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CHAPITRE XVIII

La trêve générale.

La guerre des ligués contre les Turcs avait tenu en suspens la solution de plusieurs questions avancées par le roi Louis XIV. Innocent déploya son action à conseiller une trêve générale qui aurait dû conduire à la paix en Europe, et donner pleine liberté pour chasser les Turcs de la Hongrie.

Le 3 janvier 1684, Ranuzzi écrit à Cybo.

Nel mentre che ero per serrare lo spaccio, ho havuto con la notitia d'Olanda quella che si contiene nel foglio annesso, dal quale V. Em^^ potrà degnarsi di vedere che l'affare dell' aggiustamento va à rimettersi air Haya, dove lo porta la mira, che questa Corte hà d'impedire che quei stati si dichiarino uniti con i Spagnoli, e si fortihchino con la tanto discorsa leva di 16,000 soldati. Se l'eshibizione di questa corona di non intraprendere alcun assedio durante questo mese fosse anco di non valersi dell' armi per distrugger il paese corne si fà, si potrebbe sperare tanto più facilmente che venendo da Madrid qualche buona risoluzione intorno alla propositione dell' aggiustamento, s'havesse tanto maggior facilita, per prorogare piii lungamente la piena sospensione délie armi. E faccio ecc. (i).

(i) Le 5, Mgr Muzio, nonce à Turin, informe Cybo que le bruit court que la France a demandé la prolongation de la ligue pour six autres années et que l'on rappelle de Milan le résident ducal. La première demande semble impossible car la ligue n'existe que depuis un an à peine ; la seconde pourra se vérifier si la guerre a lieu entre les deux Couronnes ; il y a déjà long-

TRAVAIL DU PAPE POUR LA CONCILIATION. lOII

Le 4, Cybo lui répond :

Sarannô purtroppo riuscite infruttuose tutte le diligenze pratticate da V. S. lU^ia col S'" Ambasciatore di Spagna per il mantenimento délia Pace tra le due Corone, hor che già tra le medesime si è nuovamente dichiarata la guerra. Si funesto avviso giunse quà ultimamente colle lettere di Madrid, e N. S^^^ ne senti rammarico inesplicabile, vedendo con cio riaperto il campo aile rovine délia Cristianità, mentre appunto erapiù necessario d'unirne tutte le forze alla total depressione délia potenza Ottomana. Ben s'è consolata S. B^ che il S^ Cardinal Nunzio in si rilevante occorrenza habbia eseguite appieno in quella Corte tutte le parti più proprie d'un ministro apostolico ; et havendo S. Em^a insinuato particolarmente, doversi tener aperto l'adito al negozio per la reconciliazione, S. B^ in ordine à cio gli hà trasmesso un' efficace Brève da presentarsi al Rè Catf^Q. Col medesimo oggetto hà hora perô voluto S. B^ inviare anche à V. S. 111"^* il qui annesso per il Rè Xpmo, et ella dovrà renderlo à S. M^à colle significazioni più proporzionate ail' intimo sentimento di S. S^^, la quale non è per tralasciare dal suo canto alcun mezo intentato per la reintegrazione délia concordia, ma è risoluta di promuoverla con tutte le sue pontificie premure, per sodisfare al debito del suo pastoral ministero. Se l'intenda V. S. 111"^^ col S"" Card^ Millini sopra la materia diligentissimamente, impiegando tutta l'attività del suo zelo nell' aiutar la prattica di qualunque espediente, che possa giamai giovare à fine si grande. E etc. (i).

temps que les ministres de France font observer à Madame que le maintien d'un résident à Milan peut la préjuger auprès du roi.

(i) Le 8, il écrit à l'internonce à Bruxelles.

Riescono d'immenso dispiacere a N. S. le desolazioni, e le rovine, che vanno ogni di più affligendo cotesti poveri popoli (a), e non vien trascurata dalla S. S. alcuna parte per procurarvi un pronio rimedio, massime havendo la christianità estremo bisogno di una pace interna per non perdere gli avantaggi, che ci fanno sperare contro il Turco nella futura campagna, le vittorie passate.

Quando le giunga dal Sigi" Duca d'Iorch l'informazione dello stato in cui si trova presentementc la Religion cattolica in Inghilterra, V. S. non manchi d'inviarla subito quà.

