‹ Inscriptions antiquesChapitre 2 sur 66 · ASSOCIATION DES TROIS GAULES POUR LE CULTE DE ROME ET D'AUGUSTE · texte numérisé non relu

ASSOCIATION DES TROIS GAULES POUR LE CULTE DE ROME ET D'AUGUSTE

Les trois Gaules, — les soixante peuples, — la Germanie, — le rétablissement des assemblées nationales de la Gaule et la substitution du culte de l'empereur au culte des dieux, — l'autel, — le temple, — l'amphithéâtre, — le domaine des trois Gaules et le pagus de Condate, — l'assemblée, — la Lyonnaise à l'assemblée, — l'Aquitaine à l'assemblée, — la Belgique à l'assemblée.

Les trois Gaules.

Tandis que la Narbonnaise, façonnée de bonne heure à la civilisation romaine et considérée plutôt comme un prolongement de l'Italie que comme une partie de la Gaule, était une province administrée par le sénat, la Gaule postérieurement conquise par Jules César, la vraie Gaule pourrait-on dire, formait, après sa réorganisation par Auguste, trois provinces dont l'administration appartenait à l'empereur, mais sous le rapport religieux une seule circonscription appelée les trois Gaules.

La capitale administrative, le siège religieux étaient aussi bien l'un que l'autre non au centre du pays, mais à la limite par laquelle, à son extrémité sud-est, il joignait à la Narbonnaise et faisait face à l'Italie. Sur la colline de Fourvière s'élevait la colonie romaine de Lyon, sur la colline opposée, dominant le confluent de la Saône et du Rhône l'autel de l'association gauloise. Comme deux majestueux pylônes au-devant d'un temple, ils dressaient, à l'entrée de cette riche terre celtique destinée dans les vues d'Auguste à devenir une sorte d'empire du nord, un grandiose et splendide décor. Entre l'autel et la ville, ainsi voisins et séparés, passait la Saône. Tournant brusquement de l'est au sud pour courir à la Méditerranée, le Rhône les reliait en ligne directe avec Rome.

Les soixante peuples.

Les trois Gaules comprenaient d'après Strabon soixante peuples, d'après Tacite et d'après Ptolémée soixante-quatre. Mais ni Tacite ni Ptolémée ne se sont préoccupés de la question religieuse; Tacite, parlant des appréhensions exagérées que causait à Rome l'insurrection conduite par Florus et Sacrovir en l'an 21, dit (Ami. III, 44) qu'à en croire les bruits grossis par la renommée, « les soixante- « quatre cités de la Gaule » : quatuor et sexaginta Galliarum civitates, étaient déjà en pleine révolte ; Ptolémée fait par province l'énumération des peuples de la Gaule ; il en compte dix-sept en Aquitaine, vingt-cinq dans la Lyonnaise, vingt-deux en Belgique (voy. Marquardt dans VEphemeris 1872, p. 204), en tout soixantequatre peuples. Strabon, au contraire, a particulièrement en vue l'association gauloise pour l'érection du temple de Rome et d'Auguste : « Au confluent des deux fleuves, s'élève », dit-il (p. 192), « en l'honneur de César Auguste, un temple décrété « d'un commun accord par tous les Gaulois; ce temple renferme « un autel célèbre avec une inscription des noms des peuples, « au nombre de soixante, et l'image de chacun d'eux ».

M. Mommsen émet, dans son Histoire des provinces de l'empire romain (p. 88, n.), l'opinion que les quatre cités qui composaient l'Aquitaine pyrénéenne : les Ausques, les Vasates, les Tarbelles et les Convènes, auraient à une époque donnée cessé de faire partie de l'association des trois Gaules et eu, probablement à Lectoure, leur représentation à part. Ainsi s'expliquerait peut-être que la Gaule pouvait compter sous le rapport administratif soixantequatre peuples, et sous le rapport de l'association religieuse des

trois provinces soixante peuples seulement. Il est très remarquable que sur les inscriptions relatives à cette association jusqu'à présent connues ne s'est encore rencontrée la mention d'aucun des peuples de l'Aquitaine méridionale.

Les dix-sept peuples de l'AQUITAINE, au nombre de six entre les Pyrénées et la Garonne et de onze entre la Garonne et la Loire, sont les suivants :

Des Pyrénées à la Garonne :

i — Les Convenac, débris des bandes de Sertorius réfugiés dans les Pyrénées et réunis par Pompée en une colonie ; fugitivi ab saltu Pyrenaeo praedonesque (César) ; — gratifiés, ainsi que les

Ausci, du droit des villes latines ; « on trouve chez eux la

« ville de Lugdunum et les beaux thermes des Onesii » (Strabon); — mox in oppidum contribua (Pline); — « dont la ville est Lug- « duniim, colonie » (Ptolémée), Saint-Bertrand-de-Comminges.

2 — Les Ausci (César); — Auscii, « à qui les Romains ont « accordé, ainsi qu'aux Convenue, le droit des villes latines » (Strabon); — le plus célèbre des peuples aquitains (Mêla); — Ausci (Pline); — Auscii, « dont la ville est Augusta » (Ptolémée), qui s'appelait aussi Eliniberris, Auch. Le peuple est mentionné dans Sidoine Apollinaire (Epist., VII, 6) sous le nom d'Auscenses, et la ville, dans Pline, sous celui de Climberrum, à corriger sans doute par Elimberrum.

3 — Les Datii, « dont la ville est Tasta » (Ptolémée). peuple et ville inconnus; peut-être les Gates ou Gartes mentionnés par César et qu'on a proposé de placer dans l'ancien comté de Gaure qui faisait partie de la Lomagne. Leur capitale aurait été Lectoure.

4 — Les Vocates (César), — Basabocates (Pline); — Vasatii, « dont la ville est Cossium » (Ptolémée), Cossio (Ausone), Bazas. Ils s'appelaient Vasates aux temps d'Ausone et de Sidoine.

5 — Les Tarbelli (César); — « dans la partie de l'Aquitaine

« que baigne l'Océan » (Strabon); — Tarbelli quatuor signant (Pline); — Tarbelli, « qui ont pour ville Aqnae Augiistae » (Ptolémée), Aquae Tarbcllicae (Itin. Ant.), Dax.

6 — Les Bituriges Vivisci, d'origine celtique et étrangers en Aquitaine; « leur place de commerce est Bitrdigala, située sur « une espèce d'anse formée par les embouchures de la Garonne » (Strabon) ; — Bituriges liberi cognomine Ubisci (Pline) ; — Bituriges Vibisci, « dont les villes sont Noviomagus et Bitrdigala »

(Ptolémée), Burdegala (Ammien), et Bordeaux. Ils étaient

inscrits dans la tribu Qidrina.

De la Garonne à la Loire :

7 — Les Nitiobriges, taxés à fournir 5000 hommes pour la délivrance d'Alise (César), — Nitiobriges (Strabon) ; — Antobriges (Pline); — Nitiobriges, « dont la ville est Aginnum » (Ptolémée), Agennum (Ausone), Agen.

8 — Les Petrocorii, taxés à fournir 5000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Petrocorii (Strabon); — Petrocori (Pline); — Petrocorii, « dont la ville est Vesonna » (Ptolémée), Vesunna (Itin. Ant.), Périgueux. Sidoine (Ep., VII, 6) les appelle Petrogorii. Les inscriptions donnent pour le nom de la ville Vesunna et peut-être aussi Vesunnia, et pour le nom du peuple ordinairement Petrucorii. Ils étaient inscrits dans la tribu Quirina.

