‹ Inscriptions antiques de la CorseChapitre 4 sur 21 · L. Balbius Juncinus^ (Mnratori · texte numérisé non relu

L. Balbius Juncinus^ (Mnratori

P. Salluslius Vider, {0. L G., n» 2509).

Mais la Corse n'est pas mentionnée dans la titulature de ces gouverneurs, d'où il faut conclure que cette île garda son organisation particulière, sûrement attestée, aussi bien par le praefec' tus Corsicae dont il a été question tout à l'heure, que par le témoignage de Tacite et le rescrit de Vespasien.

Cette opinion n'était pas celle de

Marquardt (1), mais M. Hirscbfeld a déjà reconnu tout ce qu'elle pouvait avoir de fondé en écrivant que « la Corsé, séparée de la Sardaigne dès Tan 6y est, suivant toute apparence, restéo depuis lors, sans interruption, province procuratorienne sous des gouverneurs de Tordre équestre » (2).

L'opinion de M. Hirscbfeld diffère cependant en un point de celle que j'émets. Le savant allemand suppose que la Corse ne fut reprise qu'en l'an 6, à la suite, par conséquent, de quelque révolte qui lui aurait été commune avec la Sardaigne, et que c'est de cette époque seulement que date son organisation particulière. Mais il serait surprenant que la Sardaigne et la Corse, si longtemps réunies sous un seul cornmandement, eussent cessé de l'être en passant Tune et l'autre sous l'autorité directe de l'Empereur. iM. Hirscbfeld explique ce fait en disant qu'Auguste

(i) Handbuch, IV {Admin. romaine, édit.

française, t. I, p. 95).

(2) Les gouverneurs de province chevaliers romains, p. 3.

peut avoir hésité à laisser les deux iles, sous les ordres d'un simple chevalier.

Ne serait-ce pas plutôt parce que la Corse avait déjà regu une organisation à part et qu'il ne sembla plus utile de réunir ce qui se trouvait à ce momentlà déjà séparé ?

Il faut remarquer d'ailleurs que la Corse et la Sardaigne réunies n'étaient ni assez vastes ni assez peuplées pour qu'il y eut lieu de les scinder, alors surtout que l'Egypte ne constituait qu'un seul commandement.

Il me parait donc beaucoup plus probable que la Corse fut reprise la première par Auguste. Strabon dit bien qu'en l'année 727 Auguste fit de la Corse et de la Sardaigne une seule province prétoriale (1), mais en admettant que ce géographe ne se soit pas trom* pé, il n'en résulte pas nécessairement, pour cela, que cette constitution se maintint jusqu'en l'an 6 (2).

(1) Strabon, XVII, 3, 25.

(2) La reprise de la Sardaigne, en Tan 6, peut tirer un éclaircissement de ce passage de liion

Les restitutions que j'ai proposées ne sont pas, et ne peuvent pas être certaines.

Si l'inscription appartenait aux premiers temps de l'Empire, il faudrait lire, — toujours dans l'hypothèse où je me suis placé de quelque personnage revêtu d'une fonction publique, — non plus procuraloris Augusti provinciae Corsicae^ mais bien praefecli provinciae Corsicae. Je ne crois cependant pas qu'il puisse en être ainsi, car cette inscription, en raison de certaines négligences de gravure, nô me parait pas antérieure au règne de Vespasien.

Quoiqu'il en soit, le fragment de

Cassius, qui se rapporte précisément au temps d'Auguste: c Dans certains pays, le brigandage était. tel, qu'en Sardaigne, par exemple, pendant des années, on y envoyait pour gouverneurs, non pas des sénateurs, mais des commandants de cavalerie avec des soldats « (Dion, LV, 37).

Il se pourrait que la Corse eût été reprise pour les mêmes causes que la Sardaigne, mais il faudrait s'entendre sur le véritable sens qu'il convient de donner au mot brigandage, et «avoir s'il s'agit du banditisme ou de Finsurrection,

marbre qui est conservé à la bibliothèque de Bastia doit avoir un intérêt capital, en ce sens qu'il témoigne, une fois de plus» de la séparation bien marquée de la Corse et de la Sardaigne.

Il est fort regrettable que nous ne le possédions pas en meilleur état.

Le nominatif du cognomen qui se trouve exprimé à la seconde ligne de l'inscription pourrait avoir été Menas ou Menâtes, Cette seconde forme est surtout connue (1).

Inscription mentionnant des réparations faites aux remparts d* Alerta.

L'inscription qui va suivre était gravée sur une table de marbre qui était sûrement brisée de tous les côtés, ainsi que l'atteste un croquis que je dois à l'obligeance de M. le professeur Lucciana (1).