Et, le même jour, il le charge de remercier le marquis de l'information

(a) Entre autres, les français coupaient le bois des forêts, et les espagnols frappaient d'une amende leurs sujets flamands, lorsqu'ils achetaient ce bois des français. (Voir l'inventaire analytique du Consi-il Provincial de Namur).

Mais, le 14, le nonce lui écrit : les démarches de N. S. à Vienne et à Madrid seront bien opportunes afin de faciliter les accords avec cette Cour, du moment qu'à La Haye se trouvent réunis les ministres de l'empereur et d'Espagne pour discuter sur les affaires actuelles. La France n'a pas augmenté ses prétentions, ne voulant que des localités d'une importance égale ou moindre à Luxembourg ; elle les a demandées alternativement avec cette ville qui a été la première prétention. La demande a été atténuée par l'acceptation de recevoir Luxembourg avec la démolition des forteresses, et ensuite avec la proposition de la trêve, de manière que la France ne garderait que ce qu'elle a occupé provisoirement en attendant la conclusion de la paix. « Je vois que difficilement on puisse obtenir une plus forte atténuation. Parlant même hier avec Croissy , je lui ai recommandé de ne pas marcher trop à l'étroit, ajoutant que j'avais l'ordre de N. S. de lui dire que Dieu veut la guerre contre les Turcs et qu'il punira ceux qui veulent l'empêcher. Croissy me répondit que pour donner opportunité de la continuer on a accordé toute facilité, négligeant même des intérêts et avantages ; se contentant de travailler en attendant le moment propice pour mettre les choses au point mais tenant tout en suspens à cause de la trêve proposée par moi. Croissy ajouta : que la trêve était combattue par les Espagnols et l'empereur ; que l'on savait que ce dernier était pressé de faire la paix avec les Turcs, leur offrant ce qu'il avaient occupé en Hongrie, demandant seulement la restitution de Camenietz à la Pologne ; que par l'aversion qu'il a pour cette guerre il s'était brouillé avec le roi de Pologne et l'électeur de Bavière ; qu'il s'efforce auprès des prmces de l'empire pour les entraîner à faire la guerre à la France ; que les Espagnols montrent le même désir, mais le résultat sera différent de celui qu'on attend parce que l'empereur ne se trouve pas en condition de faire grand'chose et les princes ne sont pas satisfaits. Ainsi

qu'il a fait parvenir à S. S. sur la déplorable situation de ces' contrées par suite de la guerre entre les deux Couronnes. « N. S. fait le possible pour que l'on revienne à l'ancienne concorde et il continuera ses démarches. »

LA SITUATION SELON RANUZZI. IOI3

ceux de Brunswick refusent de soutenir les intérêts des Espagnols si d'abord on ne leur verse 8 millions de fr. ; que les Hollandais ne veulent pas se laisser entraîner et qu'enfin le roi se trouve bien à même de faire repentir ceux qui préfèrent la guerre à la paix. A tout cela j'ai répondu que je venais de recevoir de Vienne l'information que tout est prêt pour continuer la guerre contre les Turcs si on n'est pas dérangé de ce côté ; qu'il est faux qu'existent des discordes avec la Pologne et, qu'au contraire, il y- avait des intentions de conclure la paix avec les Turcs ; que j'apprenais qu'il y a probabilité d'une ligue avec les vénitiens dans l'espoir que les Espagnols aussi sauront s'accommoder avec la France pour le bien de la chrétienté. Je parlerai dans ce sens avec le P. La Chaise et au roi dans la prochaine audience. »

Le 15, Cybo lui annonce que hier l'ambassadeur de France a présenté à N. S. la participation de la naissance du duc d'Anjou. En cette occasion, S. S. lui a fait part de l'ordre envoyé aux nonces de Madrid et de Paris de dire que Dieu voulait la guerre contre les Turcs et que, qui que ce soit qui l'empêcherait ou occasionnerait une diversion, devra en rendre compte à Dieu et sera puni II n'y a pas de fondement dans le bruit que l'empereur veuille la paix avec les Turcs, car il l'aurait conclue déjà sans attendre que les Turcs se renforcent après les défaites de Vienne, de Barcan et de Strygonie ; au contraire, uni à la Pologne, il veut poursuivre ses victoires et rendre à ses peuples et à l'Allemagne la tranquilité.Et l'empereur n'abandonnera pas l'engagement à moins qu'il ne voie qu'il attire sur lui des dangers et la perte des princes ses coalisés, dans ce cas le blâme tom.berait sur celui qui l'oblige à cela. La trêve serait opportune, car en outre de la tranquillité elle donnerait le temps de conclure la paix. V. S doit profiter de toutes les occasions pour la procurer ».

