Inscriptions antiques
A la différence des inscriptions païennes, les inscriptions chrétiennes sont souvent datées. Il se peut que quelques-unes de celles qui n'ont pas de date aient précédé, et même de beaucoup, celles qui en sont pourvues; mais, faute de données certaines à cet égard, on en est réduit à des présomptions. Quant aux inscriptions datées, la plus ancienne à Lyon et en même temps de toute la Gaule est de l'an 334; la suivante à Lyon n'est plus que de l'an 422, et il faut descendre jusque vers la moitié du cinquième siècle pour commencer à retrouver des inscriptions en abondance. Les inscriptions païennes, exception faite des inscriptions publiques, arrivent à peine, on s'en souvient, au-dessous de la moitié du troisième. Ainsi, c'est au cours du troisième siècle qu'a commencé un état de dépérissement attesté par le silence presque subit des inscriptions privées et promptement devenu tel que pendant un laps de deux cents ans on ne songe même plus à marquer extérieurement par un tombeau la place d'un mort ni à consacrer à sa mémoire une épitaphe. Et ce n'est pas à Lyon seulement; c'est partout même souffrance et même abstention.
La cause première est certainement dans la politique adoptée par Septime Sévère, suivie ou subie par ses successeurs : l'écrasement de l'élément civil sous la prépondérance excessive donnée à l'élément militaire; une anarchie armée, un état permanent de trouble et de guerre, une insécurité sans trêve, des besoins toujours croissants de l'Etat parallèlement à un appauvrissement toujours croissant des populations ont en peu de temps amené cet affaissement universel. Quelques éminents princes, Sévère Alexandre, Gordien le Pieux, Dèce, Claude, Aurélien, Probus apparaissent dans cette nuit confuse comme de brillants météores; ils ne laissent après eux, malgré leurs efforts louables ou leurs actions glorieuses, aucune durable amélioration. Dioclétien, au début du quatrième siècle, essaie de construire sur les ruines de l'édifice caduc d'Auguste un édifice nouveau; il subdivise les provinces et partage l'empire en quatre principautés associées ; il ne fait qu'aggraver le poids des fardeaux publics et ajouter des têtes à l'hydre des luttes de compétition. Constantin obtient, en arborant l'étendard de la foi qui déjà domine parmi les soldats, de faciles victoires sur ses collègues, que leurs armées trahissent, et réunit sous un seul sceptre jusqu'à sa mort tout le domaine romain, transformé en une monarchie dont il porte la capitale à Constantinople; loin d'alléger les charges qui pèsent sur ses sujets, il resserre davantage encore par des perfectionnements administratifs les liens d'une fiscalité depuis longtemps intolérable. La servitude devient préférable à la possession. Pour se soustraire à des exigences qui dépassent la limite du possible et appellent à leur aide les supplices, on se fait esclave ou l'on prend rang parmi les Bagaudes, dont les bandes, à peine moins nombreuses que des armées, vivent de pillage. Heureux ceux qui peuvent, laissant tout derrière eux, fuir à l'étranger! Le silence obstiné des inscriptions privées proteste éloquemment contre la prospérité d'un règne dont la gloire, surfaite, n'est qu'en apparence. En disséminant à l'intérieur du pays par petits fractionnements la majeure partie des troupes jusque-là fortement accumulées
aux frontières et en confiant la garde de celles-ci presque exclusivement aux barbares. Constantin facilite l'accès de l'empire aux invasions, dont le flot, battant toujours plus violemment contre la faible digue, ne tardera pas longtemps à déborder de toutes parts. Pendant tout un siècle, pour ne parler que de l'Occident, Goths, Huns, Sarmates, Gépides, Alains, Suèves, Vandales, Burgondes, Herules, Francs, Saxons, Lombards et autres, se précipitent à l'assaut des provinces, les dévastent en tous sens et s'y taillent, soit comme vassaux, soit en pleine souveraineté, des royaumes plus ou moins grands et plus ou moins durables.
