CHAPITRE I. — DIEUX, DEESSES, ETC
vaux, les ouvriers & leur chef, qui se mettaient sous leur protection?
Ce vœu fut exaucé, & la construction de la Basilique, qui dura sans doute plusieurs années, eut lieu sans grave accident, ou tout au moins sans mort d'homme. Nous n'en saurions douter, puisque les auteurs de ce vœu vinrent dresser, sur les bords de la source de Nemausus, dans l'enceinte sacrée où on lui rendait un culte, le modeste monument de reconnaissance, dont la partie la plus résistante & la plus considérable, la pierre portant notre inscription, a échappé aux ravages du temps & des hommes.
L'autel votif de T. Flavius Hermès & le lieu où il a été trouvé nous fournissent-ils quelques données, ou au moins quelques éléments de conjecture, sur l'époque à laquelle a été construite la Basilique, dont l'heureux achèvement a donné lieu à l'érection de ce monument ?
« Les caractères en sont assez bons », dit Ménard. Ils sont tracés, en effet, d'un ciseau correct, sobre, légèrement archaïque, & qui n'a pas encore cette élégance in peu molle des lapicides de l'époque antonine. Les nombreuses ligatures qu'on y remarque, commandées d'ailleurs par le peu d'espace dont l'ouvrier disposait, sont elles-mêmes une marque d'antiquité. Rien donc, au point de vue des caractères, n'empêcherait de rapporter cette inscription au siècle d'Auguste.
La place où cette pierre fut trouvée, en iy3o, dans l'enceinte consacrée au culte de Nemausus,
est évidemment la place même où cet ex-voto fut dressé. Or, par la double inscription à texte identique1 trouvée, en 1742, dans cette même enceinte sacrée de Nemausus, à quelques pas de l'endroit où, trois ans auparavant, s'était rencontrée celle de T. Flavius Hermès, on sait que cette partie de nos bains romains fut achevée pendant le neuvième consulat d'Auguste, c'est-à-dire l'an 735 de Rome (19 av. J.-C). Si l'érection de notre monument votif eut lieu, comme nous le pensons, dans les vingt années qui suivirent la dédicace de cette enceinte, on en pourrait conclure que la Basilique ici mentionnée fut achevée dans les premières années de notre ère.
C'est sans doute à cette Basilique, élevée sur l'emplacement actuel du Palais de Justice, & dans la construction de laquelle le marbre fut prodigué, qu'auraient appartenu les magnifiques morceaux de sculpture (aigles, guirlandes, &c.) classés au Musée sous les nos 201, 202, 206, 207, 223, 23 1, & peutêtre aussi le fragment d'inscription monumentale ... viii-trib-po..., trouvé, en 1810, dans les Arènes2. Ces belles frises, ces pilastres cannelés, ces chapiteaux, ces aigles d'un effet si grandiose, malgré les mutilations qu'ils ont subies, seraient dûs au ciseau magistral des marmorarii , dont notre inscription atteste la piété envers Jupiter & Nemausus, mais dont elle ne nous a pas transmis les noms.
1 Voir au chapitre suivant.
2 Mém. de l'Acad. du Gard, 1863-64, p. 1 53.