9 — Les Ruteni, taxés à fournir 12000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — limitrophes de la Narbonnaise (Strabon, Pline); — Rutaiii, « dont la ville est Etodunum » (Ptolémée), Segoduiiuin, Segodum (Table de Peutinger), Rodez.

10 — Les Arvenii, du nombre des peuples qui participèrent à l'expédition de Bellovèse en Italie, en 580; engagés dans l'armée d'Asdrubal en 207 ; étendaient leur domination jusqu'aux Pyrénées; mettent sur pied 200000 hommes contre Fabius et Ahénobarbus; — ils sont taxés avec leurs clients les Cadurques, les Vellaves et les Gabales, à fournir 35000 hommes pour la délivrance

d'Alise (César); — « ils ont pour capitale Nemossus, bâtie sur la « Loire » (Strabon, qui confond la Loire avec l'Allier); — lïberi (Pline); — « habitent les monts Cemmeni; chez eux est la ville à! Aitgustonemetitm » (Ptolémée), Clermont. C'est aussi chez eux qu'était le célèbre oppidum de Gergovia, que César assiégea et ne put prendre. Ils appartenaient à la tribu Qidrina.

ii — Les Cadurci, clients des Arvernes (César); — Cadurci (Strabon, Pline); — « dont la ville est Dueona » (Ptolémée), Divoiiû, Dibona, Cahors. C'est chez eux que se trouvait l'oppidum d'Uxellodiimtin, le Puy-d'Issolud, où le gaulois Lucterius opposa à César une résistance désespérée.

12 — Les Gabali, clients des Arvernes (César); — « dans le « voisinage de la Narbonnaise sont les Gabali, dont le territoire « possède des mines d'argent » (Strabon); — Gabales (Pline);

— Gabali; « leur ville est Anderedum » (Ptolémée), Anderitum (Table de Peutinger), Javols dans le Gévaudan. Sidoine Apollinaire (Ep., VII, 6) les nomme Gabalitani.

i) — Les Vellavi, clients des Arvernes (César); — Vcllai, « qui « autrefois faisaient partie des Arvernes, mais aujourd'hui forment « un peuple séparé » (Strabon); — Velauni, « dont la ville est « Ri/essù/m » (Ptolémée), Revessium (Table), Saint-Paulien.

14 — Les Lemovices, taxés à fournir ioooo hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Lemovices (Strabon, Pline); — Limovici, « qui ont pour ville Augustoritum » (Ptolémée), Ausriium (Table de Peutinger), Limoges.

1 5 — Les Bituriges, le plus puissant peuple de la Gaule au temps de Tarquin l'Ancien; envoient, sous la conduite de Bellovèse, en 580, une expédition en Italie, et sous la conduite de Sigovèse une expédition en Germanie ; — au temps de César sous la protection des Éduens. Ils sont taxés à fournir 12000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Bituriges Citbi (Strabon);

— Bituriges liberi qui Citbi appcllantitr (Pline); — Bituriges Citbi, « dont la ville est Avaricum » (Ptolémée), Bourges.

16 — Les Santones, Santoiii, taxés à fournir 12000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Santones : « la Garonne « se jette dans l'Océan entre le pays des Bituriges surnommés « Vivisci et celui des Santones, deux peuples gaulois d'origine....; « le long de l'Océan, on trouve les Santones près de la Garonne » (Strabon); — liberi (Pline); — « ils ont pour ville Mediolanium » (Ptolémée), Saintes. Ils appartenaient à la tribu Voltinia.

17 — Les Pictones, taxés à fournir 8000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — « la Loire se décharge entre les

« Pictones et les Namnetes ; le long de l'Océan on trouve les

« Pictones près de la Loire » (Strabon); — Pictones (Pline); — « ils ont pour villes Ratiatnm et Limonum » (Ptolémée), Lomoununi (Itin. Ant.), Lemunitm (Table de Peutinger), Retz et Poitiers. Ils s'appelaient aussi Pictavi (Ammien, la Notice des provinces).

Les vingt-cinq peuples de la LYONNAISE sont :

1 — Les Segnsiavi, « les premiers que l'on rencontre au-delà « du Rhône en sortant de la province » ; clients des Éduens (César); — « le Rhône, après être descendu dans les plaines des « Allobroges et des Segnsii, se joint à la Saône à l'endroit où

« est Lugdunum, ville appartenant à ces derniers ; Lugdunum

« est la capitale des Segnsii » (Strabon); — « Secnsiabbi liberi » (Pline); — Segnsiavi, « dont les villes sont Rodnmna et Forum « Segiisiavontm » (Ptolémée), Roanne et Feurs ; — Lugdunc capitt Gallianun : usqne hic legas (Table de Peutinger), Lugudunum déformé ensuite en Lugdunum (Dion Cassius, 46, 50), Lyon. Les Lyonnais étaient inscrits dans la tribu Galeria.

2 — Les Haedni, du nombre des peuples qui participèrent à l'expédition de Bellovèse en Italie, en 580 ; tenaient le premier rang dans la Gaule et avaient le titre de « frères et consanguins « des Romains »; — ils sont taxés avec leurs clients les Segnsiavi, les Anibluareti, les Anlerci Brannovices et les Brannovii, à fournir

35000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Aediti, « séparés des Sequani par la Saône ; ils possèdent la ville de « Cabyllimim sur cette rivière et la forteresse de Bibracte » (Strabon); — Hedui foederati (Pline); — Aedui, « chez lesquels « sont les villes d ' Augustodunum, de Cabyllinum et de Lugdunum « métropole de la Gaule » (Ptolémée), Autun, Chalon-sur-Saône, Lyon. — Autun était, au premier siècle, un foyer de patriotisme national en opposition avec la colonie romaine de Lyon; à Autun, non à Lyon, les gens riches de la Gaule envoyaient leurs fils faire leurs études. — Les Éduens étaient inscrits dans la tribu Pomptina.

Ptolémée place à tort Lyon chez les Éduens. Le territoire sur lequel avait été fondée la colonie de Lyon appartenait primitivement aux Ségusiaves.

3 — Les Aider ci Brannovices, clients des Eduens (César). On suppose qu'ils habitaient vers Sémur.

4 — Les Senones, du nombre ' des peuples qui participèrent à l'expédition de Bellovèse en Italie, en 580; s'emparèrent de Rome sous la conduite de Brennus en 388 ; — ils sont taxés à fournir 12000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Senones (Strabon, Pline); — « dont la ville est Agedicum » (Ptolémée), Agedincnm (César), Agetincum (Table de Peutinger), Agendicitm (Itin. Ant.), Sens. Ils faisaient partie de la Belgique avant la division d'Auguste.

5 — Les Tricasses (Pline); Tn'cassi, Tricassini, « dont la ville « est Aitgustobona » (Plolémée), Troyes.

6 — Les Meldi : « le long de la Saône on trouve aussi les « Meldi » (Strabon); — Meldi liberi (Pline); — Meldae, « qui ont « pour ville Iatinnm » (Ptolémée), Fixtuinum (Table), Meaux.

7 — Les Parisii, confins des Senones; taxés à fournir 8000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — « le long de la Seine « sont les Parisii ; ils occupent une île formée par ce fleuve et « ils ont pour ville Lucotocia » (Strabon); — Parisii (Pline); —

« dont la ville est Lucotecia » (Ptolémée), Lutetia (César, Ammien), Luticia (Itin. Ant.). Leucetia (Julien), Paris.