Puis, à mesure que la domination des barbares se substitue à la tyrannie de l'administration romaine, il y a pour les peuples, alors délivrés des écrasants fardeaux dont si longtemps ils ont été accablés, comme un soulagement immense, une reprise d'haleine au moment où ils se sentaient mourir par suffocation, une halte dans l'agonie; c'est que le partage des biens, si dur fût-il, et la vie commune avec des hôtes de mœurs incultes et d'éducation grossière, quel qu'en fût le dégoût, trouvent une large et bienfaisante compensation dans la suppression des impôts, c'est-à-dire dans la cicatrisation de ce mal horrible entre les autres de toute sorte qui font de la dernière période de l'empire romain une des époques les plus désespérées que jamais peut-être ait traversées l'humanité. Des codes s'élaborent, la monnaie se maintient pure et afflue, une littérature propre à la Gaule se remet à fleurir non sans un certain éclat et, de nouveau, se montrent nombreuses, après un mutisme de deux siècles, les inscriptions privées. Leur disparition avait correspondu à la déchéance de la prospérité; leur réapparition correspond à son relèvement ; l'extrême différence entre l'interruption et la reprise marque l'étendue de la révolution accomplie.
Mais peu à peu cette éclaircie, prise faussement pour une aurore, s'assombrit. Une nuit plus profonde que jamais répand encore une fois ses ténèbres , et encore une fois les inscriptions font
défaut. Lorsqu'elles se remontreront, l'antiquité aura fait place au moyen âge.
La géographie aussi a subi de notables changements; ce n'est plus celle d'Auguste, c'est celle de Dioctétien avec les modifications apportées par ses successeurs. Lyon n'est plus la capitale des trois Gaules ni particulièrement de la Gaule lyonnaise, mais la métropole seulement de la Lyonnaise Première, province qui confine du côté d'est à la Séquanaise, démembrement de la Germanie Supérieure et de la partie de l'ancienne Lyonnaise située à la gauche de la Saône ; du côté du nord aux deux Belgiques Première et Deuxième; du côté d'ouest à la Lyonnaise Quatrième et à l'Aquitaine Première, et du côté du sud à la Viennoise. Vienne, la métropole de celle-ci, est en même temps celle d'un vaste tènement embrassant toute la moitié méridionale de la Gaule et appelé d'abord Diocèse de Vienne, ensuite les Sept Provinces, c'est-à-dire la Viennoise, l'Aquitaine Première, l'Aquitaine Deuxième, la Novempopulanie, la Narbonnaise Première, la Narbonnaise Deuxième et les Alpes Maritimes. L'autre moitié s'appelle le Diocèse des Gaules ou les Provinces Gallicanes.
Les Alpes Grées et Pennines sont du Diocèse des Gaules ; les Alpes Cottiennes appartiennent à l'Italie.
Dans la partie nord-est de la Viennoise apparaît la Sapaudie, c'est-à-dire la Savoie y compris Genève. La partie sud de la Narbonnaise Première devient la Septimanie.
Sur les débris de la domination romaine, de plus en plus refoulée et finalement expulsée, se sont établis dans le sud-est le royaume des Burgondes, dans le sud-ouest celui des Visigoths et dans le surplus du territoire celui des Francs. Ceux-ci, après avoir successivement enlevé aux Romains tout ce qui leur restait encore, avoir rejeté en Espagne les Visigoths et s'être annexé la Burgondie, se trouveront être seuls maîtres de la Gaule entière, accrue au delà du Rhin d'une très grande partie de la Germanie.