« En 1865, dit M. Lafaye, l'original de cette inscription existait chez un marbrier de Bastia nommé Bartolucci; il y avait été apporté d'Aleria. M. Luc-

Ci) Ce croquis prouve de plus : l^* que la pre» rnière ligne, alors existante^ ne se composait, peut-êlre, que des trois lettres ÂVfi ; ^° que la 2^ ligne était probablement complète avec le mot consuUo\ 3» que les caractères de celte seconde ligne étaient plus grands que ceux des quatre autres; 40 que des fragments latéraux disparus^ celui de droite était le plus considérable.

ciana, professeur de langues vivantes au lycée de Bastia, en prit alors une copie. Quelques années après, en 1872, il montra cette copie à M. Victor Egger, qui enseignait la philosophie dans le môme lycée, et, sur sa prière, il alla chez Bartolucci pour revoir l'inscription. Mais elle avait disparu ; Bartolucci était mort. Un vieil ouvrier répondit au visiteur qu'on s'était servi de ce marbre pour réparer une cheminée de la ville. Faute de mieux, M.

Victor Egger transcrivit le texte d'après la copie de son collègue et l'envoya aussitôt à M. Léon Renier, qui ne l'a jamais publié ; il doit se trouver encore dans les notes de Tillustre savant (1).

Enfin, il y a quelques mois, M. Victor Egger, aujourd'hui professeur à la fa^ culte des lettres de Nancy, m'a fait l'honneur de me communiquer cette inscription. Comme on le voit, il n'existe pas d'estampage et l'original est perdu » (2).

(1) [Voy., en effet, R. Mowaï, BulL Arch.f 1888, p. 311].

(-2) Hull. épigr , t. Vi, 1886, p. 182.

La seule copie qae Ton a de ce texte est donc celle qui a été prise par M.

Lucciana, et qui est ainsi conçue (1) :

EX SENATVS C

SVPER PROPVGNAC QVA LATE PORTAE PR

Il se pourrait qu'il fallut comprendre:

ex senalus [consullo^ tabulata?] su^

per propugnac[ula moenium ea parlé],...

qua late portae pr[aetoriae ? adjacet planilies, exstruenda a] civibus socii8[q{ue) aediles curaverunt].

«.... par ordre du sénat (d'Aleria), les édiles ont fait construire des étagements? sur les ouvrages avancés des murailles, du côté.... où le terrain uni s'étend au loin devant la porte praetoria. Le travail a été fait par les citoyens et les habitants du territoire annexé à la colonie. »

(1) Les V voyelles sont arrondis en forme d'U dans la copie de H. Lucciana.

Par les mots cives et socii^ il faut entendre les citoyens romains et les habitants non citoyens du territoire qui était joint à la colonie. On sait que ce ne fut qu'à partir de Caracalla que le droit de citô fut étendu à tous les hommes libres de TEmpire. L'inscription ci*dessus nous reporte donc à une époque où ce droit de cité n'avait pas encore été concédé, c'est-à-dire, au plus tard, au second siècle de notre ère.

Socii pour contribua. — car c'est ainsi que les non citoyens romains sont appelés en d'autres lieux, — senalus consulto pour deereto deeurionum^ sont des expressions qui paraissent appartenir à une époque très ancienne.

Je viens de dire que l'inscription n'était pas postérieure à Caracalla, je ne serais pas surpris qu'elle datât du règne d'Auguste, et peut-être même de l'année où la Corse fut reprise — ou conservée — par cet empereur; en tout cas de l'an 27 avant J.-C. à l'an 6 de l'ère chrétienne.

Un article de la lex coloniae Juliae Genetivae parait s'appliquer complè-

tement à l'inscription d'Aleria dont je viens de rapporter le texte, malhea^ reusement beaucoup trop mutilé.

c( Quelques travaux d'utilité publique qu'aient décrétés les décurions de la colonie, dit cet article, si la majorité des membres de la curie a été présente lorsqu'ils ont été mis en délibération, il sera permis de les faire exécuter, pourvu que la prestation à exiger des colons, à cet effet, ne dépasse pas annuellement cinq journées de chaque homme pubère et trois journées de chaque chariot. Les édiles qui seront en fonctions présideront aux travaux en vertu du décret de la curie. Ils dirigeront les travailleurs en se conformant au décret, qui devra être exécuté dans toutes ses parties, pourvu que nul ne soit forcé à la corvée s'il a moins de 14 ans ou plus de 60. Quiconque, sans être colon, sera domicilié, ou possédera des biens sur le territoire de la colonie, devra sa contribution de travail comme le colon lui-même » (1).

{\)LexJuliae GeneUvae, 9iti. 98. Le passage que je cite m'a été obligeamment signalé par M.