8 — Les Canuttes, du nombre des peuples qui participèrent à l'expédition de Bellovèse en Italie en 580; ils étaient situés au centre de la Gaule et, chaque année, à une certaine époque, en un lieu consacré de leur territoire, les druides se réunissaient en conseil et tenaient un lit de justice; — ils sont taxés à fournir 12000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — « les plus « célèbres des peuples qu'on trouve au-delà du Rhône et de la « Saône entre la Seine et la Loire sont les Arvérni et les Car- « mites » (Strabon); — Carnuti foederati (Pline); — Carmitae, « qui ont pour villes Autricum et Cenabum » (Ptolémée), Geiiabum (César), Chartres et Orléans. — Ils étaient inscrits dans la tribu Qiiirina.

9 — Les Aulerci Eburovices , taxés à fournir 3000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Aulerci Eburovices (Pline);

— Aulerci Eburaici, « qui ont pour ville Mediolanium » (Ptolémée), Mediolamim (Itin. Ant.; Table de Peutinger), Vieil- Évreux.

10 — Les Aulerci Ceuomaiii, un des peuples qui sous Tarquin l'Ancien passèrent les Alpes et s'établirent dans le nord de l'Italie;

— taxés à fournir 5000 hommes pour la délivrance d'Alise (César);

— Aulerci Cenomani (Pline); — Aulercii Ceuomani, « dont la « ville est Viudinum » (Ptolémée), Subdinum (Table de Peutinger), Le Mans.

11 — Les Diablintes, Diablintres, Diabliudes, alliés des Venètes (César); — Diablindi (Pline); — Aulircii Diablitae, dont la ville est Neoduiiitiii » (Ptolémée), Nudionmim (Table de Peutinger), Novioduiumi, Jublains.

12 — Les Arvii, « dont la ville est Vagoritum » (Ptolémée), la Cité-d'Erve, près Alençon ; peut-être les Esuvii mentionnés par César, les Atesui de Pline.

13 — Les Turoui, taxés à fournir 8000 hommes pour la déli-

vrance d'Alise (César); — Turones (Pline); — Turonienses, « qui « ont pour ville Caesarodunum » (Ptolémée), Tours.

14 — Les Andes, Andl (César) ; — Andegavi (PYme); — Ondicavae (Ptolémée); Andicavi (Notice des provinces). Leur ville était hdiomagus, Angers.

1 5 — Les Veliocasses, taxés à fournir 3000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Veliocasses (Pline); — Venellocassii , « dont la ville est Ratoniagus » (Ptolémée), Ratumagus (Table de Peutinger), Rotomagus (Itin. Ant. et Notice), Rotbomagus (Ammien), Rouen.

16 — Les Caleli, Caletes, du nombre des peuples armoricains taxés à fournir tous ensemble 30000 hommes pour la délivrance d'Alise (César) ; — Caleli : « du Doubs les marchandises sont « transportées par terre jusqu'à la Seine, qui les charrie à l'Océan

« à travers les pays des et des Caleli, éloignés de la Bretagne

« de moins d'une journée » (Strabon, qui confond le Doubs avec la Saône) ; — Galleti (Pline) ; — Caletae, « dont la ville est « Miobona » (Ptolémée), Lillebonne. Ils faisaient partie de la Belgique avant la division d'Auguste.

17 — Les Lexovii, taxés à fournir 3000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — « riverains de l'Océan » (Strabon); — Lexovii (Pline); — Lexobii, « dont le port est Noeomagus » (Ptolémée), Noviomagns (Itin. Ant.), Lisieux.

1 8 — Les Viducasses (Pline) ; — Biducasii ; « leur ville est « Arigenus » (Ptolémée), Araegenuae (Table), Vieux près Caen.

19 — Les Abrincatui (Pline); « dont la ville est Ingena » (Ptolémée), peut-être le Legedia de la Table de Peutinger (voy. Dictionnaire archéologique de la Gaule, p. 40), Avranches.

20 — Les Unelli, Venelli, du nombre des peuples armoricains taxés à fournir tous ensemble 30000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Unelli (Pline); — Venelli, « dont le port est « Crociatonum » (Ptolémée), Cronciaconnum (Table de Peutinger), Saint-Côme-du-Mont, dans le département de la Manche.

21 — Les Cmïosolites , du nombre des peuples armoricains taxés à fournir tous ensemble 30000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Cariosvelites (Pline), — Corisolites, Corisuletes, Coriosopites (Notice), Corseult.

22 — Les Redones, du nombre des peuples armoricains taxés à fournir tous ensemble 30000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Rhedones (Pline); — Rbeedones, « dont la ville est « Condate » (Ptolémée), Rennes.

23 — Les Namnctes, associés des Venetes (César); — « séparés « des Pictons par la Loire qui a là ses embouchures » (Strabon) ; — Nannetes (Pline); — Namnetae, « dont la ville est Condevincitm » (Ptolémée). Nantes.

24 — Les Veneti, du nombre des peuples armoricains taxés à fournir tous ensemble 30000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Veneti (Strabon, Pline); — « établis sur la côte occi- « dentale; leur ville est Dariorigum » (Ptolémée), Dartoritum (Table de Peutinger), Vannes.

25 — Les Osismi, du nombre des peuples armoricains tenus à fournir tous ensemble 30000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Osismii, « que Pythias appelle Timii ; ils occupent « un cap qui s'avance assez loin dans l'Océan » (Strabon); — Osismii (Pline) ; — « dont le territoire s'étend jusqu'au promon- « toire Gobaeum (cap Finisterre), et qui ont pour ville Vorganium » (Ptolémée), Vorgium (Table de Peutinger), Carhaix.

Les vingt-deux peuples de la BELGIQUE sont :

1 — Les Sequani, en lutte avec les Eduens pour la suprématie sur la Gaule; opprimés par Arioviste et délivrés par César; taxés à fournir 12000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — ennemis des Éduens et en continuelles contestations avec eux pour la possession exclusive des deux rives de la Saône et de la perception des péages (Strabon); — Sequani (Pline), — « dont les

« villes sont Dlttatium et Visontium (Ptolémée), Vesontio

(César, Itin. Ant.), Vesuniio (inscr.)j Besontio, Bisontium (Ammien),

la Cité (?), Besançon, Ils faisaient partie de la Celtique avant

la division d'Auguste.

2 — Les Helvetii, limités par le Rhin , le mont Jura , le lac Léman et le Rhône ; les plus vaillants des Gaulois ; répartis en quatre cantons, pagi, où l'on comptait douze villes et quatre cents bourgs; tentent avec leurs voisins d'émigrer en niasse dans le pays des Santons et rentrent chez eux réduits à iioooo de 368000 qu'ils étaient au départ (César); — Helvetii (Strabon, Pline); — « dont les villes sont Gaiwduritm et Forum Tiberii » (Ptolémée), Burg près Stein(?), et Kaesersfeld, l'une et l'autre sur le Rhin. C'est chez eux que se trouvaient la Colon ia equestris Noviodunum et Aventicum , Nyon et Avenches , que Ptolémée attribue à tort aux Séquanes. Ils faisaient partie de la Celtique avant la division d'Auguste. Ils étaient inscrits dans la tribu Qiiirina. Distraite du territoire helvète pour former une cité à part, la Colonia equestris appartenait à la tribu Cornelia.

3 — Les Raurici, voisins de la forêt Hercynia et des Helvètes; émigrent avec ceux-ci au nombre de 23000; ils sont taxés à fournir 2000 hommes pour la délivrance d'Alise (César) ; — Raurici (Pline); — « dans la Germanie Supérieure ; leurs villes : « Augusta Rauricorum et Argentuaria » (Ptolémée), Augusta Rauracorum et Argentovaria (Itin. Ant.), Argentaria (Ammien), Augst, colonie conduite par Munatius Plancus, et Grusenheim.

