‹ Inscriptions antiques (volume 3)Chapitre 1 sur 70 · VILLE DE LYON · texte numérisé non relu

VILLE DE LYON

I. — INSCRIPTIONS RELATIVES AUX EMPEREURS OU A DES PERSONNES DE LA FAMILLE IMPÉRIALE

Les inscriptions relatives à des empereurs ou à des personnes de la famille impériale ont dû être plus nombreuses à Lyon que nulle part ailleurs dans toute la Gaule. Capitale des trois Gaules, centre d'importants services publics, lieu de réunion des délégués de la Représentation nationale célébrant, chaque année, à l'autel du confluent de la Saône et du Rhône, les fêtes du culte impérial, résidence des empereurs et des princes lorsqu'ils venaient de ce côté-ci des Alpes, Lyon n'a pu manquer d'avoir sur ses places, dans ses temples, aux divers sièges des administrations, à l'autel du confluent, les statues de chaque empereur régnant, et ces statues étaient certainement accompagnées d'inscriptions. De nombreux monuments élevés à Lyon par la munificence des souverains ou en leur honneur, de nombreux autels consacrés aux dieux pour

la conservation de leurs jours ou pour le succès de leurs entreprises étaient également inscrits à leurs noms. On s'attendrait à voir les inscriptions impériales fournir un des plus riches chapitres du Recueil. La déception sous ce rapport est aussi complète que possible. D'Auguste , quelques fragments certes très précieux, mais extrêmement mutilés; de Tibère, un seul fragment d'une interprétation contestable; de Caligula, qui a ajouté à l'éclat des fêtes de l'autel par des jeux mêlés et par des joutes d'éloquence, absolument rien ; de Claude, né à Lyon et bienfaiteur de sa ville natale au point qu'il ait pu s'en considérer comme le second fondateur, son nom attaché, il est vrai, à un des plus considérables édifices : l'aqueduc de Pilât, mais simplement comme estampille de fabrique sur des tuyaux de conduites d'eau. Le discours dont une notable partie nous est conservée sur une précieuse table de bronze, dite Table de Claude, a bien été. en effet, prononcé par Claude, mais à Rome, et ne concerne pas Lyon ; la place de ce discours est dans un autre chapitre. Rien de Néron , cependant particulièrement affectionné des Lyonnais, dont il avait, aux frais de l'État et à ses propres frais, relevé la ville à la suite de l'incendie qui. sous son règne, l'avait réduite en cendres. Rien non plus de ses successeurs jusqu'à Trajan ; de ce prince, un unique débris réduit à quelques lettres ; d'Hadrien, qui dans ses voyages à travers l'empire a dû au moins une fois visiter Lyon, un seul souvenir apporté par une inscription récemment découverte à l'extrémité du territoire et qui même ne rentre qu'indirectement dans la catégorie des inscriptions honorifiques. Si ce n'étaient plusieurs autels tauroboliques pour la conservation d'Antonin le Pieux, de Commode, de Septime Sévère et de sa famille, monuments dont quelques-uns sont du plus haut intérêt, le chapitre des inscriptions relatives aux empereurs serait presque nul.

Statues et monuments ont dû périr soit dans les incendies qui au premier siècle et vers la fin du deuxième ont détruit Lyon, soit

aux époques postérieures de misère et de barbarie. Le plus souvent en bronze et même en bronze doré, les statues offraient à la cupidité un appât trop tentant pour pouvoir être longtemps respectées; dès le quatrième siècle, les monuments qu'avaient épargnés jusque là les ravages du temps ou les catastrophes, ont servi à la construction des remparts et des premières églises. Le moyen âge, à son tour, a exploité comme des carrières ceux qui pouvaient subsister encore.

AUGUSTE

Fragment de l'épigraphe en grandes lettres de bronze, probablement dorées, de l'autel de Rome et d'Auguste , au penchant de la colline Saint- Sébastien.