En ce qui concerne les monuments, la dissemblance entre les deux époques apparaît non moins grande, et tout d'abord dans la forme des tombeaux. Les stèles, les cippes, ne se rencontrent plus. L'incinération, considérée comme préjudiciable à la résurrection des corps, est répudiée avec horreur, et il n'y a plus d'autre tombe que le sarcophage; on l'emprunte à une sépulture païenne ou on le creuse dans un bloc arraché à un édifice romain ou bien encore et plus ordinairement on le construit de débris assemblés au hasard. Les tombes sont de deux sortes, les unes visibles, les autres cachées. Grégoire de Tours parle de sarcophages déposés sur le sol. Des sarcophages décorés de bas-reliefs ou d'inscriptions pompeuses étaient certainement placés en vue, soit contre les murs des églises, soit notamment sous le porche qui en précédait l'entrée, ou, moins privilégiés, n'avaient d'abri que le ciel ; mais la plupart des auges funéraires étaient enfouies au fond de fosses remblayées sans autre marque apparente que le tertre de terre accumulée au-dessus de chaque inhumation. Apollinaire Sidoine, décrivant le cimetière de Saint-Irénée à Lyon, dit que, les pluies et les neiges ayant peu à peu affaissé ces tertres et aplani le sol, le champ présentait une surface nivelée où rien n'indiquait plus la place des sépultures. Telle était notamment la place où reposait son aïeul ; elle était même tellement arrasée qu'elle paraissait vacante. Ces tombes, soustraites aux regards, n'étaient pas toujours pour cela dépourvues d'inscriptions; la légende était alors tournée vers l'intérieur de l'auge, soit qu'elle fût gravée sur la face inférieure du couvercle ou que, plus simplement encore, une plaque inscrite, de pierre ou de marbre et que le plus souvent on n'avait pas même pris la peine d'équarrir, fût déposée intérieurement à la tête du mort; c'était ainsi un certificat d'identité pour le jour de la résurrection. L'épitaphe du diacre Emilius, dont le sarcophage, bâti en briques entremêlées de pierres, a été découvert au Châtelet d'Andance, dans le département de l'Ardèche. occupait, bien que partiellement en vers, le dessous du couvercle et regardait le squelette.
Une floraison toute spéciale d'ornements symboliques distingue aussi l'épitaphe chrétienne de celle du païen. Le Chrisme sous différentes formes, des colombes affrontées, un vase d'où s'échappe un double rinceau, des palmes, des pampres, la Croix, des étoiles encerclées sont les plus fréquents de ces ornements, gravés au simple trait et d'un dessin barbare, mais non entièrement dépourvu d'élégance.
D'accord avec l'ornementation est la forme barbare des lettres, maintenant peu profondément gravées, petites, étroites, mal alignées, renversées les unes contre les autres dans un désordre parfois assez comparable à celui des épis d'un champ saccagé par la grêle; elles sont, de plus, abâtardies de diverses manières caractéristiques, par exemple le prolongement des hastes verticales au-dessus et au-dessous des traverses, le fréquent emploi de l'abréviation du chiffre VI dégénérée en ce qu'on appelle l'épisème /3aû, précédemment inusité, les A à barre chevronnée, les O losanges, les Q, les H abandonnant la forme onciale pour celles de l'écriture cursive : q, h.
De même que la facture manuelle, les formules accusent de profondes modifications. Outre que les barbarismes et des fautes de toute sorte abondent et dénotent une orthographe qui semble n'avoir plus d'autre guide que la prononciation, le dus Manibus, le triple nom romain, la filiation, le rappel de la profession, des fonctions, des dignités à moins qu'elles ne soient religieuses, la mention des survivants n'apparaissent plus. Un nom seul, très rarement de forme gentilice, précédé d'un début tel que hic ou in hoc tumulo jacet ou requiescit bonac memoriae, puis à la suite du nom le nombre des années de vie : qui vixit annos ou plus minus annos, et la date de la mort : obiit in pace, héritage de la formule juive, tel jour du mois sous tel consulat ou post-consulat et tardivement avec adjonction de l'indiction, composent maintenant la trame ordinaire du contexte; s'y intercalent fréquemment aussi des éloges des vertus
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ascétiques du défunt, des expressions de dévotion et d'humilité, des allusions ou des emprunts à des passages de l'Ecriture, des attestations fanatiques de mépris du monde et de la vie terrestre. Rédigées par des clercs et pour ceux-là seuls qui étaient jugés méritants, ces épitaphes ne peuvent qu'avec réserve être prises comme une exacte représentation de l'état des esprits aux époques auxquelles elles appartiennent. L'histoire du temps est là pour témoigner que la société d'alors, toute pénétrée qu'elle était d'une piété outrée, n'avait en aucune manière, plus que les précédentes, le privilège d'être parvenue à la perfection morale.
