‹ Innocent XIChapitre 268 sur 430 · ENRÔLEMENTS DE COSAQUES · texte numérisé non relu

ENRÔLEMENTS DE COSAQUES

A cette date, Pallavicini informe Cybo que le roi a été bien content du bref touchant la ligue et de l'envoi des 100.000 fl. ; S. M. avoua qu'elle en destinait une partie à l'enrôlement des Cosaques, voulant que dans leurs enseignes il y eût des témoignages de la libéralité pontificale. « Mais voilà, écrit-il, qu'arrive la nouvelle lettre de V. Em. qui, annonçant l'envoi d'une somme égale, répète la condition que cet argent ne soit livré qu'à l'entrée en campagne ou pour un enrôlement de Cosaques en faveur de César ; et cela dérange les projets du roi, qui avait fait lui-même les enrôlements pour expédier les Cosaques en Crimée afin de retenir les Tartares ; j'ai bien regretté la distance qui me sépare de Rome, qui m'a empêché de présenter à temps à N. S. les motifs qui conseillent d'abandonner ces conditions, voyant que désormais on travaille de bonne foi » (i).

Le 12, Cybo lui remet l'indulgence plénière qu'il avait demandée pour implorer le secours divin en faveur des deux ar-

gr. Khan des Tartares et que lui-même avait été obligé de les suivre : mais que toutefois une grosse partie des Tartares est restée en Crimée par l'effet de la ligue ; le Khan n'a avec lui que 30,000 h.

(i) Et, le 16, il ajoute qu'en présence de l'amertume du roi qui voit ses projets entravés et le peu de confiance qu'on a en sa parole, il prit sur lui la responsabilité, attendant de nouvelles instructions, de mettre à la disposition de S. M. 35.000 fl. pour la dépense de 3000 Cosaques qui passent au service de César ; et le roi en fut bien content. Le même jour, il mande que la Cour se prépare à partir pour Cracovie et que le roi, à la fin de la semaine, se rendra au sanctuaire de Czestockowa pour commencer la vie militaire avec Taide divine. L'armée se trouve réunie àTrembowla et bientôt elle marchera vers Léopol pour s'approcher de la Hongrie. Les Hollandais voudraient que S. M. exerce son influence sur Brandebourg afin qu'il ne fasse pas la guerre à la Suède, parce qu'ils tiennent beaucoup à ce que le détroit de Sund ne soit pas à la merci d'un seul... On dit aussi que le trèschrétien est peu content de la conduite de ses ministres en Pologne... Le gr. Trésorier a été cité une première fois pour la clef du chiffre, la démission de sa charge et qu'il fasse venir de France les bijoux de la Couronne qu'il y a engagés, afin de se défendre du crime de lèse-majesté dont s'occupera la prochaine Diète ; il n'a pas paru à ce premier appel comme c'est l'habitude ici.

68o LA LIGUE ET LA GUERRE.

mées (i)..Le même jour il lui annonce (2) que les princes italiens ont déjà répondu à l'appel du pape : ainsi le grand duc de Toscane offre d'unir ses galères à celles du Saint-Siège pour donner des occasions de troubles aux Turcs ; il offre également, par son ministre à Vienne, des subsides à César ; la République de Gênes donne 30,000 th. ; celle de Lucques 20,000 fi. et le duc de Massa 1000 doublons en or (3).

Le 20, Bonvisi écrit à Cybo : « finalement Tokoli s'est découvert ; il a décidé d'aller chez les Turcs avec 500 chevaliers mécontents, qui l'ont suivi ; il a aussi emmené les chefs de son armée, et même quelques magnats de la Hongrie supérieure comme otages, pour empêcher tout changement durant son absence » (4). Et, le même jour, il informe que, parlant à S. M. des affaires politiques, prévoyant que l'union des

(i)Le 19, il lui transmet l'indulgence pour les soldats qui se battent contre les Turcs ; le bref pour le roi de Perse à confier à l'envoyé polonais lorsqu'il partira ; et le 26, une caisse d'Agnus dei pour le roi.

(2) Le 6, Bonvisi lui avait écrit : la mort du prince Wolfang de Neubourg, candidat à l'église de Vratislaw, a beaucoup peiné l'empereur... Les nombreux campements des français, les grandes provisions qu'ils font de farine et de poutres laissent craindre en Allemagne quelques grands préparatifs d'attaque aux forteresses... L'électeur de Bavière a envoyé aux frontières son armée à laquelle se sont joints 8000 impériaux ; et le prince de Valdeck s'y joindra avec 2500 cuirasses.

(3) A la même date, Cybo lui exprime ses regrets d'avoir appris de l'abbé Paulucci les communications de S. Em. touchant ses difficultés à la Cour. « Jamais, écrit-il, je n'ai eu l'intention de pousser V.Em. à faire des choses contraires à sa dignité et à son caractère, car j'aurais travaillé contre moimême et bien plus contre la nonciature en offensant S. S. dont je suis le ministre. Dans toutes mes exhortations je n'ai voulu autre chose que tenir V. Em. loin de toute amertume et le Saint-Siège libre de tout engagement. J'espère qu'ainsi V. Em. sera satisfaite de mon langage avec Paulucci ».

(4) A la même date, il avertit que Mgr de Prague lui a écrit que le comte Kolowrath, grand majordome de la Bohême, a acheté la terre de Tarnovitz pour 48,000 fl., se chargeant des frais du contrat ; cette teçre avait été achetée pour 32,000 et se trouvait en si mauvais état que durant tout ce temps elle n'a rendu que 8527 fl. ; dans l'avenir on retirera 2400 fl. annuellement de l'intérêt de 5 0/0 que donnera l'empereur.

