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La fin de la troisième ligne après ET, la quatrième et la seizième entières, martelées dans l'antiquité; l'I et l'N de PER.TINA à la fin de la seconde et de PERTINAC à la quinzième, l'A et l'V d'AVG à cette dernière liés en monogrammes.
De Boissieu, p. 33. — Comarmond, Description, p. 22s. pi. 4; Notice, p. 83. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 1 5 et pi. — Wilmanns, 121. — Dissard, Catalogue, p. 91.
Pro sainte Imper atoris L. Septimii Severi Pertinacis Augusti et [D. Clodii Septimii Albini Caesaris] domusque divinae et statu
coloniae Copiae Claudine Augustae Lugdunensium , taurobolium feceruut Aufiistia Alexandrin et Sergia Parthenope ex voto, praeeimte Aelio Castre n se sacerdote , tibicine Flavio Restititto. Incboatum est sacrum VII idus maias, consummatum V idus easdem, Imper atore L. Septimio Severo Pertinace Augusto [et D. Clodio Septimio Albino Caesare] II consulibus. — Locus datus decreto decurionum.
« Pour la conservation de l'empereur Lucius Septime Sévère « Pertinax Auguste et de Decimus Clodius Septimius Albin César « et de la maison divine et pour le maintien de la colonie « Copia Claudia Augusta de Lyon, Aufustia Alexandria et Sergia « Parthenope ont fait , en accomplissement de leur vœu , un « taurobole. Le prêtre officiant a été Aelius Castrensis, le joueur « de flûtes Flavius Restitutus. La solennité a commencé le Vil des « ides de mai (9 mai) et a fini le V des mêmes ides (11 mai), « sous le consulat de l'empereur Lucius Septime Sévère Pertinax « Auguste et de Decimus Clodius Septimius Albin César, consuls « l'un et l'autre pour la seconde fois.
« L'emplacement a été donné par décret des décurions ».
Le taurobole ici rappelé a été fait pour la conservation de Sévère et d'un autre prince dont les noms ont été martelés dans l'antiquité. Un martelage, antique également, se remarque vers la fin du texte dans l'indication du consulat; les noms du second consul ont été effacés. Mais il est aisé de s'assurer, en recourant aux fastes pour l'année à laquelle Septime Sévère, qui est l'un des deux, a été consul pour la seconde fois, que son collègue était Albin ayant à l'époque de ce consulat le titre de César. Ce sont donc les noms d'Albin, et vraisemblablement en conséquence d'un décret postérieur du sénat, qui ont disparu aux deux endroits. 11 est d'autant moins possible d'en douter, si le moindre doute était permis, que, le martelage n'ayant pas été assez profond, les lettres sont encore toutes reconnaissables et même assez facilement. On lisait primitivement à la troisième
ligne et à la quatrième et on y lit encore : D-CLODI -SEPTIMP ALBINI-CAES.
Cette association des noms des deux princes sur notre autel et la radiation de ceux du second nous reportent à des événements qui ont eu une influence capitale sur les destinées de Lyon : l'élévation de Septime Sévère, son alliance avec Albin, leur compétition et le dénouement de leur querelle sous nos murs. Pertinax ayant été tué le 26 mars de l'an 193. il y eut en peu de temps trois prétendants à l'empire : Julien, élevé par les prétoriens achetés à prix d'or ; Niger, proclamé par les légions d'Orient, et Septime Sévère par celles de la Panhonie d'accord bientôt avec celles de l'armée du Rhin. Albin, qui déjà avait la réputation d'un habile général, commandait en Bretagne une forte armée; Sévère, craignant qu'il ne se fît aussi proclamer par ses troupes, le gagna à sa cause en l'adoptant et en lui donnant avec son nom le titre de César comme s'il se proposait de l'associer à l'empire. C'est en raison de cette adoption qu'Albin apparaît sur l'inscription avec le nom de Septimius et la qualification de César.
