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II. — VOIES ROMAINES

Indépendamment des deux milliaires que j'ai déjà eu l'occasion de décrire (Cf. plus haut, pp. 43 à 49), deux documents, Y Itinéraire cïAntonin et la Table de Peutinger, fournissent quelques renseignements précieux sur les voies romaines de la cité des Lemovices.

On est assez d'accord, en général, pour dater V Itinéraire d'Antonin du règne de Caracalla. Il ne s'ensuit cependant pas pour cela qu'il n'existait pas auparavant quelque document analogue; tout permet même de supposer le contraire, mais il est assez vraisemblable d'admettre que V Itinéraire ne reçut sa forme définitive que vers l'année 215.

Les distances y sont indiquées en lieues gauloises, et non pas en milles romains ; or on sait que ce fut à partir de Septime Sévère que les Gaulois furent autorisés à compter leurs distances par lieues. 11 est vrai que les cités n'avaient pas attendu l'édit impérial pour revenir au mode de mesure qui leur était plus particulièrement cher. Il paraît même à peu près certain qu'elles n'y renoncèrent jamais complètement, surtout dans l'Ouest de la Gaule (1), mais un document officiel, antérieur au règne de Septime Sévère, n'eût pas consacré cette irrégularité. Il faut ajouter que si les chiffres se rapportent à des lieues, les indications complémentaires sont toujours exprimées en milles par les trois lettres mpm — millia plus minus. Il faut attribuer cette anomalie à l'inexpérience du copiste et y trouver sans doute un argument de plus, d'abord en faveur de Ja préexistence de quelque liste que ^Itinéraire d'Antonin ne fit que rempla-

(i) Voir, à ce sujet, les inscriptions milliaires relatives à Antonin, que j'ai fait paraître dans mon Épigraplue romaine du Poitou et de la Saiatonge, pp. 13

cer, ensuite de la postériorité de celui-ci à la mesure qui fut prise par Septime Sévère.

La Table de Peiitinger est un document qui doit être à peu près contemporain de l'Itinéraire. On en a fixé la date à l'année 230 après Jésus- Christ, et c'est en effet celle qui paraît lui convenir. Les villes y sont en général désignées par leurs noms gaulois et les distances y sont données en lieues pour toutes les cités autres que celles de la Narbonaise. La Table indique même ce changement dans les unités de mesure. A côté des tours qui représentent Lyon, on lit ces mots : « Lugduno caput Galliar(um), usque hiclegas».

d° ROUTE DE LYON A SAINTES.

Le territoire des Lemovices était traversé de l'Est à l'Ouest par l'une des quatre grandes routes qui furent créées sous l'administration d'Agrippa (1). Cette route était celle qui, de Lyon, traversait la chaîne des Cévennes pour aboutir à Mediolanum chez les Santons.

A partir de Clermont-Ferrand (Augustonemetwn) la Table de Peutinger la fait passer aux localités suivantes :

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(Table de Peulinger, segment 1, b, édit. Desjardins.) (i) Strabon, IV, 208.

Ub[ian]um ? a été placé par M. Maximin Deloche à Pontgibaud.

Fines. — M. Maximin Deloche, et avant luil'abbé Nadaud, ont identifié cette station avec le Monteil-de-Gélat. D'Anville a dit à son sujet :

« La distance à l'égard d'Acitodunum, situé sur cette route, et qui est Ahun dans la Marche, étant marquée xx, elle conduit précisément à l'entrée du territoire des Arvemi, sans néanmoins pouvoir désigner quelque position qui y ait rapport en particulier, d'autant moins que, jusqu'à présent, les cartes de ce canton ne sont pas fort louables dans le détail » (1).

Walckenaër s'est prononcé pour le hameau de Crosacoigne, commune du Monteil-de-Gélat, et Florian Vallentin (2) pour celui de Beauclair, commune de Herment, Puyde-Dôme (3).

Acitodunum répond à la petite ville d'Ahun. Cette idencation ne saurait faire aucun doute.