Le décret des décarions se reconnaît dans le senatus consullum, Tutilité publique, dans la nature même des travaux et la coopération des colons et des habitants non colons, est nettement établie par les mots civibus so^ ciisq[ué\ de la dernière ligne.

D'après ce que je viens de dire, la disposition de l'inscription aurait donc été celle que voici.

AVG

EX SENATYS COnSUUo

tabulata svper PROPVGNAcufa moenium ea parle • • • . QVA LAT£ PORTAE FMeloriae aàjacel planilies exstruenda ciYiByssociisq, aediles curaverunl

Quelques présomptions qu'il puisse avoir du contraire, et malgré l'opinion des chroniqueurs, Grassi ne croit pas que la ville d'Âleria ait été une puissante colonie (1). Il ne pense même

Allraer. Sur cette loi, cf. Marquardt, Organisa- Hon de l'empire romain^ ((rad* française)^ Paris 1889, in>8, p. 170, notes 1 et 2^ et plus spécialement, GiRAUD^ Les bronzes d'Osuna, Paris^ 1874^ in-8* (i)Aleria, pp. 46 et 49,

pas qu'elle ait eu des remparts; ce qai se trouve en complet désaccord, non seulement avec l'inscription que je viens de rapporter, mais encore avec l'épitaphe du tombeau de Lucius Cornélius Scipion dans laquelle il est dit que ce personnage c s'empara de la Corse et de la ville d'Aleria » (1). Il est vrai que iMérimée dit, par contre, que les remparts d'Aleria c reconnaissablés sur beaucoup de points, suivent en partie les contours de la colline. Il semble, ajoute-t-il, que la ville fut divisée en deux quartiers, car les substractions d'une muraille séparent le plateau supérieur d'une autre enceinte au nord, du côté du Tavignano. Les murailles sont épaisses, d'appareil incertain, très grossières, flanquées de tours rondes » (2).

En 1815, le colonel Juchereau de

(1) C. 7. L., 1. 1, no 32. Cette épîtaphe est de l'année 2G0 avant J. G. La ville d'Aleria était donc fortifiée bien avant l'arrivée des Romains.

(2) Notes d'ttn Voyage en Corse, p. 71,

Saint-Denis avait du reste déjà retrouvé quelques traces des vieux murs, dans la partie septentrionale du village.

€ Ils étaient bàtis, dit-il, sur les bords d'un escarpement haut et presque perpendiculaire et étaient flanqués par des tours très rapprochées. Ceux de la partie méridionale, ayant peu de commandement sur la plaine voisine, en étaient séparés par un fossé qui existe encore » (4).

Âleria avait donc des remparts ; cela ne fait pas de doute, et ce qui est non moins certain, quoiqu'on en ait dit, c'est qu'il est encore assez facile de les reconnaître en différents points.

Au surplus, il est à présumer quels fort moderne n'a fait que succéder à la citadelle antique ; c'est l'opinion de M. Lataye, et je la partage coniplô<^ tement.

Les fortifications qui furent remaniées étaient peut-être celles de la partie méridionale de l'enceinte, qui

(4) Cf. RoBiQUET, Recherches hist. et slatist. $ur la Cône, Reanes, 1835, ia-8, pp. 6 et 58i ,

« avaient pea de commandement sur la plaine voisine. » M. Lafaye suppose que ce remaniement consista dans la construction de tours sur le rempart lui-même, et propose de suppléer ici, à la troisième ligne : < turrea aedificari (ou fieri) curavit. »

Le début de l'inscription laisse place à toutes les conjectures. Si le mot avg n'appartient pas à une date consulaire, je ne vois pas quel est le parti que l'on peut en tirer.

Epitaphe mentionnant un soldat delaflottedeMisène

Cette inscription n'est plos dans rile; elle appartient en ce moment à M. Lalanne, directeur du Poids public de Bordeaux, de qui j'en ai reçu un excellent estampage (1). Au moment de sa découverte, on Tofifrit à M. Waltz, qui était alors vice-recteur de la Corse ; M. Waltz la donna à M. Camille Jullian, lorsqu'il fut appelé à professer la chaire

(1) Publicalions antérieures : G. Lafaye, BulleL épigr. de la Gaule, i. III, 1883, p. 290; et t. IV, 1884, p. 18; Herhann Feureho, Iscrizione e ricerche nuove intorno aWordinamento délié armate romane, Turin, 1884, n. 639.— De Lau- RiÉRE, Bull, de la Soc. des Ant. de F,, 1887, p. 154. — Camille. JuLLiAN, Inscript, rom, de Dordeauz, t. il, Bordeaux, 1889, in'4% p. 267. — HiGuoN, Inscriptions inédites de la Corse, p. 12,

de littérature latine à la faculté des lettres de Bordeaux, et M. Jullian luimême s'en est débarrassé tout récemment. Elle est gravée sur une plaque de marbre blanc brisée en trois morceaux. Par suite de Texiguité de la pierre, qui n'a que 0™22 de haut sur 0™25 de large, les caractères sont très grêles et très serrés. Ceux de la dernière ligne n'ont qu'un centimètre de haut.

