S IT • IN • CANABIS • SINE
VLLA ■ MACVLA • SIC • SCRI 20 PSIT • MASPETIA • S I LV I N A
SI • FATI • CONDICIONEM
REDDIDERO- VT • LICEAT
ARAM • MERERI ■ ET • MEMO
RIAM • MEAM • PONI
PPP-CCC-SSS-AAA- DDD
Lettres d'assez bonne forme, du deuxième ou des premières années du troisième siècle. L'V, l'A et l'M de QVAM, à la sixième ligne, liés en monogrammes.
Gobin, Inscriptions et pierres antiques extraites du lit du Rhône, p. 11. — Martin-Daussigny, n° 1147 de son Registre d'entrées.
Dits Manibits et memoriae aeternae. Maspetia Silvina Valeno Messori, coniugi incomparabili, qui plus merebatur quant facio; cum quem vixi annis XXIIII; quod Me mi debuit facere si fata bona fuissent idem astat memoriam poni. Valerius Silvicola et fi lia, fluentis lacrimis, orfanitatem qua perdiderunt patrem incomparabilem, ei posita est ara. Qui gessit in Canabis sine ulla macula. Sic scripsit Maspetia Silvina : si fat i condicionem reddidero ut liceat aram mereri et memoriam poni. Très ponendum curaverunt et sub ascia dedicaverunt.
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle. Maspetia Silvina « à Valerius Messor, mon époux incomparable, qui méritait plus « que je ne fais pour lui ; avec qui j'ai vécu vingt-quatre ans. « Ce qu'il eût dû faire pour moi si les destins eussent été justes, « c'est pour lui, au contraire, qu'il faut élever ce tombeau. Valerius « Silvicola et sa fille, orphelins par la perte de leur père incompa- « rable, ont, avec d'abondantes larmes, dressé cet autel. Il a exercé « dans le quartier des Canabae sans aucune tache. Maspetia Silvina « ai fait' graver cette épitaphe : c'est afin de mériter, lorsque « j'aurai payé le tribut au Destin, que soient aussi dressés un « autel et un monument à ma mémoire.
« Tous trois ont élevé ce tombeau et l'ont dédié sous Yascia ».
Le côté littéraire n'est pas celui par lequel brille cette épitaphe. L'archéologue n'a pas à s'en plaindre. Même dans une forme plus élégante, les lamentations de Silvina sur la perte de son mari nous eussent médiocrement touchés; il nous plaît davantage de pouvoir saisir dans cette expansion de sentiments non étudiés et fixés à la pierre tels qu'ils ont débordé des lèvres de la veuve désolée, quelques traits caractéristiques du langage des personnes qui n'avaient reçu qu'une instruction imparfaite. Silvina dit cum quem pour cum quo. astat pour instat, debuit pour debuisset, fluentis pour Jluentibus, si pour cum, orfanitatem en parlant d'enfants qui ont encore, à ce qu'il semble, leur mère ; elle franchit sans façon
aucune d'une personne grammaticale à une autre ; elle commence des phrases qu'elle laisse en suspens. La douleur ne lui permet pas le loisir de mettre ses idées en bon ordre, mais ne va pas jusqu'à lui foire oublier que le cher compagnon de ses jours exerçait au quartier des Canabae un négoce, qui était sans doute celui des vins en gros, et elle jette, d'une manière tout à fait inattendue au milieu de ses plaintes pathétiques, une attestation d'honorabilité en faveur de l'honnête négociant.
Mi pour mihi, contraction employée par les meilleurs écrivains.
Cum suivi de l'accusatif, faute qui semble avoir été une des incorrections habituelles du parler du peuple ; on lit sur d'autres épitaphes cum conjugem, cum fratr es junior es, etc.
Orfanitatem , mot qui ne se rencontre pas chez les auteurs; on trouve chez eux orpbanus par pb comme mot grec latinisé.
PPP CCC SSS AAA DDD : très pouendum curaverunt, sub ascia dedicaverunl , forme d'abréviation commune au bas temps, mais dont notre inscription, vraisemblablement non postérieure au deuxième siècle ou au plus tard aux premières années du troisième, est un des plus anciens exemples.
Maspetius , gentilice formé d'un surnom plutôt qu'un nom gaulois. On appelait maspetum en latin, d'un mot tiré du grec, la feuille d'une plante célébrée par Pline (19, 3), qui la nomme laserpitium et la dit originaire de la Cyrénaïque, devenue rare de bonne heure et tenue pour tellement précieuse qu'elle se vendait au poids de l'argent ; on suppose que c'est l'assa foetida ou le benjoin. De là sera dérivé un surnom qui se sera transformé en un gentilice. Le nom Maspetius se retrouve sur d'autres inscriptions de Lyon et sur des inscriptions de l'Ardèche, l'ancienne Helvie. Maspetia Silvina était probablement de ce pays, dont les vignobles, renommés à l'époque romaine, devaient fournir des vins aux négociants de Lyon. Il vient d'être dit que son mari, qui habitait le quartier des Canabae, exerçait probablement ce négoce.
Silvicola, le surnom du fils pris de celui de sa mère.
Épitaphe de Valerius Narcissus.