Ce sont aussi des orthographes archaïques bannies de la bonne latinité depuis des siècles, mais conservées dans le langage vulgaire et qui reparaissent maintenant comme nouvelles, par exemple la continuelle confusion de IV et de 1'/, de \'o et de Vu, celle moins ancienne et à peine moins fréquente du b et du v.
Ce nom unique dont il vient d'être parlé, habituellement de forme cognominale, est souvent emprunté à la langue grecque, mais sans que pour cela on soit autorisé à en conclure, comme aux trois premiers siècles, à une condition servile. Non seulement le surnom grec a perdu sa signification avilissante, il est en honneur. Des empereurs ne s'étaient-ils pas fait gloire de surnoms de forme servile? Dioclétien et Maximien s'étaient eux-mêmes surnommés Jovius et Herculius; puis, après le transfert de la cour à Constantinople, on avait vu sur le trône, en Occident aussi bien qu'en Orient, des souverains qui s'appelaient Théodose, Eugène, Arcadius, Olybrius, Anthème, Glycère, Basiliscus, Zenon, Anastase. Les listes consulaires à partir du quatrième siècle sont pleines de désignations par un simple surnom latin ou grec sans adjonction du nom gentilice, quoique bien certainement il n'y eût aucun consul qui ne fût citoyen romain, soit comme descendant d'ancienne famille, soit comme ayant lui-même obtenu le droit de cité. C'est que parallèlement à la réhabilitation du surnom grec, autrefois abject,
et au rehaussement du surnom latin, autrefois insuffisant, le nom gentilice est progressivement tombé en déconsidération. La disqualification du Romain, déjà depuis longtemps entrée profondément dans l'armée, où toujours de plus en plus toute l'estime et toutes les préférences sont pour le plus barbare, a fini par envahir l'élément civil. Sous Constantin et ses fils, et encore après eux sous leurs successeurs, le non-citoyen promu à un grade ou à fonction publique acquiert en même temps, par une concession du souverain, le droit de cité, et de là ces Flavii en quantité si grande, mais qui ne paraissent pas avoir beaucoup tenu à se glorifier de leur prérogative, puisque même dans les documents officiels ils ne se désignent ordinairement que par un de leurs surnoms. Gondebaud patrice et maître de la milice , Gondeuch son père maître de la milice, Sigismond patrice et comte des largesses sont citoyens romains et continuent, bien que pourvus de ces titres de dignités romaines, à ne s'appeler que de leurs noms barbares; Clovis reçoit de l'empereur les insignes consulaires et aussi le droit de cité et le gentilice impérial Flavius, il n'ajoute pas le nom romain au sien. De plus, depuis le cours du cinquième siècle, les barbares se sont partout rendus les maîtres et dominent seuls en Occident. Ces hommes ne connaissent que la dénomination par un seul nom. Le gentilice romain est comme la marque ostensible de l'appartenance à la race subjuguée; ayant cessé d'être un honneur, il est maintenant à peu près délaissé.
Le fait que les inscriptions chrétiennes sont le plus souvent datées, — et à Lyon le nombre de celles qui le sont dépasse de beaucoup le nombre de celles qui ne le sont pas, — leur communique un intérêt de premier ordre ; elles offrent par là un jalonnement chronologique qui permet de les rattacher à l'histoire.
Dans le but de faciliter ce rattachement, nous avons admis dans la série, mais sans leur donner de numéros, les inscriptions datées aujourd'hui perdues ou non entrées au Musée.
Les inscriptions datées embrassent une période de près de trois cents ans; elles vont de l'an 334 jusqu'à l'an 601, peut-être même jusqu'à l'an 622.
Épitaphe de Selentiosa, datée du consulat d'Optatus et de Paulinus = 354.
Perdue. — Inscription, « découverte avec quelques autres sur « la montagne de S. IRÉNÉE »; Lugduni ad S. Irenaei (Maffei).
