mais le duc d'York a éloigné le danger, aussi à cause que les presbytériens, plus forts que les protestants, peuvent influencer sur la monarchie dont ils sont adversaires. Un des moyens, écrit-il, dont Dieu s'est servi, pour empêcher que se produisît l'union des presbytériens avec les protestants, union désignée en Angleterre sous le nom de comprensione^ a été la mort imprévue d'nn principal ministre presbytérien, lequel avait en mains l'exécution de ce projet, qu'il devait exposer du haut de la chaire au public... C'est le roi qui ordonna à York de s'y opposer sans se mettre à découvert, et S. A. espère y réussir malgré qu'Orange, avec ses ministres calvinistes, la favorise. »

Et, dans une autre dépêche du 26, il ajoute: « que c'est révêque de Londres qui en Angleterre a célébré le mariage du prince d'Orange, et que le duc d'York a refusé d'y assister, ayant entendu dire, que, selon la liturgie, il devait faire des génuflexions ; mais que le roi, son frère, s'y soumit,

bien que le duc avec Ja duchesse se trouvassent dans la salle à part, près d'une fenêtre, et que S. A. fit cela par égard pour les catholiques, mais que les protestants en frémirent». Et, il continue, informant Cybo «que les Espagnols ont remis au prince d'Orange un mémorial pour le roi, où ils demandent de n'avoir pas à céder la Bourgogne, mais que le prince l'a pris en souriant... Le duc d'York est devenu père d'un garçon et il en donne participation àN. S.; il a été baptisé par l'évêque de Londres pour empêcher de plus graves inconvénients».

Le 11 décembre 1677, Cybo annonce à Bevilacqua, que le pape a reçu des lettres du duc d'York et de la duchesse, lui faisant part de la naissance d'un fils, du mariage de leur fille avec le prince d'Orange et aussi de la protestation; mais que, dans la réponse, N. S. ne fera pas allusion au mariage et à la protestation^ parce que contraires aux maximes dé notre religion. « Il ne serait pas opportun, en semblable occasion, de causer quelque amertume à S. A., car cela pourrait nuire aux bonnes dispositions qu'elle manifeste à l'égard de la religion catholique et de Rome même ». Et, le cardinal charge le nonce de faire connaître au duc, par l'intermédiaire de l'ami à Londres, les sentiments paternels du pape et d'exprimer l'espoir qu'il nourrit que S. A. ait un jour à manifester, par des eflf'ets, sa piété intérieure. Et, le 18, il ajoute, que dans le bref pour York il n'y a pas une parole touchant le demande de promotion, comme cardinal, du prince Rinaldo d'Esté, frère de la duchesse; mais que Y. S. doit tempérer cette lacune, en disant, qu'il pourra se faire que le temps offrira un jour quelque ouverture inattendue (1).

(1) Dans le bref il n'y a que : quod attinet ad amplificandam dignitatem Viri Prlncipis a te commendatl, non patitur ratio temporum Nos desiderio tuo, cui nostrum Ubenter accederet, satisfa-

l'intérêt du pape pour les catholiques 191

Le pape s'intéressa toujours an sort des catholiques anglais (1) et de la maison royale, mais il s'abstint scrupuleusement de donner des conseils de gouvernement aux deux princes, tout en faisant ses efforts pour que les catholiques ne fussent pas persécutés.

Ainsi, le 12 décembre 1676, Cybo écrit à Mgr Mellini, nonce à Madrid :

« S. S. a été très affligée en apprenant, de l'abbé de Sainte-Marie, qu'en Angleterre les catholiques sont persécutés; et, principalement, que l'on a rigoureusement interdit aux prêtres de célébrer le culte dans les chapelles des représentants des princes étrangers. Cette défense est contraire aux droits des représentants, et S. B. veut que Y. S. 111. me excite la piété du roi en vue de s'acquérir un mérite particulier envers la religion en la protégeant aussi en Angleterre ... S. M. devrait ordonner à ses ministres en ce royaume, de maintenir en leurs chapelles, franc et libre, l'exercice du culte sans permettre qu'il soit diminué...»

Le P^ janvier 1677, le nonce à Paris, Mgr Varese, informe Cybo qu'il a été chez Pomponne pour lui dire, que

cere, nullam coeteroque occasioneTn pretermissuros testandi nostram erga te etc. etc.

(1) Dès la première année de son pontificat, Innocent s'occupa aussi du collège anglais à Rome. Voici la copie du bref que le pape lui adressa:

Innocentius PP. XL

Ad futuram etc. Conservationi, et manutentioni librorum Collegii Anglicani de Urbe, ac dilectos filios modernum rectorem, et scholasticos dicti Collegii specialibus etc. volentes, et eorum singulares personas a quibusuis etc. censentes, supplicationibus eorundem rectoris et scholasticorum nomine etc. inclinât! ne de cetero quisquam quavis auctoritate, superioritate, et officie fungens libros •quinterna, folia sive impressa, sive manuscripta tam hactenus

S. S. l'avait chargé d'intéresser le roi en faveur des catholiques en Angleterre, et le ministre répondit que toutes les restrictions regardaient les catholiques anglais, et que, pour les autres, le culte est libre, mais qu'il informera le roi du désir de JS". S. afin qu'il contribue à faire respecter la religion, ajoutant que l'ambassadeur à Londres tient sa chapelle ouverte et que l'exercice du culte est libre; on ne peut pas toutefois dire quel sera le résultat de son intervention car en Angleterre tout dépend du Parlement et non du roi. « Je me crois en devoir d'ajouter, écrit-il, que, m'étant rencontré deux fois avec l'ambassadeur anglais, il ne laissa pas de me faire des déclarations, m'assurant de sa grande estime à l'égard du pontife; et il me parla aussi en faveur du cardinal de Norfolk, très apprécié de ses compatriotes ...» Et, le 80, Tanari écrit à Cybo: « Quoique le roi d'Angleterre ait défendu à tous ses vassaux de se réunir et de fréquenter les chapelles de la reine et des ministres des princes catholiques, il paraît cependant que les catholiques n'ont pas à craindre une

per quoscumque xpï fidèles dicto Collegio donata et assignata^ quam in posterum donanda, et assignanda quibusvis personis commodare, aut sub quovis quaesito colore, causa, ratione, aut occasione e Bibliotheca communi dicti Collegii absque expressa praefati pro tempore existentis Collegii huiusmodi rectoris licentia extrahere, et asportare, seu ut commodentur extrahantur, et aspor tentur permittere, aut consentire audeat, seu praesumat sub excommunicationis latae sententiae poena eo ipso absque alia declaratione incurrenda auctoritate apostolica tenore praesentium interdicimus, et prohibemus. Non obstantibus constitutionibus et ordinationibus apostolicis, ac Collegii huiusmodi etiam iuramento etc. consuetudinibus ceterisqne contrariis quibuscumque. Volumus autem ut praeséntis prohibitionis copia in aliquo dicti Collegii conspicuo loco quo ab omnibus cerni possit, continuo affixa remaneat. Datum Romae apud S. Petrum etc. 11 Junarii 1677 anno primo. (Arch, Vat, Sec. Brev., vol. 1604, fol. 722).

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