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CRAINTES AU SUJET DE LA FRANCE

contrat du comte Mattioli, il ajouta que si le duc avait eu le comte dans ses mains, il l'aurait livré à la justice, et par conséquent S. M. n'espère plus rien du duc. Ici, du reste, on doute de sa sincérité car on l'a vu à Venise avec d'Estrades dans la maison d'une femme ; il n'a demandé aucune aide aux princes et a récusé les offres de la République. Le duc a envoyé ici Mgr d'Aconia, brave homme mais peu habile, et peut-être plutôt pour l'apparence que pour négocier véritablement... Tout le monde doute des intentions du duc, quoiqu'il reste sur la négative. On ne parlé pas des affaires de Gênes pour le moment.

Le 20, Airoldi, nonce à Venise mais en congé à Milan, écrit que le gouverneur voudrait se préparer aux éventualités d'une guerre mais que les moyens ne viennent pas de l'Espagne. «On lui a proposé de céder quelques effets de l'Etat de Milan, mais les procurations n'arrivent pas ; on proposa de vendre le jus redimendi car on en retirerait une grosse somme, mais à Madrid on en fut étonné, trouvant que ce jus est une régale de la haute souveraineté. «Ici on est tellement faible qu'au premier choc on peut tomber, de manière qu'on inspire bien peu de courage aux voisins. A Venise on fait des préparatifs et ici le résident conseille d'en faire autant. Le gr. chancelier m'a dit que sur les huit galères françaises appareillées à Gênes, il y a des messinoisjdont l'un devait débarquer déguisé en moine; on ne sait pas pourquoi, mais il paraît qu'il devait négocier avec les amis de la France » (i).

Et, le 23, Jacobelli, de Venise annonce que Foscarini écrit de Paris que le bruit circule de la vente de Casai et du voyage du roi en Italie ; mais avec tout cela, il ne peut rassurer S. Sérénité. Et, le 27, il mande que le duc de Mantoue est sur le point de partir furieux, pour n'avoir pas pu faire sa régate, n'en ayant pas obtenu la permission dans la crainte de querelles entre Nicolotti et Castellani. S. A. a déclaré n'avoir aucun engagement avec la France, pour Casai ; mais dans sa bouche la vérité même est douteuse. Une lettre de Paris dit que le bruit court que le roi viendra en Italie, demandera le passage par la Savoie pour aller à Gênes et que c'est l'envoyé de Savoie qui le pousse contre la République, à cause des différends entre celle-ci et la Savoie.

Le 25, Lauri annonce qu'on fait de gros achats de blé par ordre de la Cour et, à Neûchatel, des mulets comme si on devait faire des transports au delà des Alpes. Les troupes sont pour la plupart en voyage, aussi ne sait-on donner aucune explication (i).

Le 3 avril, Airoldi informe que le résident vénitien lui confia qu'il avait l'ordre de vérifier si le grand duc de Toscane est en négociations avec la France pour la cession de Portoferraio (2). « Jusqu'à présent rien ne le fait croire ; je me rappelle même que son résident, parlant des besoins d'argent des Espagnols, me confia que le grand duc leur aurait donné un demi-million pour la cession de Portercole et d'autres lieux que l'Espagne possède sur ces côtes, mais son offre est restée sans résultat. Le vénitien, tout en avouant que par la perte de Portoferraio la Toscane et toute l'Italie resteraient à la merci de la P'rance, dit que toutefois à cause de la cession faite à la France par l'électeur de Bavière, comme dot de la Dauphine, de la créance de 500,000 écus sur la Maison des Médicis, le grand duc l'aurait payée avec la vente de Portoferraio ; et il ajouta que le duc de Mantoue aurait fait cadeau

(i) Mais, le 29, il écrit que vu le retard apporté au long voyage du roi on croit à des difficultés en Italie, et on donne pour justification la jalousie de l'Angleterre, craignant que dans la session du Parlement qui va s'ouvrir le 25 on ne prenne une résolution contre la France, d'autant plus, que les Etats Généraux de la Hollande refusent finalement de signer la ligue écrite que réclame la France, préférant rester libres et attendre pour le parti meilleur... On est toujours peu sûr au sujet de Casai... Le roi se montre très-gentil envers Condé ; et on a peur du voyage que doit entreprendre Louvois. Et, le ler avril, il ajoute qu'il est certain que les E. U. G. ont repoussé par cinq voix la souscription à la ligue avec la France, voulant toutefois maintenir son amitié.