4 — Les Lingones, dissidents du conseil national tenu à Bibracte (César) ; — séparés des Séquanes par la Saône (Strabon) ; — foederati (Pline); — Longones, « qui ont pour ville Andomatunnum » (Ptolémée), Andematunnum (Itin. Ant.), Andemantunnum (Table de Peutinger), Langres.

5 — Les Leuci (César, Strabon), — liberi (Pline), — « qui ont « pour villes Tullum et Nasium » (Ptolémée), Toul et Naix.

6 — Les Mediomatrici , riverains du Rhin ; taxés à fournir

l6 INSCRIPTIONS RELIGIEUSES

5000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — « établis le « long du Rhin » (Strabon); — Mediomatrici (Pline), — Mediomatrices, « dont la ville est Divodurum » (Ptolémée), Divodorum (Itin. Ant.), Metz.

7 — Les Trïbocci, Triboci, alliés d'Arioviste (César); — émigrés de la Germanie chez les Mediomatrici (Strabon); — Tribocbi, du nombre des peuples germains établis dans la province (Pline); — Triboci, « dans la Germanie Supérieure ; leurs villes : Breucomagus « et Elcebus » (Ptolémée). Brocomagus (Itin. Ant.), Brocomaciis (Table de Peutinger), et Helellitm (Table de Peutinger), Helvetum (Itin. Ant.), Brumath et Eli sur l'Ill vis-à-vis Benfeld. C'est chez eux que se trouvait Argentoratitm, Strasbourg, attribué fautivement par Ptolémée aux Vangions.

8 — Les Nemetes, alliés d'Arioviste; confins de la forêt Hercynia (César); — « dans la Germanie Supérieure, leurs villes : Noeomagus « et Rufiana » (Ptolémée), Spire et Rufach.

9 — Les Vangùmes, alliés d'Arioviste (César); — Vangiones (Pline); — « dans la Germanie Supérieure; leurs villes : Borbeto- « magus et Argentoratum » (Ptolémée), Borbitomagus (Itin. Ant.), Borgetomagus (Table de Peutinger), Worms, Strasbourg. Chez eux se trouvaient aussi les camps de Bingium et de Mogoniiacum, Bingen et Mayence. Quant à Argentoratum, que Ptolémée donne à tort aux Vangions, il était certainement chez les Triboques.

10 — Les Treveri, riverains du Rhin et peu différents des Germains ; dissidents du conseil national tenu à Bibracte (César); — « C'est dans leur pays que les Romains ont construit le pont « que l'on voit sur le Rhin vis-à-vis la rive occupée par les « Ubiens » (Strabon); — liberi antea (Pline); — Treviri, « dont « la ville est Augitsta Trevirorum » (Ptolémée), colonia Treverorum (Tacite), Trêves.

1 1 — Les Rémi, les plus dévoués aux Romains et les plus considérés par eux après les Éduens ; dissidents du conseil national tenu à Bibracte (César); — « ont pour capitale Duricortora, ville

« fort peuplée qui est la résidence des gouverneurs romains » (Strabon); — foederati (Pline); — « leur ville est Durocottorum » (Ptolémée), Durocorier (milliaire de Tongres), Reims.

12 — Les Suessioiies , dans un territoire étendu et fertile; engagés dans la ligue belge, puis passés sous la dépendance des Rèmes leurs voisins (César) ; — Suessones « établis vers la mer » (Strabon); — liberi (Pline); — Vessones , « dont la ville est « Augusta Vessonum » (Ptolémée); — Augusta Suessorum (Table de Peutinger), Novioduuum (César), Soissons.

13 — Les Ulmanetes, liberi (Pline), — Subanecti, « dont la « ville est Ratomagus » (Ptolémée), Senlis. Dans la Notifia imperii, leur nom est Silvanedae.

14 — Les Bellovaci, les plus puissants de la ligue belge, taxés à fournir ioooo hommes pour la délivrance d'Alise, puis dissidents de la coalition nationale (César); — Bellovaci (Strabon, Pline), — « ont pour ville Caesaromagns » (Ptolémée), Beauvais. Il y avait aussi chez eux l'oppide de Bratiispaiitium mentionné par César, Breteuil(P).

15 — Les Viromaudui (César), — Vevomandui (Pline), — Veromandi (Itin. Ant.), — Veromandues, « qui ont pour ville Augusta « Veromanduum » (Ptolémée), Vermand près Saint-Quentin.

16 — Les Airebates, dont la ville principale était Nemetocenua; taxés à fournir 4000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Atrebates (Strabon, Pline), — Atrebatii, « dont la ville est « Origiacum » (Ptolémée), Metacum (id., à corriger probablement par Nemetacum), civitas Atrabatum (Notice), Arras.

17 — Les Ambiaui, engagés dans la ligue belge; taxés à fournir 5000 hommes pour la délivrance d'Alise (César) ; — Ambiaui (Strabon, Pline), — « dont la ville est Samarobriva » (Ptolémée), Samarabriva (Table de Peutinger), Amiens.

18 — Les Moriui, dans un pays coupé de marais; alliés des Venètes; taxés à fournir 5000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Moriui (Pline); — « leur ville est Tarvauua, à l'inté-

« rieur des terres du côté d'Orient » (Ptolémée), Tarvenna (Itin. Ant.), Tervanna (Table de Peutinger), Térouane. C'est aussi chez eux qu'étaient le port de Gessoriacum, Gesoriacum (Mêla), Gesogiaco quod nunc Bononia (Table de Peutinger), Boulogne, et le port ïtius, Wissant ou Ambleteuse.

19 — Les Nervii, dont le territoire est occupé par la forêt Arduenna ; les plus farouches d'entre les Belges ; ils sont taxés à fournir 5000 hommes pour la délivrance d'Alise (César); — Nervii (Strabon), — liberi (Pline); — « leur ville est Bagacitm » (Ptolémée, Itin. Ant.), Bacacum (Table de Peutinger), Bavay.

20 — Les Eburones, petit peuple client des Trévères ; exterminé pendant la sixième campagne de la guerre des Gaules par leurs voisins à qui César abandonne leur pays au pillage (César); — Eburones, « dans la forêt qui porte le nom à! Arduenna » (Strabon); — remplacés par les Tongres, Tungri (Pline), — Tungri, « dont « la ville est Atuatitaim » (Ptolémée), Aduatuca (César), Aduaca (Itin. Ant.), Atuaca (Table de Peutinger), Tongres.

2\ — Les Menapii; leur pays, couvert de marais et de broussailles, occupe les deux rives du Rhin près de ses embouchures (César, Strabon); — Menapii (Pline); — « leur ville est Castellum » (Ptolémée), Cassel.

22 — Les Batavi , germains d'origine, qui habitent une île à l'embouchure du Rhin (César) ; — « de cent mille pas de long, « mais occupée en partie par les Cannenifates » (Pline); — Batavi, « dans la Germanie Inférieure ; leurs villes Batavodurum « et plus loin Fêtera » (Ptolémée), Nimègue et Birten près Xanten.

Ne figurent pas dans la liste des vingt-deux peuples de la Belgique les Ubii, dont la ville, l'actuelle Cologne, était considérée comme la capitale de la Germanie romaine au-delà du Rhin.

