BONVISI CONSEILLE LE PALATIN
Le 26, Bonvisi écrit : « l'empereur m'a avoué qu'il n'y a d'autre remède pour finir la Diète que de suivre mon conseil : de ne plus accepter de recours contre les déclarations qu'il fera après la présentation des réponses de la Diète, parce que les séances de celle-ci étant toujours tumultueuses, on en aurait encore pour six mois, si on n'y mettait pas fin. En attendant, j'ai négocié efficacement avec les ministres et le Palatin. J'ai fait observer à celui-ci combien étaient plus modestes les prétentions de la dernière Diète et que, malgré cela, il avait protesté contre celle-ci ; tandis que depuis qu'il est Palatin, il laisse tout aller sans chercher à ce que les magnats catholiques s'unissent aux ecclésiastiques pour soutenir les raisons de la religion, et protester à leur tour ; de manière que les hérétiques finissent par céder, voyant tant d'opposition contre eux ; et j'ai ajouté qu'on pourrait ainsi douter que S. Exe. avait changé de sentiments après avoir reçu les honneurs ; le Palatin sembla se réveiller à ces expressions et promit d'obtenir que d'autres protestent. J'ai abordé avec lui aussi le point le plus scabreux, celui de la restitution des biens confisqués, montrant que la demande était excessive s'agissant des révoltés, convaincus et compromis par les déclarations d'Abaffi, l'exhortant à faire remettre ce point à une autre Diète, l'assurant que S. M. donnerait preuve de sa clémence envers les fils des rebelles morts, et qu'elle aurait été plus généreuse si elle n'y avait pas été forcée. Le Palatin me promit d'employer son influence aussi à ce sujet, mais il manifesta sa mauvaise humeur contre l'évêque de Neustadt, Président de la Caméra, trouvant que ce prélat exerce ses fonctions contre les lois et qu'il s'est rendu
pour 80.000 soldats. Après l'entrée des Français dans la ville on y a chanté le Te Deum. Ici on trouve que cette occupation est contraire à la parole donnée, de ne rien changer durant le congrès de Francfort, mais les Français répondent que celui-ci n'est pas encore réuni, tandis que les députés sont toujours à disputer sur qui doit entrer le premier dans la ville ; durant ces questions les Français ont iait la plus considérable des acquisitions. »
456 LA DIÈTE A ÉDEMBOURG.
odieux par son âpreté (i). A mon tour, ne pouvant pas nier le fondement de ces accusations, j'ai répondu qu'il était bien dur que S. M. dût se priver d'un ministre qui lui avait donné tant de preuves de sa fidélité, pour charger de l'exaction des revenus des personnes qui ne jouissaient pas de la pleine confiance royale.Et je lui ai proposé l'expédient — si on ne trouvait pas une autre personne de la même valeur que l'évêque — de séparer des revenus qu'on retire du royaume ceux pour la Mense royale, en en laissant l'administration à l'évêque et confiant l'exaction des autres revenus pour les besoins du royaume à un président laïque, qui en rendrait compte au roi et au royaume. Mon projet n'a pas déplu au Palatin, ni plus tard à l'empereur auquel j'en ai donné connaissance, mais d'autres s'y opposèrent dans l'intérêt de l'évêque et sous le prétexte que ce serait cause de dommage et de honte pour S. M. A ces arguments j'ai répondu : que d'abord il n'y a jamais de honte lorsqu'il y a la loi. et ensuite que S. M. n'aurait pas eu de préjudice du moment que de ses revenus serait administrateur l'évêque ; et enfin j'ai ajouté qu'à présent en mêlant tout ce qu'on recevait de la nation pour le roi et aussi le royaume, on voyait qu'il y en avait assez pour suffire à la défense nationale, mais qu'en faisant la division on verrait combien peu on donnait pour le royaume et ce que S. M. dépensait de son propre argent pour le défendre ; ce raisonnement sembla avoir obtenu du succès. J'ai fini ma conversation avec le Palatin, l'exhortant à modérer les dernières prétentions de la Diète, car, si on a pour but la sûreté du royaume et de ses ressortissants, on doit réfléchir que, par contre, on en produit la ruine soit que S. M. les accepte ou les repousse. En ce dernier cas, la Diète se dissout sans résultat et on en revient à gouverner le royaume par la force des armes et non parles lois ; que si S. M. admet ces prétentions, les Turcs auraient une preuve de notre faiblesse ; on devait se préparer à avaler tout ce qu'ils voudront iftiposer, et
(i) C'était le comte Kollonitz, qui devint archevêque de Strygonie et plus tard cardinal.