(2) MaiSjle 22 mai, il écrit que le résident du grand duc ayant eu connaissances de ce bruit en demanda des explications à son collègue de Paris, qui a nié en avoir parlé à l'ambassadeur vénitien et qu'il lui a dit ceulement, que là Gazette d'Amsterdam avait lancé la nouvelle ; et qu'interrogé par l'ambassadeur de Pologne il avait nié que son grand-duc ait pensé à vendre Portoferraio.

venth: de portoferraio démentie. 321

d'un bijou précieux à l'ambassadrice de France comme remercîment de la cession de 100,000 écus que les Medicis lui auraient payés pour le compte du très-chrétien ; bien qu'on manque de preuve,toutefois on sait que le grand duc cherchait à contracter un emprunt de 100,000 écus sur quelques objets ; cette somme a été expédiée au duc de Mantoue qui n'en reçoit pas assez de sa Cour. Mais, le 10, le nonce déclare qu'il n'y a pas de preuve, ni du payement du grand duc ni du bijou à l'ambassadrice, mais on ne doute pas du contrat pour Casai avec la promesse que le roi ne gardera pas la place, sauf pour empêcher une occupation autrichienne et pour assurer la succession du bâtard du duc. Il est vrai qu'à Casai on fait l'inventaire de tout, mais on dit que c'est pour le changement de gouverneur ; on croit aussi que Goumont a gagné par des promesses l'archiduchesse, mère du duc. Le 13, Jacobelli mande qu'on lui a dit que l'ambassadeur Foscarini a écrit au Sénat que les ministres à Paris parlent de l'achat de Casai et que les princes italiens peuvent être contents que la France ait un pied en Italie et puisse tenir en respect les espagnols (i).

Le 13 mai, Lauri informe qu'on a reçu l'avis de l'arrivée prochaine du comte Mansfeld comme ambassadeur impérial, pour se plaindre au nom de l'empereur et des princes de l'empire de l'application du traité de Nimègue ; et aussitôt on a ordonné dans toutes les villes de l'Alsace de ne pas recevoir le comte sans qu'il fasse la quarantaine^car il vient de Vienne où il y a la peste. Mais comme jusqu'à présent les frontières ont

(i) Et, le 27, il écrit que l'ambassadeur impérial lui a dit par contre que l'affaire de Casai n'est plus dans le précipice, parce que le duc s'était convaincu du labyrinthe dans lequel il se serait fourré par la vente ; qu'il a donné des assurances à Vienne et que le roi de France ne s'en rendrait jamais maître par la force. « L'ambassadeur m'a même dit qu'on priera N. S. d'y veiller comme un père, sans toutefois nommer qui présentera ces prières. J'ai répliqué qu'on pourrait croire tout cela si les paroles étaient accompagnées de secours au cas où le roi voudrait employer la force, mais l'ambassadeur répondit qu'il faut faire un pas après l'autre »..

Innocent XI — III. 21

été ouvertes à tout le monde, on voit bien que ce n'est qu'un prétexte pour avoir le temps de travailler à la diète de Ratisbonne ou de s'avancer dans quelque entreprise, et l'envoyé se trouvera devant un fait accompli (i).

Le 22, Mgr Muzio, nonce à Turin, écrit qu'à la Cour on est d'avis que le duc de Mantoue accorde Casai au très-chrétien. L'ambassadeur de France a fait venir ici un certain Camillo Badoero de Venise, pour appuyer le témoignage du comte Mattioli ; il s'y trouve aussi un attaché des Vénitiens (i)

(i) Le II, Jacobelli écrivait qu'il croyait que le card. Pio a déjà la lettre de l'empereur, dont l'ambassadeur lui a fait voir la copie. S. M. au sujet du duc de Mantoue déclare que, pour éteindre ce feu et empêcher qu'il ne se rallume, il est nécessaire de conclure la ligue entre les princes d'Italie, L'empereur trouve que le grand obstacle est dans la situation des rapports entre le pape et Venise.

(i) Et, le 29, il annonce que cet attaché c'est l'abbé Luporini, agent de l'abbé Grimani dans l'abbaye de Lucedio. «Il m'a dit, écrit-il, qu'à Venise on a découvert un complot contre le duc de Mantoue, et que Badoero même lui montra une lettre, sans signature, mais écrite par D. Benedetto Orsati de Miribello, prisonnier depuis quelque temps pour l'affaire de Casai, dans laquelle il est dit : « que le colis arrivera à la douane comme on espère ; que les amis sont en ordre ». Le sens de ces paroles serait, dit l'abbé, que si le duc allait à Venise les sicaires étaient prêts ; toutefois l'abbé n'étant pas bien sincère on pourrait douter de ce qu'il dit : d'autant plus que Badoero peut lui avoir dit cela pour effrayer le duc qui l'a maltraité pendant le carnaval ; en tout cas, l'abbé espère de concilier le duc en lui consignant Badoero ». Et, le 9 juin, il ajoute qu'ayant pressé de questions Luporini, celui-ci avoua que c'est Don Vincenzo Gonzaga, beau-frère du duc, qui a organisé la conspiration, avec le concours du ministre espagnol. «'Cette invraisemblance, écrit-il, me fait douter de Luporini, mais je crois que Badoero peut l'avoir trompé avec le concours de l'ambassadeur de France qui tâche d'exciter le duc contre les Espagnols et de le décider à introduire les Français à Casai. Luporini m'a dit aussi que l'abbé Maurel, qui est auprès du duc, a l'ordre de lui offrir d'assurer la succession à son bâtard en excluant les légitimes». Et, le 3 juillet, Cybo l'engage à bien vérifier ce qu'il y a de vrai dans ce que dit l'abbé contre ce gentilhomme s'il se rendait à Venise. Mais, le 31, Muzio annonce que Badoero a été à Mantoue et qu'après avoir tout raconté au duc, il alla à Milan pour négocier au sujet de certains tableaux, mais qu'on l'a emprisonné. On trouva sûr lui plusieurs

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