CONGRÈS POLONAIS-MOSCOVITE
déjà obligé au payement de certaines sommes. Le roi voudrait aussi que les Czars permettent aux Kalmuks d'entrer en Crimée et il recommande à ses plénipotentiaires de faire répandre en Moscovie la nouvelle que les Czars ont refusé l'invitation à prendre part à la guerre contre les Turcs ; on pourra ainsi induire le peuple à pousser le gouvernement à faire la paix perpétuelle avec la Pologne et à renoncer à certaines conditions impossibles. Le 22, il écrit que le Khan des Tartares est très irrité contre la Porte, ayant appris qu'on voulait le déposer ; et le roi voudrait gagner au moins sa neutralité moyennant 200,000 fl. que la Pologne a l'habitude de lui donner,
dum Nos Grodnae initis cum Turca pactis, magnis contemptibus affeceratis ita et nunc facitis et Dominus Palatinus Trocensis niiUum, inquit, posse vulnus prius antequam tangatur sanari, nuUumque ipsorum esse laesionem ex eo quod propria sua requirant. Interea cernere se palam fatetur quod in plenipotentia ipsis data tractationem perpetuae pacis ad scriptam non habeant, ideoque pacem nolint. Sciantque 3^^° igitur hoc, ad nuUos prius tractatus accessuros, quam in propositionibus suis de conjunctione et Kiiowia satisfacti non fucrint. Alias perpetuam pacem non posse subsequi. Atqui ipsi vicissim declararunt quod nihil sint tractaturi, antequam de pace perpétua prius concluserint ; Hoc, quod notandum, adjecto, habere se nobiscum belli occasiones, ex ratione per Regiam majestatem juramento non comprobatorum pactorum asserentes. Deductum est ipsis Andrussoviensium pactorum Articulo 32° Non obligari Regiam Majestatem ad juramentum, nec ideo ibi esse, vocabulum confirmare, ut significet jurare Iterum Odojewski legit ex charta. Talem esse Fidem Nostram ! quod Szulmanski Episcopus Leopoliensis postquam recesserit a fide Religionis propriae, dixerit coram Mercatore Smolenscensi Lcopoli Regem Serenissimum hebetatam in cervicibus Turcarum frameam in Moschovitîs acuturum. Ad haec Illmus Palatinus Trocensis respondit : Ut incepisse illos cum nuis [sic] Commissionem ita et finire.Neque esse ingenio destitutum illum dignum Episcopum. Porro inquit apud nos a calumnia Jus et Statutum libérât et fustibus vel potius Knutis pro verbis non verberatur. Protestamur coram Domino Deo et tota Christianitate quae Nostram Commissionem respicit, et conjunctionem contra communem Christianitatis hostem aggreditur. Non ex Nobis esse discordia. Concludit Romanadowski his formalibus. Cur vos Vestri amici Galli non juvant (haec dum proferebat verbo subsidebat). Utique habituri fueratis ipsos pro y^ Mediatoribus. Replicatum sic est. Illos quoique citus in commune Christinitatis auxilium accessuros. Si vidèrent Nostram vobiscum conjunctionem.
88o LA POLOGNE EN 1684.
espérant que S. S. y ajoutera quelque autre somme. « A ce propos, écrit-il, je me rappelle que l'empereur voulait accorder une pension aux Cosaques pour qu'ils fissent la guerre aux Tartares ; je vais en écrire à Bonvisi pour savoir ce qu'en pense César, car en payant le Khan on pourrait obtenir le même résultat. »
Le 22, Pallavicini annonce son arrivée à Jarasovia près de la Cour, après sept jours de voyage. Cette localité est connue par les rapports des étrangers qui y sont venus et se sont arrangés pour s'y loger, mais d'une manière bien misérable. Le roi a une habitation grande et assez commode, mais en bois, avec un très-beau jardin planté presque en entier par lui et dont il est fier. S. M. habitera là jusqu'à la rentrée en campagne. Le roi a reçu l'annonce que les articles de la ligue avec Venise ont été arrêtés ; « S. M. m'a tout lu et elle en est trèscontente, d'autant plus que depuis le 18 d^ on ne savait rien. A présent on prépare la ratification et la plénipotence au cardinal Barberini pour le serment. DeLéopol est arrivée une mauvaise nouvelle : plusieurs Cosaques voulant rentrer chez eux, le général Kuciski est allé les trouver pour les faire rester, mais les Cosaques, furieux contre lui et le croyant d'accord avec le châtelain de Cracovie pour retarder la distribution du subside, le tuèrent et le remplacèrent dans le commandement par Mohila. Ce fait d'indiscipline est grave et d'un mauvais exemple à regard des Polonais. Mohila appartient aux Cosaques sujets des Moscovites ; il est tout à tait inconnu et à présent il faut travailler à gagner ce chef, d'autant plus que les Tartares ont essayé de le séparer de la Pologne ; toutefois le roi est très-aimé et estimé des Cosaques. On apprend que Tokoli a repris Sytino, accordant une capitulation généreuse aux Polonais, ce qui fait croire qu'il a eu en vue de les mettre en antagonisme contre l'empereur ; mais les Polonais, pour prendre Unguar, ont bien battu les Tokoliens. Hier, on a amené ici le vieux hospodar de Moldavie de la maison Ducas, qui a été fait prisonnier par les Moldaves et les Cosaques ; lis roi a voulu avoir de lui des renseignements sur l'Orient, car l'hospodar est