OPTATO ET PAVLINO CON SVLIBVS KAL FEBRARIS DEPOS SELENTIOSES
Journal de Trévoux, 1731, p. 1612 : « Caractères mal formés « et mal compassés ». — Maffei, Galliae antiquitates, p. 91. — De Boissieu, p. 542. — Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, I, p. 138; Epigraphie chrétienne, p. 14. — De Rossi, Inscriptions chrétiennes de Rome, I, p. 39.
Optato et Paulino consulibus , kalendis februariis , deposilio Siieutioses.
« Sous le consulat d'Optatus et de Paulinus, le jour des calendes « de février (i" février), a eu lieu la déposition de Selentiosa ».
Le consulat d'Optatus et de Paulinus répond à l'an 334.
On ne sait pas les autres noms du consul Optatus, et c'est par confusion avec un consul beaucoup plus ancien, probablement du temps de Sévère Alexandre (Borghesi, Œuvr., IV, 133; V, 363, note 3) et sur le fondement d'une inscription fausse (Mommsen, /. N., Falsae, n° 333; de Rossi, /. c.) que les Fastes l'appellent L. Ranius (quelques-uns Ravins) Acontius Optatus; mais on sait par Zosime (II, 40) qu'il était patrice et le premier qui ait eu ce titre; il l'avait reçu de Constantin en même temps que Jules Constance, le frère de l'empereur, en 333. c'est-à-dire l'année d'avant son consulat (Tillemont, Empp., IV, p. 256 : « postérieu- « rement au consulat », par erreur). Ce patriciat, institution de Constantin, était, non pas une fonction, mais une dignité purement honorifique, n'ayant au-dessus d'elle que celle de consul et signifiant par son nom même que ceux à qui était conférée cette sorte de noblesse étaient considérés comme les pères du prince ou tout au moins comme ses amis apparentés et ses conseillers intimes.
Le second consul, nommé simplement Paulinus et habituellement Anicius Paulinus junior, s'appelait de tous ses noms Amnius Manius Caesonius Nicomachus Anicius Faustus Paulinus junior (voyez de Rossi, p. 589).
L'épitaphe de Selentiosa, de 334, est la plus ancienne des inscriptions chrétiennes de la Gaule avec date. Vient ensuite une inscription de Saint-Bertrand de Comminges datée des consuls de l'an 347, postérieure à celle de Lyon de treize ans seulement (voy. Le Blant, II, p. 609). L'une et l'autre sont remarquables par la simplicité de leur rédaction.
La dcpositio, c'est, non pas le décès, mais la déposition dans la tombe, l'inhumation.
Selentioses au lieu de Silenliosac, génitif de forme grecque.
E pour i, confusion des plus communes, mais non imputable à la corruption du langage, car on en trouve des exemples sur des monuments de la plus ancienne latinité, par exemple sur la deuxième inscription du tombeau des Scipions de 250 ans av.J.-C. : Dedet tempestatebus aide(m) mereto.
Epitaphe de Pascasia, datée du consulat d'Honorius consul pour la treizième fois et de Théodose consul pour la dixième fois = 422.
Perdue. — Inscription découverte en 1736 avec plusieurs autres au quartier SAINT-JUST, sur l'emplacement de l'ancienne église des Machabées.
HIC REQVIESCIT PASCASIA
DVLCISSIMA INFANS QVAE VIXIT ANI DVOBVS MENS TRIBVS ET 5 DIESXOBIIT
lui KAL AVG H0N0RI0 XI h ET THE0D0SI0 X CONSS
Histoire de l'Acad. des inscriptions, XVIII, p. 242. — De Boissieu, p. 550. — Le Blant. I, p. 3; Epigrapbie chrétienne, p. 15.
Hic requiescit Pascasia, dulcissima infans, quae vixit annis duobus, mensibus tribus et aies X; obiit IIII kalendas augustas, Houorio XIII et Theodosio X consulibiis.
« Ici repose Pascasia. enfant chérie, qui a vécu deux ans, trois « mois et dix jours ; elle est morte le 4 des calendes d'août « (29 juillet), sous le consulat d'Honorius consul pour la trei- « zième fois et de Théodose consul pour la dixième fois ».