IViNlA TERTVl.LA. PIA HIC SITA EST QVAE ' V ' A • XXllII APRONIVS FELIX • MIL CL • PR • P • V • MIS • PRAEGO • PR •

CONIVGI • INCOMP •

D{iis) M{anibu8) s{acrum). Junia Ter* tullapia hic sita est, quae v{ixit) a{nnis) XXIIII. Apronius Felix^ mil{es) cl{assis) pr{aetoriae) P(iae) V(indicis) IUis{ena' tium)j praeco pr{aefecti), conjugi incomp{arabili),

« Consacré aux dieux Mânes. Junia Tertulla, pieuse, repose ici ; elle a vécu

24 ans. Apronias Félix, matelot de la flotte prétorienne Pia Vindev^ de Misène, héraut du préfet^ (a fait construire ce tombeau) à son épouse incomparable ».

L'intérêt de ce texte est surtout contenu dans la mention de la flotte de Misène, dont faisait partie Apronius Félix, le mari de Junia Tertulla.

a Quand Auguste voulut établir une flotte permanente sur la mer Tyrrhénienne, il dut commencer, dit Camille de la Berge, par faire construire le port qui servirait d'abri à ses navires, car, d'après Dion, une rade un peu considérable manquait alors absolument sur les côtes. En 717 (37 av. h C.), au milieu de la guerre contre Sextus Pompée, Agrippa, chargé de l'administration de la marine, fit ouvrir un passage entre le lac Lucrin et la mer, un autre entre le lac Lucrin et le lac Averne ; d'autre part, il élevait une digue haute et forte sur le même rivage qui sépare le lac Lucrin de la mer : un étroit goulet faisait communiquer la Méditerranée avec les deux bassins intérieurs. Il put y rassembler

— Sises navires, y exercer ses rameurs^ à l'abri de tout coup de main de Sextas Pompée. Cette création, appelée Portas JuliuSj efTectuée dans un lieu célèbre par les traditions mythologiques, et dont l'accès seul passait pour funeste, frappa vivement les contemporains, et ils attachèrent une importance exagérée à ces travaux brillants, mais inutiles (1).

Strabon nous dit déjà que les embarcations légères ont accès dans le Lucrin, mais qu'à vrai dire ce golfe ne saurait servir ni de mouillage ni d'abri y^ (2). Les bassins étaient donc déjà à demi-combtés par la vase. Il fallut chercher un autre port. Celui de Misène, parfaitement abrité des vents du Sud et de l'Ouest, offrait d'ailleurs un bassin intérieur (3) tout à fait tran-

(1) ce Ce port fut nommé Portus Julius. Virg. Georg.y II, 161-163; Horât., Ars Poc(., 63; Dion, XLVIII, 50; Suet. Oct., 16. Suivant Dion, la côte était absolument dépourvue de rade 9.

(2) Strabon, V, 4, 6.

(3) a Ce bassin avait autrefois servi de portaui habitants de Cumes ». Strabon, V, 4: ^v Bi

7rp<STspov (jtlv iTTiveiov Ku(l.dc(Ot)V •

quille où pouvaient être radoubés les navires, tandis que la baie, formée par le retour de la côte depuis Bauli jusqu'à la pointe du cap Misène, constituait, pour les navires armés, une excellente rade d (1).

On ne sait à quelle époque la flotte du Lucrin fut installée dans le golfe de Misène, mais elle y était certainement sous le règne de Tibère (2). D'après Vegèce (3) la flotte de Misène avait pour mission de protéger les Gaules, TËspagne, la Maurétanie, rÀfrique»

l'Egypte, la Sardaigne et la Sicile, c'est-à-dire, tout le bassin de la Méditerranée, concurremment sans doute, au moins pour une certaine partie, avec la flotte de Ravenne, qui sans cela n'aurait pas eu toute l'importance que les auteurs anciens^ d'accord avec

(i)C. DE LA Berge, Etude sur P organisation de la flotte romaine^ dans BulL ôpigr.^ t. VI^ 1886, p. 210.

(3) Veg. IV, 31, (p. 149 de l'édil. Lange).