On voit par ce relevé que les principaux peuples étaient, dans la Lyonnaise, les Éduens et les Carnutes et, à cause de Lyon, les Ségusiaves; — ■ dans l'ancienne Aquitaine, les Bituriges Vivisques et les Ausques, et dans l'Aquitaine nouvelle, les Arvernes, les Bituriges Cubes, les Rutènes, les Santons et les Lémovices ; — dans la Belgique, les Séquanes, les Rèmes, les Lingons, les Bellovaques, les Trévères et les Helvètes.

Ceux qui avaient le titre de peuples libres étaient, dans la Lyonnaise, les Ségusiaves et les Meldes ; dans l'Aquitaine, les Bituriges Vivisques, les Arvernes et les Santons ; dans la Belgique, les Suessions, les Silvanectes et les Nerviens. Les Trévères avaient eu ce titre mais l'avaient ensuite perdu.

Ceux qui avaient le titre d'alliés des Romains étaient, dans la Lyonnaise, les Éduens, qui y joignaient celui de frères, et les Carnutes ; dans la Belgique, les Rèmes et les Lingons.

La Germanie.

Lorsque par la défaite de Varus en l'an 9 de notre ère tout le pays entre le Rhin et l'Elbe, formant alors la province de Germanie, eût échappé, après une vingtaine d'années d'existence, à la domination romaine, Auguste préleva à la gauche du Rhin sur la province de Belgique une zone militaire qui prit le nom de Germanie et bientôt, à cause de l'importance de la force armée concentrée sur ce point, fut partagée en deux commandements sous les noms de Germanie Supérieure et de Germanie Inférieure.

Auguste ne désespérait cependant pas de se remettre en possession du pays perdu et certainement ce n'était pas une tâche au-dessus des forces de la puissance romaine, car tout de suite

après sa mort, en peu de temps et sans de très grandes difficultés, Germanicus le reprit en entier. Il n'eût alors tenu qu'à Tibère de reporter à l'Elbe l'ancienne limite de l'empire ; sacrifiant tout à son ombrageuse défiance et à son amour de l'apathie, sinon à des sentiments encore moins avouables , il préféra faire périr perfidement Germanicus et abandonner la conquête.

Comme pour les trois Gaules au confluent lyonnais, de même pour la Germanie d'outre-Rhin, avait été érigé, dans la ville des Ubiens, la future colonia Agrippina , aujourd'hui Cologne, sa capitale, un autel provincial de Rome et d'Auguste. On sait le nom d'un de ses prêtres ; il s'appelait Ségismond , était fils de Ségeste, et de la nation des Chérusques. Après le délaissement de la Germanie transrhénane et sans doute en perspective de son retour, l'autel des Ubiens, débris resté debout de la possession échappée, continua, pendant un certain temps encore, à subsister, non en rattachement à la Gaule, mais comme autel provincial de la province absente. Claude le transforma, en l'honneur de sa seconde femme, en autel d'Agrippine.

La ligne séparative entre la Germanie romaine et la Germanie redevenue indépendante n'était pas la rive droite du Rhin, mais un limes fortifié parallèle à cette rive et s'en éloignant plus ou moins. La bande de territoire intermédiaire entre le limes et le fleuve, quelque large qu'elle fût, restait déserte et inculte ; elle appartenait à la défense de la frontière; il était interdit d'y rien posséder, même d'y pénétrer. Quant à la séparation des deux pseudo-Germanies, elle était entre Andernach et Reinagen près Brohl : à Coblentz et à Bingen pour la Germanie Supérieure, à Bonn et à Cologne pour la Germanie Inférieure. A cette dernière province appartenaient, indépendamment des Ubiens, les Tongres, les Ménapiens et les Bataves; à l'autre les Vangions, les Némètes, les Triboques, les Rauriques ; la carte jointe à l'Histoire des provinces romaines de M. Mommsen y ajoute les Helvètes et même les Séquanes et les Lingons.

Rétablissement des assemblées nationales de la Gaule et substitution du culte de ï empereur au culte des dieux.

César, aspirant sans déguisement à la royauté, s'était, de son vivant, fait adorer comme dieu ; sans s'être laissé élever aucun temple, il avait eu dans tous les temples de Rome et de l'empire sa statue parmi celle des dieux et, pour le service de son culte, un flamine particulier (Mommsen, Droit public, II, p. 732).

Auguste, qui prétendait n'être que le continuateur de la République et le premier seulement d'entre les citoyens, ne pouvait suivre cet exemple. Ne voulant cependant pas renoncer à un rehaussement de prestige qui était en quelque sorte une prérogative inséparable de la souveraineté, ni manquer ostensiblement à son programme, il dut avoir recours à des moyens détournés. A cela d'ailleurs il excellait avec une supériorité incomparable ; aller droit au but n'était pas dans ses habitudes; en toutes choses, il préférait arriver à ses fins par des biais invisibles ; il fallait que ce qu'il désirait le plus ardemment parût toujours s'être fait en dehors de lui, à son insu, si ce n'est même contre sa volonté, Dans le cas présent, le procédé favori s'imposait de nécessité.

Auguste s'était bien fait attribuer avec la puissance tribunicienne certains droits qui relevaient au-dessus de l'ordinaire condition humaine ; il avait toléré l'insertion de son nom entre ceux des dieux dans les hymnes Saliens ; malgré cela, introduire d'emblée le culte impérial à Rome n'était guère une chose possible. Il n'en était pas de même pour les provinces. En Orient, l'Asie s'offrait d'elle-même. De tous temps, l'Asie grecque avait facilement décerné les honneurs divins à ses maîtres. D'abord elle avait

déifié ses héros morts ; plus tard elle était arrivée à déifier aussi ses héros vivants ; après l'intervention des Romains dans les affaires de l'Asie, nombre de villes qui s'étaient placées sous la protection de Rome avaient élevé des sanctuaires à la déesse Roma ; au dernier siècle de la République , la déification des généraux et des proconsuls romains, quels qu'ils fussent, les bons aussi bien que les mauvais, y était devenue d'usage. Ainsi se trouvait déjà franchi d'avance le pas par lequel allait être adjoint au culte de la capitale romaine le culte des empereurs romains. Dès l'an 725, av. J.-C. 29, deux ans après la victoire d'Actium, les villes d'Ephèse en Asie-Mineure et de Nicée en Bithynie obtinrent d'Auguste l'autorisation de dédier des temples au dieu Iules et à la déesse Rome, et il permit à celles de Pergame et de Nicomédie dans les mêmes provinces de lui consacrer à luimême des autels en association avec Rome divinisée.

Parmi les autres villes qui voulurent ne pas rester en arrière de cette émulation de dévouement en élevant des temples à Auguste-dieu et à Rome-déesse, on peut citer Ancyre au nom de la communauté des Galates, et Apollonie dans la Pisidie. Une tâche plus ardue était d'entraîner l'Occident sur le chemin tracé par l'Orient. La Gaule, particulièrement attachée d'affection à Jules César, dont elle était la conquête, et à lui-même comme fils adoptif et héritier de César, organisée et plusieurs fois et longuement visitée par lui, était un terrain merveilleusement propice pour la réalisation de ses projets, et certainement l'exemple donné par cette province ne manquerait pas de se propager à tout l'Occident.