« Cette position, dit d'Anville, convient précisément à celle d'Ahun ; et je trouve que sa distance de Limoges revient en droite ligne à 31 lieues gauloises, ou à peu près. La position intermédiaire du Praetorium doit rompre un peu la direction, parce qu'en considérant la Table on voit que ce même lieu de Praetorium est commun à une autre route qui conduisait de Bourges à Limoges par Argenton. Au moyen de ce coude, j'observe que les 32 lieues marquées dans la Table entre Limoges et Ahun se retrouvent complètement » (4).

Praetorium. — On ne s'est guère accordé jusqu'ici sur la position de cette station. D'Anville l'a p lacée « en un lieu

(1) Notice de V ancienne Gaule, p. 307.

(2) Mém. de la Soc. des se. nat. de la Creuse, t. V, 1885, p. 156.

(3) La carte de l'état-major n'indique pas de localité de ce nom sur le territoire de la commune d'Herment. Je ne vois pas quel est le hameau dont Florian Vallentin a voulu parler.

(4) Notice de la Gaule, p. 30.

dont le nom , qui est Arènes , aura été appliqué aux restes de quelque vaste édifice qui n'a point été distingué d'un amphithéâtre » (1). M. Maximin Deloche l'a indiquée dubitativement « aupuy de Jouer [près de St-Goussaud] (il) ou plutôt à Pourrioux [commune de St-Martin-Ste-Catherine]>> (3); Elie de Beaufort s'est prononcé pour le hameau de Bridier,

près de la Souterraine (4); M. de Cessac pour Champegaud, commune de Saint-Goussaud et M. Grellet-Dumazeau pour !' château Chalard, près de Saint-Julien-le-Petit (5).

vValckenaër et la commission de la carte des Gaules ont

(1) Notice de la Gaule, p. 533. Sur le cliché, A rrênes serait à 1.500 mètres au nord du hameau de la Rouze.

(2) Sur le fragment de carte au 80.000e, le Puy-de-Jouër, ou Signal de Montjouër, est à 1.500 mètres au sud-ouest de Saint-Goussaud, au point coté 697.

(3) Études sur la géogr. hist. de la Gaule, p. 51.

(4) Mém. des Ant. de l'Ouest, t. XXIX, p. 275.

(5) Bidlet. de la Soc. archèol. de la Creuse, 1857. Saint-Julien-le-Petit, canton d'Eymoutiers, est au sud-est du département de la Haute-Vienne.

identifié Praetorium et Sauviat près de Bourganeuf ; Cassini s'est contenté d'inscrire sur sa carte : « Mont de Jouer, ville ruinée » ; Cornuau, sur une carte géographique tirée à quelques exemplaires en 1782 et devenue à peu près complètement introuvable, place Praetorium au Puy de Jouer. L'abbé Nadaud, qui fut nommé curé de Saint-Léger-la- Montagne en 1748 et put étudier à loisir la voie de Limoges à Ahun, concluait également en faveur du Puy de Jouer ; son ami Legros a consigné ce fait dans une publication, Y Indicateur du Diocèse, qui est devenue tout aussi rare que la carte de Cornuau. En 1746, l'abbé Belley avait cru que Praetorium devait être placé près de l'abbaye de Grammont. Allou avait enfin proposé la Jonchôre.

Comme on le voit, Arrenes, Pourrioux, Sauviat, LaJonchère,Bridier, l'abbaye de Grammont, Champegaud, le château Chalard et le Puy de Jouer ont eu chacun leurs partisans, mais il est au moins possible d'éliminer dès maintenant l'abbaye de Grammont, dont l'emplacement n'est guère accessible qu'aux piétons, ainsi que le château Chalard et Bridier, dont la situation est véritablement par trop excentrique. Nous verrons en outre, en étudiant le tracé de la voie romaine, que la Jonchôre, Pourrioux et Sauviat, ne peuvent pas convenir davantage. Alors que la Table et le milliaire de Gordien sont d'accord pour attribuer quatorze lieues à la partie de la voie comprise entre Augustorilum et Praetorium, c'est à peine s'il en existe douze entre Limoges et les deux points de la Jonchère et de Sauviat. Pourrioux est bien, il est vrai, à quatorze lieues gauloises de Limoges, mais aucune route n'y passait, puisque le tracé de la voie a été reconnu beaucoup plus au sud, dans le bois d'Epagne, près de la route nationale de Limoges à Clermont-Ferrand.