Le treizième consulat d'Honorius et le dixième de Théodose désignent l'année 422.
A cette époque, l'état des affaires romaines en Occident est déjà aussi misérable que possible; ébranlée de toutes parts à la fois, cette partie de l'immense édifice est en plein écroulement. En 407, une multitude de nations barbares d'outre-Rhin s'est précipitée sur la Gaule et, après l'avoir parcourue, dévastée et incendiée à discrétion pendant deux années entières , est allée porter ses ravages en Espagne; en 410, le roi des Goths, Alaric, revêtu de la dignité de maître de la milice de la préfecture d'Illyrie, a envahi pour la seconde fois l'Italie, mis Rome à rançon, et, l'argent reçu, livré la ville au pillage; en 413, les Burgondes ont été admis à se fixer, à titre de fédérés, dans la Germanie Première; en 419, les Visigoths, ayant aidé le successeur d'Alaric, Ataulf, devenu le beau-frère de l'empereur, à reprendre la Gaule sur les usurpateurs Constantin, Géronce, Jovin et Sébastien, et l'Espagne sur les Alains et les Vandales : ceux-là détruits, ceux-ci refoulés au sud de la Péninsule, ont reçu en récompense de ce service la Novempopulanie avec Bordeaux dans l'Aquitaine Seconde et Toulouse dans la Narbonnaise occidentale. Ainsi, à la date de l'épitaphe de Pascasia, deux royaumes barbares sont fondés dans la Gaule : celui des Burgondes dans les districts de Worms, de Mayence et de Spire, sous leur roi Gonther, et celui des Visigoths sous leur roi Vallia dans la région pyrénéenne.
Les Mésies sont au pouvoir des Goths, les Pannonies au pouvoir des Huns ; en Espagne, la Galice appartient aux Suèves, la Bétique aux Vandales, qui de là ne tarderont pas à franchir le détroit et à aller conquérir l'Afrique.
L'épitaphe provient des ruines de l'ancienne église des Machabées. Celle de Flavius Florinus (chapitre ci-après des Inscriptions sans date) « nous apprend », dit M. Le Blant, « que les fidèles « qui y étaient ensevelis reposaient auprès des martyrs. Un pareil « lieu de sépulture n'était accordé qu'avec une extrême réserve. « Nous devons donc penser que Pascasia, trop jeune pour avoir « pu mériter cet honneur, était enfant d'une famille considérable « et que c'est à ce titre que ses restes auront été placés dans le « sanctuaire des Machabées ».
Pascasia, nom juif et chrétien.
Conss , abréviation inconnue aux deux premiers siècles; on écrivait alors cos ; vers le milieu du troisième on s'est mis à écrire coss, puis plus tard cous.
Épitaphe de Leucadia, datée de Tannée après le treizième consulat de l'empereur Théodose = 43 1 .
Non entrée au Musée. — Epaisse table de marbre, trouvée en 1736 avec plusieurs autres dans les ruines de l'ancienne église SA1NT-JUST, primitivement consacrée aux Machabées (De Boissieu) ; disparue , puis retrouvée dans une maison de la rue des
Farges, où elle était employée comme marche d'escalier; actuellement à Paris, en la possession de M. Le Blant, l'auteur des Inscriptions chrétiennes de la Gaule. — Hauteur o m. 30, largeur o m. 67.
i N HVC LOCV REQVIEVIT LEVCADIA DEO SACRATA PVELLA Q V I VITAM S V A M PROVT PROPOSVERAT GESSIT QVI VIXIT ANNOS XVI TANTV 5 BEATIORIN DÏO CONDEDIT MENTEM
P T S cTn S V THEVDOSI XIII
Histoire de l'Académie des Inscriptions et belles- lettres, XVIII, p. 142. — De Boissieu, p. 550. — Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, I, p. 89,' pi. n" 21; Epigraphie chrétienne, p. 8s et photographie, pi. 3 : à la fin de la cinquième ligne TAN- TVM, l'M réduite à la moitié inférieure de son jambage gauche.
