A*G*ST" III I VI
L'A incomplet en haut et en bas à gauche, le C ou le G réduit à sa moitié supérieure, l'S à sa moitié inférieure, les deux premiers des cinq I suivants à un débris de leur partie supérieure, les trois autres à leur moitié inférieure; un petit reste d'une barre se voit au-dessus de l'intervalle entre le deuxième et le troisième. Du jambage gauche du V du groupe final on voit seulement le milieu réduit à une mince trace, et du second jambage ainsi que de I'I
qui vient après seulement la moitié supérieure surmontée d'une barre incomplète à droite. Le point après ST est remplacé par une bedera cordi forme la pointe en bas.
De Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 468. — Comarmond. Description du Musée lapidaire, p. 326; Notice, p. 120. — Allmer, Revue épigrapbique, I, p. 3.
A l'aide des trois premiers de ces fragments tels que nous les avons disposés on arrive, à composer le mot abrégé AuGuST, qui ne peut être autre chose, croyons-nous, que le nom de l'empereur Auguste. Il ne saurait être le nom du mois d'août ; à l'époque de la dédicace de l'autel de Rome et d'Auguste, av. J.-C. 12 ou 10, le mois d'août s'appelait encore sextilis. Il n'a commencé à s'appeler augustus qu'en 746, av. J.-C. 8, quatre ou deux ans par conséquent après cette dédicace.
Les deux fragments suivants dans l'ordre adopté se raccordent d'une manière certaine et présentent cinq jambages droits : les quatre premiers à égales distances les uns des autres, le cinquième au contraire plus éloigné et tellement au bord de la cassure qu'il n'est plus possible de déterminer ce qu'il était primitivement. 11 s'agirait donc du chiffre II II ou d'un chiffre se terminant par IIII ; ce chiffre, quel qu'il fût, était surmonté d'une traverse.
Le fragment qui vient le dernier contient un V et un I surmontés d'un trait horizontal. Ce trait, qui prend naissance au-dessus du V, semble s'être prolongé au-delà de l'I ; il indiquerait alors que VI n'est pas un chiffre complet, mais est seulement la première partie d'un chiffre plus fort qui pouvait être VII, VIII ou VIIII.
Il se présente naturellement à l'esprit que ces divers chiffres devaient appartenir soit à des dates d'événements se rapportant à Auguste, soit aux titres dont il était en possession au moment de la dédicace de l'autel. On apprend de Suétone (Claud., 2) que cette cérémonie ou son anniversaire se serait faite le Ier août de l'année du consulat de Julius Antonius et de Fabius Africanus,
c'est-à-dire en 744. av. J.-C. 10; mais d'après Dion Cassius (54.32), qui en précise les circonstances, elle aurait eu lieu deux ans plus tôt, en 742, av. J.-C. 12, sous le consulat de M. Valerius Messalla et de P. Sulpicius Quirinus. A cette dernière époque, Auguste accomplissait sa XIIe puissance tribunicienne, avait été consul XI fois et salué imperator X fois; en 744, il était dans sa XIIIId puissance tribunicienne, avait été consul XI fois et imperator XII fois. En complétant par xIIII le chiffre IIII du groupe composé des quatrième et cinquième fragments on pourrait le rapporter à la XIIIIe puissance tribunicienne ci-dessus mentionnée répondant à la partie de l'année 744 dans laquelle a été compris le Ier août. En le complétant par jk/IIII on obtiendrait le nombre, d'après Tacite et Ptolémée, des peuples des trois provinces de l'ancienne Gaule celtique qui avaient concouru à l'érection de l'autel. Au contraire, en en faisant le nombre z>IIII, il rappellerait peut-être la date de la naissance d'Auguste, le VIIII des calendes d'octobre (23 septembre) : qua die euin saeculi félicitas orbi terrarum rectorem edidii, comme s'exprime l'inscription de Narbonne (Gruter, 229; Wilmanns, n° 104). Egalement par VI iii ou par VI il pourrait se compléter le chiffre VI.... du sixième fragment et se rapporter au même anniversaire qui durait deux jours de suite . les VIIII et VIII des calendes d'octobre {2^ et 24 septembre). Avec tout autant d'incertitude et tout aussi bien ce même chiffre VI.... pourrait se restituer par VU et s'appliquer au VII des ides de janvier (7 janvier), jour annuellement férié parce que c'était celui où, d'après l'inscription de l'autel de Narbonne, « Auguste avait pris sous ses auspices « l'empire du monde » : VU quoq(tte) idus januar(ias) qua die primum imperium orbis terrarum auspicatus est.
Découverts au même endroit que les autres restes de l'autel, provenant de plaques pareilles, du même marbre, des mêmes dimensions extraordinaires et de la même extraordinaire épaisseur, offrant en commun avec eux cette particularité remarquable que leur surface n'a jamais été polie, mais a été simplement aplanie
par un bouchardage très fin dont elle conserve l'empreinte parfaitement visible, ces six fragments et ces mêmes autres restes ont certainement appartenu tous au même monument, c'est-à-dire selon toute vraisemblance à l'autel' de Rome et d'Auguste.
Il est aisé de comprendre que la succincte épigraphe Romae et Augusto ne pouvait pas suffire et que nécessairement a dû lui être adjointe une inscription plus étendue et plus explicative. Strabon (p. 192) parle, en effet, de deux autels qui accompagnaient « le « temple élevé par tous les peuples de la Gaule d'un commun « accord au confluent de la Saône et du Rhône en l'honneur de « César Auguste » ; l'un «était remarquable « par une inscription « sur laquelle se lisaient les noms des peuples, au nombre de « soixante, dont on voyait auprès les statues »; l'autre « était « plus grand ». Cet autre autel plus grand était sans doute celui que représentent les médailles.
Voir le numéro suivant.
AUGUSTE
Autre fragment de la même inscription.
Arcade XXVIII. — Fragment, retaillé en carré, d'une épaisse plaque de marbre pareille à celles dont proviennent les fragments décrits sous les deux précédents numéros ; « trouvé en octobre « 1873. dans la SAONE, du côté du quai SAINT-VINCENT, en « aval et très près du pont du même nom » (Martin-Daussigny).
— Hauteur o m. 35, largeur o m. 42; épaisseur o m. 12. Hauteur présumée des lettres d'après leur partie conservée o m. 30.
Ri
Lettres incomplètes en bas et diminuées par la retaille du fragment d'un peu plus du tiers de leur hauteur primitive.
Martin-Daussigny, n° 1209 de son Registre d'entrées. — Allmer, Revue èpigrapbique , I, p. 5.
La grandeur de ces lettres, leur aspect, l'épaisseur du marbre et sa surface non polie portant bien visiblement marquées les traces du piquage au moyen duquel elle a été aplanie comme cela s'observe sur les fragments à lettres et à guirlandes dont il a été ci-dessus parlé, ne permettent guère de douter que ce débris n'ait aussi fait partie de l'inscription qui décorait , surmontée de l'épigraphe Romae et Augusto, le soubassement de l'autel.