Julien vaincu sans combat en 193, Niger à la suite d'une guerre terminée à la fin de 194, la ville de Byzance qui était restée fidèle à Niger prise après un long siège terminé seulement en 196, Septime Sévère s'empresse de rompre avec Albin, qu'il n'avait jusque là ménagé que parce qu'il redoutait en lui un rival, et la guerre s'allume entre eux. On en sait l'issue. Les armées des prétendants se rencontrèrent en un lieu que Spartien (Sev., 11) appelle Trinurtiiim , probablement Trévoux , ou d'après Dion Cassius (75, 6) dans le voisinage de Lyon. On croit que ce fut dans la plaine dont le milieu est occupé par le village de Sathonay et dont les extrémités s'étendent du côté de la Saône aux villages de Fontaines et de Rochetaillée et du côté du Rhône jusqu'à ceux de Neyron et de Miribel (De Ceuleneer, Essai sur Septime Sévère, 1880, p. 101.) Là, cent cinquante mille hommes, répartis à peu près également, en vinrent aux mains dans une lutte terrible.
Un combat acharné, plusieurs fois douteux, donna gain de cause à Septime Sévère, et Lyon, envahi, saccagé et incendié par l'armée victorieuse et ensuite encore plus ruiné par les vexations du vainqueur, reçut un coup mortel à son haut rang et à sa prospérité. Cette victoire de Septime Sévère fut remportée le 19 février de l'an 197. C'est en conséquence de cet événement, sinon même déjà plus tôt en exécution d'un décret du sénat par lequel Albin avait été, dès l'année précédente, déclaré ennemi public, que ses noms furent effacés sur notre autel.
Le taurobole offert pour les deux princes, pour la maison divine et pour le maintien de la colonie de Lyon, a été reçu par deux personnes : deux femmes, qui, d'après leurs surnoms d' Alexandrin et de Parthenope, paraissent avoir été des affranchies. Cette intervention de deux personnes s'explique par les bas-reliefs des faces latérales et sert elle-même à les expliquer. Sur ces bas-reliefs les têtes des victimes sont représentées deux fois ainsi que le couteau victimaire, et cela, croyons-nous, parce qu'il y a eu, simultanément ou non, mais compris dans la même solennité, deux sacrifices, l'un pour Septime Sévère reçu par Aufustia Alexandria, l'autre pour Albin reçu par Sergia Parthenope. Peut-être même y aurait-il d'autres inductions encore à tirer d'un examen attentif de ces sculptures. Dans celles de la face latérale gauche, la tête de taureau est placée au-dessus de la tête de bélier, et dans celles de la face opposée, la tête de bélier surmonte au contraire la tête de taureau, représentée dans des proportions remarquablement moindres. Ne serait-ce pas qu'on aura voulu marquer par l'ordre et le choix des victimes une différence répondant à celle qui existait entre le prince empereur et le prince qui n'était que césar?
Outre les deux femmes qui se sont offertes au sanglant baptême en accomplissement d'un vœu : ex voto, le texte nomme encore deux officiants de la cérémonie : le prêtre Aelius Castrensis qui l'a présidée, a entonné les prières et récité les formules, — car c'est là, explique de Boissieu, ce que signifie le mot praeeunte, —
et le joueur de flûtes Flavius Restitutus, déjà vu remplissant le même rôle dans le taurobole de l'an 190 et qui reparaîtra encore.
La solennité a duré trois jours, du 9 au 1 1 mai, pendant lesquels ont été consommés en festins faisant partie de la fête les deux taureaux et les deux béliers.
Il s'agit du mois de mai de l'année 194, indiquée par le consulat de Septime Sévère et d'Albin. C'est l'époque à laquelle Septime Sévère s'efforçait de capter la confiance d'Albin par des démonstrations d'amitié ; en 193 il l'avait adopté et nommé césar; il voulut être consul avec lui au premier janvier de l'année suivante.
L'autel a été élevé dans un lieu public, probablement le forum, sur un emplacement accordé par les décurions.