INCIDENT CHEZ LES COSAQUES. 88l
très au courant de tout... Le congrès des Moscovites va se dissoudre, malgré que l'on espère que l'ambassade césarienne arrivera sous peu à Moscou. »
Le 5 avril, il informe qu'il a choisi le P. Fr. Bonesana, théatin et préfet du collège apostolique et de la mission arménienne àLéopol,pour porter aux Cosaques les largesses pontificales ; car ayant appris qu'on ne donnait plus aux Cosaques le subside du pape, il en parla au roi pour savoir si on avait réellement promis 50,000 fl. à leur retour de la Bessarabie. On ne connaît que trop les abus et que difficilement les soldats reçoivent leur solde ; ayant fait observer à S. M. que peut-être ce retard fut la cause du massacre du général, elle répondit que le châtelain de Cracovie avait donné comme explication qu'on attendait la rentrée des Cosaques au service, car on craignait qu'après avoir reçu le subside ils ne seraient plus revenus. A présent on travaille à les gagner par tous les moyens ; ainsi S. M. a congédié les députations des Cosaques qui attendaient à la Cour et leur a fait donner des costumes et de bons subsides ; les Cosaques, en ce qui touche le gouvernement, sont partagés en communautés. Le roi a décidé d'envoyer un lot de draps, des arquebuses, 2 pièces de canon, du plomb, du sel de nitre, etc. pour un total de 100,000 fl. et le tout a été confié au P. Bonesana, auquel on a donné une escorte de soldats polonais jusqu'à Léopol. Le religieux a l'ordre, aussitôt arrivé au camp des Cosaques, de demander à Mohila de choisir les délégués pour recevoir les cadeaux et les distribuer. En agissant ainsi, ces gens auront une preuve de la généreuse bienveillance du pape, s'affectionneront à l'église latine et perdront la haine qu'ils nourrissent contre elle. Le théatin non seulement connaît leur langue, mais aussi bon nombre d'officiers. C'est déjà un grand succès que cette mission ait été confiée à un religieux, car jusqu'à présent on a toujours défendu à tout étranger de traiter avec les Cosaques ; et ce fait pourra être un bon précédent pour l'avenir, les Polonais ayant besoin d'intermédiaires pour négocier avec les Cosaques, car en les traitant de paysans, comme on fait,
Innocent XI. — HI. 56
on les aigrit toujours davantage, on augmente leur férocité et on leur rend le joug plus insupportable. Le roi les traite de toute autre manière et il sait se les attacher. A présent on négocie avec les Cosaques qui habitent le long du Boristhène, et on attend déjà le retour de l'envoyé du roi, autorisé d'offrir comme arrhes 12,000 fl., promettant d'arriver à 50,000 lorsqu'ils auront mis à exécution ce dont on aura convenu et, avec le religieux, il y a aussi une personne qui pourra rester parmi les Cosaques. Le théatin a encore une commission auprès des Cosaques Kalmuks, pour les pousser à faire des excursions en Crimée. Comme tout cela est fait avec les subsides de N. S., « le roi m'a proposé, écrit Pallavicini, qu'on le fasse au nom de S. S., mais je l'ai remercié préférant que ce fût au nom du roi, car l'observance en serait plus vraisemblable et il suffit de savoir que l'argent vient du pape; expédition, frais de voyage, tout a été fait avec ce qui restait chez moi. Mais je dois encore faire face aux 50,000 fl. accordés au prince de Moldavie, qui en a grand besoin pour résister au nouvel élu des Turcs ; il est nécessaire pour nous de maintenir la Moldavie pour la défense de cette partie du Danube ; avec ces petits subsides on épargne de plus fortes dépenses pour les armées. Le roi négocie aussi avec le prince de Cantacuzène de Valachie, qui se montre favorable et a hier matin envoyé à Linz le frère du comte Ciacchi pour lui obtenir l'assistance de l'empereur; et le roi croit aussi pouvoir gagner le Transylvain. Tout cela est bien, ajoute-il, mais les deux derniers princes, avant de se décider, veulent voir d'abord quelle tournure prendront les choses. J'ai écrit que le congrès des Moscovites avait été rompu ; et, en effet, on était en train de signer l'acte pour renvoyer le tout à un autre moment, lorsque le plénipotentiaire plus ancien des Moscovites dit ; « pourquoi, au lieu de nous séparer sans avoir rien fait, ni pour l'union des armées ni pour la paix perpétuelle, ne pas reprendre les négociations et travailler avec plus d'activité ». Les Polonais y ont consenti et on voit que le premier commissaire moscovite est seul à posséder les secrets de sa Cour, car la semaine dernière l'envoyé polonais à Moscou a été traité d'une manière hostile