Arcade XXVIII des portiques. — Fragment d'une grande et épaisse plaque de marbre, terminé en haut par une moulure qui en marque le bord supérieur; découvert en 1859, avec plusieurs autres, à l'ancien JARDIN-DES- PLANTES : « Au mois de juin « 1859, on trouva dans la partie basse du Jardin-des-Plantes et « bien en dehors de l'enceinte de l'amphithéâtre un filet d'eau « sortant de dessous les terrains occupés autrefois par ce « monument , et contenu dans un petit canal formé de débris

« antiques. Ce canal, dont la maçonnerie était négligée et faite a « la hâte, était couvert par de larges fragments de magnifiques « dalles de marbre blanc, ornées de guirlandes de chêne de grande « dimension, relevées par des haches de licteur et rattachées par « des bandelettes. Ces dalles, de 2 mètres 15 centimètres de « hauteur sur 1 mètre 3 5 de large, ont de 12 à 15 centimètres « d'épaisseur... Déjà, en 1858, avait été découvert au même point « un magnifique dessus de balustrade en marbre, orné de « moulures des deux côtés et sculpté à feuilles de laurier... Un « des fragments, qui n'a aucune trace de guirlande, se distingue « par deux lettres d'une grande dimension : un R entier et un O « dont il ne reste qu'une partie » (Martin-Daussigny). — Hauteur du fragment à lettres o m. 70, longueur 1 m. 35, épaisseur o m. 12 et is. Hauteur des lettres o m. 38.

RO

L'R privée de l'extrémité de son jambage incliné; l'O réduit à un segment de sa partie supérieure représentant un quart de cercle du côté de l'R ; le creux des lettres taillé en carré et percé de trous étroits et allongés pour l'introduction de crampons servant à fixer les lettres, probablement de bronze doré, qui y étaient incrustées. Deux trous se voient dans l'R : l'un à la jonction supérieure de la panse à la haste verticale, l'autre vers le bas de cette haste ; un troisième devait avoir sa place à l'extrémité inférieure du jambage incliné. Des trous que devait contenir l'O, il en reste un au sommet de cette lettre, répondant sans doute autrefois à un autre placé tout en bas ou à deux autres répartis à égales distances. A gauche de l'R, une large surface vide fait voir que l'inscription commençait par le mot dont cette lettre était la première.

Une des plaques à guirlandes, celle qui dans l'arrangement

actuel est la dernière à droite, présente sur ses bords des lettres d'appareillage : un D sur le bord gauche , un E sur le bord opposé.

Martin-Daussigny : Notice sur la découverte de l'amphithéâtre antique et des restes de l'autel d'Auguste à Lagdunum, 1863, p. 27. — Bernard : Le Temple d'Auguste, 1863, p. 12. — Allmer : Revue épigraphiqtte, I, p. 2. — Dissard : Catalogue, p. 90.

Romae et Augusio. = « A Rome et à Auguste ».

Les fragments découverts en compagnie de celui qui offre ce débris d'une grandiose et splendide épigraphe présentent, non pas des lettres, mais des restes d'une décoration de guirlandes sculptées en bas-relief. Ces guirlandes, composées de feuilles de chêne et soutenues par des lemnisques flottants dans les nœuds desquels sont engagées des haches de licteur, formaient, à ce qu'il semble, une série de courbes alternativement plus larges et plus étroites, dont les plus grandes atteignent jusqu'à cinq mètres de développement. L'ampleur de ce décor, sa composition significative, la richesse de la matière qui le porte, la profusion avec laquelle cette matière a été employée ne permettent pas de supposer autre chose qu'un magnifique monument en l'honneur d'une divinité ou d'un prince.

Aucun nom de divinité, si ce n'est celui de Rome ou de Romulus, ne commence par les lettres R O ; aucun nom d'empereur, aucun prénom, aucune formule dédicatoire, aucun nom de peuple dans les trois provinces représentant l'ancienne Gaule celtique ne commence par ces lettres. D'un autre côté, l'on n'en est plus à douter que l'autel de Rome et d'Auguste, longtemps présumé à Ainay, ensuite dans le quartier de l'église Saint-Pierre, ne fût situé sur la pente méridionale de la colline Saint-Sébastien , près de l'amphithéâtre dont les substructions ont été, il y a peu d'années, mises à découvert et qu'on sait d'une manière certaine avoir été

en propre celui de l'association dite « des trois Gaules », instituée pour desservir le culte de Rome et d'Auguste à l'autel du confluent de la Saône et du Rhône.

Roniae et Augusto est donc la seule lecture à la fois probable et possible, et ces mots, — de même que sur les monnaies de bronze frappées à Lyon pour les trois provinces au type du célèbre autel, • — paraissent avoir été placés à la partie supérieure du soubassement au dessus duquel s'élevait, visible au loin, non dans la partie basse, non à Ainay ni à Saint-Pierre, mais à mi-pente de la colline dominant le confluent, ce même autel accompagné de ses deux colonnes monumentales et de ses deux colossales Victoires.