-sales inscriptions, lui attribuent (1). Elle avait des détachements en diflérents lieux, et tout particulièrement à Naples, à Pouzzoles, à Ostie et à Sorrente d'où proviennent la plupart des inscriptions mentionnant des classiarii. Elle en avait un en Corse, réparti peut-être entre les deux villes d*Aleria et de Mariana, et j'ai déjà dit que les liburnes qui le composaient étaient placées sous le commandement d'un triérarque (2).

La flotte de Misène apparaît dans l'histoire beaucoup plus souvent que celle de Ravenne, et cela s'explique :

elle se trouvait dans le voisinage de Rome» ce qui lui permettait, par cela même, de s'intéresser plus que tout autre aux événements dont celte ville était le théâtre, et parfois assez pour que son intervention précipitât le dénouement des événements politiques.

Au moment de la conspiration de

(1) Les inscriptions relatives à la flotte de Misène sont cependant deux fois plus nombreuses que celL's mentionnant la flotte de Ravenne.

(2)Tacite, jHis^, I, 16.

Pison, Epicharis tenta de soulever les marins de Misène. Il semblait y avoir réussi, mais on sait ce qu'il advint At qaelle fut la conséquence de la trahison du navarque Proculus, qui n'était entré dans la conjuration que pour mieux en dévoiler les projets (1).

Plus tard, lorsque Néron eut à combattre les légions de Vindex, ce fut à la flotte de Misène qu'il eut recours pour la constitution d'une légion nouvelle qui devint la première AdjiUrix.

A la mort de Néron, les marins de cette légion s'empres3èrent de soutenir Galba dans l'espoir que celui-ci leur confirmerait le privilège qui leur avait été donné de servir dans l'armée de terre, mais Galba les fit brutalement charger par (es troupes qu'il ramenait d'Espagne et les plus compromis furent incarcérés (2). Cette offense ne resta pas impunie: quelques jours après, la légion prit parti pour Othon après

(1) Tacite, i4ww.,XV, 51.

V2) Tacite, Ilist. I, 16; Dion, LXIV, 7 ; Plu- T.^RQDE, Galba, 15 ; Suétone, Galba, 12.

avoir promis de servir Galba qui avait cru se rattacher par des faveurs trop tardives» et le courage dont elle fit preuve dans les divers combats qui précéclèrent la bataille de Bédriac ne fut pas sans précipiter la chute de celui qui Tavait outragée (1),

Une seconde légion, qui ne dura que fort peu de temps, fut créée par Othon avec d'autres marins de la flotte de Misène, auquel il adjoignit ceux de la première légion, qui se trouvaient toujours en prison par ordre de Galba (2).

Elle combattit près de Plaisance où ii lui fut fait un millier de prisonniers (3), et passa ensuite au service de Vitellius qui parait s'en être servi pour former la seconde Adjutrix (4).

(1) Tacite, Hist.y 1, 31, 32, elll, 10, U el 43. Après le triomphe de Vitellius, la légion I Adjutrix fut envoyée en Espagne ; elle y resta jusqu'au règne de Trajan.

(^) Tacite, Hw«., 11, 11.

(3)i«d.,Il, 17.

(4) Tacite, Hist. Il, 22, et 111, 55. Celte seconde légion Adjnlriœ ne devint définitive que sous le règne de Vespasien, (Dion, LV, 24). Elle fut alors envoyée en Batavie, (Taqte, Hht., V, 16).

Lorsque Vespasien attaqua Vitellius, les flottes de Ravenne et de Misène se livrèrent à Cecinà qui était devenu l'agent du premier après avoir été celui du second (1).

Plus tard enfin, quand Septime Sévère marcha sur Rome, Didius Julianus fut soutenu par des soldats de la flotte de Misène qui combattirent sans aucun courage et furent naturellement vaincus (2).

Camille de la Berge, dans sa remarquable Etude sur Vorganisation des flottes romaines^ pense que les flottes de Ravenne et de Misène recurent en même temps leur surnom de Praeioria^ vers la fln du premier siècle ou le commencement du deuxième (3), mais il parait beaucoup plus probable que ce fut la flotte de Ravenne qui reçut ce surnom la première (4)^

(1) Tacite, Hisl.^ II.

(2) Dion, LXXIII, 20.

(3) Bull, épigr., t. VI, pp. 208 et 214.

(4) Cf, C. L L., l. H, no» 1178 et 1267, et MowAT, Bull, épigr., t. VI, p. 283.

Quant aux surnoms de Pia Vindex^ il est à présumer qu'ils furent pris, aussi bien par l'une que par l'autre flotte, sous le gouvernement de Septime Sévère, ou peut-ôtre sous celui de Garacalla, en tout cas, de l'année 208 à l'année 217 (1).