Un ancien usage, aboli par la conquête, réunissait, chaque année, au temps de l'autonomie gauloise, dans un lieu sacré du pays des Carnutes, centre de la contrée, les druides et les nobles de toutes les cités de la Gaule chevelue en un congrès à la fois religieux et politique, sorte de conseil suprême de la nation. Rien donc de plus facile que de ressusciter au profit du plan conçu ces assemblées, non plus composées de druides et de chefs de tribus, mais

des Gaulois les plus riches et les plus considérés de chaque cité, non plus tenues au fond d'une foret sombre du pays carnute, mais à proximité de l'opulente capitale de la Gaule impériale , point central de la Gaule entière au moyen de la nouvelle division des provinces y aboutissant toutes par leurs limites et par des voies ouvertes jusqu'aux extrémités du territoire ; non plus au pied des informes et sanguinaires idoles du culte druidique, mais devant un magnifique autel consacré à Rome et à Auguste élevés au rôle divin de Lares tutélaires de la Gaule romaine. La nouvelle institution semblera n'être qu'une continuation transformée de l'ancienne, quand même le but est tout autre, opposé même et non limité à la Gaule.

Sans doute le complot aura été secrètement ourdi d'avance pendant ou peu après le séjour de trois ans qu'Auguste fit dans la Gaule, du commencement de 738 jusque vers la fin de 740 : de l'an 16 à l'an 14 av. J.-C.; une idée d'initiative aura été adroitement suggérée d'en haut à quelques personnages influents des cités sur le dévouement desquelles on pouvait le plus absolument compter : celle des Éduens par exemple, ces anciens alliés et frères des Romains, et celles qui avaient pareillement avec Rome des traités d'alliance. Il est bien clair qu'aucune des autres cités, à moins de faire ouvertement acte de déloyauté à l'égard de l'empereur, ne pourrait refuser sa participation à la manifestation proposée. Les choses furent si habilement conduites et l'empressement tel que, moins de cinq mois après qu'Auguste fut devenu chef de la religion par l'investiture du souverain pontificat, le Ier août (Suétone. V, 2) de l'an 742 (Dion, 54, )2; Tite-Live, Epit., 139). av. J.-C. 12, les soixante cités de la Gaule, moins la Narbonnaise considérée comme une annexe de l'Italie, purent assister, représentées par leurs délégués, à la dédicace de l'autel national élevé par elles toutes de leur censé propre et spontané mouvement et à frais communs au confluent de la Saône et du Rhône, inaugurer par des fêtes splendides le culte de Rome et d'Auguste divinisés

et tenir, sous la présidence du député éduen C. Julius Vercondaridubnus créé prêtre des deux divinités nouvelles, la première assemblée générale des trois Gaules.

Ce fut bientôt partout un ardent entraînement : la ville des Ubiens dans la Germanie d'outre-Rhin, Tarragone en Espagne, Narbonne dans la Narbonnaise, même des villes d'Italie, les unes colonies d'Auguste : Bénévent, Cumes, Fanum Fortunae, les autres particulièrement placées sous son patronage : Asisium, Pompéi, les ports d'Ostie et de Pouzzoles, peut-être aussi Préneste sa résidence d'été préférée, dédièrent à Auguste-dieu des autels.

D'autres moyens furent mis en œuvre pour concourir au but poursuivi. Auguste rétablit à Rome l'aristocratique confrérie des Arvales, dans laquelle s'associaient pour célébrer les fêtes à la glorification de l'empire les représentants de la plus haute noblesse, et, en l'an 747, av. J.-C. 7, il remit en vigueur le vieux culte populaire des Lares, auquel il donna pour ministres les 1060 magistri des 265 quartiers de la capitale, la plupart simples affranchis , et il prescrivit que, deux fois l'an , en mai et en août, les temples des Lares seraient visités en procession et ornés de fleurs. Or, dans chaque temple, l'image du Génie d'Auguste avait de droit pris place entre les images des dieux Lares. En même temps furent transformés en Lares romains les innombrables dieux locaux adorés dans les pays occidentaux surtout dans la Gaule, et, en conséquence de cette transformation, l'image du Génie d'Auguste dut s'installer comme Lare supérieur dans tous les sanctuaires publics ou privés de ces divinités désormais desservies par les sévirs augustaux et qui elles-mêmes, pour affirmer ostensiblement leur caractère de divinités Lares romaines, durent prendre la qualification de divinités « augustes ».

Dans l'Italie méridionale, en Campanie principalement, de nombreuses petites confréries de dévots à Mercure et à d'autres dieux s'étaient de bonne heure changées en augustalies ; d'autres augustalies à leur exemple n'avaient pas tardé à se constituer dans

INSCRIPTIONS RELIGIEUSES 2<y

l'Italie septentrionale et dans la Gaule du sud, notamment sans doute dans les colonies de citoyens romains (Voir Hirschfeld, Rapport sur le Mémoire de M. Schmidt, intitulé De Augustalibus). Plus tôt encore et dès l'an 724, av. J.-C. 30, un des nombreux décrets alors rendus par le sénat en l'honneur du vainqueur d'Antoine, prescrivait que dans tous les repas soit publics soit privés une libation serait toujours offerte à Auguste, et Pline atteste, en effet, qu'il n'y avait pas dans toute l'Italie une seule maison de citoyens romains qui n'eût une patère en argent pour cette libation.

Ainsi, du vivant même d'Auguste et sans que son intervention directe eût paru pour ainsi dire en rien, la substitution du culte de l'empereur au culte des dieux était réalisée. En Orient, parti de la Grèce asiatique, en Occident de la Gaule, le culte d'Auguste, plus ou moins associé à celui de Rome, enveloppait tout l'empire, l'enlaçait dans son ensemble et jusque dans ses moindres parties : la province, la cité, lepagus, le viens, le carrefour et même dans les familles de citoyens romains le foyer domestique.

Adorait qui voulait Jupiter et les autres dieux, mais non l'empereur. Le culte de l'empereur était religion d'État et obligatoire.

L'Autel.

L'autel est décrit par Strabon, non d'après ses souvenirs, car Strabon n'a pas visité la Gaule, mais d'après les renseignements qu'il a eus à sa disposition. Voici ce qu'il en dit (p. 192) : « Lyon « donc, fondé sur la colline au pied de laquelle la Saône choit « dans le Rhône, est habité par des Romains. Cette ville est de « beaucoup, après Narbonne, la plus peuplée entre toutes celles

« de la Gaule... Un temple décerné à César Auguste par tous « les Gaulois, d'un commun accord, s'élève près de la ville au « confluent des fleuves ; ce temple a un autel mémorable avec « une inscription (sur laquelle se lisent les noms) des peuples au « nombre de soixante avec l'image de chacun d'eux ; il a aussi « un autre grand autel ».

La figure de l'autel, probablement le « grand » dont parle Strabon, est venue jusqu'à nous sur le revers de nombreuses monnaies aux effigies d'Auguste , de Tibère , de Claude et de Néron. Ces monnaies nous le montrent sous la forme d'un massif quadrangulaire plus large que haut environ du double; de chaque côté se dresse une colonne servant de support à une Victoire aîlée qui tient de la main droite une couronne et de la gauche une longue palme appuyée sur l'épaule. On lit au-dessous du tout les mots ROMae ET AVGusto.

