LE ROI EXIGE QUE LE DOGE VIENNE EN FRANCE. IO
dévotions, il pourrait saisir l'occasion pour l'exhorter à offrir à Dieu quelqu'une des satisfactions qu'il demande à la République. Le religieux m'a promis de le faire (i) ». Et, le 27, il rend compte de l'audience royale : « ayant fait considérer au roi que dans la République bien des personnes devaient délibérer et qu'il fallait accorder un délai, S. M. m'a dit sur un ton de bénignité mais ferme, que Gênes avait eu tout le temps de prendre ses résolutions, mais qu'il était dans la nature de ce monde de faire tout de mauvaise grâce. J'ai répondu en mettant en évidence les exigences du moment et la nécessité du bien public, mais je n'ai rien obtenu et le roi déclara de nouveau qu'il était résolu à ne pas accorder d'autre délai, tout en regrettant de ne pouvoir satisfaire à ma demande. J'ai fait savoir le tout à l'envoyé, l'engageant à informer de suite la République et de profiter du peu de jours qui restent, mais il refusa sous prétexte, qu'étant prisonnier, il ne pouvait ni ne voulait faire aucune expédition >.
Et, le même jour, il ajoute que Croissy lui a dit que le roi ne se bornerait plus aux conditions proposées ; que ses bonnes intentions de ne prendre la ville ni ses places resteraient sans effet, les choses ayant changé parce que la République a fait des démarches contre S. M. et que l'Espagne a refusé de signer l'article qui regarde Gênes, de manière que le roi commence à faire ses préparatifs. On sait que depuis deux mois, à Toulon et à Marseille, on prépare l'armée de mer et que celles de terre se tiennent aux frontières d'Italie ; d'où l'on conclut
(i) Le 23, Cybo répond à Mgr Muzio à Turin :
Ha intesa N. S. con particolar approvatione la parte da lei fatta per disporre il'Sigr Duca a dare le sue truppe in caso di riforma, alla Republica di Venetia, et ha commendata, e gradita la pietà, et il zelo, con oui le è stato risposto da S. A. Sopra il motivo di passarne offitio alla corte di Francia, fattole corne da se dal marchese di S. Tomaso, è necessario di sentir prima la mente di S. A. medesima perche la S. S. possa considcrare ciô che le convenga di fare in questo punto. Si attendcrà per tanto,ch'ella ne dia avviso prima di prendere alcuna risolutione :
Già che î voti de i teologi sopra la validità del matrimonio del principe di Carignanosi sono dati fuori, si crede che V. S. Illma pensera facilmente a madame quà copia, etc.
que l'entreprise est résolue. Toutefois, il paraît que l'on demande plutôt que la République change son Conseil et qu'elle ne perde pas de temps, car on ne doute pas qu'elle ne finisse par céder sur la proposition faite à Gênes, de faire venir le Doge, point qui est le plus scabreux. Il y aurait l'expédient de voter en Conseil par écrit sans signature, de façon que chacun puisse avoir sa liberté ; on a trouvé les votes affirmatifs peu inférieurs aux négatifs. « Si cela est vrai, comme je crois, écrit-il, il peut se faire que l'envoyé ait expédié le courrier selon ma demande ; il aurait pu faire résoudre l'acceptation des conditions dans une nouvelle proposition. Mais il ne s'est pas laissé persuader et je n'ai pu l'expédier moi-même, comme j'eusse pu le faire de mon propre chef, car le courrier Costa ne serait pas arrivé à temps pour repartir d'ici pour Gênes ». Le 3o,Cybo lui répond qu'il a participé à l'envoyé de Gênes ce que Croissy a dit touchant Fieschi, mais que Brignole répondit qu'il ne voyait pas comment la République pouvait examiner la cause du dit comte, car elle a été discutée maintes fois et non par la République mais par le Conseil aulique impérial ; que les biens ne sont pas entre les mains de la République mais de plusieurs princes. Et Cybo ajoute aussi que la République a déjà contribué à faire mettre en liberté son envoyé à Paris, et désire que le cœur généreux de S. M. reste satisfait et qu'elle reprenne en grâce la République.