D'autres surnoms furent aussi portés par la flotte de Misène, en raison de l'habitude qui s'introduisit dans les corps de troupes, à partir du règne de Caracalla, de prendre un cognomen temporaire qui rappelait le nom de l'empereur (2). Ce fut ainsi que cette Hotte fut appelée Anloniniana^ sous Caracalla, Severiana Alexandriana sous Sévère Alexandre, Gordiana sous Gordien, etc.

Au sixième siècle, la flotte de Misène existait encore, mais son préfet avait de moindres attributions que

(1) Ces surnoms figurent, pour les cohorles prélcriennes, dans un diplô.Tie de Tannée 208, et pour la fiotte de Ravenne, dans une inscription qui est antérieure à la mort de Caracalla.

(2) Cf. BoRGHEsi, Œuv, compl., t. VI, p. 297, et j. DE LA Berge, Bull, épigr.^ l. VI, p. 209.

jadis (l), et Camille de la Berge en a conclu qu'une décadence presque complète devait correspondre à cette diminution de pouvoir (2).

Dans son travail sur les flottes vo« niaines, M. Ermann Ferrero a publié l'épitaphe de Junia Tertulla en adoptant cette opinion, déjà émise par M.

Làfaye, que le praeco Apronius Félix était en fonctions auprès d'un magistrat municipal « analogue à ceux que nous trouvons dans d'autres colonies sous le nom de praetores jn,re dicundo^ praetorcs II viri ou lll viri (3) ». M.

Camille Jullian a partagé depuis cette manière de voir(4),raais M. Etienne Michon n'est pas de cet avis : « 11 me semble, malgré ces autorités, dit41 en parlant de MM. Ferrero et C. Jullian (5), qu'il

(1) Nolilia dignil.^ édil. Pancinli, p. 147.

(2) IhdL épigr., t. VI, p. 215.

(3) Bidl épigr., I. III, 1883, p. 290.

(4) C'est évidemment parce qu'il l'a considéré comme un fonciionnairo civil, que M. Ferrero n'a pas fait figurer ie prœco sur la liste des diilérenls emplois dans lu marine romaine.

(5) Inscripl. inédiles do la Corse, p. 13.

qu'il y aurait peut-être lieu à uno autro explication. Il faut remarquer tout d'abord, quoique ce ne soit là qu'un argument indirect, que les préteurs municipaux se trouvent plutôt à l'époque républicaine, et qu'à partir de l'empire les magistrats supérieurs des colonies portent presque partout le titre de II viri. Une objection plus grave vient de la difficulté de concilier les deux qualités de marin et de héraut du magistrat municipal d'Aleria... J'ajoute qu'on s'expliquerait aisément qu'il y eut dans la flotte des praerones chargés do transmettre les commandements, do publier les proclamations, de donner lecture des ordres du jour, si Ton peut ainsi parler, au besoin de faire les appels d'embarquement... Il reste, il est vrai, à expliquer les lettres pr qui suivent le titre de praeco. Mais il convient de rapprocher de Tinscription d'Aleria un certain nombre d'inscriptions de slatorefi ou le titre stator pr, qui ne peut signifier que s<a/orpr(a^<oru), remplace l'appellalion plus fréquente de stator Aiig{usli)y l'une et l'aulre dé-

signation marquant qne lo stator ôlait d'une manière toute spéciale et directe au service impérial. Les flottes, de même, étaient censées sous le commandement direct de l'empereur'; de là leur titre de praeloriae^ et, plus tard, les surnoms éphémères qu'elles tirèrent du nom de l'empereur régnant ; nn fonctionnaire de la flotte n'a-t-il pas pu être appelé praetorius au même titre que la flotte elle-même? Il n'y aurait rien de plus dans la qualification de praeco pr{aetorii) que dans celle de lr{ierarchus) Aiig{usli) que prennent deux triérarques, M. Cocceius Stephanus et M. Plotius Paulus (1) ».

Mais pour être fort ingénieuse, celte interprétation, que préfère M. Miclnn, ne me satisfait pas davantage que celle qui a été proposée par M. Lafaye.

Comme je ne puis pas plus admettre l'existence d'un héraut militaire, n'ayant aucun gradO; et ne relevant que de l'empereur (2), que celle d'un soldat de

(1) C. /. /.., {. X, no 3356 et I. VI, n^ 3621. ('1) Le slalor Augusti élait un fonctionnaire ci-

la flotte, ciieur municipal, la lecture praeco pr{aetorii)y quel que soit le sens que Ton donne au mot praetoritis^ ne me parait que fort peu probable.

Le praeco pr{aefecti) était, à mon avis, un employé subalterne de la marine romaine. Les fonctions qu'il remplissait ont dû être analogues à celles de corniculartus praefecli dont on a un exemple certain (1).

vil et Ton s'explique parfailement qu'il ait pu faire partie de la maison impériale.