Comme Pourrioux, Arrènes et Champegaud pourraient encore convenir quant à la distance ; mais il n'y a pas eu là, autant que l'on puisse en juger, d'établissement romain assez considérable pour figurer dans la Table de Peutinger.

Il n'en est pas de même du Puy de Jouer, et depuis les heureuses recherches de M. Buisson de Mavergnier, c'est en cet endroit, quelque désert qu'il puisse être aujourd'hui, que me paraît devoir être définitivement placée la station du Praetorium.

« Les fouilles pratiquées au mont de Jouër ont produit, dit M. Buisson de Mavergnier, d'intéressants résultats, et elles ont mis au jour les importantes fondations d'un édifice gallo-romain qui paraît être la station romaine de Praetorium, ou Pretorio suivant l'orthographe de la Table de Théodose

« C'est en vue du Puy-de-Dôme et du Mont-d'Or, dont les sommets étaient couverts de neige, près de la voie de Sejoux à St-Goussaud(l), que j'ai fait pratiquer les fouilles. Mais avant de parler des résultats qu'elles ont produit, il faut que je dise un mot sur les recherches que j'ai faites en fouillant le cadastre de la commune de Saint- Goussaud.

« M. Bosvieux, archiviste delà Creuse, avait trouvé, dans une trop courte excursion faite à Saint-Goussaud, certaines parcelles de terrain, sur le mont de Jouër, désignées sous le nom de Pratàury. Il avait fai t faire quelques recherches dans cet endroit, et elles n'avaient produit aucun résultat satisfaisant.

« Ce nom a une ressemblance frappante avec Praetorium, et, frappé de cette analogie tout au moins étrange, M. Bosvieux l'avait communiquée à ceux qui s'occupent d'archéologie. Je cherchai dans les registres du cadastre, et je trouvai que dix-sept champs, dénature diverse, appartenant à des propriétaires différents, portaient le nom de Prataury.

« Ces parcelles sont placées dans les dépendances du mont de Jouër et en face du village de Frialouse. Elles sont sur un plan si incliné que la première inspection des lieux démontre qu'il n'a pu

(1) Le chemin de Sejoux à Saint-Goussaud est celui qui, sur le cliché, passe contre YL du mot Lavaud.

y exister, à aucune époque, un établissement de quelque importance. Pour y faire des fondations et construire des murs, les Romains auraient dû pratiquer de larges tranchées dans la montagne, et il ne reste aucune trace d'un travail de cette nature.

« Néanmoins, pour ne laisser aucune prise à l'incertitude, je lis faire des sondages, et je fis ouvrir quelques tranchées qui ne produisirent pas de résultats. Nous ne trouvâmes ni pierres taillées ni briques romaines. Je constatai en outre que les chemins par lesquels on pouvait arriver aux champs de Prataury n'étaient que des sentiers sans largeur et qu'il n'apparaissait nulle part d'agglomérations de pierres.

« LePretorio de la Table de Théodose n'avait donc pu exister dans cette partie de la montagne; mais le nom de ces champs était à mes yeux une présomption très grande de la présence sur le mont de Jouer de la station de Pretorio, car la tradition avait pieusement conservé ce nom de parcelles dépendant de l'ancienne station, et ce mot de Prataury semblait faire revivre celui de Praetorium

