INSCRIPTIONS SUR LE COURONNEMENT DU PODIUM DE L'AMPHITHÉÂTRE
Places réservées dans l'amphithéâtre aux bateliers de l'Ardéche & de l'Ouvè^e, & à ceux du Rhône & de la Saône.
Longues pierres, au nombre de trois, détachces du chaperon demi-cylindrique qui formait la partie supérieure du mur du podium de l'amphithéâtre; extraites, dans l'intervalle de 1812 à 1818, des déblais de l'arène, sur laquelle elles gisaient au pied de ce mur, du côté nord-ouest (Grang.). Le chaperon a de diamètre om45, & présente du côté qui regardait l'arène une forte saillie portée par une moulure, &, du côté opposé, une face verticale plane affleurant au parapet. L'inscription, le pied des lettres autrefois tourné vers les gradins, occupe en une seule ligne le sommet du chaperon. — Longueur des trois pierres réunies, 5m 5o.
Places réservées, au nombre de vingt-cinq, aux bateliers de l'Ardéche & de l'Ouvèze.
L'inscription remplit toute la longueur de la première des trois pierres & se termine sur la
seconde. — Longueur de la première pierre, im 10. Hauteur des lettres, ora07.
N'ATR ET OVIDIS-LOÇA'N'XXV | D'D'D'N
Copies dessinées de M. ALLMER&de M. Fr. Germer-Durand : lettres de bonne forme; la première X de XXV & le premier des trois D à la suite eflacés en partie, mais encore visibles & certains.
Artaud, Ann. encycl. de 18 18, p. 2 58. — Grangent, C. Durand & E. Durant, Monum. ant. du midi de la France, 1819, p. 47. — De Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 3()6. — A. Pelet, Descr. de V Amphithéâtre, 18D9, p. 82. — Herzog, n. 225. — Gharvet, Voies rom. des Volkes Arécom., p. 46. — RocHKTix, La Viabilité rom. du dép. de Vaucluse, i883, p. 79. — Notes E. Germer-Durand.
Nantis Atricae & Ovidis loca numéro XXV data decreto decurionum Nemausensium.
« Aux bateliers de l'Ardèche & de l'Ouvèze, « vingt-cinq places données par décret des décu- « rions de Nimes ».
L'interprétation de l'abréviation ATR par.4 trica & l'identification de la ri /ière ainsi nommée avec TArdèche appartiennent à E. Germer-Durand. L'Ardèche est appelée dans des documents du dixième siècle Ertica & Hertica (noms quelquefois défigurés en Entica & Hentica), & plus tard Ardesca. (Voyez Rouchier, Hist. du Vivarais, 1,
4^2 COLLECTION KPIGRAPHIQUK DI •
p. i-S; (Iharvet, Voies rom. des Volkes Arécomiques, p. 4'; & note.) L'Ouvéze s'appelait au moyen âge Ovede. Pour aucune des deux rivières le nom antique n'était connu.
Bien que très-certainement la Gaule, beaucoup plus boisée que ne l'est aujourd'hui la France, ait eu un climat plus humide que le nôtre, & bien que le niveau des cours d'eau y ait en général été notablement plus élevé qu'il ne l'est de nos jours en temps ordinaire, il est, de prime abord, assez difficile de se taire une idée d'une batellerie de l'Ardèche & de l'Ouvèze.
Cependant les deux rivières sont encore actuellement navigables : l'Ardèche depuis Ruoms & même de plus haut, sur un parcours de plus de trente-cinq kilomètres, TOuvèze sur une quarantaine de kilomètres au moins à partir de Vaison. Naturellement, les bateliers qui exploitaient nonseulement ces parues de leurs cours, mais aussi toute la partie du cours du Rhône en aval de leurs embouchures, se désignaient par le nom de chacune des deux rivières où leur navigation avait son point de départ & d'où elle tirait son alimentation commerciale. Cette navigation devient encore plus facilement concevable si on veut bien admettre qu'elle se serait faite, non pas avec des barques, mais au moyen de radeaux formés des bois que fournissait sans doute en abondance le pays riverain. Les bateliers dont il s'agit n'auraient de la sorte jamais eu à faire que des voyages de descente.
Ce qui, du reste, montre bien l'importance des batelleries de l'Ardèche & de l'Ouvèze, à une époque où la rareté & le peu de commodité des voies de terre devaient faire préférer pour la plupart des transports les voies fluviales, c'est l'honorable privilège accordé par les décuriQns de Nimes aux membres de ces batelleries d'avoir vingt-cinq places réservées sur le premier rang des gradins de l'amphithéâtre de cette ville, immédiatement à côté de la riche & florissante compagnie lyonnaise des bateliers du Rhône & de la Saône.
Que les bateliers de l'Ardèche & de l'Ouvèze n'aient formé qu'une seule corporation, ainsi que déjà le faisait présumer leur réunion dans notre texte, une inscription aujourd'hui perdue, mais vue autrefois cà Saint-Gilles par Séguier, ne permet pas d'en douter; elle mentionne un nauta Atr(icae) & Ov(idis), curator ejusdem corporis.
L'Ardèche & l'Ouvèze n'étaient pas les seuls affluents du Rhône qui eussent un corps de bateliers. La Durance, navigable au moins depuis Pertuis (Rochetin, la Viabilité rom. de la Vaucluse, p. 79), avait aussi sa corporation de nautae Druentici. On s'imagine difficilement que ces nautes de la Durance n'aient pas eu, aussi bien que ceux de l'Ardèche & de l'Ouvèze, des places d'honneur à l'amphithéâtre de Nimes.