Arcade LXII. — Cippe dont la base subsiste, mais dont le couronnement a été retaillé et affleuré au dé; de provenance primitive non connue; « trouvé dans la démolition de l'ancien hôtel Laval- « Iette, place BELLECOUR » (Daussigny). Une ascia occupe, entre les sigles D M, le milieu de la première ligne de l'inscription. Une cavité carrée, qui devait autrefois se fermer par un portillon, se voit au milieu de la plinthe de la base. — Hauteur o m. 92, du dé o m. 52, largeur o m. 31.
VAL • NÂRCISS1 VAL • PROBA • CON IVX • MARITO • CA 5 RISSIMO • ET • PIEN
TISSIMO • ET • SIBI VIVAET-AVR-VAL// E T • S V L P I C I A ■ V i c TO RI A • POSTcn's •o QAE SVIS- P • C • Et
SVB • A ■ DEDIKVER
Martin-Daussigny, n° 1040 de son Registre d'entrées.
Dits Manibus Valerii Narcissi ; Valeria Proba, coniux, marito carissimo et pientissimo et sibi viva, et Aurelius Val. . . . et Sùlpicia Victoria posterisqae suis ponendum curaverunt et sub ascia dedik(a)verunt.
« Aux dieux Mânes de Valerius Narcissus, Valeria Proba à son « mari très cher et excellent et pour elle-même ; et Aurelius « Val. ... et Sùlpicia Victoria, pour leurs descendants, ont élevé « ce tombeau et l'ont dédié sous V ascia ».
Valerius Narcissus, qui avait le même nom gentilice que sa femme et un surnom servile , était vraisemblablement son affranchi.
On n'aperçoit pas quel lien de parenté unissait Aurelius et Sùlpicia au défunt. Leur association à la veuve pour l'érection du tombeau et le droit pour leurs descendants d'y avoir leur sépulture, donnent à supposer qu'ils devaient être ses héritiers.
Deux lettres manquent à la fin de la septième ligne à la suite de la syllabe VAL, à compléter peut-être par Va(lio) plutôt que par Valer(ius).
Posterisqae sans u et par ae au lieu de e, orthographes par lesquelles on voit que la prononciation ne tenait pas compte de Vu après le q et ne faisait pas de différence entre e et ae. De là le jeu de mots connu attribué à Cicéron : Tu quoqite, coce ! « Ht toi aussi, cuisinier ! » Cela se prononçait : Tu kohè, hoké , le q et le c ayant l'un et l'autre le son du h. De même, qualis, quando, quanquam, qiierela sonnaient à l'oreille comme kalis, hando, hanham, kerêla; qui et quo comme nous les prononçons en français. Nous avons déjà vu sur les inscriptions de Lyon (I, p. 267), des exemples de la suppression de Vu après q : qantum ad laborem nutricio , qantum ad pietatem patri, qantum ad benevolentiam patrono.
Dedih.ver(unt), abréviation irrégulière dans laquelle une lettre est remplacée par un point.
Épitaphe de Valeria
Arcade XLIV. — Partie inférieure d'un cippe avec sa base abattue à fleur du dé; trouvée « dans la rue de Flandres, dans les fonda- « tions de la maison Dodieu, dans le fleuve » (Symeoni); « vis « à vis les AUGUSTINS, dans la SAONE » (Id.); « employée « dans les fondations d'une des maisons qui existaient sur les « bords de la Saône, quai de Bourgneuf ; apportée au Musée « lors de la construction de ce quai » (Comarmond). — Hauteur o m. 90; largeur o m. 40.
ET • VALERIA • NOCTVRNA COEREDESEIVS ■ ET • LIBERT PATRONAE • INCOJVPARA BILIP-CETSVBASCIA- DE DICAVERVNT
Lettres de bonne forme, probablement du deuxième siècle; l'M et le P de INCOMPARA, à la troisième ligne, liés en un monogramme.
Symeoni.. ms., p. 54; Illustr. ob'serv. ant., p. 127. — Gruter, p. 956, 6. — De Boissieu, p. 526. — Comarmond, Description, p. 255; Notice, p. 94. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 17.
et Valeria Nocturna, coeredes eius et liberti, patronae
incomparabili ponendum curaverunt et sub ascia dedicaveritnt.
« et Valeria Nocturna, ses cohéritiers et affranchis,
« ont élevé à leur patronne incomparable ce tombeau et l'ont « dédié sous Y ascia ».
Valeria, nom gentilice de l'affranchie et de la patronne.
Coeredes sans /;, faute qui se trouve être d'accord avec une orthographe archaïque. Les anciens considéraient 17; plutôt comme un esprit que comme une lettre; « ils s'en servaient très rarement « avec les voyelles ; ensuite, on a longtemps observé de ne pas « l'employer même avec les consonnes; puis tout à coup, par une « exagération contraire, l'usage en fut porté à l'excès et on en « mettait partout, ce qui a donné lieu à cette ingénieuse épi- « gramme de Catulle que tout le monde connaît » (Quintilien, I. 5) :
Chommoda dicebat si quando commoda vellet Dicere, et binsidias An in s insidias.
Épitaphe de Valeria Poppa.
Don Descours.
Arcade XIV. — Cippe dont la base et le couronnement ont été retaillés et affleurés au dé; « découvert aux Roches d'ECUILLY « dans un domaine appartenant à M. Lebeuf, et placé comme « seuil d'une porte entre l'habitation et les granges » (De Bois- « sieu); aujourd'hui maison Descours; entré au Musée en 1866
(Daussigny). Deux ascia se voient à la première ligne de l'inscription. — Hauteur i m. 45, du dé o m. 89, largeur o m. 57.