--, MHV in^CVRfeviFviT^EVCÂTÏÏAX Dfo5/\CRATAPyFlAAQV IV I T A M 5VAM PRuvTPRopojvE Rat GE S 5iTQViyiXlT4NNo5'XV| TAN TV
BE A riofyMDNoCONDEDlTME M TE M PT5 Coin 5VT H E V D c>5 I X 1 1 /
Dessin de notre collègue M. Dissard, d'après le nôtre : au-dessous de l'inscription se voient le Chrisme cruciforme entre deux colombes et, derrière chacune de celles-ci, une sorte de lys ou plutôt de tulipe renversée.
In hue locu requievit Leucadia, Deo sacrata puclla , qui (quae) vitam suam prout proposuerat gessit, qui (quae) vixit aunos XVI, tantu beatior in Domino condedit mentent, post consulatum Theudosii XIII.
« En ce lieu repose Leucadia, vierge consacrée à Dieu; sa vie
« remplie ainsi qu'elle se l'était proposé, elle a vécu seize ans, et, « d'autant plus heureuse, a remis son âme au Seigneur, l'année « après le consulat de Théodose consul pour la treizième fois ».
Théodose a été consul pour la treizième fois avec Valentinien pour la troisième fois, en 430. L'année, désignée dans l'inscription comme étant celle qui a suivi le treizième consulat de Théodose, répond donc à 431. Il y eut cependant cette année deux consuls : Anicius Bassus en Occident et Antiochus en Orient, mais sans doute tardivement connus dans la Gaule et postérieurement à la rédaction de l'épitaphe de Leucadia, que de Boissieu, approuvé par M. de Rossi (I, p. 288, note 6), attribue au commencement de l'an.
Honorius, mort en 423, et l'usurpateur Jean, tué en 425, l'Occident a passé sous le gouvernement de Valentinien III ou plus réellement du patrice Aétius, dont le grand rôle remplit presque tout le règne de cet empereur. En 425, Aétius délivre la ville d'Arles assiégée par les Visigoths, et, en 431, après avoir successivement réprimé des soulèvements des peuples du Norique et de la Vindélicie, il vient combattre en Gaule les Francs, qui, déjà refoulés sur l'Escaut en 428, se sont de nouveau, sous la conduite de leur roi Clodion, avancés jusqu'à la Somme ; après les avoir complètement battus, il les contraint à la paix. Dans toutes ces expéditions, il est vaillamment secondé par son lieutenant l'arverne Avitus , le futur empereur.
M. Le Blant observe qu'il faut entendre par l'expression Deo sacrata puella la religieuse dont le vœu est complet. Il se peut alors que les seize ans de vie relatés par l'épitaphe, dont les termes s'accordent peu avec une existence si courte, n'aient été comptés qu'à partir de l'entrée en religion.
Leucadia, nom mythologique, à moins que la défunte ne s'appelât Leocadia par suite de la même substitution de Vu à \'o qui apparaît dans Tht'iidosi pour Tbeodosi, dans bue pour hoc, dans locu pour loco,
l6 INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES
dans tantu pour tanto et, sur beaucoup des inscriptions suivantes, dans ami us pour aimos.
Qui pour qitae, faute des plus fréquentes et à laquelle remonte peut-être l'origine de notre actuelle manière de parler.
Condedit pour condidit, par remplacement de \'i par \'e.
Pts, abréviation fautive de post ; on aurait dû écrire pst. L'abréviation ordinaire de post consulatiim est p. c. surmontés d'un trait horizontal.
Épitaphe de Mercurina , datée du consulat de Calipius = 447.
Arcade XXXII. — Tablette de pierre, « trouvée par l'architecte « Flachéron en faisant construire une fontaine au quartier « SAINT-JUST » (Artaud); « en 1806, dans la rue des FARGES, « à Saint-Just » (De Boissieu). — Hauteur o m. 26, largeur o m. 28.
hic i A C E T DECORA MERCVRINA QVI VIXIT ANNOS XX OVIIT XIII KAL MA 5 IAS VIGELIA PASCE