« Le jeudi 3 mars [1864], je parvins, non sans peine, à me procurer des ouvriers. Je dirigeai les fouilles sur le versant du mont de Jouer qui regarde l'Auvergne, et près du chemin de Sejoux à Saint- Goussaud. Une vieille croix de bois, placée sur le chemin, m'inspira le désir de faire commencer les recherches presqu'à ses pieds. Suivant l'antique tradition des habitants de Saint-Goussaud, c'était là qu'était l'emplacement de la ville de Jouer.... Une première tranchée de 15 à 20 mètres de long et de 1 mètre 50 centim. de profondeur nous fit reconnaître de la terre mêlée de silice et de chaux qui paraissait provenir de décombres. Les ouvriers trouvèrent de grandes quantités de briques romaines brisées, mais d'une belle conservation, et des pierres de petite dimension, pierres dites d'échantillon, qui formaient, je crois, chez les Romains, les constructions de petit appareil La seconde tranchée ne produisait

aucun résultat intéressant, mais la troisième fut fructueuse. Nous trouvâmes des quantités considérables de grandes briques destinées à la toiture, dont quelques-unes étaient percées d'un trou qui servait à les fixer, des pierres d'échantillon comme dans la première tranchée, et un nombre infini de clous, ainsi qu'un anneau de fer. Tous ces objets étaient à 1 mètre 50 centim. de profondeur. Les ouvriers trouvaient des gisements formés par un charbon fort menu, qui se rencontrait sur tout le parcours de la tranchée.... Toutes ces

découvertes étaient intéressantes et curieuses, mais je désirais trouver des fondations. Je fis ouvrir une quatrième tranchée, et, dès le mercredi soir, les ouvriers trouvèrent une énorme pierre de taille d'une longueur de 1 mètre 20 centimètres.... Nous avions rencontré un des côtés de l'établissement gallo-romain ! Nous avions dès lors toute facilité pour découvrir le reste. Dès le lendemain, à 9 heures du matin, les ouvriers avaient déterré le mur de pierre de granit : il était d'une longueur de 8 mètres 30 cent. A cette première assise était adossée une très longue construction faite de pierres de petit appareil. Les ouvriers en avaient fouillé une longueur de plus de 20 mètres et ils n'avaient encore mis à nu qu'une extrémité. A cette extrémité, bornée par une grosse pierre cubique, nous trouvâmes un second mur perpendiculaire au premier et qui devait former un des côtés du vaste appartement qui était devant la voie romaine. . . . , Là cessent mes observations...» (1).

Nous verrons tout à l'heure que le mont de Jouer répond aux conditions de distance qui sont imposées par la Table de Peutinger et le milliaire de Gordien III.

Ausritum. — Ce mot n'est que la forme contractée du nom de ville Augustorilum. qui fut celui de la capitale des Lemovices. Pendant assez longtemps, et sur la seule foi d'une édition fautive de Ptolémée. on a attribué la ville d'AuYouoréptTov aux Pictaves. L'erreur n'a été corrigée que par un savant du dernier siècle, l'abbé Belley (2). Depuis cette époque, et par une étude comparée des manuscrits de son œuvre, on a pu se rendre compte que le géographe alexandrin ne s'était pas trompé. Les conclusions de l'abbé Belley ont été confirmées ainsi de tous points. D'Anville les avait complètement acceptées.

Desjardins a décomposé Augustoritum en Augustum

(1) Buisson de Mavergnier, Fouilles du Mont-de- Jouer, dans Bulle t. de la Société archéologique et historique du Limousin, t. XIII, 4e livraison (tiré à part). Les fouilles furent faites aux frais de cette Société.

(2) Mém. de V Acad. des I. et B.-L., t. XIX, pp. 691 et 707

Ausritum (ï). D'après M. Arbois de Jubainville, ce mot signifierait le Gué d'Auguste.

Cassinomagus. — Cette station était à Ghassenon et devait se trouver à peu de distance de la frontière commune des Lemovices et des Santons.

« Ce qu'il y a d'espace entre Limoges et Chassenon, dit d'Anville, paraît valoir 18000 toises, et il peut en résulter 17 lieues gauloises, ou à peu près, de mesure itinéraire » (2).

Entre Toulouse et Auch, le Table de Peutinger place une localité du nom de Casinomagus.