Les Victoires étaient vraisemblablement en bronze doré. Elles devaient être fort grandes; les colonnes qui les portent sont à leur égard dans les proportions ordinaires d'un piédestal. Le massif de l'autel est aussi lui-même fort grand; c'est à peine si les colonnes le dépassent en hauteur. Sa face antérieure est décorée d'ornements sculptés qui paraissent être une couronne entre deux rameaux accompagnés , à chaque extrémité , d'un trépied surmonté d'un objet circulaire indistinct. La couronne et les rameaux se réfèrent certainement aux honneurs décrétés par le sénat en 727, av. J.-C. 27, le 13 janvier, et au sujet desquels Auguste lui-même s'exprime ainsi dans l'inscription du temple d'Ancyre (ch. 34) : « Pendant mes sixième et' septième consulats, « les guerres civiles étant éteintes, le consentement universel « m'ayant rendu maître de toutes choses, j'ai, de ma souveraine « autorité, remis le gouvernement de la République à la libre « disposition du sénat et du peuple romain. En reconnaissance « de cet acte, m'a été donné par un sénatus-consulte le nom « d'Auguste ; à titre d'honneur public, les piliers de ma maison

« ont été entourés de lauriers et au-dessus de ma porte a été « placée une couronne civique »

Ces lauriers et cette couronne civique de feuilles de chêne, qui décoraient l'entrée et le fronton de la maison d'Auguste pour honorer à perpétuité ses victoires sur les ennemis du dehors et sa clémence envers les citoyens qui dans la guerre civile avaient embrassé le parti opposé au sien, sont rappelés maintes fois dans les auteurs et sur les monuments numismatiques. Quant aux ornements peu reconnaissables qui occupent les deux extrémités de la face de l'autel, c'est, croyons-nous, dans les mêmes décrets honorifiques rendus en faveur d'Auguste que doit être cherchée l'explication ; achevons donc la citation commencée : « Dans « la curie Julia a été déposé un bouclier d'or avec inscription « attestant que ce bouclier m'a été donné par le sénat et par le « peuple romain en témoignage de ma vaillance, de ma clémence, « de ma justice et de ma piété ». La vaillance et la clémence d'Auguste étant déjà symbolisées sur la face de l'autel par les lauriers et par la couronne de feuilles de chêne, les objets circulaires portés par les trépieds placés aux deux bouts de l'autel sont, à ce qu'on peut présumer, des boucliers inscrits attestant, l'un la justice d'Auguste, l'autre sa piété.

Sur l'autel se voient alignées sur un rang qui en remplit toute la longueur huit figures à peu près pareilles les unes aux autres et assez indistinctes à l'exception des deux du milieu, qui sont plus grandes et semblent être des trépieds surmontés chacun d'un globe. Il est possible que tous ces ornements, ceux du sommet de l'autel aussi bien que ceux de sa face, aient été de bronze doré.

Les colonnes existent peut-être encore. Chacune d'elles aurait été primitivement formée de deux tronçons superposés. Les quatre tronçons seraient les quatre fûts en granit gris d'Egypte qui soutiennent actuellement les angles du chœur de l'église d'Ainay. Les deux colonnes rajustées auraient l'une comme l'autre 8 mètres

70 centimètres de hauteur ; l'une des deux a 3 mètres 30 centimètres de circonférence moyenne, l'autre a seulement 3 mètres 17 centimètres. Elles sont lisses, se terminent en bas par un congé reposant sur un filet, en haut par un astragale. Les monnaies ne leur donnent ni piédestal , ni d'autre chapiteau qu'un simple abaque ; on se figure volontiers cet abaque d'ordre ionique à volutes retombantes et en porphyre.

L'épigraphe ROMae ET AVGiisto brillait en grandes lettres de bronze doré à la partie supérieure d'un soubassement commun à l'autel et aux colonnes, revêtu d'épaisses tables de marbre décorées de guirlandes de feuilles de chêne dans les attaches desquelles étaient engagées des haches de licteur, en souvenir sans doute du privilège de douze licteurs accordés en tout temps à Auguste par un décret du sénat de l'an 735, av. J.-C. 19. D'importants fragments de ce revêtement ont été retrouvés et sont conservés au musée de Lyon. Un de ces fragments présente les lettres RO... (ci-dessus n<> 1), d'une hauteur remarquable, autrefois en bronze, commencement probable du mot Ronme; d'autres (ci-dessus nos 2 et 3) proviennent d'une inscription en lettres à peine moins hautes, mais non de bronze; d'autres (ci-dessus n° 1) offrent des restes de l'ornement de guirlandes dont il vient d'être parlé ; un autre encore a appartenu à un chaperon demi-cylindrique orné d'une imbrication de feuilles de laurier.

Si maintenant on essaie de rétablir par la pensée le soubassement que décorait ce riche placage et qu'on dispose convenablement ces diverses parties : d'abord le chaperon qui probablement en formait le couronnement, au-dessous de celui-ci l'épigraphe ROMAE ET AVGVSTO en lettres de près de 40 centimètres, au-dessous de cette épigraphe l'autre inscription en lettres non beaucoup moins grandes et qui peut-être avait plusieurs lignes, puis au-dessous de cette seconde inscription le registre de guirlandes au nombre de douze répondant aux douze licteurs de l'escorte impériale, chacune des guirlandes les plus grandes ayant environ cinq mètres de

développement, chacune des moindres environ trois mètres, on arrive à reconstituer une façade de dimensions considérables, ne mesurant guère moins d'une cinquantaine de mètres en longueur et d'une dizaine de mètres en hauteur, et assurément il n'y a rien d'excessif dans ces appréciations.

Qu'on se représente 'ce grandiose ensemble : l'autel sur sa haute terrasse entre ses deux resplendissantes Victoires dominant le confluent, la vallée du rapide et large fleuve, la plaine du Dauphiné déroulée à perte de vue dans la direction de l'Italie jusqu'aux Alpes, dressant dans le ciel leurs pics blanchâtres et leurs chatoyants glaciers.

L'autel n'était pas situé, comme on l'a cru longtemps, à Ainay, loin de là au contraire, au penchant de la colline qui porte le nom signficatif de « Saint-Sébastien » et s'élève entre la Saône et le Rhône ; mais quel point de cette colline occupait-il ? On sait que l'amphithéâtre, qui était une de ses dépendances, couvrait l'emplacement de l'actuel Jardin-des-Plantes et qu'une partie non détruite de ses substructions se prolonge encore aujourd'hui sous les maisons de la rue du Commerce jusqu'à la montée de la Grand- Côte ; on sait qu'au levant de l'amphithéâtre, dans un tènement renfermant un massif de maçonnerie, toutefois non antique, gisant précisément derrière le chevet de l'église Saint-Polycarpe, a été découverte en i 528 la Table de Claude, fixée sans doute autrefois à un des murs du temple que Strabon et de nombreuses inscriptions nous montrent en immédiate proximité avec l'autel. C'est donc plus ou moins près derrière l'église Saint-Polycarpe qu'il y a lieu de présumer l'emplacement de l'autel, dans l'espace actuellement compris entre la rue du Commerce et celle dite des Tables- Claudiennes. Situé sur ce point, il était assis juste sur l'arête qui partage la déclivité du coteau en deux versants opposés, descendant l'un à la Saône, l'autre au Rhône, et, — condition très essentielle, — il regardait directement Rome, la ville divinisée à laquelle il était dédié ainsi qu'à l'empereur dont elle était la résidence.

Il est vrai que, non sur ce point mais au midi et en dehors de l'amphithéâtre . ont été trouvés les marbres à guirlandes dans lesquels se reconnaissent des débris du soubassement de l'autel. Servant à former là avec d'autres pierres le plafond d'une conduite d'eau du moyen âge, ils étaient certainement déplacés et pouvaient avoir été apportés en cet endroit de plus ou moins loin pour l'usage auquel ils avaient été employés.

L'autel s'appelle, sur les monuments épigraphiques : ara Caesaris nosiri, — ara Caess. n. n. (Caesanim nostrorum duorum) apnd templum Romae et Augusti ou Aitgustorum , — ara Romae et Augiisti ou Aitgitstorum, — ara ad ou inter confluentes Araris et Rhodani, — ara. Jamais il ne s'appelle ara Lugdunensis ou apud Lugdunum.