Le 17, Ranuzzi écrit encore que l'évêque d'Argentina est venu de Liège à la Cour pour négocier, dit-on, la neutralité de cet évêché ; il est reparti pour Cologne et, d'après des ren-

seignements sûrs, Fûrstemberg projetterait de conclure une ligue entre cet électeur et la France ; le Danemark et Brandebourg, s'obligeant à tenir leur armée à la disposition du trèschrétien, ayant déjà prêts 16,000 soldats. De la Hollande on ne connaît que les discordes encouragées par l'ambassadeur de France, qui fait entendre aux Etats que s'ils ne s'engagent pas dans une guerre, le roi tournera ses armes contre les Espagnols ailleurs qu'en Flandre. On ne sait rien des projets des princes coalisés. On annonce le départ de Béthunes pour la Pologne, et qu'il y va, dit-on, pour donner des inquiétudes à l'empereur et qu'il est porteur du projet, de la part du trèschrétien, du mariage du fils du roi avec la fille du duc d'Enghien ».Mais, conclut-il, je crois tout cela peu exact car chaque fois que Béthunes me parla, il se montra toujours mal disposé envers cette Cour et on dit même qu'il part pour s'éviter des dépenses occasionnées par les dettes qu'il a ici » (i).

. Le 21, Ranuzzi informe qu'on lui a dit que l'ambassadeur de France à la Haye (2) a eu une longue conférence avec . le

(i) Le 6 février, Cybo lui répond que l'on ne peut croire que l'évêquc d'Argentina manque tellement à son caractère, en intriguant pour la ligue d'un arche v^êque électeur, comme celui de Cologne, avec le Danemark et Brandebourg, prince hérétique. Et, le même jour, il ajoute que c'est une pure invention ce qu'a dit Croissy que l'empereur ait fait la paix avec les Turcs, leur laissant la Hongrie pour que Camenietz soit restituée aux Polonais.

(2) Le 22, le card. Bonvisi, de Vienne, remet à Cybo la copie de la réponse à Mgr Ranuzzi où il écrit que l'empereur ne peut rien décider sans se mettre d'accord avec les coalisés, non pour faire la guerre à la France, mais pour sa défense et qu'à cet effet on se réunit à La Haye, Il ajoute qu'il est certain que César et les Espagnols faciliteront un traité de paix générale, qui devrait rassurer chaque partie de n'avoir plus à subir d'autres pertes ; la trêve serait opportune à tous et pour cela Bonvisi dit de l'avoir proposée pour une année. Le Danemark, la Hollande et Brandebourg désirent que l'Espagne ait à faire le sacrifice de quelque localité, mais ils veulent en même temps « qu'elle reste comme un tampon entre tous y toutefois les Espagnols ne se résignent pas à des pertes pour faire plaisir à autrui »: Le très-chrétien a tort de vouloir tout troubler en ce moment, car il pourrait