Sarmanicomagus (Chermez ou Saint-Laurent de Céris, d'après M. Deloche), Aunedonacum (Aunay) et Mediolanum (Saintes) appartenaient au territoire des Santons.

Entre Limoges et Clermont-Ferrand, la route dont je parle n'est pas toujours très nettement tracée. On a cru la retrouver cependant en de nombreux endroits et, plus particulièrement, au hameau de Bonne-Font (entre Panazol et Saint-Just), a Saint Priest où elle aurait franchi la Vienne, dans le bois de Chatenet et dans le bois d'Epagne (commune de Sauviat).

On la perdrait à partir de ce dernier point pour la reconnaître ensuite dans le bois de la Chapelle Saint-Martial et dans le voisinage d'Ahun. La direction générale de cette route serait celle qui est aujourd'hui suivie, depuis Epagne jusqu'à Bourganeuf et Pontarion, par la route nationale de Limoges à Clermont-Ferrand, et de Pontarion à Ahun par la route de Montluçon. 11 est inutile d'ajouter que ce tracé a été préconisé parles auteurs qui plaçaient Praetorium dans le voisinage plus ou moins immédiat de Bourganeuf.

(1) Géographie de la Gaule romaine, t. II, p. 424, note.

(2) Notice de l'ancienne Gaule, p. 208.

Une autre opinion, plus compatible avec la fixation du Praetorium au Mont-de-Jouër, veut que de Limoges la voie ait atteint le Puy-Imbert et le Palais où, s'il faut en croire M. Buisson de Mavergnier, des ouvriers, occupés à rectifier le tracé de la route de Limoges à Saint-Priest-Taurion, ont découvert a un ancien pavé, agglutiné dans le ciment, qui faisait partie de l'ancienne voie romaine » (1). Du Palais, la voie se serait ensuite dirigée sur la forêt de Saint-Priest-Taurion et le Mas Meynard. On en aurait rencontré des restes au Mas Levraux et à la Croix de Fressignac. Du Mas Meynard on l'aurait enfin retrouvée àla Maisonnette, aux Loges, et au Coussat, et de ce dernier point, la voie paraît s'être dirigée, non pas vers Surieix, comme on l'a dit, mais bien plutôt vers le bourg même de la Jonchère. M. de Cessac a étudié, en 1868, un tronçon de voie que des travaux de drainage avaient fait découvrir « en face du Vignaud, dans la prairie qui est au delà du chemin vicinal de Limoges par rapport à ce château » (2). A partir de la Jonchère, la voie devait s'infléchir vers l'Est ; on la retrouve dans le bois des Egaux, à Millemilange, à Redondesagne, près de la Rivière et de la Faite, et finalement au Puy-de- Jouër, d'où la voie se serait dirigée d'une part vers Argenton par le Fay, de l'autre vers Ahun.

Ici l'indécision commence. M. Buisson de Mavergnier fait incliner la voie vers Séjoux et le village de Châtelus-le- Marcheix. « On la retrouve, dit-il, au Masmillier, où devait exister une borne ». De là, la voie eût touché à l'Estrade, « nom voyer significatif » ;puis elle eût continué à descendre

(1) Buisson de Mavergnier, Voirie romaine en Limousin, dans le Bullet. de la Société historique et archéol. du Limousin, t. XIV (tirage à part non pagin é).

(2) Bull, de la Soc. hist. et archéol. du Limousin, t. XIX, 1869, p. 37.

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en inclinant vers l'Est jusqu'à Bourganeuf où elle eût rejoint le tracé que j'ai fait connaître déjà. Mais s'il se peut, s'il est même à peu près certain qu'il y avait une voie romaine entre le Puy-de-Joûer et Bourganeuf, je ne crois pas, pour ma part, que le tracé de la Table de Peutinger soit bien celui qu'a préconisé M. Buisson de Mavergnier. On a retrouvé entre Ahun et Lépinas des traces de voie qui ne laissent guère de doute sur l'existence d'une route directe entre Ahun et le Puy-de-Jouër. Ce point établi, la comparaison des distances nous permettra peut-être de résoudre le problème.