Le Temple.

Strabon distingue, comme on vient de le voir par la citation du passage relatif à Lyon, deux monuments : un temple avec un autel inscrit aux noms des soixante peuples, et un autel plus grand que nous supposons être celui des monnaies. Les inscriptions aussi font distinction d'un autel et d'un temple et désignent l'autel comme accompagnant le temple : ad aram Caes(aris) n(ostri) apud templum

Romae et Aug inter confluentes Araris et Rhodani; — ad aram

Caess. n.n., c'est-à-dire Caesarum nostrorum duorum, apud templum

Romae et Aug inter confluentes Araris et Rhodani. Lorsqu'elles

mentionnent seul l'un ou l'autre des deux monuments, elles appellent le temple ordinairement templum Romae et Aug...., c'est-à-dire Augusti ou Aitgustorum, et l'autel ara Caesaris nosiri ou Caesarum nostrorum. L'autel paraît ainsi affecté au culte de l'empereur sur le trône, le temple au culte des empereurs divinisés pris collecti-

vement. Une seule fois et exceptionnellement sans doute on lit : ad templum Romae et Auggg. c'est-à-dire des trois empereurs régnants. Non plus que l'autel , jamais le temple n'est appelé templum Liigdiinense ou apud Lugdnnum; la désignation locale ordinaire est, pour l'un comme pour l'autre, ad ou inter confluentes Araris et Rbodani.

Il vient d'être expliqué que selon toute probabilité le temple était placé en compagnie de l'autel derrière Saint-Polycarpe, plus ou moins près de l'église. Vraisemblablement il était en marbre ; deux tronçons d'un riche entablement de marbre, trouvés au levant et à peu de distance de l'amphithéâtre et qui sont aujourd'hui au Musée (arcade XXXII), ne peuvent guère provenir d'un autre monument.

L'Amphithéâtre.

Un amphithéâtre devait nécessairement être adjoint à l'autel pour la célébration des jeux du culte de Rome et d'Auguste. Cet amphithéâtre se rencontrait, en effet, à environ cent cinquante mètres au plus au couchant de l'endroit présumé de l'assiette de l'autel. Il occupait l'emplacement du Jardin-des-PIantes , où son existence , déjà constatée au XVIe siècle , ensuite d'une manière absolument certaine dans les premières années du siècle actuel, s'est manifestement révélée en 1857 et 1858 par la mise au jour de substructions considérables qui ont même permis de connaître ses dimensions principales. Il était plus grand que les amphithéâtres d'Arles, de Nîmes et de Saintes, et plus grand aussi que l'amphithéâtre de Fourvière dont il sera parlé plus loin. Les fondations de son extrémité orientale existent encore et passent sous les deux maisons par lesquelles se termine le tronçon de la rue du Com-

merce aboutissant au Jardin. Du côté du midi, le monument reposait sur une large terrasse appuyée sur un puissant mur de soutènement (Martin-Daussigny, Découverte de ï amphithéâtre antique et des restes de faute! d'Auguste, Lyon, 1863).

L'appartenance de cet amphithéâtre à l'autel n'est pas à mettre en doute. On a extrait de ses ruines des pierres portant indication de places réservées à plusieurs des soixante peuples qui avaient contribué à l'érection de l'autel : « Places des Arvernes », « Places des Bituriges Cubes », « Places des Tricassins », etc. Juvénal (Sat., I, 43) réunit aussi l'amphithéâtre et l'autel dans le passage où, parlant des spectacles de Lyon, il rappelle les transes du rhéteur s'apprêtant à déclamer devant « l'autel ».

Nous ne savons dire quels étaient précisément les jeux du culte de Rome et d'Auguste; probablement des jeux de réjouissance sans effusion de sang, des jeux à la manière grecque en opposition avec les spectacles grossiers et sanglants qui se donnaient dans l'amphithéâtre de Lyon. Caligula y ajouta des joutes littéraires mêlées d'exercices gymniques, avec de ridicules et bizarres conditions empreintes du sceau de son esprit extravagant, mais en même temps du genre bouffon et inoffensif qui caractérisait le culte des Lares.

Déjà avant les découvertes faites en 1887 à Fourvière, dans le clos de M. le professeur Lafon, il nous paraissait inadmissible que l'amphithéâtre de la colline Saint-Sébastien appartenant en propre à l'association des soixante cités des trois Gaules ait pu être en même temps l'amphithéâtre de Lyon. Les découvertes dont il s'agit sont venues à l'appui de ces présomptions en rendant à la lumière une considérable partie des substructions d'un amphithéâtre de Lyon aboutissant par son extrémité septentrionale à l'angle des rues Cléberg et du Juge-de-Paix, et autrefois contigu d'un côté au théâtre et de l'autre au forum, au prétoire et à la prison. C'est dans cet amphithéâtre de Lyon, ville qui, comme colonie romaine, ne pouvait évidemment pas faire partie de Lasso-

ciation nationale des cités des trois Gaules, et non dans l'amphithéâtre de cette association chez laquelle il n'y avait d'ailleurs ni forum ni prison ni prétoire, qu'a certainement eu lieu le martyre des chrétiens de la persécution de l'an 177. Le dernier acte de cette persécution a, il est vrai, coïncidé avec les fêtes de l'autel des trois Gaules et on a tenu à mettre à profit pour lui donner plus de solennité l'immense affluence de monde qu'elles attiraient, mais il ne s'en est pas moins accompli, non à cet autel, mais à Lyon même, dans l'amphithéâtre de Lyon sur la colline de Fourvière. L'amphithéâtre de la colline Saint-Sébastien est entièrement pur du sang des martyrs.

97 à IOO Marques de places réservées dans l'amphithéâtre.

Places réservées aux Arvernes et aux Bituriges Cubes.

Arcade XXX. — Fragments présentant une sorte de plinthe irrégulière sur ses bords ; découverts au JARDIN DES PLANTES, sur l'emplacement de l'amphithéâtre, le premier « en 1832, en « creusant le grand bassin qui a été fait sur les ruines de l'antique « naumachie » (Comarmond), le second dans les travaux exécutés en 1860 ( Martin -Daussigny). — Hauteur de chacun des deux

fragments o m. 30, longeur du premier 1 m. 50, du second o m. 70. Hauteur des lettres o m. 11

ARV-I BIT-C-I BIT-C-I BIT-C bit C-l BIT-C-I BI/ c

Lettres négligemment gravées et mal alignées.

Artaud. Musée lapidaire, arcade VI. — De Boissieu, p. 467. — Comarmond, Description, p. 156; Notice, p. 55. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 9. — Bernard, Autel d'Auguste, p. 30. — Martin-Daussigny, n° 932 de son Registre d'entrées; Notice sur la Découverte de l'amphithéâtre antique et des restes de l'autel d'Auguste, pp. 6 et 19. — Dissard, Catalogue, p. 107.

Arveruis. — Bituri gibus Cubis.

Ce sont des indications de places réservées aux Arvernes et aux Bituriges Cubes. Les traits de division marquent la largeur correspondant à chaque place. 11 y a de l'un à l'autre trente-neuf centimètres.

Places réservées aux Tricassins.

Arcade XXX. — Fragment pareil aux deux précédents et de même provenance; « trouvé en 1832 au JARDIN DES PLANTES,

« sur l'emplacement de la naumachie romaine » (Comarmond). — Hauteur o m. 30, longueur o m. 75.

Page 1