A quoi bon eût-on fait de bronze et d'or ces Victoires . eût-on mis dans leurs mains des palmes et des couronnes d'un brillant métal, leur eût-on donné des ailes resplendissantes, eût-on dressé sous leurs pieds ces sublimes supports d'un précieux granit tiré du fond de l'Egypte au sommet desquels elles semblaient soutenues dans l'espace sur leurs ailes à demi ouvertes, si, placé dans un bas-fond et en quelque sorte invisible, le monument eût été, en dérision du motif de son érection . humilié et rapetissé par l'écrasante supériorité de deux coteaux voisins et eût pu être battu et souillé .par les eaux limoneuses des rivières débordées? A un monument d'ostentation, qui avait la prétention d'être la plus haute expression du prestige de la grandeur romaine, il fallait la clarté vive, l'azur et la large étendue des deux, l'exposition haute et voyante où pussent converger de loin tous les regards; il fallait, non une lagune enfoncée et submersible, mais la déclivité d'un coteau; la colline Saint-Sébastien, dont l'inclinaison est tournée vers l'Italie , vers cette Rome et ces empereurs , les divinités précisément de notre autel, était un site fait et choisi pour ainsi dire à souhait. Il n'y a pas jusqu'au vocable même de « Saint- Sébastien » imposé à cette colline depuis une époque fort ancienne du moyen âge qui ne paraisse être un souvenir à peine déformé de l'antique sanctuaire ; elle se serait appelée autrefois la colline

impériale : <re/3aorcç en grec est l'équivalent du latin augustus ; l'un comme l'autre signifie « impérial ».

Au soubassement devait appartenir aussi la décoration de guirlandes dans laquelle les haches présentent le symbole de la domination de Rome, tandis que le feuillage de chêne rappelle le privilège accordé à Octavien en 727. av. J.-C. 27, en même temps que le nom d' « Auguste ». d'avoir l'entrée de sa maison toujours ornée de branches de laurier en mémoire de ses triomphes sur les ennemis du dehors, et d'une couronne de chêne en témoignage de sa clémence envers les citoyens après sa victoire. Le riche chaperon de marbre trouvé au même endroit que les plaques à guirlandes est décoré d'une imbrication de feuilles de laurier.

11 est remarquable que le relief des guirlandes a très peu de saillie. On aura sans doute voulu donner ainsi aux ornements du soubassement moins de valeur qu'à ceux de l'autel et réserver à celui-ci tout l'avantage du coup-d'œil et la prédominance que doit toujours avoir l'objet principal sur les parties accessoires.

L'inscription Romae et Augusto en grandes lettres de bronze doré de près de quarante centimètres de hauteur n'était pas seule ; une autre inscription beaucoup plus étendue l'accompagnait. Ce sont des débris de celle-ci qui figurent sous les deux numéros suivants.

Le Musée de Lyon possède une très belle Victoire en bronze de 24 centimètres de hauteur, trouvée à Lyon dans la Saône en 1866. Elle a, comme les Victoires de nos médailles, les ailes à demi éployées et le bras droit étendu ; elle tient de la main droite une couronne élevée à la hauteur de son visage. Notre collègue M. Dissard n'est pas éloigné de croire que cette belle statuette est une image réduite des grandes statues placées sur les colonnes qui accompagnaient notre autel de Rome et d'Auguste.

AUGUSTE

Fragments d'une autre inscription monumentale provenant, comme les précédents, du soubassement de l'autel de Rome et d'Auguste.

Arcade XXVIII. — Fragments, au nombre de six, de grandes et épaisses plaques de marbre pareilles à celles dont proviennent les fragments décrits sous le numéro précédent et trouvés comme eux « à l'ancien JARD1N-DES-PLANTES » (De Boissieu). — Hauteur et largeur du premier fragment à gauche o m. 2} et o m. j,2 ; du second o m. 22 et o m. 30; du troisième o m. 55 et o m. 90; du quatrième et du cinquième réunis o m. 30 et o m. 71; du sixième o m. 26 et o m. 40. Epaisseur o m. 12. Hauteur des lettres o m. 20.

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