Le milliaire de Gordien, que j'ai rapporté plus haut, permet de se rendre compte, tout d'abord, que la Table commet une erreur en n'indiquant que xvm lieues gauloises entre Acitodiiniun et Praetoriam; en réalité, il y en avait vingt. La Table et le milliaire sont d'accord quant à la distance entre Praetorium et Angustoritum; tous deux la fixent à xiv lieues.

D'Ahun au Puy-de-Jouè'r, il existe, à vol d'oiseau, une distance de 41 kilomètres ; si l'on tient compte des détours que devait faire la voie, surtout dans cette partie assez montagneuse du département de la Creuse, on arrive assez facilement aux 44.460 mètres qui correspondent à vingt lieues gauloises. Il n'en est pas de même suivant le tracé du Puyde-Jouër à Ahun par Bourganeuf. La distance, mesurée dans les mêmes conditions que précédemment est de 48 kilomètres. A cause des détours, il serait possible de l'augmenter, mais il est matériellement impossible de la réduire, et il devient dès lors évident que le tracé de M. Buisson de Mavergnier ne peut pas convenir.

De Limoges au Puy-de-Jouër, la distance, en suivant le tracé que j'ai indiqué tout à l'heure, est de 31 kilomètres.

Elle répond ainsi aux quatorze lieues gauloises qui existaient entre Augustoritum et Praetorium.

Les vestiges de voie romaine que M. Elie de Beauforta signalés près de la Souterraine appartenaient, sans nul doute, à la voie d'Argentomagus.

En résumé, je crois d'une part que la station du Praetorium était bien au Puy de Jouer, d'autre part, que le tracé donné par la Table de Peutinger devait être à peu près direct entre le Puy de Jouer et Ahun. Toutefois, j'admets complètement qu'il existait une voie secondaire, d'abord entre Limoges et Ahun par Bourganeuf, ensuite entre le Puy de Jouer et Bourganeuf par Châtelus-le-Marcheix.

Au delà d'Ahun, la route tendait naturellement vers le Sud-Est pour atteindre Clermont-Ferrand. D'après l'abbé Legros, elle aurait laissé des traces entre les hameaux de Courbarioux et de Villemigoux, situés tous deux sur le territoire de la commune de Saint-Médard en Combrailles, à Perpirolle, et entre les hameaux de Pallier et de Ghadiéras, d'où elle se serait dirigée vers la tombe appelée de.Romioux et de là, vers la Chaussade, près de Saint-Alpinien.

La carte d'état-major l'indique, d'abord entre Chadiéras et Saint-Alpinien, ensuite, au delà de ce dernier point, jusqu'au village de Néoux. La station de Fines se trouvait vraisemblablement au Monteil-de-Gélat. La voie devait s'y rendre en passant près du village de Crocq.

Entre Limoges et Chassenon, la route était à peu près rectiligne ; on en trouve quelques débris au sud de Verneuil et près du village de Cognac.

Tandis qu'il ne reste que peu ou pas de traces du tronçon de route compris entre Chassenon et Aulnay, il existe au contraire de très nombreux vestiges d'une autre voie qui,

DE LA GÎTÉ DES LEMOViCES

de Chassenon, se dirigeait directement sur Saintes par Saint-Quentin, Mazières, Ghasseneuil, oùl'on a découvert un milliaire à peu près complètement anépigraphe(l), Coulgens, Montignac, Chebrac, Saint-Cybardeaux , Sainte-Sévère, Cherves et Saint-Sauvant. Entre Saint-Cybardeaux etSaint- Sauvant, c'est-à-dire sur une longueur de près de 40 kilomètres, la voie est indiquée par la carte d'état-major.

Si l'on remarque que cette seconde route, — qui abrège assez sensiblement la distance entre Limoges et Saintes, — n'emprunte pas, comme la première, une partie du tracé de la voie de Bordeaux à Tours, on peut se demander s'il n'y a pas eu quelque erreur dans la Table de Peutinger, ou plutôt si la voie d' Agrippa suivait bien la direction que lui donne ce document.

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