4^4 COLLECTION KI'KjKAPHIQUE DE NIMES.
Places réservées, au nombre de quarante, aux bateliers du Rhône & de la Saône.
L'inscription occupe, à la suite de la précédente, toute la longueur de la seconde pierre & la majeure partie de la longueur de la troisième. — Longueur de la seconde pierre, im8o; de la troisième, 2rao5. Hauteur des lettres, o^oq, excepté celles du mot aRAR & du nombre XL qui ont om 10.
mer-Durand : lettres de très-bonne forme. Même bibliographie qu'au numéro précédent.
Nautis Rhodanicis & Araricis (loca numéro) XL data decreto decurionum Nemausensium.
« Aux bateliers du Rhône & de la Saône, qua- « rante places données par décret des décurions « de Nimes ».
Pline (3, 4), & surtout Strabon (pp. 177 & 189), parlent du Rhône avec admiration : « Le Rhône traversait les plus fertiles contrées de la Gaule ; la plupart de ses affluents étant navigables, il était propre au transport des plus lourds far-
deaux. Par le Rhône & la Saône, on arrivait, au moyen d'un trajet de terre peu considérable, à la Seine & à l'océan britannique; on communiquait de la Méditerranée à la Manche, de l'Italie à la Bretagne ».
La compagnie des bateliers du Rhône & de la Saône, dont le siège était à Lyon, exploitait dans toute rétendue de Lyon à Arles cette merveilleuse voie fluviale, ce qui explique sa richesse & sa puissance, & l'honneur d'avoir eu sur le premier gradin de l'amphithéâtre de Nimes une réserve de quarante places. Un privilège analogue lui était-il accordé dans toutes les cités baignées par le fleuve : à Vienne, dont l'amphithéâtre n'avait pas de pareil en grandeur & en magnificence, à Valence, à Alba Helviorum, à Augusta Tricostinorum, à Orange, à Avignon? En l'absence des inscriptions, qui, seules, pourraient nous l'apprendre, on en est réduit à le supposer avec grande vraisemblance, mais sans preuve.
Nimes, située à i5 milles, c'est-à-dire à 22 kilomètres & demi du Rhône, était en communication avec ce fleuve par le tronçon de la voie Domitia qui le traversait au port d'Ugernum, aujourd'hui Beaucaire, & était la grande voie de commerce entre l'Italie & l'Espagne.
Répétition de l'inscription mentionnant les vingt' cinq places réservées aux bateliers de l'Ardcchc & de l'Ouvé\e.
Fragments, au nombre de quatre, provenant du chaperon demi-cylindrique qui recouvrait le mur du podium ; trouvés en i8ô'3, dans les fouilles de l'arène, [.'inscription est gravée, non pas sur la partie convexe du chaperon , mais sur la face plane verticale affleurant au mur du côté opposé à l'arène. — Longueur des deux premiers fragments réunis, om25 ; du troisième, om 38 ; du quatrième, om4o. Hauteur des lettres, omoô.
» • a t r • ET Ovidis L O C A n • X Xv • d- d • d- n
Copie dessinée de M. Allmer : l'E de ET réduit à l'extrémité droite de sa branche supérieure; le T du même mot & l'O qui suit partagés horizontalement en deux parties; ce même O privé de sa moitié droite; la seconde X du chiffre XXV réduite à l'extrémité supérieure de son jambage gauche.
Revoil, dans les Mémoires de l'Acad. du Gard, i865-66, p. 160.
Nautis Atricae & Ovidis loca numéro XXV data decreto decurionum Nemausensium.
« Aux bateliers de l'Ardèche & de l'Ouvèze, « vingt-cinq places données par décret des décu- « rions de Ni mes ».
C'est une répétition de l'inscription précédente n. 198, ajoutée plusieurs fois bout à bout pour arriver à la longueur des vingt-cinq places réservées sur le premier gradin.
Répétition de l'inscription mentionnant les quarante places réservées aux bateliers du Rhône S de la Saône.
Fragment provenant de la partie plane verticale par laquelle le chaperon cylindrique cou: nant le mur du podium affleurait à la face de ce mur opposée à L'arène ou d'un gradin; découvert en 1866, dans les touilles de l'arène. — Hauteur, o'"[3; longueur, om28. Hauteur des lettres, o'"0 7 1/2.
Copie dessinée de M. Allmer & estampage de M. Albin Michel : l'N réduite à sa moitié du côté droit; la branche inférieure de FR à un petit reste de sa partie inférieure attachée à la panse.
Nautis Rkodanicis & Araricis [loca numéro XL data decreto decurionum Xemausensium.
« Aux bateliers du Rhône & de la Saône, quart rante places données par décret des décurions a de Nimes ».
C'est aussi une répétition de l'inscription précédente n. 199, par laquelle on s'était également proposé le but de donner à la marque indicatrice une longueur égale à celle des quarante places mises à la disposition des bateliers du Rhône & de la Saône sur le premier gradin.
Fragment, incomplet à droite, du chaperon demi-cylindrique qui formait le couronnement du podium. L'inscription occupe le sommet de la partie convexe. — Longueur, o'" 90.