LE ROI VEUT LA GUERRE
tranquille parce qu'il y a bien peu de monde dans ses antichambres, il travaille au contraire beaucoup, car il faut de l'habileté et de la persévérance pour traiter avec des gens barbares ou de peu de foi, afin de les pousser contre l'ennemi ; S. M. m'a assuré qu'elle rédige elle-même ses longues et fréquentes dépêches. »
Le même jour, Pallavicini mande qu'au sujet du chiffre du 26 février, causant avec le roi de Mgr de Beauvais, S. M, lui dit que c'était un brave homme, « et j'ai répondu que N. S. se réglait selon sa conscience et d'après informations. Alors le roi entra lui-même dans la question des chiffres séquestrés jadis, qui. paraît-il, contenaient quelque notice sur la rupture de la Diète, et, sans dire un mot dû prélat, S. M. constata combien cette découverte a servi à la conclusion de la ligue. Le cardinal Barberini a écrit, que pour tenter le dernier effort, il fallait que le roi même écrivît une lettre à S. S. en faveur de Mgr de Beauvais ; je crois que la lettre, en italien, a été déjàrédigée par Talenti, secrétaire italien du roi (i).
(i) Et, le 26, il ajoute qu'en parlant à Mgr de Chiovia à ce sujet, il lui fit observer que S. M., en recommandant Beauvais oublie que, il y a deux ans, elle l'avait prié d'écrire à Rome tout le contraire. Monseigneur sembla convaincu qu'il n'était pas opportun que le roi s'intéressât davantage de cet évêque. «J'ai dit que j'ignorais tout, mais que le pape ne se montrait pas satisfait de Mgr de Beauvais, et que, ce qui me paraissait plus vraisemblable, c'est ce que le roi dit autrefois à propos de la rupture de la Diète, car autrement c'eût été un fait bien grave pour la conscience de N. S. qu'un évêque fût allé contre la volonté de son chef dans une affaire qui tant l'intéressait et pour laquelle S. S avait tant travaillé ; que, du reste, si le pape avouait au monde ce motif de son refus ce n'est pas la réputation du roi qui y gagnerait; et par conséquent, j'ai répété qu'il était plus convenable que le roi ne s'en mêlât pas. Et dans un postscriptum il écrit : la personne qui depuis une année travaille à déchiffrer les lettres du gr. Trésorier, les lisait l'autre nuit au roi, et comme souvent venait le nom de Beauvais, la reine en fit l'observation et le roi lui exprima son dégoût de l'avoir recommandé de nouveau au pape. Mais la reine répondit au roi, qu'en tout cas sa recommandation n'avait été d'aucune utilité car déjà à Rome on était renseigné Et le nonce termine en affirmant l'exactitude de l'information.
Le 26, il transmet cinq lettres : dans la première il annonce le projet da roi pour la ^campagne prochaine qu'on laisse prévoir pour la fin de mai. S. M. voudrait refouler le Turc au delà du Danube ; détacher de la Porte les princes qui se trouvent de ce côté ; renfermer les Tartares en Crimée et obliger ceux qui se trouvent au dehors de rentrer chez eux en se servant des Cosaques. Du reste, sachant que les Tartares ne supportent pas le joug des Turcs, le roi se contenterait d'obtenir leur neutralité, et il leur donnera des cadeaux, car ce sont des gens habitués à vivre de rapines et qui difficilement se résignent à rester tranquilles. Le roi compte fixer le palatin Pierre en Moldavie, parce que Démétri (i) n'a pas de jannissaires et, s'il cherche à troubler, il ne pourra pas vaincre ; on espère améliorer le traité déjà entamé avec le Valaque et qu'Abaffi, serré entre les deux armées, la polonaise et l'impériale, se décidera à se détacher des Turcs. S. M. trouve que ces négociations sont plus utiles à César que le corps de cavalerie lithuanien qu'il avait demandé, du moment qu'on réussirait à détacher des Turcs les Transylvains, alors les Moldaves et les Valaques, — quoique ces derniers ne soient pas des peuples guerriers, — rendront de grands services en procurant les vivres, en construisant des ponts, etc. Enfin S. M. déclare, qu'après tout, s'il faut s'unir à l'armée impériale elle s'y unira. Le roi (2) considère les trois armées comîne n'en formant qu'une seule : la polonaise sera l'aile gauche, l'impériale le corps, et les vénitiens formeront l'aile droite. Il voudrait que tous entrent dans l'empire ottoman et que l'empereur laisse pour le moment la Hongrie, comme lui laisse Camenietz parce que tout ce qui restera derrière les épaules devra tomber. Toutefois il admet qu'on ne doit pas abandonner Bude, mais il est toujours de l'avis que Tokoli, se voyant isolé, capitulera.
(i) Le 19, il avait informé qu'il semblait que les Turcs se concentraient à Belgrade ; et que le nouveau Palatin Démétri que les Turcs veulent mettre en Moldavie à la place de Pierre, s'avance avec des forces vers Jassy.
(2) A cette date, il écrit qu'il vient de recevoir le stoquc /Ct le chapeau pour le roi, ainsi que la Rose d'or pour la reine ; il se réserve d'en faire la remise en son temps.