Epitaphe de Marias Fuscîamis.

Cette inscription, qui appartient à M. de Matra, propriétaire à Aleria, a été découverte par un marchand nommé Agostini. Elle est gravée sur une plaque de marbre blanc, de 0"^67 de long sur O'^eS de large, dont le revers est orné de fleurs et de rinceaux. Elle a été publiée par M. hafaye (1) et je dois à l'obligeance de M. Casanova, institua teur public à Aleria, d'en posséder un estampage qui me permet d'en donner le dessin que voici (2) :

(1) Bull, épigr., l. IV, 1884, p. 18.

(!2) Ce dessin est au 1/7<»«

JVSClANOCoIV

Cl RtNfXKlWNTl KCÏ SWPfNDIO

KVM XXS/lî

D(iis) M{anibus). Fl{avia) Bilalis Mario FusciafiOy conjufji bcne merenti^ feci.

Slupendiorum XXV II.

« Aux dieux Mânes. Moi, Fiavia Vitalis, j*ai tait conslraire ce tombeau à Marius Fuscianus, mon mari très méritant, mort après vingt-sept ans de service. »

La copie de M. Lafaye porte, à la cinquième ligne, fecit, par une ligature des deux dernières lettres qui n'existe pas sur la pierre.

M. Lafaye a cru, de plus, ot l'on peut partager son avis dans une certaine mesure, que Marius Fuscianus était un soldat de la flotte de Misène. Mais on ne

peut appuyer celte conjecture que par ce seul fait qu'il se trouvait à Aleria au moment de sa mort. Or, son épitaphe nous apprend qu'il avait alors vingt-sept ansdeservice; on peut donc supposer aussi qu'il avait été libéré après avoir servi toutle temps voulu (1) et qu'il ne mourut à Àleria que parce qu'il y avait pris sa retraite. Il se pourrait d'ailleurs que cette ville eût été la patrie deFIavia Vilalis (2), et il est bon de remarquer que le genlilice Marins rappelle le nom d'une cité, celle de Mariana, d'où le défunt avait peut-être tiré son origine. On sait, en effet, que les étrangers et les esclaves recevaient le droit de cité soit au moment de leur incorporation, soit à celui de leur libération, suivant qu'ils servaient dans les légions ou les auxilia (3), et prenaient alors un

(1) Dans la marine la durée légale du service était d'environ vingl-sii ans.

(2) Voir plus loin, Tépitaphe d'une Flavia Uaria.

(3) HoMMSEN, De la conscriplion sous Vcmpire romain, p. 14 (dans VHerméSy t. XIX, 1884). il se peut que celle règle n'ail plus été suivie à pariir du règne d'Hadrien.

prénom et un genlilice qui témoignaient aux yeux de tous de ieur nouvelle qualité, (le prénom et ce gentilice étaient généralement ceux de l'empereur régnant, mais ces appellations furent aussi prises quelquefois d'une façon plus arbitraire, et il se pourrait parfaitement que l'esclave Fuscianus ne se fut appelé Marins que parce qu'il était né à Mariana.

Vitalis était à la fois un nom d'homme et un nom de femme ; on a d'autres exemples de son emploi au féminin (1).

L'orthographe Bilalis était vraisembla* blement conforme à la prononciation provinciale; stupendiorum pour slipendiorum est un archaïsme connu.

A cause de la présence du gentilice Flavius, répitaphe de Marins Fuscianus n*est certainement pas antérieure à la première dynastie flavienne. La forme de ses lettres ne permet pas de supposer, au surplus, qu'elle puisse remonter au-delà du troisième siècle.

(1) C. L L., XII, 3336, 3393 ; VlU, 354, 2179, etc.

La rédaction de cette épitaphe donne lien à nne autre remarque : contrairement à l'usage, on n'y trouve pas l'âge du défunt.

FuscianiAs est un nom servile qui né semble pas avoir été très répandu (1).

Il est formé sur le gentilice Fusette, dont on ne connaît aussi que quelques exemples (2).

D'apiès des renseignements qui ont été fournis à M. de Laurière, l'inscription du soldat Marins accompagnait an squelette couché dans un tombeau formé de grandes briques. Ce tombeau était enveloppé d'une maçonnerie en pierres sur laquelle était placée l'épitaphe (3).

(1) C. I. L. VIII, 158 et 10.606.

(2) C. /. L., Xfl, 3499.

(3) Bull, des Anliq. de France, 1887, p. 151.

6, Epitaphe de Domitia Zonica.