RANUZZI DEMANDE A CROTSSY LA SUSPENSION. IOI5

Pensionnaire Fagel, un des chefs de la faction d'Amsterdam, et qu'il lui déclara que si la République décidait de ne pas prendre les armes dans une guerre entre les deux Couronnes, la France s'obligerait à ne pas guerroyer dans les Pays-Bas et tournerait ses armes contre l'Espagne dans d'autres localités. Le Pensionnaire ayant demandé si le roi serait disposé à modérer ses dernières propositions, l'ambassadeur répondit qu'il n'avait aucun ordre mais qu'à l'occasion on pourrait savoir la volonté du roi. Fagel parla de ces deux points dans l'assemblée des Etats ; on choisit une commission qui alla interpeller l'ambassadeur qui nia tout. A la suite de cet incident on décida qu'aucun ministre ne parlerait avec un ambassadeur sans un ordre public ; mais Fagel refusa de se soumettre à cette décision disant qu'il veut parler avec qui bon lui semble. On y voit motif de se méfier des intentions de l'ambassadeur et des partisans que la France peut avoir dans la République pour empêcher les résolutions d'Orange. Et, le 28, il avertit: que ne voyant aucun avis de Bonvisi ni de Mellini, il n'ose plus s'avancer touchant l'accord, et qu'il borne ses démarches afin de conserveries bonnes dispositions à accepter sa proposition de trêve. « J'en ai parlé hier à Croissy, écrit-il, l'informant de la douleur de N. S. pour la déclaration de guerre des Espagnols et de son réconfort lorsqu'il a appris que S. Exe. était disposée à la trêve (i), et je lui ai demandé de tâcher de maintenir le roi dans ses bonnes dispositions, l'induisant à suspendre la marche des armées et à donner le temps à S. B. pour que les bons offices de ses nonces puissent avoir de l'effet. Croissy a répondu qu'il était bien fâché contre les Espagnols, qui au lieu d'être contents d'éviter

avoir contre lui une coalition générale tandis qu'il gagnerait à prendre part aussi à la ligue.

(1) Le ler février, Cybo lui mande un résumé de la victoire des Cosaques unis aux Moldaves et aux Valaques contre les Turcs et les Tartares, afin que le roi puisse avoir un motif pour en déduire la bénédiction de Dieu aux armées chrétiennes. Et, le même jour, il l'excite à continuer son action pour la paix que l'on négocie à La Haye et à se tenir toujours en correspondance avec Mellini et Bonvisi.

IOl6 LA TRÊVE GÉNÉRALE.

une guerre dont l'issue pour eux ne peut être que désastreuse, ne veulent pas admettre que le roi est incliné vers la paix et ne cherchent qu'à aigrir les choses en excitant l'empereur contre la France ; il sera difficile ainsi que S. M. accorde la suspension, voyant que les Espagnols jie la désirent que pour gagner du temps et mieux se préparer à faire la guerre. J'ai répliqué que j'ai demandé la suspension non pas à la requête de l'Espagne, mais pour obéir aux ordres de N. S. qui désire empêcher tant de malheurs ; et j'ai fait ressortir la gloire qu'acquerrait le roi en l'accordant. Et Croissy conclut que le monde pouvait bien voir que le roi voulait la paix et que ce sont les Espagnols qui ne l'ont pas voulue ; et enfin que S. M. a ce qu'il faut pour vaincre et que si les Espagnols prétendent que le roi renonce à une part des conquêtes, il ne cédera même pas un pouce de terrain ; parlant des négociations qui ont lieu en Hollande le ministre montra qu'il croyait qu'elles sont en bon chemin » (i).

Le 5 février, Jacobelli annonce à Cybo :

Le lettere, che il Sig^ Lando hà scritte in Senato, sento siano state di molto gradimento, et egli riporta universalmente somma Iode per la sua prudente condotta, e per le savie repliche, che scrive haver date alli cinque capidi doglienze fattegli da N. S''^, che riferisce essere stati sopra il punto de quartieri, sopra li soccorsi negati ail' Imp""^, sopra la protezione, e permissione, che tanti mila Greci scismatici vivano nella città, sopra l'usurpazione de magistrati laici circa la giudicatura délie persone, e materie ecclesiastiche, e finalmente sopra l'emergenze de confini di Ferrara, e molto più è riuscito d'infinito contento l'avviso, che egli hà dato che S. S^^ havesse benedetto il Senato per la risolutione presa di abbracciare la Lega, onde si concepiscono speranze di valide

(i) Et, le même jour, il annonce que l'envoyé de Savoie, le marquis Ferrero, a demandé, en l'audience du roi, la main de la fille du duc d'Orléans, sœur de la reine d'Espagne, pour le duc de Savoie. Il y avait deux difficultés ; le titre d'Altesse royale que demande la duchesse et qu'on donnera à l'épouse ; et la préséance que la duchesse voulait sur la bru. Pour la première il a été résolu que la jeune duchesse seule aura le titre d'Altesse royale comme fille de France ; mais que la préséance rester^, à la duchessemère. Croissy a dit qu'il faudra demander la dispense à Rome à cause de la consanguinité.

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