‹ Inscriptions antiquesChapitre 7 sur 66 · C IV · texte numérisé non relu

C IV

Lettres de la plus belle forme.

Martin-Daussigny, n° 855 de son Registre d'entrées.

Le domaine des trois Gaules et le pagus de Condate.

Le temple, l'autel, l'amphithéâtre, leurs dépendances tant vers le bas que vers le haut du coteau, devaient former un tènement d'une certaine étendue. Une inscription retrouvée sur place au bord de la Saône, dans l'actuel quartier Saint-Vincent, donne au territoire sur lequel se développait ce tènement le nom de pagus Coudatensis : « Pagus du Confluent », et déjà cette désignation de pagus suffit à elle seule pour faire voir qu'il s'agit d'une circonscription qui ne se confondait pas avec Lyon.

Il peut paraître surprenant que l'autel de Rome et d'Auguste ne fût pas à Lyon. Cet autel n'était-il pas vis-à-vis de la Gaule la représentation publique et éclatante de la souveraineté de Rome et de la providence de l 'empereur-dieu comme Lyon était luimême vis-à-vis de l'élément national la représentation de l'élément romain ? N'était-il pas la capitale religieuse de la Gaule impériale comme Lyon en était la capitale administrative ? Il semble, au contraire , qu'on ait tout particulièrement eu à cœur d'établir entre les deux symboles une distinction tranchée. L'autel étant censé avoir été élevé, non à l'instigation et sous l'influence du pouvoir romain, mais par un libre élan de l'initiative des cités de la Gaule, on aura essentiellement tenu, afin de donner encore plus ostensiblement couleur de vérité à cette fiction, à ce que le sol de l'emplacement fût un territoire resté gaulois, et on lui a soigneusement conservé sa physionomie gauloise , son nom gaulois, ses anciennes limites gauloises et jusqu'à son ancienne forme d'administration gauloise. L'autel a été érigé sur le territoire ségusiave de Condate ; mais, de même qu'on n'a pas voulu que ce pagus fût une dépendance de la ville romaine de Lyon, on n'a pas non plus pu vouloir qu'il restât une dépendance de la cité des Ségusiaves en faveur de laquelle un tel privilège eût créé une préséance sur les autres peuples de l'association. Distrait comme Lyon du territoire de cette cité, il a été converti en une sorte de sol fédéral n'appartenant en propre à aucune cité, mais appartenant indivisément aux soixante cités associées : un petit Etat celtique, non civitas, mais simple pagus comme au temps de l'autonomie, administré en dehors du tènement sacré par un magister assisté d'un Conseil d'honorats. Quant à son étendue, si on considère que la Gaule était par excellence le pays des grandes possessions, que l'Helvétie entière ne formait que quatre pagi et que les pagi de l'ancien moyen âge, réapparitions intégrales ou subdivisées des pagi pré-romains, étaient ordinairement de vastes territoires, elle devait être considérable. Déjà on sait que le pagus de Condate allait

au moins jusque très près de Miribel ; il n'est pas inadmissible qu'il se prolongeât de ce côté plus loin encore et peut-être même jusqu'à la limite avec l'ancienne cité des Ambarres.

Bien certainement les députés des soixante cités, avec leur nombreuse compagnie de parents et d'amis et leur nombreuse suite de clients et de serviteurs, n'arrivaient pas dans un endroit inhabité. Il devait se trouver au chef-lieu du pagus des hôtels pour héberger et loger eux et leur monde, des bains où ils pussent se mettre en état convenable de tenue ordinaire ou de cérémonie, des boutiques d'objets de piété relatifs au culte et des choses de toute sorte dont pouvaient avoir besoin des étrangers riches qui n'avaient, un mois durant, rien autre chose à faire qu'à assister à des spectacles et à des fêtes et à étaler leur faste. Condate devait être un village d'une physionomie toute spéciale, à existence intermittente : dans ses périodes de morte , terne groupement de gens appartenant plus ou moins immédiatement à la domesticité des trois Gaules, et, dans ses périodes d'éveil , rendez-vous universel et lieu à la fois de dévotion, de bruit, de plaisirs et de parade aristocratique.

D'après les berges retrouvées d'un canal qui passait entre l'allée de l'Argue et la rue des Archers par la place des Jacobins et la rue Confort, le confluent de la Saône et du Rhône se serait effectué de telle sorte qu'Ainay, y compris Bellecour et un certain espace au nord de Bellecour, aurait formé une île. Sur la partie ouest de cette île se développait un champ de foire appelé les Kanabae. Des inscriptions qui y ont été découvertes et sur lesquelles des gens de commerce, notamment des négociants en vins, sont dits consistentes Lugduni in Kanabis, de nombreux vestiges d'habitations de luxe, nous montrent l'île d'Ainay et son quartier des Kanabae comme appartenant, non au pagus de Condate. mais à Lyon.

L'intervalle déclive entre l'autel et le pied de la colline était, paraît-il. un grand et magnifique jardin, peuplé d'innombrables statues : statues d'empereurs, de princes, de hauts fonctionnaires

publics, de fonctionnaires de l'association des trois Gaules, de prêtres et de leurs proches. Des eaux dérivées du Rhône vivifiaient ces lieux merveilleux et se déversaient dans un large canal, qui, débouchant dans la Saône en passant par l'actuelle place des Terreaux, limitait peut-être le tènement religieux. Sur la partie supérieure de la déclivité, sur la partie y attenante du plateau qui la couronne, un bois sacré, accessoire obligé de tout temple, étendait au loin ses mystérieux ombrages; peut-être même trouverait-on dans Strabon un formel témoignage de cette disposition dans le passage déjà ci-dessus mentionné où, après avoir dit qu'au temple était adjoint un autel accompagné des statues des soixante peuples gaulois, il ajoute d'après le contexte généralement admis : « et un autre grand ». mais d'après une rectification très vraisemblable : « un grand bois sacré v> : xal tx/loç y.iyz; à corriger par v.y.l ocXcoç [j.îyz (voy. Hirschfeld. dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Berlin 1888, XXXV, le Culte des empereurs romains, avec renvoi au Marc Aurélc de Renan, p. 331).

Le reste du territoire du pagus était sans doute couvert de forêts, qui. grâce à la proximité de deux grands fleuves navigables et du plus considérable marché de la Gaule, pouvaient être pour l'association une source d'importants revenus. L'exploitation de ces forêts expliquerait peut-être pourquoi on trouve à Lyon une corporation de dendrophores augustaux.

Septime Sévère, après sa victoire sur Albin, n'aura pas manqué de confisquer à son profit cet important et riche domaine. De là l'effacement presque subit de l'association à dater de cette époque. Dépouillée de sa fortune, en même temps que les plus riches Gaulois sont tous ou à peu près tous entièrement ruinés, elle subsiste encore, mais d'une existence précaire et dépourvue de tout éclat.

Inscription mentionnant le pagus du Confluent.

Don de MM. Frèrejean.

Arcade XLIV. — Bloc quadrangulaire presque carré, bordé de moulures encadrant l'inscription ; « trouvé dans la cour de la « maison Frèrejean , rue de la VIEILLE , près d'une mosaïque « grossière » (Artaud), au quartier SAINT-VINCENT, rive gauche de la Saône; entré au Musée avant 1808. — Hauteur o m. 84. largeur o m. 78; hauteur de la partie encadrée o m. 57, largeur o m. 52.

diANAE ■ AVG • SACRVM

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