L'épitaphe de Domitia appartient à M. de Matra, à qui elle a été donnée par M. Agostini. Elle est gravée sur une plaque de marbre blanc ayant 0"™49 de long sur 0"42 de large et 0"* 03 d'épaisseur. On doit la lire (1) :

DôMiriïzo^^iCE

aVAEVlXITKHM ■PLVS X\:IX/\/3 »f 1I5ID0KVSC0XJJV

D(iis) M(anibus). Domiti{a)e Zonic{a)ey

(1) Cf. Bull, épigr., i. IV, 1884, p. 19 ; et de Laurière, Bull. Ant. F., 1887, p. 153. M. Ca-

quae vixit ann{is)plu8 minus XXX. Lisidorusf conju[g]i b{ene) m{erenti) f{ecit).

a Aux dieux Mânes. À. DomitiaZonica qui a vécu environ trente ans. Lisidorus a fait construire (ce tombeau) à son épouse bien méritante. »

A la ligne 4, les trois X sont greffés sur une branche commune. A la ligne 6, la première lettre est un C, et non pas un G, comme Ta cru M. Lafaye.

Les caractères de Tinscription paraissent appartenir à une basse époque.

Le cognomen Zonica^ —le môme sans doute que Donica^ en raison de la permutation assez fréquente des deux lettres D et Z; — ne semble pas avoir été très répandu.

A la cinquième ligne, je ne sais s'il faut lire L{ucius) Isidorus ou Lisidorus.

Je préfère la seconde interprétation, parce qu'il ne me parait pas que le gentilice Lucius^ qui est connu (1), ait

smova^ instituleur public à Âleria, m'en a envoyé un bon estampage qui m'a permis de la faire graver. Le dessin que j'en donne esUau l/7e.

(1)C. /. L., t. 1, no» 1383 et 3117; t. XII, n<» 3512; ^Iommsen, Inscr. regni Neap.^ p. 428, etc.

pa être abrégé par une seale l» mais je dois reconnaître que le nom servile Lisidorus serait nouveaUi alors que le cognomen Isidorus s'est déjà rencontré en d'autres lieux (1).

Une particularité de cette épitaphe est la présence de la formule plus minus qui marque rincertilude sur l'âge des défunts. Cette formule, qui est surtout chrétienne, ne fut guère employée, par les païens, que dans le courant du troisième siècle, et plutôt vers la seconde moitié qu'au début.

L'orthographe conjuci^ pour conjugif doit provenir d'une erreur de gravure ; on a pourtant quelques exemples de la permutation des deux lettres 6 et C.

(1) C. L L.f t. XII, p. 876; Mommsen, Inscr.

regni iV^ip., p. 428, etc.

Epitaphe du tombeau de famille des Naevii.

L'épitaphe suivante a été découverte dans la propriété de M. Gavini, qui l'a fait transporter à Bastia^ dans son cabinet, où elle est encore. Elle est gravée sur une plaque de marbre blaoc de 0« 30 de haut sur O"» 55 de large et 0*03 d'épaisseur.

P • NAEVI • P • L • APoLl P • NAEVI • P • F • CASToR NAEVIA • P • L . DIoGLEA

ET • LElBERToRVM • ET • T • CASToR

P(ublius) Naevi(us)t P{ublii) l(iberlus)^ Apoll(inaris ?); P{ublius) Nûevi(us)^ Plublii) /(iKtts), Castor ; Naevia^ P{ubUi) l(iberta)j Dioclea ; Et leibertorum et T{iti) Castor(is).

« (Tombeau de) Publias Naevîus Âpollinaris, affranchi de Publius ; de Publius Naevius Castor, fils de Publius; de Naevia Dioclea, afTranchie de Publius ; de leurs aflranchis et de Titus (Naevius ?) Castor. »

Les lettres de cette inscription ont 0"^06 aux trois premières lignes et 0"^03 à la dernière ; elles sont nettes et bien gravées, mais sans pleins et sans déliés. Le dernier L de la première ligne, et tous les sont en plus petit caractère ; la forme des esty de plus, absolument circulaire, ce qui témoigne d'une très haute époque.

On sait, du reste, que l'archaïsme ei poar « ne fut plus employé à partir du règne d'Auguste.

Les Naevii de la colonie romaine d'Aleria étaient peut-être originaires d'Ostie. Une plaque de marbre, qui a été découverte dans cette dernière ville, porte une inscription de tombeau qui est, en efTet, d'une frappante analogie avec celle qui précède. En voici d'ailleurs la copie (1) :

(i)C. 7. t., t. I, nM070.

C • NAEVI -CL • ALEXsANDER

C • NAEVI • C • G • L • NEONIS

NAEVIAC'C'LHILARA

V G • NAEVI • G • C • L • ASGLEPIADES

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