LA COUR PROJETTE DE QUITTER VIENNE. 68l

Polonais et des Allemands pourrait donner lieu à des désordres, lui a dit qu'il serait plus prudent de les faire agir dans des localités différentes de la Hongrie supérieure, car quoique le pays soit déjà dévasté il vaut mieux gâter celui-ci que le bon... Il y a danger touchant l'opportunité de quitter Vienne ; les plus fortes raisons incitent à y rester, mais la crainte pour la grossesse de l'impératrice peut prévaloir... « Les 20,000 fl. qui restent à payer sur les 100,000 de S. S. ont servi à l'achat des vivres de la part de la Styrie, et pour cette raison S. M. a beaucoup agréé les 20,000 que la République (Lucques) m'a fait dire qu'elle m'enverra pour le service de S. M. » (i).

Le 23, Pallavicini répond à Cybo : qu'à la suite de l'ordre de S. Em. il se rendit à Villanova chez le roi, le pressant pour partir, surtout qu'on avait levé le siège de Neuhausel;« j'ai dit qu'il est nécessaire d'agir pour les levées... S. M. finit par répondre c|ue dans dix jours elle espérait partir pour Cracovie ; les ministres voudraient attendre pour voir si les Moscovites recevront la plénipotence pour négocier». Il transmet la copie de la lettre du roi touchant l'enrôlement des cosaques (2).

(i) Le 13 juin, il lui avait écrit : « Ayant toujours évité, durant la demeure de l'électeur de Bavière, de me rendre aux Chapelles à Luxembourg, j'y suis allé mercredi pour la naissance du petit prince, et le marquis de Flory me pria de supplier S. S. de lui accorder des subsides pour l'armement naval qu'il voudrait faire ; je me suis excusé. Flory étant un des intimes de l'impératrice-mère on parla des différends entre elle et moi, et je lui ai exposé les motifs de ma conduite, sur lesquels ceux qui tâchent d'allumer le feu et au lieu de l'éteindre gardent le silence. Le lendemain, l'impératrice ayant appris cette conversation, me fit dire par le marquis qu'en ferait la déclaration touchant mon intervention aux Chapelles, et, qu'en attendant, je pouvais retourner chez elle ; en effet j'y suis allé et la conversation fut aussi cordiale que par le passé. J'ai informé de tout Mgr de Vienne. »

(2) Copia Litterarum Seri Régis Polonie ad Nuntium Apostolicum.

Joannes 3^8^ Dei gratia Rex Polonie Magnus Dux Lithuanie Russie, Prussie, Masovie, Samogitic, Livonie, Volhynie Kiiovie Podolie, Pollachie Smolenscie Scverie Czerniechovieque.

Revme Domine. Mature consideratis conditionibus circa subministranda subsidia à Sanctitate Sua, pro bello contra Turcas gerendo Nobis destinata appositis, et in literis 15 Maii de mandato ejusdem Sanctitatis Sue ad

Le 26, Cybo lui écrit : « N. S. a été attristé d'apprendre que par la rigidité des ministres césariens en Pologne dans l'évaluation de la monnaie aux soldats, et aussi qu'à cause du retard de la remise de l'argent impérial malgré le texte du traité de la ligue, il y a eu des tumultes et le recrutement est ainsi retardé ; ce qui fait qu'on doute que le roi partira le i^'" août. Tout cela peut être la cause de bien des malheurs aux affaires publiques. « S. S. voyant que le besoin d'argent est toujours plus pressant, en prend motif pour expédier encore 100,000 11. afin que le départ de S. M. ne soit plus retardé ». Et, le même jour, il mande à Bonvisi : « que S. S. impatiente de voir cette nation belliqueuse entrer en campagne le plus tôt possible, a ordonné qu'en outre des 200,000 fl.déjà envoyés, on fasse à la Pologne une autre remise de 100,000 fl. ; V. Em. pourra le dire à l'empereur ».

Le 27, Bonvisi lui écrit : « le comte de Konisegg vint m'informer d'ordre de S. M. que l'envoyé césarien à Varsovie se plaint de ce que le nonce tardait à verser les 200,000 fl. reçus dernièrement de S. S., disant qu'il avait l'ordre de ne les livrer que si la Pologne entrait en guerre, et au cas négatif de les

Rev^m D. V. expressis, Nobisque significatis, veremur, ne quod Paterna Sanctitatis Sue mens principaliter intendit, adjecte turbent conditiones. Cum enim Sanctitas Sua precipue desideret, quod noster Exercitus quamprimum contra Turcas moveat : ad hoc autem valde conducat conscriptio Cosaccorum, quibus celeriter noster Exercitus augeri et roborari multum potest : ad quod prestandum nulla in presenti suppetunt média, prêter subsidia Pontificia, Revam. D. V. propterea requirimus, ut ad perficiendum opus, tôt laboribus, tanta sollicitudine, et cura nostra eo usque perductum ut sola executio nunc desideretur, eadem subsidia indilate erogare velit in colligendis Cosacchis impendenda : eandem asseverantes, quod in casum, quem Deus avertat, non adimplete prime conditionis in supranominatis literis apposite, quem tamen casum, utpote Christianitatis votis, Régie nostre intentioni, Regnique nostri bono et securitati summe contrarium, Deo juvante, omnino preveniemus : Copias Cosacchorum Pontificia pecunia conscribendasad obsequium, et servitium militare prestandum Serenissimo Impcratori Fratri Nostro Charissimo in Hungariam Transmittemus in numéro ad minus tria millia, et ante festum proximum Assumptionis Stijli Veteris superquo Regiam fidem nostram interponimus sigillumque Rcgni imprimi jussimus. Datum Varsavie, die t6 mensis Junii Anno 1683.

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