‹ Innocent XIChapitre 363 sur 430 · CYBO CONSEILLE AMITIE ENTRE CÉSAR ET LE ROI · texte numérisé non relu

CYBO CONSEILLE AMITIE ENTRE CÉSAR ET LE ROI

Le i^r janvier 1684, Cybo écrit à Bonvisi : « La Cour de Pologne a toujours bien accueilli les cadeaux et ses ministres en usent pour se maintenir dans les bonnes grâces ; par conséquent V. Em. engagera les ministres impériaux à profiter de quelque occasion pour envoyer de temps en temps quelque cadeau à la reine, qui, à ce qu'il paraît, y tient (i). On voit que

(i)Le25, Bonvisi répond: « Tempereur sait fort bien que la Cour de Varsovie aime les cadeaux, et il regrette de n'avoir pas d'argent pour en faire ainsi que le demandent les mérites du roi et de la reine, envers lequels César se sent obligé. Mais il ne suffit pas de donner à LL. MM., parce qu'il y a aussi le père et les frères de la reine qui ont des prétentions. Le père veut le titre de prince avec la principauté ; au prince Jacques on donnera la Toison avec une pension annuelle ; la reine aura un bijou et le roi du vin ou autre chose, car on veut à tout prix rester unis à ceux qui sont la base de la paix ; mais il n'y a pas d'argent et l'on cherche à vendre des principautés, si on trouve acquéreur. A présent on se rend compte de la faute commise par le voyage à Vienne de l'empereur, que j'avais déconseillé, car tous veulent des cadeaux. Le roi de Pologne voudrait pour son fils la main de la princesse de Bavière, sœur de l'électeur ; l'empereur y serait bien disposé mais le duc se refuse à cette alliance, du moment que la succession en Pologne n'est pas assurée, et V. Em. peut bien comprendre si, sans cette sûreté, l'empereur lui donnerait l'archiduchesse. Le roi se considère comme le sauveur de la chrétienté et il a raison, mais on ne peut pas faire tout ce qu'il désire ; et les désirs des Polonais sont grands. V. Em. s'étonnerait en entendant les prétentions de Lubomirsky : il demande des états pour lui et les siens. Le roi de Pologne n'a pas répondu à mes lettres parce que peut-être il ne saurait excuser les fourberies de Tokôli, que je lui avais prédites. Mais il ne le protège plus et peut-être attribue-t-il à mon inspiration les brefs et les paroles du pape à Denoff, mais tout retombe toujours sur les médiateurs et il faut absolument travailler à la démolition de Tokôli. Et, le i^r février, il annonce que tout fait espérer qu'il y aura une bonne corespondance entre les deux souverains maintenant qu'il a été prouvé que le roi n'avait pas autorisé la déclaration faite en Hollande ; car cette déclaration et celles favorables àTokoii, avaient laissé croire que le roi eût voulu arranger à sa manière les affaires de la Hongrie, sans tenir compte de l'empereur. Tout cela créait des ombrages; en outre que la reine avait rapporté que le duc de Lorraine prétendait avoir entendu l'empereur dire que, plutôt d'accepter Tokôli, il donnerait la Hongrie au prince de Pologne ; mais ces on-dit n'étaient qu'une invention d'un capitaine de Lubomirsky. Le roi de Pologne s'étant aperçu de la perfidie de Tokôli ne l'écoute plus et veut ce que l'empereur désire et agir comme lui.

chaque jour il faut faire attention afin de conserver l'union entre les deux Cours, car à tout instant surgissent des incidents. Les Polonais ne peuvent pas oublier le manque de courtoisie des impériaux, et surtout l'aîné du roi ; et si maintenant on peut corriger tout cela il y aurait grand avantage... N. S a parlé à Denoff de Tokoli comme j'en ai écrit à V. Em., et il a dit d'en avoir donné communication à l'empereur,faisant aussi allusion à la taille de 50,000 fl, qu'on devrait publier contre Tokoli, afin que le roi comprenne l'importance que S. S. met à délivrer la chrétienté de cet homme. Et, le 15, il ajoute : « on connaît bien l'inclinaison du roi pour la reine et aussi le compte qu'il tient de ses insinuations. V. Em. doit tâcher, avec les manières que lui dictera sa prudence, de conseiller à César défaire quelque démonstration à la reine par l'envoi d'objets de ^a/^wi(m^ d'Allemagne, S. S. estimant que cela serait très-opportun pour le bon service de César ; ou, si S. M. le juge plus convenable, que la chose se fasse par l'impératrice régnante » (i).

(i) Le 12 février, Cybo répond qu'il ne paraît pas que serait bien agréé, comme début, un envoi de vin en Pologne ; on pourrait plutôt, et sans de fortes dépenses, y envoyer quelques-uns des chevaux dont ont fait présent à César le v. roi de Naples et Je grand duc ; la reine agréerait fort aussi la concession du titre de prince de l'empire à son père.^Pour obtenir le consentement du duc de Bavière au mariage de sa sœur avec le prince de Pologne, il serait bon que l'empereur y prît part en persuadant le roi qu'il fera son possible. Et, le 7 mars, Bonvisi annonce que l'empereur a accepté le conseil et a décidé, au lieu de vin, d'envoyer des chevaux. On concéderait le titre de prince au père de la reine, mais non une principauté, car la plus petite de la Silésie vaut 600,000 fl. et on ne veut pas y admettre des personnes ressortissantes des frontières de ces provinces. J'ai proposé à l'empereur de marier le fils du roi avec la jeune Ragozzi, fîUe de la femme de Tokoli et héritière de 50,000 th. de rente, aussitôt que Tokoli sera détruit ; et S. M. approuva mon projet. L'empereur m'annonça aussi qu'il avait travaillé pour le mariage de la sœur de l'électeur de Bavière et déjà donné commucation au roi des lettres reçues à ce sujet ; le duc y met deux conditions ; ou qu'il ait la certitude de la succession à la Couronne, ou que le roi achète en Allemagne une principauté importante, ne voulant pas que sa sœur restât simple dame polonaise. La réalisation de l'une et l'autre de ces conditions semble impossible, car aucune grande principauté n'est à vendre ni le roi

Page 1