MÉCONTENTEMENT DU TRES-CHRETIEN. IO4I
clusion on espérait dans un armistice. Le roi m'écouta avec sa bénignité habituelle, mais quant à mes demandes il dit avoir fait son possible pour un accord, tandis qu'on voit bien que de l'autre part on pense à tout, sauf à la paix ou la trêve, malgré les ouvertures qu'il a faites ; que sa réputation ne lui permet pas de faire ce que veulent les autres, car on demande l'armistice pour gagner du temps et lui rendre inutiles les dépenses qu'il a faites » (i). Le lendemain le roi a dit les mêmes choses aux ministres de Suède et de Hollande.
Et, le même jour, il continue : « sachant le roi décidé à refuser le projet des coalisés, je lui ai demandé si, au cas où les Espagnols acceptent tout ce qu'il leur demande, on pourrait avoir la trêve pour 10 ans, et si l'empereur, en comperwsation de Strasbourg, obtenait la restitution de Fribourg, qui n'a pas de valeur pour la France mais est nécessaire à l'Allemagne qui craint toujours l'envahissement par la France de ce côté. S. M. répondit que vouloir la trêve de 10 ans veut dire la rompre bien vite et ensuite faire la guerre ; alors j'ai répliqué qu'au contraire elle permettrait d'arriver à la conclusion de la paix perpétuelle ; mais le roi répéta que 20 ans c'est mieux que dix ; et quant à Fribourg il me demanda si je le croyais capable d'agir contre son honneur, ajoutant qu'il n'aurait permis à personne de lui faire cette proposition, la tolérant de moi, convaincu de ma bonne intention. J'ai répliqué que c'est précisément pour cela que je l'avais posée, désirant la paix et que dans la situation de S. M. un exemple de modération la rendrait plus glorieuse ; mais tout a été inutile, étant donné la désunion dans laquelle tout se trouve ; il peut se
(i) Le 25, Cybo lui répète : « que ce serait un grand malheur pour la chrétienté de ne pas trouver un accord, car la guerre serait une grande diversion à celle contre les Turcs, obligeant même l'empereur à signer la paix parce que privé du secours des princes coalisés il ne pourrait pas s'opposer aux forces des Turcs. N. S. a confiance dans la piété naturelle du trèschrétien envers la religion et le bien public ; et s'agissant d'affaire de si grande importance S. S. veut que V. S. en parle au P. La Chaise, afin qu'il représente au roi les malheurs qui peuvent surgir ».
Innocent XI — UI 66
faire qu'on pense prendre toute la Flandre, voyant qu'on ne se décide ni pour la paix ni pour la guerre. A ce propos il me revient que l'ambassadeur d'Angleterre, se congédiant de Croissy, aurait dit : que son roi se réjouit de tout progrès de la France quoique dérangé dans ses projets, mais qu'au cas d'une attaque des places de la Flandre, il ne peut répondre que cela ne pj'oduirait pas quelque agitation dans le royaume, qui l'obligerait à prendre des résolutions contre sa volonté ; cependant il paraît que Croissy ne donna pas d'importance à ces paroles ». Le i^^ mai, il informe que l'empereur propose, pour un accord : la restitution de Fribourg fortifié ; qu'à Kiehl il y ait un préside suisse ou d'un prince agréé par les deux parties, qui s'obligerait en temps de guerre à ne laisser passer ni Impériaux ni Français. «J'ai déjà écrit à V. Em. sur les probabilités d'acceptation de cette proposition ; tout dépendra: si les affaires en Hongrie tournent bien; si l'accord avec Tôkoli est exact ; s'il est vrai que le Transylvain est entré dans la ligue chrétienne et si les Espagnols se décident à quitter Luxembourg ; toutefois il n'y a pas de probabilités qu'on laisse le fort de Kiehl. » Et. le même jour, il annonce que Créqui a déjà cerné Luxembourg et que Vauban déclare qu'il pourra bientôt l'occuper sans grande effusion de sang. Il ajoute que S. M. a fait .savoir aux Etats généraux que s'ils persuadent les Espagnols à céder Luxembourg pour traiter, elle est prête à adhérer à la trêve ou à la paix proposée, mais si cette ville est prise par la force, le roi retirera sa parole. Et, le 8, il annonce que deux ministres de l'empereur et ceux des princes 'catholiques de l'empire ont écrit de nouveau, mais avant la demande de l'ambassadeur d' A vaux, laquelle contient : la cession de Luxembourg avec Chiny, Bouvines, Beaumont et ses villages, déclarant la France prête à restituer CoUrtray et Dixmunda en démolissant les forteresses, accordant délai jusqu'au 20, autrement S. M ne serait plus obligée à maintenir ses propositions. Si les Etats donnent à l'Espagne d'autres secours que celui de tenir des présides dans ses places, S. M. fera séquestrer les vaisseaux et les effets des Hollandais qui se trouvent dans son royaume, demandant dans