LES CATHOLIQUES A MOSCOU
sujet du cérémonial, en recevant les lettres et en remettant les réponses de ses propres mains ainsi qu'eux le font. « J'ai répondu que cela me paraissait une condition si simple qu'on aurait dû bien facilement l'accorder et S. M. m'a promis d'y consentir. » L'empereur, en ce qui touche au choix des prêtres à y envoyer, serait d'opinion qu'ils fussent originaires de la Bohême mais non de la Lithuanie, vu la confiance qu'on a dans l'empire plutôt que dans le roi de Pologne. A ces prêtres il faudrait adjoindre des théologiens d'ici, afin de s'assurer de la pureté de la doctrine, et avoir des correspondances qui ne soient pas mêlées d'intérêts particuliers, comme il en serait peut-être des jésuites de la Bohême qu'on aurait voulu envoyer, car nous devons considérer le bien de l'âme plus que l'opulence des fondations, que les jésuites tâcheraient de promouvoir. < Je ne me lasserai pas de coopérer à l'entrée de Moscou dans la ligue, mais la condition de donner le certain pour l'incertain ne facilitera pas la chose ».
Et, le 3 septembre, il écrit que le siège de Bude va toujours plus mal (i) ; une forte mine n'a pas eu d'effet parce que l'ouvrier, par peur, ne l'a pas bienfermée avant d'y mettre le feu ; l'armée est bien décimée : on a perdu des colonels, 50 capitaines et plus de 60 lieutenants ; le duc de Lorraine est
(i) Le 23, Cybo lui répond que N. S. regrette que le siège de Bude ne procède pas comme il devrait, mais il espère en l'arrivée de l'armée du duc de Bavière et des autres auxiliaires. Et il ajoute que toutefois il faut travailler à mériter la grâce divine, changer la conduite de vie et respecter les églises. « A présent que la Cour est rentrée, V. Em. doit réitérer ses démarches, afin que les chevaliers et les dames de la Cour donnent le bon exemple aux autres. Les Vénitiens se sont déjà mis sur cette voie, car le magistrat de la bestemia est chargé de veiller à ce que les femmes observent la modestie, arrivant même à en emprisonner quelques-unes. V. Em. en parlera aussi à l'évêquc de Vienne. » Et, le même jour, il ajoute qu'on réfléchira sur le projet transmis par S. Em. touchant la paix perpétuelle entre la Pologne et la Moscovie. « Il n'y a pas à douter que ce serait de grand profit pour les âmes en les ramenant à la foi, si les défiances que jusqu'à présent on n'a pu détruire, pouvaien,t disparaître; et nous ne devons pas nous lasser de faire tout ce qui dépend de nous. »
toujours malade et presque personne ne veut servir sous les ordres de Staremberg; tout espoir est dans l'armée de Bavière. Et, le 10, il annonce l'arrivée du comte de Lemberg, de la part du duc de Lorraine. Il dit que Bude a reçu un renfort de 8000 turcs, et l'on ne comprend pas par où ils ont pu passer ; peut-être sont-ce ceux qui devaient marcher contre la Pologne. Ici on est découragé ; on a fait des processions pour l'anniversaire de Vienne ; et on est mécontent de l'arrivée du P. Marco d'Aviano, parce qu'il a laissé l'armée, ne pouvant plus supporter les désordres ni en endosser la responsabilité ; on craint que son départ ne décourage davantage les soldats. P. S. Lesle aussi a écrit qu'il vient. Et, à la même date, il répond qu'il a parlé à l'empereur des plaintes des Croates, mais S. M. trouve qu'ils ont tort, car d'abord Viconitza s'est rendue, par conséquent il n'y a pas eu lieu à faire du butin ; ensuite on y a trouvé si peu de provisions qu'elles sont à peine suffisantes pour le maintien de la garnison allemande. Au contraire, il y a eu occasion de se plaindre des Croates, parce qu'ils ont dévalisé les turcs qui s'étaient rendus dans les localités où les allemands les avaient accompagnés ; on leur a pris ce qu'ils avaient en en tuant une partie et tout cela contre la foi donnée. Ces Croates sont braves pour les incursions, fidèles à leur prince mais indisciplinés. Quelquefois Lesle s'est trouvé en danger par leur absence, et dans les confusions il faut éviter la plus grande. Les Allemands depuis le commencement de la campagne n'ont reçu aucune solde ; ils doivent se contenter de manger du pain et ce qu'ils trouvent » (i).
Le 9, Jacobelli écrit : « P. Valiero m'a dit qu'il tâchera le
(i) Le 17, il prévient qu'il pas trouvé opportun de mettre à exécution le conseil de Ranuzzi, de proposer à l'empereur de céder à la France le restant de la Brisgovie et peut-être d'arriver même à Constance afin de contraindre le très-chrétien à rester tranquille, du fait qu'on lui ouvrirait un débouché en Italie. Et, le 24, il répond qu'il a recommandé Strasoldo à l'empereur, et que S. M. a répondu qu'elle l'aime, l'apprécie et que pour cela elle l'a proposé à la République.