SEPTIME SEVERE ET CARACALLA
Taurobole offert pour la conservation de l'empereur Septime Sévère et de Caracalla et pour le maintien de la colonie de Lyon, en l'an 197.
Don de M. Dutillieu.
Arcade LI. — Autel dont la base et le couronnement ont été abattus à fleur du dé sur toutes les faces; vu en 1804 à la
CROIX-ROUSSE, « chez M. Dutillieu, dans la rue Masson » (Millin), et transporté à cette époque au Musée. Une tête de taureau et une tête de bélier l'une au-dessus de l'autre, ornées d'infiilae à perles et aujourd'hui martelées, étaient sculptées en relief sur chacune des deux faces latérales. On voit à la partie supérieure du bas-relief de droite le couteau à crochet qui a servi au sacrifice ; un couteau pareil devait être figuré sur la face gauche, dont le haut manque. — Hauteur i m. 45, du dé o m. 90, largeur o m. 47.
pro SALVTE IMP • L • SEPTIMI seveKl Pli PERTINACIS AVG ET-M-AVRELI ANTONINI CAES IMP • DESTINATI • ET 5 z VLIAE AVG MATRIS CASTROR
TOTlVSQVE DOMVS • DIVlNAE EÔRVM-ET-STATV-C-C-C- AVG LVG /AVROBOLIVM • FECERVNT SEPTICIA VALERIANA ET
10 OPTATIA • SIORA EX VOTO
PRAEEVNTE AELIO ANTHO SA CERDOTE SACERDOTIA AEMI LIA SECVNDILLA TIBICINE FL RESTITVTO APPARATÔRE VIRE
'5 IO HERMETIONE
INCHOATVM EST SACRVM 1 1 1 1 NONAS MAIAS ■ CONSVMMA
TVM NONIS • EISDEM T • SEXTIO LATERANO • L ■ CVSPIO
20 RV/lNO • COS
Des accents sur l'O de CASTROR, à la cinquième ligne; sur l'O d'EORVM et l'V de STATV, à la septième; sur l'O
d'APPARATORE à la quatorzième, et sur l'O d'INCHOATVM à la seizième.
Millin, Voyage, i, p. 522. — Artaud, Notice, 1803, p. 15; 1816, p. 41. — De Boissieu, p. 36. — Comarmond, Description, p. 165, pi. 8; Notice, p. 60. — Monfalcon, Réédition de la Recherche de Spon, 1857, p. 355; Musée lapidaire, p. 9. — Wilmanns, 122. — Dissard, Catalogue, p. 91.
Pro sainte Imper atoris L. Scptimii Severi PU Pertinacis Augusti et M. Aurelii Antonini Caesaris Imperatoris destinait , et Iuliae Augustae matris castrorum, totiusque douais diviuae cor uni et statu coloniae Copiae Claudine Augustae Lugdunensiuni , taurobolium fecerunt Septicia Valeriana et Optai ia Siora ex voto, praeeunte Aelio Autho sacerdote, sacerdoiia Aemilia SecundiUa, iibicine Flavio Restitulo, apparatore Vireio Hennetione, Inchoatum est sacrum llll nouas niaias, cousummatum nouis eisdem, T. Sectio Laterano, L. Cuspio Rufino consulibus. — Locus datus decrelo decuriouum.
« Pour la conservation de l'empereur Lucius Septime Sévère « Pius Pertinax Auguste et de Marc Aurèle Antonin César « (Caracalla) empereur destiné, et de Julia Augusta, mère des « camps, et pour la conservation de toute la maison divine et « le maintien de la colonie Copia Claudia Augusta de Lyon, « Septicia Valeriana et Optatia Siora ont, en accomplissement de « leur vœu, fait un taurobole. Le prêtre officiant a été Aelius « Anthus, la prêtresse Aemilia SecundiUa, le joueur de flûtes « Flavius Restitutus, l'ordonnateur Vireius Hermetio. La solennité « a commencé le IIII des nones du mois de mai (4 mai) et a fini « le jour des mêmes nones (7 mai), sous le consulat de Titus « Sextius Lateranus et de Lucius Cuspius Rufinus.
« L'emplacement a été donné par décret des décurions ».
De même que le taurobole de 194 pour Septime Sévère et Albin, celui-ci, offert pour Septime Sévère et Caracalla, paraît avoir donné
lieu à un sacrifice double. Sur l'un et l'autre des deux autels, les têtes de taureau et de bélier sont répétées, et sur l'inscription de l'un aussi bien que sur celle de l'autre apparaissent deux personnes comme ayant reçu le baptême mystique. Disons tout de suite que le taurobole dont il s'agit présentement a été célébré dans les premiers jours de mai de l'an 197, deux mois et quelques jours après la victoire remportée à Lyon par Septime Sévère.
Cet empereur a ici les surnoms de Pins et de Pertinax, pris, le dernier au moment de son élévation, l'autre dès avant la fin de 195. Son fils aîné porte les noms de «Marc Aurèle Antonin » et le titre de « César », qu'il lui avait donnés au plus tard au commencement de 196, étant à Viminacium sur les confins de la Mésie et de la Pannonie, alors qu'il s'apprêtait à marcher contre Albin. Le titre d' Imper ator destinatus, que notre inscription y ajoute et qui ne se rencontre sur aucun autre monument, est une sorte d'amplification pompeuse de celui de Caesar, en même temps une protestation contre les anciennes prétentions du César vaincu. A la tête de la maison divine est expressément nommée l'impératrice Julie avec le titre de « mère des camps » ; peut-être avait-elle été présente à la bataille. La colonie a ici encore tous ses noms ; elle est appelée Copia Claudia Augusta Lugudunum ou Lugdunum: l'abréviation LVG ne permet pas de savoir sous laquelle des deux formes était donné le nom de celtique. On apprend de Dion Cassius (46, 50), qui écrivait environ un demi-siècle plus tard, que la première avait, dès avant son temps, cessé d'être en usage.
Les deux femmes, Septicia Valeriana et Optatia Siora, qui ont reçu chacune un des deux sacrifices, en avaient d'avance formé le vœu. La seconde a un surnom qui paraît africain; un tombeau transporté de Lyon au village de Feyzin fait connaître qu'elle était mariée à un Marcus Modestius Modestinus (/use. de Vienne, 3, p. 97). Elle était peut-être compatriote de Septime Sévère, qui lui-même était africain d'origine.
La cérémonie semble avoir eu un éclat inusité. Outre le prêtre
officiant Aelius Anthus, qui selon l'apparence était un affranchi, il y a eu une prêtresse, Aemilia Secundilla, de condition ingénue d'après ses noms. Le joueur de flûtes Flavius Restitutus nous est déjà connu; nous l'avons vu assister aux tauroboles des années 190 et 194. Mais l'ordonnateur Flavius Hermetio, un affranchi sans doute d'après son surnom servile, apparaît pour la première fois.
La fête a duré quatre jours, du 4 au 7 mai de l'an 197, sous le consulat de Titus Sextius Lateranus et de Lucius Cuspius Rufinus. Une inscription d'Afrique (Renier, 3520; voyez Klein, Fasti consulares), donne au second de ces deux consuls le prénom de Caius : T. Sextius Lateranus, L. (C. ?) Cuspius Rufinus.
L'emplacement de l'autel a été concédé par un décret de l'autorité municipale et est à chercher, par conséquent, non sur le territoire compris entre les deux fleuves et faisant partie du domaine des trois Gaules, mais sur le sol lyonnais. C'est par suite de déplacement que cet autel sera venu à la Croix-Rousse.